TOME II
i78 LES HOMMES ILLUSTRES DE L'ORÙËANÀiS.
combats et d'escarmoaches, qu'il l'amena ik aecepter la bataille. Le prince y vint malgré lui, soit qu'il connût son désavantage, soit qu^ pressentit son heure; mais il y vint fort résolu et en très-brave combattant. En y allant, il dit que <c puisqu'on avait fait un pas de clerc, il le fallait fntnchir. :» Uni peu avant la charge, le cheval du comte de La Rochefoucault lui cassa la jambe d'un coup de pied»: <c J'ai encore assez' de courage, dit-il, pour gagner une bataille! i> D combattit avec une grande valeur; mais il fut renversé k terre et se; rendit k d'Argënce, qu1l reconnut. Sur ce$ eiitrefaites, le baron de Montesquiott, capitaine des gardes suisses du duc d'Anjtu,'^ arriva et apprenant que c'était le prince : a Tuez, tuez, mordieu ! » s'écriat-il, et il lui déchargea son pistolet dans la tête. Condé expira aussitôt: c'était le 15 mai:s 1569.
Le duc d'Anjou fut joyeux de cette iHort; il voulut le voir après la bataille, et le corps chargé, par moquerie), sur une vieille ânesse, « fut porté bras et jambes pendantes (1) à Jamac » et déposa dans une salle basse où le prince avait logé la veille. Il y^emenra en spectacle à tous ceux du camp qui voulurent le voir et on lui fit cette épitaphe dérisoire :
L'an mil cinq cent soixante-neuf, Entre Jamac et' Ghasteauneuf, Fut porté sur une ânesse Cil qui voulait oster la messe.
Le duc de Longueville> son beau-frère, demanda le corps au duc d'Anjou et le fit ensevelir.
Ce petit homme tant joly Tousjours cause et tousjours rit...
disait du prince dé Condé un vaudeville du temps.
Ce prince, en effet, était de fort petite taille, mai^ bien fait et de bonne mine, vigoureux et adroit k tous les exercices; au reste, fort agréable et de manières séduisantes, sachant se faire des partisans «t les conserver. Il avait un goût très-vif pour la magnificence, pour es plaisirs et pour la galanterie a et aimait autant la femme d'autruy d que la sienne, tenant fort du naturel de ceux de la race de Bour-
(i) Brantôme.
HUITIÈHE série. — personnages POLITtQVES. i79
« bon, qui ont été fort d'amoarense complexion (2). » Vir, enjoué, plein de saillies heureoses, il .raUls&t agréàblemeiit et souffiréit la raillerie. Il avait la parole belle, fiëre et hardie, l'àme haute, féconde m généreux conseils; dans le combat, une valeur brillante, mais tâonâraire; dans Padver^té, une constance admirable. L'ambition, (dus que la rdigion, le jeta dans te parti protestant; et quand il se vit commander à la moitié de la France, il fut ébloui et aveuglé an point de ftirê battre monnaie avec cette légende : Louis XIII, roi de Frdnce, témérité que le roi et la reine-^mère ne lui pardonnèrent jamais.
Avec ces qualités et ces défauts, Cobdé ne devait être et ne fut que le dhef apparent du*parti huguenot. Le véritable chef, F&me de ce parti* ne pouvait être qu'un homme grave, d'une sévérité de mœurs irréprochable^ d'uhe valeur indomptée, mais r^échie; sans passion •que celle du devoir/ sans ambition que cdle de servir sa cause et sa ' religion. Cet homme était l'amiral de Coligny : il recueillit sans contestation l'h^itage de Condé, ou plutôt la mort du prince le laissa voir k la place où il était déjà réellement; capitaines et soldats se pressèrent autour de lui avec confiance, et tout le camp huguenot retentissait de ce' refrain «militaire ( car ai France la chanson se mêle
atout):-
Le prioce de Gondé Il a esté tué; Mais l'amiral Est encore à cheval
Avec La Rochefoucault, ,
Pour acbérer tons oes papaux, papaux,' papaux.
Telle fut, dans son parti, l'oraison funèbre du prince de Condé.
f. ftBBuaoïnujsB.
DE MONTGOMMERY (Gabriel).
Les Hontgommery ont joué de malheur en France. L'un blessa grièvement, dans une partie de plaisir, le roi François I®»^, l'autre tua par accident le roi Henri II dans un tournoi. Cette famille, ori-
(S) Brantôme.
