‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 3)Chapitre 23 sur 51 · JEHAN DE SAINTRÉ · texte numérisé non relu

JEHAN DE SAINTRÉ

La famille de Saintté, au XIV® siècle, était une des plus anciennes du Vendômois; elle portait de gœules à la bande d^or, avec lambel .d'or de quatre pièces, avec un bois de cerf peur cimier. En i555, Jean I^ de Saintré était sénéchal d'Anjou et du Maine, et lieutenant dePiare de Craon. 11 était Famifntime de Boucicaut et de Duguesdin, et passait pour un des plus braves chevaliers de son temps.

Son ffls, Jean de Saintré, né à Vendôme, fut célèbre sous le nom inpeti^ Jehùn de Saintré. Le roman s'est emparé de cette curieuse figure, et il est assez difficile de séparer la fiction de la réalité dans cette biographie. Antoine de la Sale, l'un des écrivains les plus on*

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giaattx du XV* siècle, en a fait le héros de Vhysêoire et pUmante chrtH nique du petit Jehan de SanUri et de la jeune dame det Betk^ CourineSp sans autre nom nammet.

Jehan, qui dès Tenfance se distingue déjà par son adresse et sa supériorité dans tous les exercices du corps, devient page du roi. Parmi les personnes admises à la table royale, se trouve la dame des BeUes- Cousines, d'un très-haut rang et yenxe d'un grand prince dont les années avaient été le moindre défaut. La dame des Belles^Cousines est vive et sensible; Jehan a de beaux yeux touchants et persuasife; sa faille est bien prise ei sa physionomie pleine d'attraits : on comprend que l'amour ne tarde pas k s'établir entre deux personnes si bien fiiites pour se plaire mutuellement. La princesse, à chaque repas, lui remet son assiette couverte de confitures^ ce qui est une faveur significative.

Le pauvre Jehan de Saintré se contente de rougir beaucoup et son amour resterait enseveli dans les abîmes d'une timidité discrète, si la Belle-Cousine, qui est quelque peu coquette, ne savait habilement lui arracher son secret. Bientôt une douce intimité s'établit entre les deux amants; des signes mystérieux la dérobent aux yeux du vulgaire : quand la dame metime épingle entre ses dents et que le jeune page répond en se frottant l'œil droit, les seigneurs de la cour sont libres de n'y rien comprendre, mais tous deux savent interpréter ce langage symbolique de la passion.

Bientôt l'intérêt de la grande dame se manifeste par de riches présents, et Jehan de Saintré peut paraître k la cour avec une robe de fin bleu doublé de fins agneaux de Roumélie, et un chaperon garni de martre de Sibérie. Tout cela ne fait que rehausser sa bonne mine ; la reine elle-même le regarde avec plaisir, et le roi se charge de son avenir. Le petit page est devenu un grand seigneur; il a trois chevau)^, des valets richement habillés et quatre cents écus d'or dans son escarcelle. Il faiut ajouter k cela qu'il est le plus heureux dés amante, et que la bienheureuse épingle qui indique le rendez-vous vient chaque jour se poser sqir les jolies dents de la princesse.

L'amour rend ambitieux; Petit Jehan qui veut être fait dievalier, doit mériter par quelque entreprise d'armes célèbre l'accolade et les éperons d'armes. Il fait un défi aux plus braves guerriers et les provoqué dans ^n combat en champ clos. Notre héros, comblé de pré-

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seiits, enrichi de bracelets, d'attaches, d'anneaax et de pierreries par toute la cour, va prendre congé de sa dame, puis il arrive à la conr d'Aragon, où il triomphe d'un des pins redoutables seigneurs^ A son retour en France, où le bruit âe ses exploits s'était répandu, il est accueilli avec enthousiasme et l'amour de la Belle-Cousine, augmenté par l'admiration, se manifeste tellement par le jeu de l'épingle que la mue ne peut s'empêcher de le remarquer, et lui reproche une habitude qui petU gâter ses belles denisp

