‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 2)Chapitre 52 sur 85 · U. TRAM HH · texte numérisé non relu

U. TRAM HH

LES HOMMES ILLUSTRES DE LOitLÉA* AIS.

GUYON (Symphouien).

Si notre lecteur aime les vieux livres, les saines lectures, les austères labeurs d'autrefois , nous lui conseillerons de tirer de quelques rayons poudreux Y Histoire de V Eglise, du Diocèse, Ville et C/mVrrsité d'Orléans, par Sympborien Guyon. C'est en 1650 que Claude et Jacques Borde l'éditèrent au cloître Sainte-Croix, avec la permission des docteurs.

Celui qui l'ouvrira sans peur, qui le méditera le soir a l'heure de la veillée , sera récompensé de son courage ; il apprendra du moins

Qu'Orléans n'ayant pu être le chef de France Est demeuré son cœur, sa vie et sa défense ;

que notre ville est située au nombril de Loire ; qu'elle fut jadis la cité la mieux pavée du royaume ; qu'elle a devant soi la plaisante et agréable Solongm, et qu'enfin un ange traça avec de la neige , au mois d'août , le plan de notre église de Sainte-Croix ; il y trouvera son armoriai :

Orléans , ville de renom , De haut prix , de grand 'excellence Eut pour blason le cœur de France , De Louis onzième de ce nom.

Je lui recommande surtout ce petit éloge du vin du crû , qui fait venir Veau à la bouche :

« De tous temps, le terroir d'Orléans a été renommé pour avoir « un grand et plantureux vignoble, et porter des vins très-excellents « en toute sorte d'espèce: de blancs, clairets, couverts, paillets, « doux, forts, délicieux, friands, délicats, de très-bon suc, et fort « propres à donner un bon aliment, engendrer bon sang, fournir « de bons esprits , aider la digestion et entretenir la chaleur naturelle « en bonne intelligence avec l'humeur radicale , en quoi consiste la a santé du corps. »

Symphorien Guyon sut faire deux parts de sa vie : offrir à Dieu ses ferventes prières, aux hommes ses bonnes œuvres et ses écrits; voila le sillon que le bon prêtre a tracé. On le vit naître en 158i , entrer dans les ordres en étant docteur ès-droits, devenir oratorien a quarante

et on ans, curé de la paroisse de St-Victor et promoteur ecclésiastique trois ans plus tard , terminer enfin sa paisible carrière à soixantetreize ans. Son frère , Jacques Guyon , nous a dispensé de faire l'éloge de notre Symphorien; il a chanté ses louanges dans une préface ornée de toutes les fleurs de son temps. 11 est certain qu'au XVII e siècle on trouvait des beautés de style dans Guyon au XIX e on les cherche. Sa phrase semble même plus nuageuse que sa pensée, et trop lourde pour un esprit toujours prêt a planer dans la région des légendes. Symphorien sut unir a la foi du chrétien la naïveté de l'enfant; croyant toujours et ne discutant jamais, il ne connut pas plus le doute que la tolérance, et laissa le tout aux libertins. Qu'on poursuive les manichéens, les juifs, lesvaudois, les huguenots, c'est a ses yeux la chasse bien permise des renardeaux de l'hérésie; il ne voit pas grand mal à ce qu'on écrase sur la pierre ces avortons de Babylone; il n'a jamais plaint les martyrs du diable.

Nous l'aimons mieux lorsqu'il prend son vol et s'illumine de miracles, d'apparitions, de visions de saints, de triomphantes extases: voilà sa sphère, son bonheur, sa poésie!

Voyez-vous les quatre barons d'Orléans, captifs au bord du Nil, revenir en une nuit et sur l'aile des anges au parvis de Sainte-Croix? entendez-vous ce démon qui hurle en sortant du corps d'un pauvre homme? S'il décrit un monastère fondé au milieu des landes de la Bretagne , soyez sûr qu'il y aura quelque diablotin éteignant le soir, avec sa patte velue, les lumières du réfectoire. C'est peu que saint Mesmin terrasse un dragon du regard, que saint Liphard donne a saint Urbice son bâton pour en navrer un second; Guyon va vous conduire avec saint Donat en pleine cour du roi des serpents, sur le mont Jura. Le prince des reptiles se dresse de douze coudées et tous les serpents sifflent a la fois; mais saint Donat. est vainqueur et Guyon est content.

Au point de vue de l'histoire , je ne parlerai guère de sa méthode; elle est simple, et consiste à présenter par ordre de dates la suite des évêques d'Orléans; il a su faire entrer dans ce cadre un nombre immense de noms illustres et de faits curieux.