180 LES HOMMES ILLUSJRES DE L'ORLÉANÀIS.
giùaire d'Écossé et alliée aax plus nobles maisons de ce pays, vint s'établir en France an XVI« siècle et.acquit la terre de Lorges, dans l'Orléanais. Jacques de Montgommery prit dès lors le titre de capi- Ume de Lorges. Au commencement de l'année 1521, il suivit la cour à Romorantin. Le roi, accompagné d'un grand nombre de jeunes seigneurs aussi étourdis que lui, s'avisa d'aller assiéger le comte de Saint-Paul dan& sa maison. Ce dernier avait avec lui quelques-uns de ses amis et entre autres le capitaine de Lorges. Us soutiîirent l'assaut en se défendant avec des boules de neige, des œuf^et deft pommes cuites; on s'échaûlfo bientôt, et, à défaut d'autres armes, l'imprudent Montgommery saisit un tison ardent qu'il lança sur les assaillants. Le roi fut atteint, et dangereuseiAent ble^ au inent^m ; plus tard, pour dissimuler cette dcatrice, il fit venir la mode de porter la barbe longue et les cheveux courts. Montgommery fit oublier cette imprudence en secourant, k la tête de sa compagnie, le* ehevaUer Bayard, assiégé dans Méadères par Charle&-Quint: Il ravi- ' tailla la place et provoqua en combat singulier un capitaine de l'armée impériale.
Gabriel de Montgommery hérita de la valeur de son père. H était né au ch&teau de Lorges, devenu la terro palrimoniâle de sa famille. Dès l'année 1545, il passa en Ecosse, à la tét^ des troupes que Trançois I«' envoyait k la reine Marie de Lorraine, m'ère de Msurie Stuart, et régente du royaume pendant la minorité de sa fille. Henri II avait en lui une grande confiance, puisqu'il le chargea, en 1559^ d'arrêter, en plein parlement, Anne Dubourg et quelques coopeillers qui avaient embrassé le parti de la réforme. Ce fut la même année que Montgommery, par une sorte de fatalité, devint le meurtrier involontaire de son roi.
Des fêtes magnifiques furent données à Paris k l'occasion de la paix de €âteau-€ambrésis et du double mariage qui avait cimenté cette union.
Un champ clos avait été préparé depuis les Toumelles, où logeait le roi, au travers de Is^rue Saint-Antoine, jusqu^aux éctiries royales: des échafauds couverts de spectateurs le bordaient de tous côtés. Chaque jour les seigneurs et le roi lui-même, armés de toutes pièces, y couraient les uns contre les autres. Le -29 juin, Henri avait rem-
HUITIÈAIÉ SÉIII£. — P£RS0Nr9AGES POLITIQUES. i81
porté sur ses tenants les honneurs du combat; les courses avaient cessé, lorsqu'il aperçut deux lances encore entières. Il en prend uiie et ordonne au comte de Montgommery, son eapitaine des gardes, de s'armer de l'autre et de courir contre lui. Gelui-ci résisté d'abord, soit par pressentiment, soit dans la crainte de choquer l'amourpropjre du roi, mais, sur un ordre fonnel de son adversaire, il dut obéir^ Le premier choc des combattants fut terrible : les deux lances
* 8e*ri^rent, ef le tronçon de Farme de Montgommery entra avec violence dans l'œil droit du roi. Henri tomba en perdant connaissance et ne la retrouva phis jusqu'à Sa mort, qui n'eut lieu qu'au bout de onze jours. . *
Montgommery ne fut pas inquiété pour ce régicide par impru-
• dence, mais il comprit que sa présence à la cour était désormais impossible et se retira dans ses terres de Normandie. Il voyagea ensuite en Itafie et en Angleterre, jusqu'au temps des guerres de religion*. Ayant embrassé le calvinisme, il rentra en France et devint un des principaux Vhefs .du parti protestant. En 1562, il défendit Roçen contre l'armée"" royale, et, n'ayant pu empêcher la prise de cette ville, il eut beaucoup de peine à se sauver. S'étant jeté dans un bateau bur 4a 36ine, il rencontra une diaine de fer' qui barrait la rivière, ^oijr empêcher L'approche de^ secours d'Angleterre : à force de bra^et de Tames, il passa par-dessus, se retira au Havre, et se
' jetaâ^ui^' sur la Basse-Normandie, où il continua de foire une guerre 'de partisans sans beaucoup de succès. Jusqu'alors il n'avait jo|Ié qu'un rôle secondaire, mais; en 1569, ayant levé unejpetite armée dans le Languedoc, il s'empara du Béam, dont il chassa les troupes royales. Condamné k mort en même temps que l'amiral Goligny,' son compatriote, il fut exécuté une première fois en effigie. La paix de Saint-Gerïnain et l'amnistie accordée aux chefs protestants lui in^rèrent assez de confiance pour oser revenir k Paris. Il demeurait au faubourg Saint-Germain *'lorsque sonna le tocsin de la Saint-Bartbélemi. Averti' du danger avant que le massacre ait commencé dans son quartier, il monta à cheval avec quelques amis et partit au galop. Des cavaliers lancés k sa poursuite le suivirent jusqu'au-delk de de Montfort-l'Amaury, k dix lieues de Paris. Il ne leur échappa que par la vitesse 4'une jument qu'il montait et sur laquelle, dit un ma-
nuscrit da temps, U fit irente lieueê tout d'une erre. H parvint à se ré« fagier ilans Tlle de Jersey et de là en Angleterre, «ù il avait marié une de ses filles avec un amiral anglais. En iS73, il parut .devant La Rochelle, assiégée par l'armée royale, k la tête d'une escadre ramafs-» seé dans les ports d'Angleterre. Charles IX s'en plaigSrit k la reine ÉlissA^th, qui déclara que cette flotte étaù un rassemblement de pircues. Montgommery n'osa'eependant pas s'attaquer à la flotte française, et, après avoir ravagé les côtes de Bretagne, il rentra en Anglètenee. * Mais bientôt, appelé par ses coreligionnaires, il débarqya ea t^ùst mandie. Investi dans Saint-Lô par Matignon , gouverneur de cette province, il se retira dans le château-fort de Domfront, où, après une héroïque résistance, il fut contraint de se rendre par capitulation.