Maïs Jehan est trop heureux et bientôt il doit être frappé dans ses plus diëres affections. Après s'être distingué dans plusieurs tournois, il va combattre les infidèles. La princesse tombe malade de chagrin et obtient de la reine la permission de se retirer dans son château, près Vendôme. Dans le voisinage se trouve un monastère; l'abbé est un homme de cour aussi distingué par les agréments physi(pies que. par les charmés de l'esprit. La connaissance s'étabUt peu à peu, Testime devient de l'amour, et tandis que Jehan, couvert d'une gloire immortelle, tuait dete soudans, s'emparait de l'étendard du croissant et massacrait une foule d'infidèles, la Belle-Cousine, au mépris 4e ses serments, se laissait séduire par la beauté, la noblesse et 4a distinction de Damp abbi.

Saintré revient en France ; il apprend bientôt de la bouche même de celle qu'il aimsât sa disgrâce et le succès d'un autre. Vaincu une première fois dans une lutte corps k corps avec Damp abbé, il lui perce la langue comme parjure et enlève à la Belle-Cousine la ceinture de loyauté dont elle a l'audace de continuer de se parer. Puis, après avoir humilié l'infidèle devant les dames de la cour, il prend le parti de se guérir de sa passion pour une femme indigne de lui. .

On soupçonne assez vaguement que la dame des BeUe^Cousine^ était Marie, petite-fille du roi Jean par sa mère, Jeanne de Navarre. Elle était cousine de Charles VI et il est probable que c'est elle qui assista au combat en champ dos de Jehan de Samtré avec le seigneur de Loiselench, baron de Pologne. Marié k Jeanne de Thôuars, Jehan fut chambellan du roi Charles VI, qui l'aimait beaucoup, se distingua par de nombreux faits d'armes, surtout en Hongrie, où il combattit les Turcs et les Sarrasins, et fut armé chevalier sur le champ de

bataille par le roi de Bohême. Yoilii ce que rhiatoire fournit de phi9 exact sur le petit Jehan de SaùUri, dont la plaisante chroni^ et les amours ont depuis été rajeumes par le comte de Tressan.

OQ.-P. L.

Le CÀRmNAL D'ÂMBOISE.

Parmi les œuvres d'art que la cathédrale àe Bouen offre à l'admiration des visiteurs, il y a un tombeau d'une incomparable richesse. L'oeil ne voit partout que statuettes , tourelles; clochetons et arabesques; par-dessus toutes ces merveilles d^ ciseau qui n'a pu être manié que par un artiste du XVI® siècle, dominent deux statues de <^urdinaux k genoux. Ce tombeau est celui de Geoi^es d'Amboise. L'une de ces statues représaite le populaire ministre de Louis XII. Louis Xn, Georges d'Amboise, voilà deux noms inséparables dans L'histoire^ comme ceux de Richelieu et de Louis XIII, d'Auguste et de Mécène. Le 'cardinal d'Amboise inspire et dirige pendant plu8.de vingt ans toute la politique du prince auquel il avait voué sa vive iatdligence et son affection chaleureuse; il seconde puissamment, par une protection libérale et éclairée, l'épanouissement des lettres et des arts. C'est à ce double point de vue que nous essayerons d'esquisser la physionomie de l'homme éminent que la division de la France par départements nous donne l'heureux droit de compter parmi les illustratimis du pays Orléanais.

Georges d'Amboise naquit, «n 1460, dans ce château de Chau-. mont (Loir-et-^er) qui s'élève si mi^estueux, du sein d'un bouquet de verdure, sur une colline que biaigne la Loire; c'est l'un des plus charmants joyaux de ces rives enchantées où les souvenirs historiques viaBoient k chaque pas se mêler aux beautés de la nature. Chaumont, passé de la maison d'Amboise à cdle de La Rochefoucault , aj^Kirtint ensuite k Catherine de Médicis , qui y venait souvent deman^ier aux astres des inspirations pour sa potitique et les secrets de l'avenir.

