‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 3)Chapitre 22 sur 51 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

150 LES HOMMES ILLUSTRES DE L'ORLÉAIfAIS.

rédtlë du irône ddns sa famille, il fit sacrer de son vivant son fîis Robert , et l'associa^k la dignité royale. Triste pouvoir que celoi da roi de France à cette époque de violence et d'anarchie! Il ne pouvait se rendre de Paris à Orléans sans passer sur le territoire de plusieurs seigneurs, qui souvent lui refusaient l'entrée de leurs <;hâteaux-forts. L'autorité royale se réduisait à de vaines prérogatives honorifiques. Aussi , lorsque Hugues Capet vint à mourir (987) , nul ne contesta à Robert ce titre onéreux ; ni la Flandre, ni la. Normandie, ni l'Aquitaine ne s'en préoccupèrent. Robert se fit couronner dans la cathédrale de sa bonne ville d'Orléans, et régna paisiblement sur rUe-de- France,

Son règne n'offre guère d'intérêt historique, et quand le moine Helgaud , son biographe , nous l'a montré tour-Mour occupé de ses dévotions, de ses charités, des hymnes qu'il mettait en musique et de ses querelles de ménage , il a réellement parcouru tout le cerde des occupations royales, ce En ce temps-là, dit le pieux chroni- « queur, Dieu jeta un regard sur les enfants des hommes, pour voir « s'il en était encore un, dans ce siècle pervers, qui comprit sa parole «t et se [souvint du ciel. Alors vivait le saint roi Robert. Il avait la a taille élevée, la chevelure lisse et bien arrangée , les yeux modestes, a la bouche agréable et douce à donner le baiser de paix, Ja barbe (c assez fournie et les épaules hautes. Lorsqu'il montait son cheval a royal , les-doigts de ses pieds rejoignaient presque le talon , ce qui , « dans ce siècle, fut regardé comme. un miracle par ceux qui le « voysôent. » Elt cependant la colère du ciel ne fiit pas désarmée par cette douce et innocente victime, que la Providence, au contraire, semble avoir destinée à expier, par ses larmes et ses prières, les crimes et les iniquités de son siècle.

C'était une croyance universelle, au moyen-âge , que le monde devait finir avec l'an 1000 de l'Incarnation. L'Apocalypse o'avait-èlle pas prédit que le démon, enfermé dans l'abime , serait déchaîné au bout ée mille ans? Le christianisme, passager sur cette terre, hôte exilé du ciel , fourvoyé dans un monde barbare, aspirait à l'ordre, au repos, et ne req)érait que dans la mort. Tout était, merveille ou miracle. On avait vu le soleil en défaillance et jaune comme du safran. Le diable ne prenait plus la peine de se cacher. Au milieu de tant d'appa-

riUons, de toîx étranges, parmi les miracles de Dieu et les prestiges do dânon, qui poaTaitcKre si la terre- n'allait pas on matin se résoudre en fomée ao son de la fetale trompetto(i)?

Gel effroyable eq>oir do jogement dernier s'aeerot dans les calamités qoi vinrent fimdre sor l'Ocddent. La peste décima les peoples époorantés, et la famine fot telle qo'on en vint k étaler, dans un marché, de la chair humaine. Qoelqoes^ons présentaient k des enfants on 0^, un fruit, et les attiraient k l'écart poor lés dévorer.

Robert vécut ao milieu de ces excessives misères qo'il a loi-méme partagées y et, comme le Christ, il vida jusqu'k la lie le calice d'a* mertume. Pieux jusqu'k la superstition, il vit éclater sur sa tête les anathémes de l'Éghse; charitable jusqu'k se dépouiller lui-mtoe, il se laissait encore voler par ses pauvres; aimant et chaste , il fut dupe de son cœur et de ses vertus mêmes, et ne trouva, ni dans s(m double mariage, ni dans ses enfants, les joies du coeur et les doftces consolations de la famille.