Un traité lui avait garanti la vie sauve : mais Catherine de Médids n'était pas femme' à sacrifier sa haine k de frivoles serments. Sa joie fut extrême lorsqu'elle apprit le succès de son armée ; elle voulut, mais en vain, la £adre partager k Charles IX, que les approchés d^lne mort prématurée rendaient insensible k toute :irei%eance.
Le prisonnier fut amené k Paris, sous bonne escorte, et enfeoné. dans une des tours de la Conciergerie du palais, qui a retenu son nom. Des commissaires furentiiommés par la reine pour hd fliire son procès; les termes de l'arrêt étaient dict^ d'avance. Décl&ré cbmplice dans la conspiration de Coligny, Môntgo'ftimery fut -ensuite accùa^ d'avoir arboré le pavillon d'Angleterre, quand il était vaiu ^u recours des Rochellois. Ses enfants furent dégradés de ùoblesse : « SSlsn^éM pas la vefiu des nobles pour s'en relever, dit fièrement l'accusé j!;> conserks à leur dégradation, d Après avoir subi une barbare et inutile question, il fut amené sur la place de Grève, vêtu de deuil, moBta $ur l'échafaud avec assurance et adressa un long discours aux spectateurs; s'agenouillant ensuite auprès du poteau, il dit adieu k l'un de ses amis qu'il vit dans la foule, et reçut le coup mortel sans avoir souffert qu'on lui bandât les yeux (27 mai i574).
Ainsi périt Montgommery, que la haine implacable de Médids avait fait coupable, de malheureux qu'il était d'abord. C'était un des meil* leurs capitaines de ison temps; il se distingua autant par ses talents que par son courage et l'habileté avec laquelle il savait tirer des ressources des événements, même contraires. L'arrêt porté contre ses
HUITfÈM£ *SÉRI£. — PERSONNAGES POUT10UES. 185
entots n'entaj^ pas leur réputation ; sa.petite-ûUe épousa Jacques de Durfojt àè Duras, auquel elle «appofta la seigneurie de Lorges, qui est restée dtos cette famille.
tiROSLqr (Jacques et Jérôme).
Les restaurations récentes de Thôtel-de^ville d'Orléans ont tait re« vivre le souvenir de la famille Groslot. On sait que cette élégante construction est due «à Jacques Groslot, seigneur de l'isle, bailli de^robe longue et chancelier de la reine de Navarre (i). Aucuqe biorajriiie n'a fait ftien^on des Groslot; toutefois, il nous sera facile S&cadrer dans une notice ces vieux portraits de famille oubliés ^SUis l'antidbambre de Thistoife, et à qui notre siècle fait avec courtoisie les honneurs du temple de mémoire. L'archéologie est la sdence à la mode : fart et la critique se sont épris d'une b^le passion pour les mines, et i^ous assisUms chaque jour à des restaurations monumentales ou k des^ réhabilitations littéraires* IML Bimbenet , dans sa savante Monographie de l'hôtel de la mairie d'Orléans, a retracé l'his-^ torique de la maison Groslot, et M. Tabbé de Torquat vi^it d'éclaircir, par l'étude des ardiives du château de l'I^, l'origine jusqu'alors obscure de cet^ iamillç. Il résulte de ses ingénieuses recherches que les ancêtres du noble bailli d'Orléans, connus d'abord sous le nom de Groslart ou GrosU, avaient exercé l'humble profession de tanneurs sur la paroisse de Saiot-Pierre-ie-PQeilier, et qu'ils ne devinrent propriétaires du château de l'isle que par suite de prêts d'argent faits par eux aux possesseurs de ce manoir. Une fois maîtres du sol , les Groslot travaillent sans relâche à accroître leur domaine. On les voit bientôt solliciter de Frsmçois I®' l'autorisation de reconstruire leur château avec fossés, pont-levis et tourelles,, privilège auquel était attaché le droit de haute et de basse justice. C'es^ alors qu'ils entrent dans la magistrature et prennent rang parmi les familles de robe, et que Jacques Groslot, noble et saigs homme, chevalier de Champ-Baudoyn ,
(i ) Jeanne d^Albret» étant accouchée d'un fils, elle le confia, pour l'élever, à la femme de Jérôme Groslot ; le jeune prince mourut au bout de quelques mois , dans. I«8 bras de sa nourrice, et par trop de soin de sa part.
i84 LES Homœs illustres de l'orléanais.
docteur en droit et conseilla* do roi en son grand conseil , £a(H bâtir sa maison de ville sur la pj|»ee de. TÉtape.
