‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 2)Chapitre 67 sur 85 · tome i · texte numérisé non relu

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282 LtS HOMMES ILLUSTRES DE L ORLÉANAIS.

sos héritiers, des lettres des plus habiles mathématiciens, qui lui écrivaient lri$-obligeamment et lui demandaient son avis avec déférence. Il a eu aussi entre les mains les copies des réponses que leur faisait Florimond de Beau ne.

Plusieurs savants illustres vinrent même à Blois pour conférer avec lui. De ce nombre fut le célèbre Descartes, qui, dans plusieurs passages de sa correspondance , a témoigné hautement l'estime qu'il faisait de ce profond mathématicien. Le maréchal de Fabert, qui avait l'esprit fort pénétrant, aimait a converser avec lui , et Bartholin vint exprès, de la part des Etats de Hollande , pour discuter avec lui quelques problèmes de mathématiques transcendantes.

Florimond de Beaune ajouta, en 1658, des notes fort savantes à la Géométrie de Descartes. Celui-ci en faisait un grand cas et déclara que « les observations de M. de Beaune étaient très-ingénieuses et «r très-solides, et que ses solutions étaient, sinon véritables, du « moins les plus vraisemblables. »

Il avait résolu de publier un traité sur l'algèbre , mais le mauvais état de sa santé l'en empêcha. A la suite d'un accès de goutte, on fut obligé de lui faire l'amputation d'un pied. Bernier ajoute qu'il tomba dans une espèce de paralysie qui lui fit perdre la vue. Il mourut l'an 1052, âgé de cinquante et un ans.

Outre ses travaux sur les mathématiques , il s'était occupé aussi d'astronomie. Il excellait surtout dans la taille des verres, et établit plusieurs télescopes dont les savants ses contemporains se servirent avec succès pour leurs observations.

BERNIER (Jean).

Naquit à Blois, de Mathurin Bernier, marchand drapier, et de Françoise Thierry (Son acte de baptême se trouve inscrit sur les registres de la paroisse Saint-Martin, à la date du 19 avril 1627). Après avoir pris ses degrés à Montpellier, il vint pratiquer la médecine dans sa ville natale, où la duchesse d'Orléans, femme de Gaston, se l'attacha comme conseiller et médecin ordinaire. Malgré la protection de cette princesse, le docteur blésois n'arriva pas a la

fortune, et c'est a sa pauvreté qu'il faut attribuer la teinte de misanthropie répandue sur tous ses ouvrages.

Bernier publia, en 1682, son Histoire deBlois. Il la dédia à M™ Colbert, qui habitait cette ville. Ce livre, malgré ses imperfections et les erreurs qu'il renferme , atteste de consciencieuses recherches ; le style en est lourd et même souvent peu lucide; mais comment se montrer sévère envers un auteur qui s'excuse si humblement dans sa préface : « Ma profession, dit-il , est plus de bien Caire que de bien dire ; « j'espère donc qu'on me fera grâce partout où j'en aurai beat soin , et que l'on considérera moins les paroles que les choses. »

Bernier publia aussi, en 1689, des Essais de médecine , dont une seconde édition, abrégée en quelques endroits, parut en 1695, sous le nom d'Histoire chronologique de la médecine et des médecins. C'est un ouvrage écrit dans de très-bonnes intentions , sans aucune prétention, même avec négligence, par un homme honnête, instruit et érudit, mais crédule, sans goût, et religieux jusqu'à la superstition. En général, tout ce que l'auteur rapporte comme fruit de son expérience est très-sensé et fort bon, mais ce qu'il donne comme théorie n'est qu'un mélange incohérent, et souvent absurde, de vitalisme et d'humorisme.

