‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 3)Chapitre 11 sur 51 · SEPTIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME SÉRIE

PYRRHUS D'ANGLEBERME (Jean). '

Le père de Jean Pyrrhus d'Angleberme était originaire de Prague, en Bohême; il vînt s'établir I? Orléans vers le milieu du XV« mècle, et se fit naturali^r f*rançais. D exerçait la médecine , «t o^h trouve dans les lettres d'Erasme un témoignage avantageux 'de |on savoir et de son habileté. . '

Jean Pyrrhus naquit vers 1470 ou 1475 et reçut une éducation Qp rapport avec les dispositions qu'il montra dès sa jeunesse. H étudia les belles-lettres sous le célèbre Erasme , qui professait alors dans rUniversit^ d'Orléans, et se livra ensuite à l'élude de la jurisprudence, dansu laquelle il fit de rapides progrès. Dans son panégyrique d'Orléans, prononcé en 1517, d' Angleberme , en célébrant l'Université de cette ville, se fait honneur d'en être membre depuis plus de dix ans, suprà decennium. Ces mots fixent à 1506 l'époque à laquelle il obtint, dans cette Université, une chaire de professeur, qu'il remplit avec beaucoup de distinction.

Vers Tan 1521 , d' Angleberme fut nommé pat François I«' membre du conseil souverain de Milan; mais il ne jouit pas long-temps

02 LES HOMMES ILLUSTRES DE l'oRLÉAPïAIS.

de cette dignité. Sa vie , si laborieuse et si utile , finit d'une manière

tragique. Blessé assez grièvement par l'explosion d'un magasin k

poudre, il voulut se traiter lui-même et prit une drogue dont il ne

CQiinaissait pas les effets et qui lui brûla les entrailles. H mourut k

Milan, en 1521 , dans un âge peu avancé. Son ami, le Milanais

apporte ces détails , fit graver sur le tombeau de

i épitaphe de sept vers latins qui expriment ses

ui ne donnent pas une très-haute idée des talents

^ nous font comiattre le mérite réel de d'Angleloulin, qui étudiait sous lui en 1515, rend homrs de ses traités , k la capacité et aux lumières de Qte comme excellent Jurisconsulte et comme trèslaissance des deux langues latine et française (1). et la profondeur de l'érudition, d'Ai^eberme 5 essentielles du professeur, un bon sens infleiiletteté d'exposition; c'est la justice que lui rend lecherches svr la France.

Deux professeurs de droit à Orléans , Jean Feu et Jean Robert (2), parlent-dQ PyrrUtis d'Angleberme avec de grands éloges.

Ses^ouvrages de jurisprudence sont ki^ Institutio boni magistratûs (Orléans ,f 1500); 2^ un commentaire sur les trois derniers livres du Code Justinien^ suivi d'un traité en trois livres sur les magistratures romaines (l($18), dédié au chancelier Duprat; 5^ un commentaire sur la coutume d'Orléans , dédié à Louis de Bourbon- Vendôme ,"> évéque àê Laon , qui avait étudié le droit à l'Université d'Orléansv Ce commentaire est peu estimé : l'auteur, trop prévenu en faveur de la jurisprudence romaine , crut trouver dans ses principes ceux de notre droit coutumier, dont il ne connaissait pas as^z le véritable esprit , Bt son ouvrage est peu capable de donner des lumières exactes sur notre coutume : tel est le jugement de Charles Dumoulin , qui d'ailleurs parle avec les plus grands éloges de ses profondes connaissances; 4« un recueil de plusieurs traités sur des questions de droit , dédié à Hugues Foumier, qui avait été le maître de d'Angleberme et

(1) JufisconsuUissimus et ulriusque linguœ perilmimus.

(2) Dans son ouvrage De Scholà Aurelianensi inslaurandA.

SEPTIÈME SÉRIE. — MAGISTRATS ET JURISGONSl

qui inourat président du Parlement de Bourgogne , v( de ces traités est sur la loi saiique : l'auteur s'attache à une foule de textes des lois romaines, le peu d'aptitud( pour les grandes affaires et pour le gouvernement; il ajoute une énumération circonstanciée des femmes qui ont abusé du souverain pouvoir et finit par se demander : midierem fortem quis inve^ nte(? Ses ouvrages historiques ou littéraires sont : !<> une Vie de saint Euoerte et un Eloge de saint Aignan, évêque d'Orléans; 2<> un*Panigyrique de la vUle d^ Orléans, prononcé après 1514, au temps de l'év^ue Germain de Gannai. a Ce panégyrique , un des bons ouvrages « eo ce genre , mériterait d'être plus connu ; il est écrit , dit Dom « Gérou, avec beaucoup d'art, de génie et d'imagination; on y re- « marque même une délicatesse peu commune dans ce siècle. » Il a été inséré par François Lemaire dans son Recueil des poèmes et panégyriques de la vUle d'Orléans , par Léon Tripault, Raymond Massac, Raoul de Botherays &c....; Z^ Histoire des guerres entreprises par les rois de France en faveur de la religion; 4» Florides d'Apulée : ce sont des fragments des déclamations d'Apulée , orateur romain assez distingué; 5?. différentes exhortations pleines de sagesse et des plus pars sentiments de piété, où l'auteur s'efforce d'exciter dans ses disciples l'amoiur de l'étude et de leurs devoirs. On y remarque , eu particulier, un éloge Ingénieux de la musique et de la danse^ dans lequel se trou^ un apologue imité de Lucien : <c Un roi^d'Egypte faite sait apprendre k danser k deux singes par un des des plus excel- « lents maîtres de sa cour. Un courtisan, pour divertir le monarque, «( prit un jour des noix qu'il répandit au milieu de la salle où les deux « singes recevaient leur leçon. A la vue de ces noix, les singes ouff bliant et le maître et ses préceptes ,<'quitt^rent les habits précieux « dont ils étaient revêtus et se jetèrent avec avidité sur les noix. » Telle est, disait d' Angleberme , l'image de ce qui arrive trop souvent k la jeunes^ : ces noix représentent les plaisirs qui ne lui font que trop oublie/ le soin de son instruction. Tous ces ouvrages sont écrits enlatih.

lyAngleberme cultivait aussi la poésie ; on lui attribue un hymne, en vers saphi^ues, k l'honneur de saint Jérôme.