« Jacques et Jérôme Groslot, dit M. Bimbenet, ont jeté sur leur « ville natale un véritable éclat. Tous deux ont exercé la haute foncée tion de bailli, tous deux étaient lettrés à une époque où la fcienœ «( était encore enfouie dans les éccd^ et d^ns les cloîtres, tous deux « étaient factieux, ardents, courageux et pei^vérants; tous deux « avaient adopté la secte de Calvin et s'étaient dévoués k cette cause. »
U n'est pas bien prouvé cependant que Jacques Groslot ait été calviniste. De ce qu'en 1544 il obligea les gens d'é^se à lui dédarer l'état de leurs biens , on a conclu qu'il était hosûle au dergé ; mais , eofiune bailli, il ne disait qu'exécuter un édit réyal^ en faisant participer le clergé k la levée d'nme somme de 52,000 livres, demandée aux Orléanais par te roi François I^^*. L'année suivante, il résigna les fonctions de bailli d'Orléans, qu'il exerçait depuis 1552. Comme c'était un office héréditaire, il put le transmettre k son fils. Il mourut le 12 juin 1552. Son épitaphe se trouve dans la Manodie de Claude Marchant (1). La pensée n'en vaut pas mieux que le style, qui est pitoyable.
Jérôme Groslot, fils atné de Jacques et de Jdianne Garraut, était né, en 1520, k Orléans. Il s'annonça de bonne heure comme un esprit sérieux, et , k l'âge de dix-huit- ans, il commença la publication de deux ouvrages de droit qui lui assignèrent une place honorable parmi les jurisconsultes de son temps. Il fut aussi en rapport avec un grand nombre de savants et de notabilités littéraires qui l'honorèrent de leur amitié. <c Parmi ses amis^ dit M. de Torquat, il en fïit un « malheureusement trop fameux qui , l'arrachant k la religion de a ses pères,, le jeta dans les nouveautés introduites en France par <x Calvin : ce fut Théodore de Bèze. ii
Bientôt les guerres de religion désol^ent le royaume. Ortécms devint le foyer du protestantisme, ce qui faisait dire au duc dq Guise que cette viUe était comme le çomr de la faction, et qtie^ lorsquHl ataraxt pris le terrier, il courrait les renards par toute la France.
Jérôme Groslot , zélé sectaire , était lié avec tout ce que le parti de
(1) Voy. ce nom , l. 1, p. iÇO.^
la réhfOïe comptait de plas illustre. On a peine à s'expliquer (;omr ment le bailli d'Orléans, remplissant de hautes fonctions administratives, pouvait avouer hautement ses sympathies pour les réformés et demeurer en place, bien que tenu par le* pouvoir en état de suspicion. C'est un des plus graves symptômes des gouvernements faibles, c'esi une nécessité déplorable des États ébranlés par la guerre cfvile que de tolérer chez les agents du pouvoir cette indifférence politique, ou môme cette indépendance factieuse quï tue les dynasties trop confiantes dans leur droit, et assure le triomphe des usurpateurs audacieux (1).
Mais Jérôme Groslot était un homme bien apparenté , riche , po^pulaire : il était l'ami des princes du sang, il habitait une ville protestante de cœur, jalouse <le ses privilèges, comme toutes les vieilles cités bourgeoises; il pouvait être impunément du tiers-parti.
Les protestants, de leur côté , comme tous les partis inquiétés, ne dissimulèrent pas assez la confiance qu'ils avaient en Groslot, et, par leurs paroles et leurs démarches imprudentes, ils compromirent le bailli d'Orléans auprès .de la cour.
On venait de découvrir la conjuration d'Amboise, et beaucoup de religionnaires, voire même de grands personnages, se trouvaient impliqués dans le complot. Les Guise, voulant frapper un grand coup, ceqvo^èrent les États-Généraux du royaume k Orléans même, au foyer du calviï^isii^e. Le parti catholique pou^a l'habileté jusqu'à s'emparer ^ la demeure où celui de la réforme était en permanence; et le roi , plutôt que de loger à la maison royale du cloître Saint-Aignan , demanda au bailli son hôtel , que celui-ci ne put lui refuser. La cour s'y installa le 18 octobre 1560. La ville fut mise en état>de siège, et l'on exigea des principaux habitants une profession de foi religieuse, précaution k peu près aussi inutile , en. ces temps de trahison et d'a-^ postasie, que celle du serment politique. Cependant le roi de Navare et le prince de Condé, attirés par les espérances que leur faisait concevoir la tenue des États , dont les ^rmpatiiies pour la réforme leur étaient connues, vinrent k Orléans; mais lorsqu'ils se présentèrent
(1) C'était aussi une conséquence désas^euse des cliarges d'office, qui constituaient,, au proGt des [Possesseurs , une sorte d'inamovibilité.
