‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 3)Chapitre 19 sur 51 · Un Cours de droit français ou Code Napoléon, approfondi · texte numérisé non relu

Un Cours de droit français ou Code Napoléon, approfondi

2 vol. in.8o (1813) ;

8o Un Traité des privilèges et hypothèques, 1 vol. in-8<> (1820);

6» Un Traité des intérêts, 1 vol. in-12 (1826).

Pour être impartial, je dois dire qu'on lui accordait une grande érudition, mais qu'on lui reprochait, tant dans ses écrits que dans sa parole, une obscurité qui nuisait h sa science; néanmoins, ses livres sont encore quelquefois cités et justement appréciés.

Louis-Barnabe Cotelle mourut à Paris, le 29 janvier 1827, âgé de soixante-quatorze ans.

SEPTIÈBIE SÉRIE. — IfAGISTRATS ET JURISCONSULTES. 125

Dans les dernières années de sa vie, il fut en proie aux plus cruelles souffrances, causées par la maladie de la pierre. Quoiqu'il eût été opéré par le célèbre Dupuytren, il ne put jamais guérir d'un accident survenu au cours de l'opération.

Il avait toujours vécu, à Paris, daps l'intimité d'honunes distingués, parmi lesquels on peut placer en première ligne le vertueux Henrion de Pansey.

n laissa trois enfants, dont l'un fut tué k Waterloo, étant, à vingtdeux ans, capitaine en premier dans le génie militaire, chevalier de la Légion-d'Honneur et ayant déjà soutenu le siège de Hambourg et (ait huit campagnes. Ses autres enfants sont encore existants.

- A. CNITBLIiB.

DINOCHEAU (Jacques).

Jacques Dinocheau, fils de Samuel Dinocheau et de Marguerite Âubois, naquit k Blois le 27 juillet 1752. D fut destiné d'abord à l'état ecclésiastique et fit même un noviciat k l'église Saint-Honoré^ sa paroisse; mais s'étant adonné par vocation k l'étude de la jurisprudence, il exerça, jeune encore^ la profession d'avocat près du conseil supérieur établi k Blois. Ces conseils étaient .des espèces de tribunaux d'exception, institués pour recueillir au besoin l'héritage des parlements, et tenir d'une main plus complaisante et plus docile au pouvoir la balance de la justice. Dinocheau se fit bientôt remarquer au barreau par son organe pur et éclatant, par son geste avantageux et noble. La protection de M^r Thémines, évéque de Blois, loi fit obtenir la charge de bailli de Pont-Levoy, d'où il passa bientôt au bailliage de La Tombe, fief dépendant de l'abbaye de la Guiche et du ressort de Chaumont-sur-Loire. Dinocheau fut un de ces hommes parlementaires que 1789 éleva sur le pavois révolutionnaire , et il fat choisi par le tiers-état pour représenter sa province aux Etats- Généraux, n prit place k la gauche de l'assemblée nationale, et, dans uo accès de libéralisme, il se rangea parmi les partisans de Mirabeau.

Sa liaison avec Camille Desmoulins et la fameuse Théroigne de Mcricourt lui attirèrent bon nombre d'épigrammes qu'on retrouve au

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grand complet dans les journaux ennemis de la réTolution. Pour mieux se défendre, Dinocheau se fit lui-même publicîste et rédigea dans le Blésois un journal intitulé : Le Courrier de Mudon, 'qui se soutint six mois h peine , et qui dura trop Icmg-temps encore pour l'honneur de Dinocheau. L'ingratitude n'est pas le moindre défiaut des pamphlétaires, et le député journaliste ne se fit pas scrupule de déchirer son ancien bienfaiteur. Il dut peut-être k ce journal d'êlre nommé, en 1791, président du tribunal criminel de Blois.

n lui fallut réprimer avec rigueur les insurrections locales excitées par le transport des grains, et cette effervescence populaire excitée dans les campagnes par les principes du Courrier de Madofi^ dont il faillit lui-même être une des victimes. En vain chercha-t-il Il retenir les passions déchaînées; déjà les proconsuls révolutionnaires parcouraient les provinces, et Carra vint, au mois d'octobre 1793, organiser le département de Loir-et-Cher. Une réunion populaire eut lieu sous sa présidence dans l'église cathédrale de Blois, devenue temple de la Raison. La municipalité de Blois et tous les fonctionnaires furent destitués en masse par cet aréopage de cabaret, qui faisait de la justice expéditive. Dinocheau, alors procureur de la commune, accusé d'avoir singé le patriotisme et modérantisé le peuple par des phrases emmiellées, Ait taxé à mille livres et jeté en prison. 11 était encore détenu lorsque Gamier de Saintes, chargé d'une nouvelle épuration des autorités départementales , vint tenir une nouvelle séance dans le temple de la Raison, et conclut à ce que l'ex-procureur de la commune restât en prison jusqu'à la paix. Il ne recouvra la liberté qu'à la chute de la Terreur , et se livra de nouveau à l'exercice de la profession d'avocat, sous le titre de défenseur officieux. Lors de la réorganisation des tribunaux, sous l'Empire, n'ayant obtenu qu'une place par trop modeste de juge-suppléant, il se voua excidsivement au barreau, théâlre de ses premiers et de ses plus légitimes succès. Lorsqu'on institua les cours d'appel, il quitta Blois pour se rendre à Orléans, où sa capacité de jurisconsulte et son talent d'orateur lui acquirent une grande réputation. Une admirable facilité d'élocution , une discussion à laquelle l'esprit don** nait autant d'intérêt que de charme , un grand bonheur de répliques et d'à propos, tels étaient les caractères dataient de Dinocheau. Il

plaidait avec une mesore^ une décence et un respect des convenances tout-k-fait remarquables : ausri son exemple contribua-t-îl beau-^ coup k ramener le barreau d'Orléans aux traditions anciennes trop souvent méconnues depuis la révolution.