J'en dirai encore moins de sa critique, car elle est à peu près nulle. Lorsqu'il veut l'appliquer au cas douteux, on le voit- batailler

lourdement contre Le Maire et La Saussaye, pour conquérir quelques années au profit d'un évêque qui n'a peut-être jamais existé dans son diocèse. Qui croirait qu'à la fin de ses jours le curé de Saint- Victor devint aggressif? Les prédications de Duverger de Hauranne, le fameux abbé de Saint-Cyran, le disciple et l'ami de Jansénius, brouillèrent toutes ses idées.

L'esprit de madame de Longueville avait soufflé sur l'oratoire ; le bonhomme prit feu, et par grâce efficace, se prit a détester les Jésuites. Guyon est l'un des fondateurs du jansénisme dans Orléans.

Pour nous, qui ne voulons voir dans Guyon que le peintre enthousiaste de notre ville , que le sincère admirateur de sa gloire , nous partageons la reconnaissance de tous les bons Orléanais, et nous répétons avec bonheur ces vers charmants que l'histoire de Symphorien inspira au chanoine François Chevillard.

Recevet , peuple d'Orléans ,

Votre paternel héritage

Que l'oubli tenait en otage

Depuis bien près de deux mil ans.

Louez ce fidèle notaire

Qui vous en donne l'inventaire

Par son admirable labeur.

Rien n'y manque qui me paraisse ,

Sinon qu'on le remette en presse

Pour faire place à son auteur.

EuftSST HLLON.

BOUTRAYS (Rodolphe ou Raoul).

Cet écrivain était un peu cosmopolite, et il sollicita de plusieurs villes le droit de cité. Né en 1564, à Châteaudun, il fit ses premières études à Vendôme et vint les achever à Paris. Il était avocat à Chartres lorsque Henri IV y fut sacré, l'an 4594. Un jour qu'il plaidait une cause importante devant le conseil, il s'interrompit pour annoncer la réduction de Paris par le roi. Son dévouement a la cause du Béarnais fut reconnu par une charge d'avocat au parlement. En ce temps-là il fréquentait la Cour et y était bien venu auprès des principaux seigneurs, et particulièrement du président Jcannin. Boutrays n'élait pas riche, et comme les avocats

gagnaient alors moins que les juges, il dut tirer de son travail un profit légitime. C'est peut-être ce qui explique le nombre considérable de ses ouvrages, à une époque où les livres non plus n'enrichissaient guère leurs auteurs.

A l'imitation du président de Thou, il écrivit en latin l'histoire générale de son temps, depuis 1594 jusqu'en 1610, et dédia son travail à la reine Marie de Médicis. Il se fit aussi l'historiographe officieux de Louis XIII ; mais il parait qu'il y perdit son temps et sa peine, car il se plaint, dans une préface, de ce que les récompenses de la Cour aient toutes été pour ceux qui écrivaient en langue vulgaire ; que ceux au contraire qui écrivaient en latin aient été méprisés.

C'est peut-être ce qui le porta à publier en français un récit du voyage de Louis XIII en 1622. C'est le seul ouvrage qu'il ait écrit en langue vulgaire, et il revint bientôt à son idiome familier.

11 avait entrepris Y Éloge des villes de France, et débuta par celui de la ville de Paris, en vers latins. 11 écrivit aussi une Histoire de Chartres, qu'il dédia au garde-des-sceaux, Étienne d'Aligre , son compatriote. Mais l'ouvrage de Boutrays, auquel nous nous arrêterons de préférence, est son poème en faveur d'Orléans : Aurélia.

Dans une introduction en prose latine, il reproche a Germain Audebert, le Virgile Orléanais, mort quelques années auparavant, d'avoir chanté Naples et Venise plutôt qu'Orléans, sa ville natale. Il entreprend lui-même cet éloge et se montre plus enthousiaste dans son panégyrique de commande que ne l'eût été peut-être un véritable Orléanais. Il trouve tout de son goût, même le vin du crû, qu'il ose comparer au Falerne, que dis-je ? au nectar des dieux !

Son éloge des beaux esprits d'Orléans est plus mérité ; il passe en revue les personnages marquants de la ville : les Alleaume, les de La Saussaye, les de Beauharnais, les d'Escures, etc.; Hervet, le théologien du concile de Trente, le poète Audebert, le savant Petau , et tant d'autres dont l'auteur avait lu les épitaphes sur les tables de marbre du Grand-Çimetière , ont leur place dans cette biographie poétique. Les épisodes les plus curieux de ce poème sont un parallèle entre la fertile Beauce et la Sologne giboyeuse ; la description de la source du Loiret, de la forêt d'Orléans, etc. 11 serait a.

désirer qu'un homme d'esprit, qui n'aurait pas encore oublié son latin, donnât une traduction fidèle de ce poëme, miment original.