186 LES dOMMES ILLUSTRES DE l'oRLÉAMAIS.
à cheval devant la porte de l'hôtel Groslot^ les gardes du roi, emme par YT^pm^ -leur en refusèrent l'entrée^ et ils furent contraints d'entrer k pied par le guichet. Quelques heures après, Condé était arrêté et le roi de Navarre gardé k vue. Quanti Jérôme Groslot, qui n'était pas pdncQ du sang, il fut appréhendé au corps , et enfermé dans les prions de la ville. Une commission, composée de trois inquisiteurs : les curés de Saint-Paul , de Sainte-Catheripe et de Saint-Paterne , le condamna a mort;. et François II, pour ne pas être présent au supplice de l'hôte chez qui il était logé , s'en fut k vêpres , suivant les uns, suivant d'autres, k la chasse. Toutefois, Groslot ne fut pas exécuté; il parvint k s'échapper et a ^e retrancher derrière les ponts-levis de son château-fort de l'Isle. ,
Sur ces entrefaites, le petit roi mourut d'un apostume kla tête, le 5 décembre 1560, dans la grande maison de l'Étape. Alors tout changea d'aspect. Condé sortit de prison , la reine-mère se rapprocha, du roi de Navarre , et le bailli contumace rentra en grâce. Son pouvoir fut même accru par une ordonnance des États, qui subllitua les baillis de robe aux baillis d'épée dans l'administration de la justice.
Aussitôt après la clôture des États et le départ du roi , les huguenoU commencèrent à dogmatiser plus hardiment qu'auparq$)ant; Grq^ lot fit pendre quelques catholiques exaltés et se montra plus remuant et plus factieux, que jamais. Le massacre de Yassy ayant donné le signal de la guerre civile, Condé investit Orléans et descendit k l'hôtel Groslot, qui redevint le siège des conseils et des opérations dp parti calviniste. Il fit prêter serment, k leur tour, aux prolestants de la ville, changea le gouverneur et le corps des échevins, et fit fermer les cours de l'Université. Pendant près. d'une année, Oriéans fut occupé militairement par les reitres et les lansquenets allemands et par les bandes de Claude Rouge-Aureille, qui bivouaquèrent dans les églises, profanèrent les reliques, fondirent des cjjtoons avec les cloches et battirent monnaie avec l'or et l'argent des châsses et des calices.
Le curé de Saint-Paterne, un des inquisiteurs qui avaient condamné k mort Jérôme Groslot, fut traîné devant le bailli vindicatif, et pendu sur la place du Martroi. Le duc de Gu^e ayant repris Orléans , le seigneur de l'Isle se retira de nouveau dans son château, où il donna asile k ses coreligionnaires persécutés h leur tour. Il fui même obligé de
HUlTiÈME SÉRIE. — PERSONNAGES P0UT1<}UES. ' iS[l
se demeure de sa charge de bailli d'Orléanl, et eut poor successeur François Balzac d'E^tragues. Deux ans après, en i570,*un arrêt du parlement, rendu à la requête du procureur-général , le déclara criminel de lè£e-majesté au premier chef. Il*fut condamné à mort et à la confiscation des biens;* mais la sentence ne fut pas exécutéç , et l'arrêt fut révoqué en vertu de la paix de Saint-Germain. Néanmoins, le prévôt d'Oiiéans le contraignit de fermer le prédie qu'il avait ouvert sur la paroi^ de Chécy. Lors èk la célé^^hition des noces de Henri de Béarn et dj% Marguerite de Valois , Groslot fut invité ai^x fêtes du Louvre, comme ancien serviteur de la maison de Navarre et comme chef influent du parti calviniste. Il se trouvait donc k Paris lorsqu'eut lieu la Saint-Barthélbmi. Il fut avec plusieurs autres, .dit M. de Thou", long^-temps traîné par les rues, et puis jeté dans la rivière, à l'instigation de ceux qui aspiraierU à leurs charges et biens. Û laissait up fils et une fille , jeunes encore au jour du massacre, Jérôme et Louise. Jérôme hérita de là haine que les catholiques portdent au nom de sa famille, et il dut, à pinceurs reprises, s'exilera France pbur éc^pper aux représailles des Orléanais. Il conserva ee« pendant ssP terre patrimoniale et le titre de seigneur de l'isle. Pendant un voyagé en Italie , il lia connaissance , kYenise , avec Fra Paolo, FhistôriSn mal intentionné du concile de Trente , qui lui éorivit un grand nombre de lettres italiennes ou latines. Cette correspondance, dt par Âmelot de la Houssaye, est entre les mains de M. l'abbé de Torquat, qui samra, à coup-s6r, en tirer parti pour l'histoire de notre province, suivant le voeu exprimé par M. Jacob, dans un rapport fût à ce sujet à la Société archéologique de l'Oriéanais.
DE L'AUBESPINE (Claude et Sébastien).
La Csunilie de FAubespine, originaire de Bourgogne et établie dans le Ihymerais dès le XY^ siècle, a fourni à la France d'habiles négociateurs. Claude de l'Aubespine, baron de Châteauneuf, né à Orléans, fut le premier qui porta le titre de secrétaire d'État, au lieu de celui de secrétaire des finances, et le transmit à ses successeurs. Il servit son pays avec autant de zèle que d'intelligence sous Frapçois^S
i§8 ' LES HOUMES ILLUSTRES DE l'ORLÉANAIS.
