‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 3)Chapitre 20 sur 51 · CHAUVEAU-LAGARDE · texte numérisé non relu

CHAUVEAU-LAGARDE

Né à Chartres en 1765, cet avocat jouissait déjà de quelque réputation au barreau de Paris, lorsque les orages politiques vinrent lui fournir l'occasion de déployer son courage et son talent sur le vaste et sanglant théâtre de la révolution. U y disputa un grand nombre de victimes au féroce Fouquier-Tinville et aux comités de salut public , et prêta généreusement l'appui de sa parole éloquente au général Miranda, a Brissot et à d'autres accusés, quelles que fussent d'ailleurs leurs opinions politiques. Ses syiopathies étaient cependant acquises à la ùmille royale, et il partagea avec Tronçon-Ducoudray les périls et la gloire de défendre Marie-Antoinette devant le tribunal révolutionnaire. Le zèle qu'il apporta dans ce triste procès le fit arrêter avec son collègue. On voulut les contraindre k révéler des secrets qu'on supposait leur avdr été confiés par l'auguste cliente; mais leur interrogatoire dissipa tous les soupçons , et ils forent rendus k la liberté.

Cbauveau-Lagarde fut aussi le défenseur de Charlotte Corday; mais il se trouva k peu près réduit au silence par l'attitude héroïque de l'accusée, qui se glorifiait hautement devant ses juges du crime qu'on lui imputait. Cependant il remplit sa mission délicate, autant que le permettaient les circonstances, et sans démentir ni son caractère ni l'opinion qu'il pouvait s'être formée, comme citoyen, sur l'assassinat de Marat. Il se borna k invoquer l'indulgence du tribunal, en se fondant sur le fanatisme politique et l'exaltation sous l'empire desquels Charlotte Corday s'était rendue coupable du crime d'homidde. Mais la jeune fille l'interrompit et protesta que son action avait été résolue dans le calme de la raison et sous les seules inspirations du civisme. Elle n'en conçut pas moins d'estime pour son défenseur, et , après sa

condamnation : « Monsieur, lui dit-elle , tous m^avez défendue d^une a manière délicate et généreuse; c'était la seule qui pût me convenir; <c je vous en remercie , et je veux vous donner une preuve de mon « estime. On vient de m'apprendre que mes biens sont confisqués , je « dois quelque chose à la prison , je vous charge d'acquitter cette « dette. »

L'honorable et courageux avocat s'empressa de remplir cette mission , et fut arrêté quelque temps après , malgré le crédit de Coffinhal qui l'avait constamment entouré de sa protectiop. Il recouvra sa liberté après la chute de Robespierre et défendit, devant une commission militaire, en 1797, l'abbé Brottier, accusé de conspiration royaliste. Devenu avocat au Conseil-d'État sous le règne de Napoléon, il n'en adhéra pas moins à sa déchéance en 1814, et fut nommé, par la Restauration, avocat à la cotir de cassation et aux conseils du roi. 11 porta la parole, au nom de son ordre, pour féliciter le roi Louis XYin sur sa rentrée dans sa bonne ville de Paris , et fut très-bien accueilli par les divers membres de la famille royale. Toutefois, la duchesse d'Angouléme ne se mit guère en frais d'affabilité : elle se contenta de dire au défenseur de Marie-Antoinette : < Je connais depuis longue temps vos sentiments, m Peut-être Chauveau-Lagardé se crut-il quitte envers la Restauration. Toujours est-il qu'il consacra son dévouement et son éloquence à la défense des proscrits d'dn autre parti. Son plaidoyer pour le général Bonnaire attesta que l'âge n'avait point affaibli son zèle pour les malheureux poursuivis par le pouvoir. Il fit même imprimer une notice historique sur la vie de son client.

Lorsque son jeune compatriote, l'avocat Isambert, fut cité k la barre du tribunal correctionnel , en 1826 , à raison d'un article inséré dans la Gaiette des Tribunaux, Chauveau-Lagarde lui prêta l'appui de son nom et de son expérience, et lui servit de conseil , tandis que M. Dupin aîné réfutait dans une admirable plaidoirie les chefs d'accusation, et obtenait de la cour royale un verdict d'acquittement. Après 1850, Chauveau-Lagarde fut nommé conseiller à la cour de cassation. Il mourut au mois de février 1841. On a donné son nom k une rue du quartier de la Madeleine.

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