Profond jurisconsulte, littérateur distingué, plein de génie et de

science, d'Angleberme eût été un des phis grands hommes de son

tem]^ « s'il n'eût pas trop souvent surchargé ses écrits du poids

« d'une érudition déplacée; mais ce défaut était commun k cette

« époque, et il faut moins l'attribuer k l'écrii^in qu'au temps où il

« vivait (1). »

^ DE L'ÉTOILE (Pierre-Taisan).

On trouv^dans les manuscrits un Jean de l'Etoile^qui était, ^ers i397, lieutenant-général k Orléans : cette charge devint héréfttaire dans sa famille et fut exercée successivement par Renaud et Sebastien de l'Etoile. Pierre naquit à Orléans en 1480 ; il se livra de bonne heure k l'étude approfondie de la jurisprudence, et, en 1512, il^tait docteur-régent en l'Université d'Orléans. Sa manière d'enseigner lui attira un grand nombre d'écoliers, parmi lesqiîels se trouvaient Jean Chauvin, ou Calvin, dont l'entrée k l'Université d'Orléans date de 1527, et Charles Dumoulin. Pierre de l'Etoile fut beaucoup plus son ami que son partisan. Marie de l'Etoile, connue paf ses liaisons avec Théodore de Bèze, qui, dans ses Juvenilia^ l'a célébrée sous le nom de Candide , était nièce du savant professeur; elle mourut jeune et fut inhumée dans le Grand-Cimetière, où l'on vo'yait encore auTX>mmencement dp XYIII^ siècle une épitaphe latine et fhtnçsSse que Théodore de Bèze avait fait graver sur son tombeau.

Pierre de l'Etoile, k la mort de Marie Buinard, sa femme, embrassa l'état ecclésiastique, et on le voit en même temps professeur de * l'Université et chanoine de l'église d'Orléans. En 1528, il parut au concile provincial de Par)s,où11 s'éleva contre les nouvelles doctrines avec tant d'énergie qu'il se fit distinguer de .François I«'. Cenrincé le nomma conseiller au Parlement et président aux enquêtes. U remplit ces fonctions jusqu'k sa mort, qui arriva en 1557,^ laissant la réputation <f un des plus habiles magistrats de son siècle'. Théodore de Bèze, qui Testimait autant qu'il aimait sa nièce, fit, en vers latins,

(i) Cette nntice, comme celle de la Biographie Universelle, es^ empruntée , en grande partie , au manuscrit de Dom Gérou , qui recUGe plusieurs erreurs de Moréri * et de quelques autres biographes au sujet de Pyrrhus d'Angleberme.

deux épitapbes k la mémoire de Pierre de FEtoile , qu'il appelle Gdhrum jurisconsuUorum quondam in Academiâ Aurelianensi facile princeps. Gentien Henret et Vulteius firent aussi son éloge. Il laissait on fils , Louis de l'Etoile, que Baillet a mis au rang des enfants célèbres sons le nom de Stella; il savait parfaitement le grec, et, k quinze ans, expliquait publiquement Lucien. C'est dé lui que descend l'auteur si connu du journal de Henri m et de Henri IV.

Pierre de l'Etoile a laissé quelques ouvrages assez estimés. Dumoulin, qui en fait l'éloge, dit cependant qu'il était peu versé dans la pratique. Il soutint une polémique contre Nicolas Ducbemin , docteur de l'Université d'Orléans, au sujet d'Alcial. On a de lui Pétri Stellm repetitio legis (Orléans, in-4o) ; Pétri Stellm repetitiones (1528). Cet ouvrage contient l'explication de différentes lois romaines sur lesquelles les jurisconsultes n'étaient point d'accord entre eux.

Ga.-F. L.

DU PONT (Dekis).

Le XVI« siècle fut, en France, l'âge d'or de la jurisprudence, le siècle de Cujas et de Dujnoulin, ces géants de la science, comme les appelle M. Troplong , qui portèrent le droit à son plus haut degré de splendeur, et où la science nouvelle, toute fière qu'elle soit de ses conquêtes, a toujours besoin de se retremper, comme à une source pure et féconde. Denis du Pont, appelé par les savants Pontanm , fiit, k cette époque, l'bonneur du barreau blésois (1).

U naquit k Blois à la fin du XY^^ siècle, a Comme il était bien fait de corps et d'esprit, dit Bemier, on lui conseilla de bonne heure île se marier, et je né m'étonne pas trop, continue le même auteur , s'il fut facile h persuader, de la manière dont il parle du sacrement dans son Commentaire de la CotUume de Blois. » Il choisit pour compagne Marie Barbe, descendante d'un Andrcms Barba, dont le nom figure dans une charte blésoise du XI^» siècle, et dont les derniers descendants ne sont morts , à Vendôme , qu'à la fin du siècle dernier.

(I) Blesemis adoœatimis deeta (Dumoulin).

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