Henri II, François n ef dbaiies K. Le premier de ces princes le noduna, enM545f un des commissaires charges d'aller négocier la paix de Hardelot avec les Anglais, et le second Tenvoya, en 1555, aux conférences de la Marck. Claude de l'Aubespine fut encore un des pjénipotentiaires de France au traité Qe Cateau-Gambrj^is et il se trcfuva aux étatâ de Paris en 1^9, k rassemblée de Fontainebleau en 1560 ; enfin, il n'y eut pas une opération diplomatique de* son temps à laquelle il n'çùt concillru : ce fut ainsi qu'^ s'acquit la réputation 'd'un des plus habiles négociateurs de Fflurope.
Plus tard, il fut chargé, par la cOur, de traiter avec le prince de Coudé et les autres chefe huguenots, mais il ne put réussir à les ramener. Le mépris avec lequel ils le tAitèrent, le dépit de n'avoir pu réussir dans ses négociation^ et la vive douleur qu'il ressentait de l'état de la France, déchirée par les factions, lui causèrent une maladie mortelle. En 1567, quelques jours avant sa mort, CjLtherine d% Médicis, dont l'amlntion ne respectait pas même les dermers moments du moribond, vint le consulter le jour de la bataille de Saint- Denis. L'Aubespine lui proposa des mesures fort ut^es dodt elle fit son profit, et mourut quelques heures après. *
Son frère puiné, Sébastien de l'Aubespine, comme* lui né à. Orléans, devint évéque de Limoges. B fut produit k la cour d8 bonne heure, et son mérite personnel, aidé par la faveur dont jouissait Qaude, le fit choisir pour plusieurs ambassades. Il fut d'abord %nvoyé chez les Suisses, puis auprès Ae la reine de Hongrie, ensuite chez l'électeur de Saxe^» où il demeura jusqu'en 1554, Ce fut lui qui ménagea avec l'amiral Coligny la trêve conclue près de Cambray eh - 1556. n fut enfin envoyé comme aij^bassadeur auprès du nouveau roi d'Espagne.
La guerre qui recommença en 1557 le fit revenir en France. Il ne garda qu'un an sa diarge de maître des requêtes et fut nommé successivement évéque de Vannes, puis de Limoges. Il possédait les abbayes de Mascay, de Basse-Fontaine, de Pontoise, de Saint-Martial, de Limoges et de Saînt-Éloi-de-Noyon. Les auteurs de La Gaule thrétienne y joignent encore celle de Saint-Mesmin, près Orléans.
La dignité d'évéque n'empêcha pas Sébastien de l'Aubespine de se donner tout entier k la diplomatie. Il retourna en Flandre pour trai-
HUITIEME SÉRIE. — PERSONNAGES POUTlQfJES. ' i89
ter de la délivrance da connétable de Montmorency, détenuprisonnier depuis la bataille ^ Saint-Qaaatin. Après beaucoup de démarches, Q obtint que Montmorency serait ccMiduit S[ Dourlens et y demeurerait jusqu'à la paix. Il assista aux conférences qui.se tinrent k ce sujet, quoiqu'il ne fût pas du nombre des plénipotentiaires. La mort de Henri n le fit partir de BrureUes, où il était resté auprès du roi d'Espagne, mais Français n le renvoya de nouveau vers ce prince, et, k la suite de^ ces négodations, le nomma de son conseil privé. En 1567, Gljârles IX lui confia le soin de renouveler alliance avec les Suisses, et de Ik il alla en Ajigleterre avec Montmorency, de Birague et de Foix pour négocier avec la reine Elisabeth d'Angleterre ; il continua ainsi de participer aux plus grands événements de l'époque' jusqu'en 15T7. Disgracié du roi Jlenri III, auquel on l'avait représenté comme favorisant secrètement les Ligueurs,^ il se retira dans son diocèse et y mourut presque oublié en 1582. Le Laboureur fait u|i grand éloge de Sébastien de l'Âubespine ; il l'appelle personnage d'un grand mérite dans les lettres et dans le maniement des plus importantes afEaires de TÉtat. On a de lui Mémoires et Ambassades : plusieurs de ses lettres ont été publiées dans les Preuves de V Histoire de Navare et de France, par Auguste Galland.
BAZIN (Jean), résident en Pologne.
Jean Bazin était né k Blois, d'une bonne et anciaine famille, le 25 septembre 1558. Lorsqu'il fut en âge de prendreune charge, il adieta celle de procureur du roi k Blois. AJa suite de troubles qui éclatèrent dans cette ville , il fut obligé d'aller k Paris pour se justi^ fier des accusations de ses ennemis. U se compromit bien davantage ^core aux Etats d'Orléans de 1560, en émettant une opinion favorable au prince de Gondé , et il aurait couru de grands dangers sans la mort subite de François II.