n avait ^usé en premières noces Berthe de Bourgogne , veuve do c<»Qte de Blois, et déjk mère de six enfants. Elle était sa cousine 2m quatrième degré , et avait tenu avec lui un de ses fils sur les fonts do baptême. Cette parenté spirituelle, non moins que le lien du sang, était OMMidéfée par FÉgHse conmie un anpêcbement au mariage (S). Le pape déclara cette union incestueuse, et envoya en France un légat chargé d'insister pour que le roi donnât satisfoction au Saint- Siège. Grégoire V avait encore un autre grief contre le roi de France. Amdphe, archevêque de Reims, frère naturel de Charles de Lorraine et emuenri de la nouvelle dynastie, était aussi prisonnier k la Tbiir- Newe. Robert espéra qu'en le mettant en liberté on lui permettrait de garder sa femme. U envoya donc k Rome Âblxm , abbé de Fleury, poor conduire cette négociatiim. Celui-ci fit valoir la condescendance du roi , 6l demanda en retour quelque indolgence poor one onion qui

(») MlCBLiT, IKit de fy. t. Il, p. i52.

(2) y vnàiy e^ outre, une raison politique. En épousant l'héritière de Bourgogne , Robert eût réuni à la France ce beau royaume d'Arles, tant convoité i)ar les empereurs d'Allemagne. Or, le Saint-Siège était alors sous la dépendance de TEmpire , et le pape Grégobre V, ancien précepteur d'Othon , dut prendre naturdiement les intérêts dn saint empire romain germanique.

semblait heureuse ; mais, plos dépendant de son dief spirituel que de son prince temporel , il se contenta d'obtenir des privilèges pour son abbaye , et revint en France sans avoir pacifié le roi avec la cour romaine (i). Rob^et Berthe forent exconmiimiés et sommés de rompre leur mariage. L'amour les faisant différer, le royaume fut mis en interdit. Ce fut un coup terrible pour le pieux roi. Personne n'osait manger avec lui , personne ne le servait, à l'exception de deux valets, qui jetaient aux chiens les restes de sa taUe et passaient au feu les vases dans lesquels il avait bti et mangé. Le bruit se répandit que la reine avait mis au monde un monstre avec des pieds d'oie. H n'est point impossible que l'imagination de Berthe , frappée par les menaces de Rome, ait donné k reniant qu'elle portait dans son sein quelque chose de monstrueux. Robert hésita encore quelques années, c<Hn« battu entre sa passion et son respect pour l'Église; mais, effhyé des conséquences terribles de l'anatbéme et de l'interdit, il se rendit en pèlerinage à Rome avec Berthe, puis la quitta, et fit pénitence pendant sept ans.

U épousa bientôt après Constance ,- fille de Guillaume TaiUeii^, comte de Toulouse, belle et capricieuse, aimant le faste, m rêvant que danses et tournois , opiniâtre de caractère et implacable dans ses vengeances. Elle mit k de rudes épreuves la patience de s<m &iUe époux, et, pour mieux le dominer, elle fit venir à la cour les sâgneurs de l'Auvergne et de l'Aquitaine, dont le caractère vain et léger et Iles moeurs dissolues contrastaient avec la franchise grossière et naïve des hommes du Nord. <c Ils étaient, dit Raoul Glaber, sfaigua lièrement accoutrés. A partir du milieu de la tête, ils ne portaient a pas 4e cheveux ; ils se rasaient la barbe comme des bateleurs; leurs a chaussures et leurs bottines étaient honteusement feçonnées; enfin « ils ne respectaient ni la foi, ni les promesses de paix. Hais , ô doute leur ! ces honteux exemples furent presque aussitôt imités par toute a la race des Français, auparavant si honnête dans ses manières, «( jusqu'à ce qu'elle eût égalé son modèle dans le crime et d«is «r l'ignominie. )i

Alors commence pour le pauvre Robert une longue série de tracas-

[\] Voy. la Biographie crABBOEf , t. H « p. 7.

Berfes et de querelles de ménage que le bon moine Helgaud nous raconte naïvement dans la vie de ce royal martyr de la foi conjugale.