Le père de Georges, héritier d'une ancienne et ridie famille, ^tait chambellan de Charles VU, et son aïeul maternel grand-naaltre des ari)alêtriers. Georges eut huit sœurs, dont la plupart furent unies k de npbles personnages, et huit frères, qui , tous , obtinrent de hautes

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digniliés (^^sFÉtat. Destiné k TÉglise, comme beaucoup de cadets de grande maisoD^ il fut, dès l'âge de quatorze ans, demandé pour l'évêché de Montauban par une partie du chapitre , et, grâce au crédit de ses frères, npmmé par le roi. Lé roi, c'était alors Louis XI, peu soucieux, on le sait, de la dignité de l'Église, malgré sa dévotiou singulière. Bientôt il dut encore a l'influence de sa Tamille le titre d'aumônier du roi. Auprès de ce monarque , qui semble avoir cru , comme un diplomate de nos jours, a que la parole a été donnée à l'homme pour càa cher sa prisée , ». Georges dut prendre quelque chose de cette réserve dans les paroles et dans la conduite, qui fut plus tard un des traits saillants de son caractère. Au milieu des intrigues qui s'agi- Uiient a l'approdbe d'un nouveau règne, il prit parti, mais avec prudence, pour je duc d'Orléans contre M°>® de ^ujeu. Maintenu par Charles VIII dans sesfoi^ctionsd's^umônier, il lui persuada de s'échappar du di&teaud'Amboise, pour se soustraire k l'esclavage de sa^sœnr ; mais la conjuration est découverte (148T), et Georges (moins durement traité que C(Hnmes, qu'on mit dans une cage de fer) resta deux ans captif. Rendu ^fin k la liberté sur les instances des nonces du pape, il vécut. quinze mois en exil dans son diocèse. Une promesse de .dévouement à la dudiesse lui rouvrit la cour, et, quelque temps après, il réussit à pbtaair la délivrance de Louis d'Orléans, i»risonnjer au ch&teau de Bourges depuis la bataille de SaintrAubin-des-Cormiers. Aknrs s'ouvre un horizon plus vaste pour l'ambition de Georges. La mort de Dunois le laisse seul confident et seul gmde du 4uc d'Orléans : il devient, par la faveur du prince, archevêque de ^arbonne , puis archevêque de Rouen , enfin lieutenant-général de la Normandie > d(mt Lo^is était gouverneur. C'est Ik que se révèlent l'int^ligence politique et l'habileté administrative du futur ministre de Louis XII. D rétablit Tordre et la justice dans la province, surtout en la purgeant du brigandage des soldats licenciés par la paix ; il réforme aussi quelques désordres dans la discipline ecclésiastique , puis , sans s'arrêter au scrupule qui Ijai disait sans doute que le premier abus k réformer a'était la non-résidençe des évoques, il part pour l'Italie, k la suite de Charles YUI et, du duc d'Orléans. Ici encore il annonce ce qu'il sera sous le règne fuVur, prpmpt au conseil, hardi k l'attaque^ brave sous sa robe comme un chevalier sous sa cuirasse , tout cela avec

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l'iotelligence des opérations militaires et ime grande justesse de>coiip d'œil.

Au retour de la campagne, Georges, fidèle au due d'Ortéans dans la mauTaise eomme dans la bonne fortane, le suit au ch&teau de Biais pour s'y abriter d'un nouvel orage : le prince était tombé en disgrftee; mais l'exil ne fut pas long ; quelques jours après, Louis d'Orléans devenait roi de France, et Georges d'Ambone ministre.

Pour tracer le tableau complet de son ministère , il faudrait suivre pas à pas Louis XII à travers ses négociations, ses guerres, son administration intérieure. Une plume savante et balnle a desrâié, dans c^ recueil même , la curieuse figure 4lu Père du peuple ; nous nops bornerons donc à quelques traits pour celle, de d'Àmbeise. Si la reconnaissance publique l'a appelé du mime nom que son roi, c'est que le ministre eut le même cœur pour le peuple, la même volonté de soulager ses misères, la même ardeur à cbercber le bien et la jus-^ tice. Â Tfai dire, c'^st la sage et paternelle administration de Georges qui a entouré d'une si grande vénération la mémoire de Louis Xfl , dont l'humeur, jadis si turbulente et si frivole, mt promettait pas au trône tant de qualités précieuses.