Boutrays a composé un nombre considérable d'opuscules et de pièces de vers latins destinées a être mises en tête des ouvrages de ses amis ou de ses contemporains. Les auteurs avaient alors un grand respect pour le public et n'osaient aborder l'amy lecteur que précédés d'une préface honnête et présentés par les autorités de la science ou de la littérature.

DE LA SAUSSAIE (Charles).

L'évêquc d'Orléans, Jean de Morvilliers, appela près de lui sa famille, et maria Olivier de La Saussaye, son neveu, à Madeleine Alleaume Compaing, d'une des maisons les plus recommandables d'Orléans a cette époque. De cette alliance naquit, en 1564, sur la paroisse de Saint-Paul , comme il le dit lui-même , Charles de La Saussaye , qu'on appela dans sa jeunesse sieur de Brussolles, du nom d'une terre que ses parents possédaient dans le Blésois.

Sa mère, devenue veuve encore jeune, veilla soigneusement a son éducation. Il prit à l'Université d'Orléans le titre de docteur en droit et fut ensuite pourvu d'une charge de conseiller au grand-conseil.

Dès cette époque, il avait témoigné le désir d'embrasser l'état monastique , et , pour l'en détourner, sa mère le fit voyager en Italie, où il fit connaissance, à Rome, de Baronius et de Bellarmin ; il parcourut ensuite la Sicile et Malte.

A son retour , sa vocation n'était pas changée, et tout ce que sa mère put obtenir, c'est qu'il serait prêtre et non pas moine. Il voulut aller étudier en théologie a Paris et il y prit tous ses degrés.

L'évêque d'Orléans, de l'Aubespine, lui conféra les ordres et lui donna la cure de Saint-Pierre-en-Sentelée. En 1595, un de ses frères puînés lui donna une prébende a Sainte-Croix en se faisant chartreux; il y joignit la dignité de scolastiquc, puis, en 1598, celle de doyen.

Il avait alors trente-trois ans , et s'était déjà fait connaître avantageusement par son érudition et par son élocution facile.

Son zèle pour le rétablissement de la cathédrale, ruinée par les

guerres de religion , lui fit faire plusieurs voyages a la cour, où il obtint de Henri IV, non-seulement des fonds pour la réparation de la cathédrale d'Orléans, mais eucore que ce roi ferait un pèlerinage à cette église avec son épouse , ce qui eut lieu pendant le jubilé de

Il établit a Sainte-Croix l'usage de porter le Saint-Sacrement à la procession du jour de Pâques, avant matines, et fut, en 1614, député' du clergé aux États tenus à Paris. H y défendit les prérogatives du chapitre et y recueillit des documents pour une histoire de l'Orléanais , à laquelle il travaillait depuis long-temps.

Cet ouvrage latin parut en 1615 , sous le titre de : Annales ecclesiœ Aurelianemis, &c, un vol. in-4°, Drouart-Paris.

« Malgré les défauts dont cette histoire est remplie, dit Dom Gérou, « elle ne laisse pas d'être recherchée , parce qu'elle est écrite avec « un style et une clarté dignes des meilleurs historiens. » Ce jugement, qui n'est pas trop sévère, n'enlève point a M. de La Saussaye le mérite d'avoir été le premier historien de l'Orléanais, et son œuvre, qui mériterait encore d'être traduite, peut être lue avec fruit.

Après la publication de ces annales, quelques altercations survenues entre lui et son évêque le déterminèrent a solliciter la cure de Saint- Jacques-la-Boucherie , à Paris , où il mourut au bout d'une année , en 1621 , âgé de cinquante-six ans.

M. de La Saussaye a encore écrit une histoire de la translation du corps de saint Benoît d'Italie a Fleury-sur-Loire; la Vie de saint Grégaire, arclievéque d'Arménie et ermite près de Pithiviers, un volume latin ; une oraison funèbre de Henri IV et plusieurs opuscules sur des matières religieuses.

Après son décès, on trouva sur la table de son cabinet un ouvrage qu'il revoyait pour l'impression , intitulé : Monologiœ sanctorum.

Un des descendants de cette honorable famille, aujourd'hui membre de l'Institut de France (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), est auteur de mémoires intéressants sur l'archéologie, sur la Sologne blésoise et sur la ville de Blois, où il est né.

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LE MAIRE (François).