Comme il soupsût à Étampes, dans un château que Constance ve^ naît de lui faire bâtir, il ordontia d'en ouvrir la porte à tous les pau* vres. L'un d'eux, se glissant comme un chien sous la table, se coucha aux pieds du roi , qui le nourrissait de son assiette. Le pauvre , jMrofitaiit de cette familiarité, coupa au manteau de Robert un ornement d'or du poids de six onces , qu'on nommait le label. Lorsqu'on se leva de table , la reine s'écria tout indignée : «c Quel ennemi de « Dieu, bon seigneur, a dépouillé votre robe d'or? » A quoi le saint rendit doucement : (t Celui qui l'a pris en avait sanâ doute plus « besoin que moi. » Un autre voleup lui ayant coupé la moitié de la frange de sa dilamyde ,' Robert se retourna et lui dit : a Assez I assez ! « laisse le reste pour md autre qui en aura peut^^é^e besoin. ^

Il était presque toujours consentant aux vols que commettaient k son préjudice les pauvres , clercs ou laies. Un jour qu'il priait dans sdn oratoire, il vit un clerc nommé Oger monter furtivement à l'autel, poser un cierge par terre et emporter dans sa robe le chandelier d'arr gent. Grand émoi parmi les gardiens de la chapelle ; on s'enquiert , on mterroge le roi qui déclare n'avoir rien vu. Cela vint aux oreilles de Constance , qui , enflammée de fureur, jura , par l'âme de son père , de faire arracher les yeux aux gardiens si le candélabre volé ne se r^rouvait pas. Alors Robert effrayé prit k part le larron et lui dit : « Amt (^er, va-t^n d'ici, que mon inconstante Constance ne te « mange pas. Ce que tu as te suffit pour arriver dans la Lorraine , ton « pays. Que le Seigneur soit avec toi ! » Quelques jours après, quand il crut le voleur en sûreté, il dit gaiment aux siens : a Pourquoi tant « vous tourmenter k la recherche de ce candélabre? Le Seigneur l'a « donné k^ son pauvre. x>

Une autre fois, après avoir fait sa prière dans l'église de Poissy , et répandu devant Dieu une pluie de larmes, il trouva sa- lance garnie par sa vaniteuse épouse d'ornements d'argent. Il avise aussitôt dans UH coin de Féglise un pauvre en haillons , et lui dit d'aller prudemment quérir un outil de fer. Celui-ci obéit, et revient auprès du serviteur de Dieu. Puis le pauvre et le roi s'enferment ensemble, et enlèvent tous les omemt^nts d'argent de la lance. Robert les met lui-

même, de ses saintes mains , dans la besace du mendiant, et Ini recommande de s'enfuir bien vite, et de prendre garde « en sortant, que sa femme ne le voie. Constance vint et s^éUmna fort de voir sa lance ainsi dépouillée; mais Robert jura, par plaisainterie , le nom du Seigoeur qu'il ne savait comment cela avait pu se foire.

Il avait une grande horreur pour le mensonge; aussi, pour éviter aux autres un sacrilège et ne pas se parjurer lui-même, il avait fiût faire une châsse de cristal ornée d'or, où il avait eu soin de ne mettre aucune relique. C'est sur cette chftsse qu'Q faisait jurer les grands, qui n'étaient point instruits de sa firaude (Meuse. De même, il feisait jurer les gens du peuple sur un œuf d'autruche.

Telle fut la doupeur et l'innocence du roi Robeit. On ne saurait lire, sans être touché, ces traits de simf^dté et de bienveillaiice, et tant de bonnes actions qui n'eurent d'autre témoin que Dieu.

Robert, dit l'auteur de la Chrmiqw deSaitU^Bertin^ était sage et lettré, passablement philosophe et excellent musicien. 11- composa la prose du Saint-Esprit qui commence par ces mots : AdsU nMs graiia; les rythmes JudcM et Hierusalem, Concède nobis qtUBiumus, et divers autres répons et chants d'émise. Lors d'un pèlerinage qu'il fit, l'an 1016, à Rome, au tombeau des saints apôtres, il déposa sur l'autel de saint Pierre et de saint Paul un papier cacheté, où les hôtes du Vatican se flattaient de trouver une donation importante. Ce ne fut pas dans humeur qu'en l'ouvrant ils y trouvèrent seulemrat Tantiphone Eripe et le rythme Cornélius eenturio, qu'il avait composés et mis en musique à l'aide de la gamme inventée par Guy d^Arezzo, son contemporain. Constance elle-même, voulant du moins ûnst parti de ce talent de son époux , le tourmentait pour lui faire faire quelque chose en mémoire d'elle. écrivit alors, un peu malicieusement peut-être , le rythme con$tantia martyrum, que la reine, à cause du nom de constaniia , crût avoir été foit exprès pour elle. Un de ses familiers, si ce n'est le roi lui-même, avait fait ce vers plaisant sur le nom de Contance :

Comtam et fortU qum non, Comlaniia, ludU.