Outre son journal et ses pamphlets, Dinocheau avait entrepris une KfUnre pkUosophique et politique de Vassemblée comUtuante, dont il n'a paru que le commencement. Le style se ressent des passions du temps ; mais on y remarque, dans certaines pages, une grande rectitude de jugement et une certaine élévation de pensée , témoin sa critique des justices seigneuriales, son opinion sur la réforme judiciaire et surtout sa manière d'envisager la répartition de l'impôt.

Dinocbeau mourut à Orl^ns le 12 février 1815. On trouve dans le secopd volume des Mémoires de la Société littéraire de BUns (1856) un éloge de Dinocheau , par M. Vallon, avocat, où nous avons extrait cette notice biographique.

Le baron de MONTARAND.

Issu d'une famille ancienne et considérée de l'Orléanais, Jean-Ba^H tiste-Louis-Augustin Couét de Montarand naquit au Cap français (Oe Saintp-Domingue) en 1756. D fut envoyé en France pour y faire se» études de latinité et de droit, et trouva dans l'aonitié ^ maîtres auxquels il fut confié les leçons qui font les bons magistrats. Nommé par Louis XVI, k vingt^deux ans, sur la recommandation de TÂ^^ Louise de France et par dispense d'âge, conseiller assesseur à la sénéchaussée du Gap, il passa, en 1780, conseiller au conseil supérieur. En 93, il fut proscrit par les commissaires du gouvernement révohitionaair^ et sa tête fut mise à prix par suite de l'énergie avec laquelle il manifesta, dans l'assemblée coloniale, ses opinions royalistes. D se réfugia sur la barque d'un caboteur, jusqu'au départ d'un navire américain^ et émigra k New-Yorck. Il y épousa ftP^« Jauvin de Léogane, fille d'un intendant général de la marine, et riche colon de Saint-Domingue qui, comme lui, banni de la colonie^ s'était retiré également aux États- Unis.

En 1802, il fut rappelé h Saint-Domingue et fut fait président du tribunal de première instance de Port-au-Prince. Après la mort du

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général Leclerc, les Français ayant évacné cette viHe, il alla à l'tiede Cuba ayec une grande partie de la population française. U se rendit, quelques années plus tard, auprès dii général Ferrand qui commandait k Santo-Domingo et fut nommé procureur général près la cour d'appel. A l'époque de la guerre d'Espagne, cette lie fut assiégée par les Anglais et les Espagnols réunis* M. de Montarand eut souvent l'occasion de montrer qu'il joignait aux yertus du magistrat la brayoure d'un ofiider sur le champ de bataille. Après une résistance opiniâtre et un siège mémorable, les Françsds finirent par capituler. Le magistrat, que le patriotisme avait fait soldat, fut conduit, en i809, prisonnier k la Jamaïque avec tous les assiégés. Privé, par suite des désastres de Saint-Domingue, d'une fortune considérable, M.^ de Montarand soutint le malheur avec autant de constance qu'il avait mis de courage k défendre son pays.

Rentré en France en 1811, il se fixa dans la ville d'Orléans, qu'avaient habitée ses ancêtres et où il retrouva des parents alliés k sa famille depuis plusieurs siècles. U fut nommé conseiller k la cour d'Orléans, en 1815, conseiller k la cour royale de Paris et procureur général près celle d'Orléans en 1816, par Louis XVUL Les opinions politiques, quelle qu'en soit la nature, ont droit même au respect de ceux qui ne les partagent pas, quand elles reposent sàr les principes invariables de la morale et de l'honneur : si M. de Montarand montra toute sa vie qu'il avait hérité de l'attachement traditionnel de sa famille pour les Bourbons, il sut toujours conserver, au milieu de ses préférences et de ses sympathies, cette impartialité et cette haute indépendance de caractère qui commandent l'estime de tous.

Gomme procureur général près la cour d'appel d'Orléans, éminentes fonctions qu'il remplit jusqu'k sa mort, M. de Montarand montra la dignité et les vertus des membres de nos anciens parlements. Souvent il usa de son influence auprès de ses amis, MM. Ferrand d'Ambray et de Marbois , ministres de la justice, et même auprès du roi, pour solliciter en faveur des malheureux condamnés k la pdne capitale.

On cite de lui plusieurs discours remarquables, entre autres celui qu'il prononça en 1791, au Cap français, pour protester contre les doctrines révolutionnaires qui agitaient la France et les colonies ; celui qu'il prononça lors de l'installation de la cour d'Orléans, en

1816, et celai qu'il fit en 1824, à l'ayènement de Charles X au trône. II mourut quelque temps après. La cour royale d'Orléans, par une délibération restée dans ses archives, exprima ses regrets de la perte qu'elle venait de faire. Ces sentiments unanimes proclamés par ses collègues sont tels qu'il n'est réservé qu'à un petit nombre de magistrats d'en inspirer de semblables.

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