Jean de Montluîc , évêque de Valence , ayant été chargé par Cathe^ rine de Médicis de négocier auprès de la diète de Pologne, pour faire obtenir au duc d'Anjou la couronne de ce pays, ce prélat, <c ne sacr chant comment entreprendre k lui seul une négociation si difficile, « rencontra dans la rue Bazin, qui esloit procureur du roy en la
190 ^S SOMMES IIXUSTRES 0£ l'ORLÉANAIS.
« prévosté de Bloys, homme de bon entend^nent et bien versé aux a lettres, lequel il retira et emmena avec luy (i)^x>
D l'envoya d'abord k Caléscb, où la diète devait se tenir. Bazin y harangua publiquement les seigneurs palatins, ^, comme il savait parlaitement la langue latine, il se fit écouter avec beaucoup déplaisir et d'applaudissement dans une assemblée où le latin était encore la langue ofiQdelle et diplomatique*
U fut moins heureux dans sa mission auprès du palatin de Wratiriavie, où il trouva les esprits peu disposés en faveur du diQC d'Anjou^ parce que le flls de ce seigneur, qui s'était trouvé & la journée de la Saint-Barthélemi, avait prévenu son père contre la cour de 'France.
<x Et ne s'en faut point esbahir ; car cette nation d^esle «c i'effofiion de sang, si ce n'est contre les ennemis déclarez* « Toutefois, ajoute Qioisnin^ ledict priatin, qui de soi est de <( douces mœurs , ne laissa pas de recueillir ledit Bazin fort hono^ «r rablement. »
Quelque temps après (1573), Wp de Valence députa son secrétaire d'ambassade dans la .petite Pologne, où il travailla avec zèle et adresse à faire des partisans au duc d'Anjou.
Ce prince ayant été élu, Bazin revint en France pour rendre compte au roi de sa mission. Charles IX en fut si satisfait qu'il le renvoya en Pologne avec le titre de résident. U dissipa les factions qui commençaient à se former parmi la noblesse et les brigues des partissms de l'empereur. Les lettres qu'il adressa à la cour de France pendant sa mission témoignent de sa prud^ce et de son habileté diplomatique. Après que Henri fut installé ror de Pologne, Bazin revint, dans sa patrie et se fit calviniste. Malgré la faveur dont il jouissait auprès du roi, il ne tarda pas k recevoir quelques avertissements qui le firent craindre pour sa sûreté personnelle. Rentré en grâce une première fois par le crédit de quelques-uns de ses amis, il ne put obtenir néammoins une nouvelle mission. Quelque temps après de nouvelles persécutions le forcèrent k s'exU^ du royaume, et ce ftat k grand'peine qu'il obtint de rentrer dans sa ville natale, où il mourut d'un accès de goutte l'an 1592.
(1) Wémoirm de Chùimin (1572).
^ DORLÉANS (Louis).
Dom Gérou s'excuse naïvement d'admettre dans sa galerie biographiq«e Louis Dorléans, qu'il met sur la même ligne qu'Etienne Dolet et Geoffroy Vallée. «Les uns ont insulté la divinité, l'autre a insulté la « majesté de son souverain qui en est la plus vive image. » Il était, dit-il , parent d'un Françpis Dprléans , librafre , massacré comme huguenot h la Saint-Bartbéiemi^. JNé à Orléans , vers 1^2 , il étudia d'abord enJ'Université de cette ville, puis alla k Paris, où il prit pour professeur Jeaû Danrat. Il se livra d'abord k là poésie , dont son maître lui avait inspiré le goût, et publia des poésies fort mauvaises , piéme pour l'époque; il se déclara bientôt l'ennemi des protestants et s'acquit -âitisi.une sorte de réputation dans le parti opposé. Il fut un des premiers ligueurs et fut choisi pour remplir la place d'avocatgénéral , lorsque son parti fit arrêter les membres du parlement restés fidèles k la cause du roi.
Ce fut alors qu'il publia plusieurs pamphlets, où, selon l^expression de d'Aubigné, il se montre disert dans. la médisance et habile à dire eruement les plus grandes infamies. Henri m venait d'être assassiné , Louis Dorléans se déch^a contre sa mémoire et contre les prétentions de Henri IV. Lors de l'extravagante procession de la Ligue il y parut dans un équipage assez singulier. Voici ce qu'en dit l'auteur de la satire Ménippée : «r Après les moines encapuchonnés et « armés cheminait, faisant l'arrière-garde , un assez malotru person- <r nage , que l'on disait un avocat fol , armé d'un vieil corps de cui- <K rasse de fer-blanc , une bourguignote d'Auvergne panachée et en- « harnachée d'un superbe trophée de plumes de paon , une fourche « fière sur son épaule gauche, le bec tirant contre bas en forme de « sellent de bande. x>
Cependant Louis Dorléans parut se repentir de ces excès, et l'état misérable où la ville de Paris était réduite ne contribua pas peu k refroidir son enthousiasme pour la Ligue. Il osa, le premier, reprocher au duc de Mayenne son manque de foi et parler de la nécessité de traiter de la paix. Cet acte de courage fut sans effet et Dorléans publia, de nouveaux libelles, où il démontra, en termes virulents, V incapacité et l'indignité de Henri de Bourbon l'usurpateur.