GoDsUDCe a forte tête et ue badine {)as.

Il eut dans cette femme , dit le P. Daniel , une croix qui lui dora jus» qu'a la mort.

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HUITIÈME SÉKIË. — PlCRSOPiNAtifS POLITIQOËS. 135

Robert le Pieux avait hérité du goût de son père Hugues VAbbé, pour les céréffloùies religieuses. H allait souvent au chœur de l'église do Saiot-Denis, revêtu des habits royaux, la couronne en tête, et, déiant les moines au combat du chant, il entonnait vêpres et matines devant le lutrin. Comme il assiégeait certain château le jour de la fête de saint Hippolyte, auquel il avait une dévotion particulière, il quitta bravement le siège pour venir k Saint-Denis diriger le chœur pendant la messe , et , tandis qu'il chantait dévotement avec les moines Agnus Dei, dona nobis pacem, les murs du château assiégé tombèrent subitement, <;omme jadis les murailles de Jéricho ; ce qu'il ne manqua pas jd'attribuer k l'intepcession de saint Hippolyte. Il n'avait pas moins de confiance en saint Aiguan , patron d'Orléans ; et un de ses amis lui ayant un jour demandé quel était ce saint prélat : « Ài- « gnan ! Aignan ! s'écria-t41 , c'est la force des faibles, la consolà- « tion des affligés, le protecteur des rois , la joie des orphelins; » et se tonmant vers quelques écoliers qui étaient autour de lui , il leur dit : c< N'est-il pas vrai , mes enfaùts , que saint Aignan , de qui nous « parlons, vous a phis d'une fois sauvés de la peine du fouet? »

Un jour que le saint roi priait avec beaucoup de ferveur dans une église d'Oriéans, devant une image du Christ, et lui demandait la paix et la concorde entre ses sujets , le Crucifix lui répondit que jamais il n'aurait ta paix dans son royaume avant d'avoir expié les péchés et puni les blasphèmes qui s'y commettaient tous les jours. Or, en ce temps-lk, dit Raoul Glaber, il y avait à Orléans un grand nombre de Juifs. Ils corrompirent un valet d'église fugitif, et lui donnèrent des lettres, écrites en hébreu, qu'il cacha dans un bâton creux et ferré par les deux bouts. Le mécréant porta ces lettres au prince ou calife de Babylone, pour lui dévoiler le dessein que les chrétiens formaient déjii de marcher vers Jérusalem. A cette nouvelle, le prince barbare en* voya des satellites pour détruire le sanctuaire des chrétiens. Mais, d prodige! les marteaux et les cimeterres des infidèles ne purent faire aucune brèche à la pierre du saint sépulcre. On ne s'en vengea pas moins sur les Juifs, qui furent égorgés par le glaive, ou précipités dans les, rivières. Quelques-uns purent se racheter â prix d'or, et ne tardèrent pas a faire payer avec usure aux chrétiens, leurs débiteurs, rîntérét de leur rançon.

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15& LE^ HOMMES ILLUSTRAS DE l'ORLÉANAIS.