Sa famille, originaire de Chartres , Tint se fixer à Orléans, où il est né, en 1575, de Pierre Le Maire et de Marie Boillève, d'une des plus anciennes familles de la ville.

Il étudia a l'Université d'Orléans et fut conseiller au présidial vers 1606. Elu échevin en 1622, il conçut dès lors le projet de recueillir des renseignements dans les archives de l'Hôtel-de-Ville, et publia* en 1645 , ses Antiquités de la ville et du duché d'Orléans, en un volume in-4*. Sa mort, qu'on a fixée à tort en 1654, n'arriva que le 17 août 1 058, et il fut enterré dans l'église de Saint-Maurice (Saint-Éloi), sa paroisse.

Le Maire fut le second historien de l'Orléanais ; il a été sévèrement jugé par Langlet-Dufresnoy et par Dom Gérou; à la vérité, sa prolixité, sa crédulité et son style sont peu recommandantes, et sa petite-fille , Françoise Le Maire , avait bien raison de dire qu'if lui fallait une grammaire (grand'mère) pour bien entendre son grand' père. Toutefois , il nous a laissé une grande quantité de renseignements qu'on ignorerait aujourd'hui sans ses Recherches.

Son ouvrage, nonobstant ses défauts, fut très-bien accueilli, «t l'édition in-4° étant épuisée en 1648 , il en publia une seconde in-P> en deux volumes. L'édition in-4° contient une nomenclature des rues d'Orléans qui n'est point dans l'édition in-tf 0 , et les exemplaires de cette édition, revue et augmentée, sont rarement complets. D y manque souvent quatre-vingt-douze pages qui doivent être intercalées entre le premier et le deuxième volume, réduits en un seul tome.

Le Maire a publié, en outre, un recueil de poèmes et panégyriques de la ville d'Orléans, fait par Léon Trippault, Pyrrhus d'Anglebermes, Raymond de Massac , Raoul Bouthrais, ensemble Y Hercule Guépxn, ou Louange du vin d'Orléans, in-4°, 1646. Ce recueil est dédié à M. de Beauharnais ; Origine de la ville d'Orléans, petit volume imprimé, mais fort rare, et dont le manuscrit était dans la bibliothèque de M. de Beauharnais, ainsi que d'autres opuscules anéantis aujourd'hui

DUPLEIX (César).

Quelques nuages que l'on ait affecté de répandre sur le véritable auteur de YAnti-Cotton, il est certain aujourd'hui que cet ouvrage est de César Dupleix, seigneur de l'Ormoi et de Chilly, natif d'Orléans.

Il avait fait ses études dans l'Université de cette ville et vint ensuite à Paris, où il se fit recevoir avocat.

Après la mort tragique de Henri IV, plusieurs prédicateurs, et surtout l'abbé Dubois, publièrent que les Jésuites étaient les auteurs de l'assassinat dont Ravaillac, leur élève, n'aurait été que l'instrument. Le P. Cotton, confesseur du roi, résolut alors d'adresser a la reine-mère une Lettre dédaratoire de la doctrine des Jésuites. Les sages de son ordre le détournèrent de ce projet dans la crainte du scandale : « C'étaient les clairvoyants, dit le Mercure de France, et « qui savaient prévoir l'avenir. »

Le P. Cotton méprisa ces timides avis et fit paraître sa fameuse Lettre dédaratoire, dans laquelle il rapprochait adroitement les doctrines de la société de celles du concile de Trente. Cette lettre ne manqua pas de provoquer divers pamphlets plus vifs les uns que les autres, où l'on reconnaissait l'esprit de la satire Menippéc. Le plus célèbre de tous fut celui qui se distribua dans Paris le 12 sep* tembre i610, sous le titre à'Anti-Cotton, ou réfutation de la Lettre dédaratoire du P. Cotton, où il est prouvé que les Jésuites sont coupables et auteurs du parricide exécrable commis en la personne du roi très-chrétien Henri IV, d'heureuse mémoire, sans noms d'auteur ni d'imprimeur. En téte de ce libelle, on lisait ce petit avertissement :

« Le lecteur ne s'étonnera point si l'auteur ne se nomme pas ; cela doit s'imputer au temps auquel il est malaisé de dire la vérité sans se Taire des ennemis. Toutefois, s'il se trouve personne qui puisse répondre de point en point à ce livre (ce que j'estime impossible, tant la vérité est évidente), l'auteur promet d'écrire de rechef sur le même sujet et dédire son nom, car il a assez de courage et de crédit pour se mainte* nir contre la malveillance des ennemis et perturbateurs du repos public. »