Idâ l»ES HOMMES ILL13STRES DE ^'okLÉANAIS.
Les Etats de la Ligae se tîArent en 1593: Louis Dorléans s'y distingua par ses emportements et son fanatisme. Biais jléjà le ridicule avait tué son parti. On se disait qu'il n'y avait dans tout le pariement que cinq vrais ligueurs, y compris lesdeui avocats-généraux Lemaltre et Dorléans, et l'épigranmie suivante, composée^sur ce dernier, courait tout Paris : .
Si pendre*iu voulais > tu ne ferais que bien \ Puisqu'on ne peut avoiï de toy miséricorde. •
Usas , si tu Yeux sauver queltiue peu de ton bien« Va te Jeter en l'eau , tu gagntrasla corde. •
Lorsque Henri lY eut prononcé son abjutration , Dorléans , qui eil prévoyait le résultat , crut pouvoir l'empêcher en publiant le Banquet du comte d^ Arête, ouvrage si odieux qu'il fut désapprouva des ligueurs eux-mêmes. L'auteur voulait y prouver que Tabjuration du roi n'était qu'un acte politique , et qu'il fallait livrer les prédicans à l'inquisition d'Espagne , pour en faire une offrande à Saint^Jacquesnie-Galice, ou les traîner sur place de Grève, attachés comme fagots dq^is le piedjusqû^au sommet d'un arbre, et mettre le roi dans le muids où Von met les chats pour en faire un sacrifice agréable au ciel et délectable àtoute là terre.
On comprend qu'après avoir publié un tel libelle, Dorléans ait cru devoir s'exiler lorsque la capitale ouvrit ses portes au* roi , il se retira à Anvers, auprès de Scribanius , recteur des jésuites; ils composèrent ensemble VAmphithecUrum honoris, apologie de la Société de Jésus ) où le régicide est enseigné à chaque page. Dorléans avait conservé des relations à Paris ; au bout de neuf aos d'exil , il tenta d'y revenir et obtint , par l'entremise du P. Cotton , confesseur du roi , des lettres de grâce accordées k son repentir. A peine de retour, l'incorrigible ligueur tint des propos séditieux, fut arrêté et enfermé à la Conciergerie, où il demeura trois mois. Ëeuri IV le fit rel&cher : « C'est un méchant homme , dit ce prince , mais il est revenu sur la « foi de mon passeport, je ne veux pas qu^l soit maltraité. On ne or doit pas plus lui vouloir de mal et k ses semblables qu'à des fu- « rieux quand ils se frappent, ou k des insensés quand ils se pro-* (K mènent tout nus. »
Dorléans publia son remerciment au roi , où il dit autant de bien de
ee prince qu'il en avait dit de mal. Ce n'est plus le sujet rebelle qui prêche hardiment la guerre civile, c'est un pauvre homme content de renirer dans sa patrie et d^étre rendu au résidu de ses' enfants , autrefùiê au nombre de cinq , mais dont la moitié étaient péris pendant son exU. Il raconte qu'à sa sortie de prison«il rencontra, aux Tuileries, le roi accompagné de la reine et de sa cour; ce prince, qui était la bonté même, a lui permit de venir lui faire la révérence et « lui dit qu'il le tenait pour homme de bien, en l'exhortant k le de- « venir davantage. i> Il faut croire que le malheur avait entièrement corrigé Dorléans et qu'il regrettait sincèrement la part active qu'il avait prise à la Ligue, car le fougueux pamphlétaire devint le plus ardent panégyriste du roi, contre lequel il avait vomi tant d'injures. On a peine k reconnaître, dans le vieux ligueur, bateleur et méchant homme dont parle Guy Ifotin , l'auteur des demi épitaphes suivantes, composées au siiyet de la mort de Henri IV :
GK-gtt vu roi plus grand que n'est la terre et l'onde, Qui yfiècai et finit atec tant de renom , Qu*encore qu'U ffttmort, les lettres de son nom, Gouvernent dans la terre et font trembler le monde !
Voici l'autre :
Touds les vertus font le deuil D'Hoiry, seul l'honneur des histoires; L'univers sera son cercueil Ses titres seront ses victoires.
On voit que son talent poétique était loin d'égaler sa reconnaissance.
Parmi les nombreuses pièces de circonstance inspirées par ce mal-*
heur public, nous préférons ce sixain qui est prophétique comme une
centurie de Nostradamus :
Il ne faut plus nommer Henry les roys de France, La mort par deux couteaux et un esclat de lance A tué trois Henrys : l'un joustant à cheval.
L'autre en son cabinet, le tiers en son carrosse. Cinq roys du nom de Jacque ont ftit croire à llBscosse Qu'U y a dans les noms quelque secret fajtal.
Guy Patin ajoute, en parlant de Louis Dorléans : J'aibeaucoup connu le personnage ; il a laissé deux enfants, dont l'un était aveugle et Vautre