Vers la mémç époque, une femme, vemue dltalie, répsmdit k Orléans le venin de l'hérésie. <c C'est rartifice ordinaire de Satan, dit <c le médisant Symphorien Guyon, de se servir de la femme pour faire a tomber les hommes; d et il commente cette idée satirique esù des termes qui ne permettent pas de ^a reproduire entièrement. L'italienne séduisit deux prêtres de la ville : Héribert , écolàtre de Saint-Pierre-le-Puellier, et Lisois, chantre de Sainte^roix. Dénoncés par Richard, duc de Normandie, ils furent cités devant le condle d'Orléans, et sommés de rétracter leurs erreurs. 11 n'est pas trèsfacile de démêler, dans la procédure du tribiuial ecclésiastique,, les vraies opinions de ces sectaires. On croit que leur doctrine se rapprochait de celle de l'hérésiarque Manès, et qu'ils niaient la divinité de JésusrChrist, l'efiBcacité du baptême et le dogme de la présence réelle dans l'Eucharistie. La rumeur populaire ajoutait qu'ils -se livraient, dans des réunions secrètes, aux plus honteux dér^lements, qu'ils jetaient ensuite dans le feu les enfants nés de ces unions temporaires^ et que leurs cendres étaient, un philtre puissant, qui, mêlé k des liqueurs enivrantes, empêchait le néophyte qui en avait une fois goûté de jamais abandonner sa nouvellacroyancci. £n eflTet, malgré les injonctions des pi^élats et les prières du roi, les gnostiques d'Oiiéans refusèrent de rentrer dans le sein de l'ÉgUse. En conséquence, ils furent livrés k la justice séculière. Le jour des Innocents de l'année i017, on.les mena hors des murs de la ville, vers une chaumière remplie de matières combustibles qui devait leur servir de bûcher. Pendant le trajet, ils chantaient des hymnes, au grand scandale du peuple. La reine Constance s'étant arrêtée devant le porche de l'église, reconnut dans cette lugubre procession le prêtre Etienne, son ancien confesseur, et, emportée par son naturel violent, elle lui arracha un œil avec une baguette ferrée qu'elle tenait k la main. Les victin^es étaient au nombre de treize.- Un clerc et une religieuse , qui firent abjuration , ne furent point compris dans la sentence du concile.

De sinistres prodiges, arrivés k Orléans, semblaient encore présager de nouveaux malheurs. Un crucifix avait versé des larmes dans l'église dp Saint-Pierre-le-Puellier ; ualoup avait pénétré la nuit dans la nef de Sainte^roix , et , prenant en sa gueule la corde de la grosse cloche, il se mit k sonner matines. L'année suivante, uiie inonda-

HUITIÈME SÉRIE. — PERSONNAt^ES POLITIQUES. 137

tiçn de la Loire désola les cami^agDes et un terrible incendie dévoie la YiUe. Robert contribua , par ses libéralités, à relever les temples du Très-Haut , çe$ palais du pauvre, et Orléans , comme le reste de la chrétienté, se revétU de la rohe hUmche des églises. Ce fut alors que Samte-C)roii sortit de ses ruines plus spacieuse et plus riche , grâce au trésor que les ouvriers trouvèrent en creusant ses fondations. Alors aussi furent bâties ou restaurées la plupart des paroisses de la ville : rOratoire du Ch&telet, qui devint plus tard la chapelle Saint-^Louis, les églises SaintrYictor, Saint-Hilaire, Sainte-Colombe et Tabbaye de Saint-Yincent-des-Yignes. L^ collégiale de Saint-Âignan fut reconstruite à quelque distance de la Loire, sur l'emplacement qu'elle occape encore aMJourd'hui. La dédicace solennelle en fut faite le jour de la translation des reliques du saint prélat, le 14 juin 1Q29. Le précieux corps du serviteur de Dieu fut levé du sépulcre de la ideille église, et so;i chef déposé dans une châsse d'or fin du poids de quinze livres, enrichie de pierres précieuses. Robert porta dévotement sur ses épaules les glorieuses reliques, suivi du clergé et du peuple qui chantaient les louanges de Dieu avec des timbales, des chœurs de musique et des instruments à vent ou à cordes. La tradition d'Or* léans dit même que l'ofi&ce de saint Aignan, qui se chante encore aujourd'hui ^ fut composé à cette occasion par le roi Robert, qui , vêtu d'un ornement de pourpre vulgairement ^f pelé roquet, dirigea l'office du choçur pendant toute la eérémonie. Il confirma les donations et privilèges accordés au diapitre par les rois ses prédécesseurs, et fit doo k la nouvelle église de chasubles en soie, de chapes brodées d'argent, de missels à fermoirs d'or et d'ivoire, d'une table d'autel ^ ornée au milieu d'une pierre très-rare appelée onyx, ie trois croix d'or massif et de cinq cloches, dont une pesait 2,600 livres, et fut baptisa du^nom de Robert.

L'abbaye de jPleury n'était encore qu^une modeste retraite, plus riche de science et de vertus que de biens temporels. Elle était gour vemée p;ir Gauslin , frère naturel de Robert. Le roi , plein d'emie de la voir de ses saints regards, y vint prier, et donna généreusement aux moines la terre environnante , qui était très-£ertile. La moine Helgaud étant depuis allé à Paris, il lui donna pour son église des fragments de la chasuble de saint Denis, de la dalmatique de saint

138 LES HQMMES 1LLU^R£S DE l'ORLÉANAIS.

Rustique eC de saint Éleuthère, ^i un morceau de la corde dont fut lié saint, Denis , premier évéque de Paris.