Parmi les actes de bienfitisance et de sagesse qai imiugurèrent le r^;ne avec tant de bonheur (diminution de la taiHe, refus du droit de joyeux avènement,, &c. ), il faut surtout fiiire honneur au ministre de cette fameuse Ordémnance de Blois, qui Élisait la guerre k tant d'abus dan& le régime de la justice. Il alla luiTmême veillar k l'application de cette loi dans la Normandie, avec le titre de réformateur général. C'est par Ik, c'est^-dire par ses réformes administratives, que Georges d'Amboise nous semble avoir mérité le plus de vraie gloire. L'admiration est moins complète quand on étudie en lui le négociateur, n avait le c/cÉar trop bon , l'esprit trop droit pour lutter, toujours k armes égales contre les défiances, la perversité, les ruses de plusieurs d^ princes contemponûns ; aussi futnl quelquefois trompé. Il le fut par Ferdinand-le-GathoIique, au traité de Lyon, destiné k endormir: le roi de France ponr donner k l'Espagnol une victoire plu» fadle; il le fat encore parles cardinaux Sforza et Julien de lia Rovère, dont les conseils perfides lui dtèrent en quelque sorte des mains les éeb de saint Pierre; et deux fois la tiare pontificale échappa à la

légitime ambition de d'Amboise. Mais il Ait , en d'autres circonstances, aussi heureux qu'habile dans ses négociations : témoin le divorce du roi avec la fille de Louis XI, Jeanne (pieuse et chaste femme, que le respect du peuple suivit dans son couvent de Bourges), et son mariage avec Anne de Bretagne; union qui rattachait au domaine royal une belle et riche province. C'est le succès de cette affaire qui valut à l'archevêque de Rouen le Chapeau de cardinal, apporté de Rome par César Borgia ^ et remis à d* Amboise par celui qui devait être un jour son triomphant rival, Julien de La Rovère.

Quelque temps après , le nouveau cardinal fut nommé, par Alexan-' dre VI, légat du Saint-Siège en France, position délicate pour un ministre. Il avait ainsi dent maîtres à servir; mais il sut , à force de tact et de finesse , maintenir k la fois l'autorité du pape et les libertés de rÉglise gallicane.

Ce qu'il avait de ressources d'esprit et d'habileté , on le voit aussi dans les nombreux traités qui ouvrirent & Louis XII la route du Milanais et du royaume de Naples , en lui assurant l'alliance ou la neutralité des petits États d'Italie. Resté étranger à la convention ftineste par laquelle le roi, que son amour pour Anne de Bretagne rendait vraiment aveugle, fiança sa fille Claude k Charles d'Autriche, il réussit ï réparer cette grande faute politique qui eût livré la Bretagne à la maison d'Autriche. Ce fut sur ses instances que Louis, malade et se croyant déjà à sa dernière heure , dicta un testament secret qui donnait sa fille à l'héritier du trône, François d'Angouléme; et bientôt les États-^néraui de Tours, encore par Tinspiration du cardinal, requirent du roi ce mariage , qui fût en effet célébré au château de Plessis-les-Tdurs (1506). Ce dut être un beau jour pour Georges d'Amboise; c'est aussi un de ses plus beaux titres d'honneur aux yeui de la France.

Et combien il reste dans sa vie d'actes fameux qui révèlent chez lui le patriotisme le plus ardent, le sentiment le plus profond de la grandir nationale, l'activité la plus vigilante! Toutes ces qualités d'un grand mmistre se trouvent en relief dans les lettres qu'il écrit 'au roi au milieu de ses négociations. Pour les diplomates, son chef-d'œuvre doit être la ligne de Cambrai , étonnante union .d'intérêts si divers dans un but commun , alliance inouïe du roi de France , du pape , de

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