Quoique l'ouvrage n'ait que cinq chapitres, il fut un de ceux qui

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piquèrent le plus au vif h société, si Ton en juge par les démarches que firent les Jésuites pour en arrêter le débit, et par les aigres répliques qu'ils publièrent dans toutes les langues, d'un bout a l'autre de l'Europe. Cet adroit mélange de sarcasmes et de raisonnements eut un prodigieux succès; il fut dans la même année traduit en latin et vendu à la foire de Francfort à un nombre considérable d'exemplaires. Voici le jugement qu'en portait le cardinal Duperron : « Ce livre est bien fait; il ne s'est fait aucun ouvrage contre « eux qui les ruine tant. Os sont ambitieux et entreprenants sur « tout. »

A la vérité, les réponses ne se firent pas attendre, et YAnti-Cotton donna lieu a une guerre de plume qui n'offre plus aujourd'hui qu'un intérêt de curiosité bibliographique.

Cependant, malgré l'engagement qu'il avait pris dans sa préface, le premier auteur de cette polémique, moins religieuse que politique, ne s'était pas nommé. Il en résulta bien des soupçons et des jugements téméraires. On s'ingénia à trouver dans les initiales P. D. C. la signature de l'auteur. C'était le temps des anagrammes et des mots retournés , et Dieu sait combien on fit de conjectures sur ces trois lettres ! Les uns attribuaient YAnti-Cotton à Pierre Dumoulin, d'autres a Daniel Tilenus, ceux-ci a Pierre du Coignet, ceux-là a Augustin Casaubon; bref, on passa en revue tous ceux que l'on soupçonnait de n'être pas partisans de la société.

Tous se trompaient : le véritable auteur de YAnti-Cotton était César Dupleix, qui, pour mieux se déguiser en publiant son ouvrage, avait renversé les initiales de ses noms. Le P. Garasse a eu beau publier que l'auteur de cette satire, touché de repentir, quitta le monde et se fit Chartreux; le P. d'Orléans nous cite en vain une rétractation de l'auteur prétendu de YAnti-Cotton: il est établi, par des preuves irrécusables, que ce libelle anonyme est de Dupleix. Les détails minutieux dans lequel il entre sur un projet d'établissement des Jésuites a Orléans prouvent que les faits s'étaient passés sous ses yeux, et d'ailleurs les recherches de La Monnoye et les mémoires de La Perrière ne permettent de conserver aucun doute à ce sujet.

César Dupleix vécut obscur et tranquille jusqu'en 1641, époque de sa mort. L'abbé Pataud lui a consacré, dans la Biographie uni-

verseUe, de Michaud, un article que nous avons consulté pour cette notice. L'abbé de Feller n'en dit pas un mot dans son Dictionnaire

PETAU (Denis).

Denis Petau est certainement un des hommes les plus remarquables qu'ait produits Orléans , bien que la nature de ses travaux, dont les esprits de nos jours se sont si complètement écartés, et la langue latine qu'il a employée dans ses ouvrages, rendent maintenant sa gloire peu appréciable pour presque tout le monde.

Il naquit à Orléans le 21 août 1585.

« Son père, le bonhomme Jérôme Petau, dit le P. Oudin, dont a nous suivons ici l'excellente notice , quoique marchand , était ha- « bile dans les belles-lettres , et il s'y appliquait beaucoup plus qu'à « son négoce. Aussi ne laissa- t-il pas de grands biens à ses enfants ; « mais, en récompense, il leur donna une excellente éducation. Il « en éleva huit , six garçons (dont Denis était le troisième) et deux « filles. Tous, jusqu'aux filles , entendaient les langues savantes et « faisaient des vers latins et grecs. »

Mais , de tous , Denis avait fait voir les plus heureuses dispositions pour l'étude; aussi son père s'appliqua-t-il particulièrement à le former, et ses progrès furent tels que Baillet le range parmi les enfants célèbres. Jérôme Pelau s'attachait à inspirer a sa famille le plus grand éloignement pour l'hérésie, et il excitait particulièrement Denis à se mettre en état de combattre un jour et de terrasser Joseph Scaliger, le géant des Allobroges, comme il l'appelait , dont les ouvrages donnaient alors tant de relief au parti protestant.

Denis répondit a ses désirs par une application soutenue; après avoir fréquenté un des collèges d'Orléans (car il y en avait cinq) , et commencé là sa philosophie, il alla la terminer à Paris, et à la fin de son cours il soutint ses thèses en grec.

Il employa ensuite deux années à suivre les leçons de la Sorbonne , sans accorder au travail constant, auquel le portait d'ailleurs son tempérament mélancolique , et qu'il soutint toute sa vie au détri-

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