Nous devons encore à Bernier quelques ouvrages de peu d'importance: V Anliménagiana (1693, in-12), contre-partie du Ménagiana, qui valut à notre auteur cette riposte de Ménage : « Bernier, de Blois, « devrait bien apprendre à parler, car il ne fait autre chose; c'est un a homme armé à la légère , vir levis armaturœ; »

Réflexions, pensées et bons mots, qui n'ont pas encore été publiés, par le sieur Popincourt (1696, in-12);

Jugements et observations sur les œuvres grecques, latines et françaises de Ch.-Fr. Rabelais, ou le véritable Rabelais réformé, avec une carte du Chinonois , pour l'intelligence de quelques endroits du roman de cet auteur, par le sieur Saint-Honoré (1697, in-12). Ce dernier ouvrage est encore recherché par les philologues.

Bernier mourut en 1698, à Paris, où il s'était établi vers 1674. Ce fut un des premiers partisans de l'émétique.

HAUTEFEUILLE (Jean).

Morérî nous apprend que ce savant physicien naquit à Orléans le 20 mars 1617. Son père était maître boulanger ; il fournissait du pain à M. de Sourdis, gouverneur de cette ville, chez qui logeait la duchesse de Bouillon , alors en exil. Le bonhomme parlait de son fds avec tant d'éloges que la princesse désœuvrée voulut le voir. Klle le prit auprès d'elle , le Gt étudier et lui ût obtenir quelques petites pensions sur la liste des bénéfices ecclésiastiques. Il eut I'honneur d'accompagner sa noble bienfaitrice dans les voyages qu'elle tit en Angleterre et en Italie , et demeura chez elle jusqu'à sa mort. Elle lui laissa par testament une pension dont H jouit tout le reste de sa vie.

Né avec un esprit inventif et une imagination très-active , l'abbé Hautefeuille s'occupa continuellement de physique et de mécanique , et chercha toujours à faire de ses découvertes d'utiles applications aux arts industriels . Il avait un goût particulier pour l'horlogerie. C'est a lui que l'on doit, du moins en France, le secret de modérer les vibrations du balancier des montres par le moyen d'un petit ressort spiral d'acier qui en régularise le mouvement et en rend les oscillations isochrones. Il fit part de cette découverte à l'Académie des Sciences qui la trouva très-propre à donner une grande justesse aux montres. Huyghens perfectionna en Hollande ces montres à pendule et voulut même s'en attribuer l'invention. Un Anglais , Robert Hooke, revendiqua aussi cette découverte, et M. Hautefeuille, comme la plupart des inventeurs , fut obligé de se défendre contre la contrefaçon. C'était cependant un homme sans ambition, et plus attentif a cultiver les sciences que la fortune. Si toutes ses inventions n'ont pas été couronnées de succès , c'est qu'il avait le défaut de s'arrêter trop promptement à une première idée , que la fougue de son imagination lui faisait bientôt abandonner pour courir après une autre. D'ailleurs les tracasseries dont il fut souvent l'objet l'empêchèrent de rendre publiques ses découvertes les plus ingénieuses.

Il sollicita vainement toute sa vie l'honneur d'être admis à l'Académie des Sciences. 11 attribuait ses échecs constants a la rancune de M. de La Hire, académicien, dont il avait critiqué les ouvrages.

QLAT1UÈME SÈME. — INDUSTRIE, SCIENCES. 2N.*>

Il dut se contenter du litre de membre étranger de l'Académie de Bordeaux. Mais le savant incompris ne prit pas son parti aisément. Il se plaignit sans cesse du peu d'accueil que Ton faisait à ses ouvrages, et menaça plus d'une fois le public de ne plus travailler pour lui.

Il est vrai qu'il ne lui garda pas long-temps rancune, si nous en jugeons par le catalogue de ses œuvres , qui ne . tient pas moins de trente pages dans le manuscrit de D. Gérou. Ces ouvrages sont rares et très-difficiles à réunir, parce que la plupart ne sont que de simples cartons d'une feuille ou même d'une demi-feuille. L'auteur en forma un recueil qu'il eut l'honneur de présenter à Louis XJV (1).

Le savant jurisconsulte Jousse en avait un exemplaire complet qui a servi à dresser le catalogue dont nous parlions tout à l'heure et dont nous ne citerons que les rubriques (2):

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