Les dernières années de ce bon et faible prince ne furent pas plus exemptes que les premières de chagrins domestiques. Sans cesse tourmenté par. Constance , il s'avisa un beau jdur qu'efle ^tait aussi sa parente éloignée , et , dans un nouveau pèlerinage qu'il fit k Rome , il sollicita du pape un nouveau divorce. Il regrettait l'humeur plus douce de Rerthe, et tenta plusieurs fois de s'en rapprocher. Hugues de Reauvais, favori du faible monarque, flatta son penchant, et mal lui en prit. Constance s'était retirée, pendant l'absence du roi, dans un château de Rourgogne. A la nouvelle que sa rivale avait suivi Robèft à Rome, elle eut un violent accès de jalousie; mais elle fut tranquillisée par une vision de saint Savinien , et bientôt , en effet , son époux revint prendre sa chaîne, plus fidèle que jamais. Hugues de Reauvais, l'ami complaisant, fut, comme toujours, sacrifié à cette réconciliation coûjugale. Constance le fit massacrer à la chasse par quelques-uns de ses chevaliers, sous les yeux mêmes du rei. Robert fut triste quelque temps; mais, ajoute Raoul Glaber, il se réconcilia bientôt avec la reine, corhme il le devait.

A l'exemple de son père, Robert avait associé à la couronne son fils aine Hugues ; mais ce prince mourut à la fleur de J'àge en Tannée 1025. 11 avait trois frères qui lui survécurent: Eudes, Henri et Robert. Eudes était imbécUle, et si mcapable de régner que les courtisans euxHuémes en tombaient d'accord. Constance disait, et la plupart des évéques jugeaient avec elle, que Henri le puiné était effè^ mim^ j>ares$eu±^ et que dans sa négligence des lois il ressèn^lerait à son père ^ tandis ^lu'elle attribuait au cadet, Robert, de gi*andes qualités et l'art si difficile alors de régner. I^e droit de primogéniture n'était pas encore bien réglé dans la dynastie nouvelle, et, de part et d'autre , on eut recours aux armes. Les fils de Robert , divisés par leurs prétentions rivales, se trouvèrent ^d'accord pour combattre leur malheureux père. Ce fut , dit le chroniqueur, une guerre plus que civile^ dont la Bourgogne fut le théâtre. Enfin le bon roi, brisé par tant de douleurs et déjà sexagénaire , sentit sa fin approdber. Il fut pris de la fièvre h Melun , comme il revenait de visiter les principaux sanctuaires de France. Une douta point que sa maladie ne fui mor-

telle , mais il n'avait pas été assez heureux durant' sa vie pour regretter beaucoup de la perdre, et il parut plutôt contempler avec joiel'ap^ proche de la mort , qui était pour lui Taurore de la vie nouvelle.

Ce roi Ja fleur embaumée de son pays , armé de ses saintes vertus et avide de la bénédiction céleste , mourut à Melun le âO juillet i051 . Son corps Ait enseveli, auprès de celui de son père, devant l'autel de la Trinité , daim les caveaux de Saint*Denis.

n fot pleuré par le peuple , et , à ses funérailles , au milieu des sou«pvs des pauvres et des sanglots des veuves et des orphelins, on entendait les assistants se dire les uns aux autres : « Nous avons perdu < un père qui nous gouvernait en paix; nous étions en sûreté et nos « biens aussi, et nous ne craignions personne. »

Qui le croirait? la mémoire du pieux Robert ne fut pas à Tabri de la calonmie, et Tun de ses contemporains, l'évéque Âdalbéron , prélat intrigant et brouillon, osa adresser, dé son vivant, à ce prince débonnaire, une satire en forme de dialogue, dans laquelle,, sous prétexte de censurer les mœurs des moines et de la cour, il blâme vertemadt la conduite personnelle du roi. Pauvre Robert! qui, après avoir tracé si péniblement le sillon où devait éclore la royauté , n'ayant qu'un roseau pour sceptre et pour diadème qu'une couronne d'épines, ne trouva dé repos que dans la tombe, et de récompense que dans un monde meilleur.

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