‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 3)Chapitre 30 sur 51 · TOMB U · texte numérisé non relu

TOMB U

la haute Italie, et eut avec son beau-père une entrevue qui fut assez Iroide, par des raisons d'étiquette.

Louville s'étant montré hostile aux prétentions du duc de Savoie, ^ui-ci le dénonça à la reine d'Espagne comme un enneni , et en cela il ne s'était pas trompé. Dans ses rapports à M. de Torcy, le marquis, avec sa vivacité ontinaire, écrivait que le duc de Médina- €eli, le dianpion du parti espagnol, étak un homme sansreiîgion et sans probité, $qft foi$ grimd d'Eipagne, et par eonêiquerU sept fak plus corrompu que les axUres.

Louville, honoré de l'amttîé de Philippe Y et de la conêance de Torcy , avait par ses conseils une influence quelquefois ut3e, quelquefois dangereuse. En somme, c'était un brouillon qui, dans ses rapports avec le roi et la reine d'Espagne , avait eu la maladresse de vouloir mettre le doigt entre l'arbre et l'écoroe. U s'était (sût beaucoup d'enoenûs k Madrid. A Versailles, on lui reprochait, avec assez de raison, trop de précipitation dans les affaires, trop de femiliarité avec Philippe , trop de hauteur avec les Espagnols. Quoi qu'il en soit, ses services parurent encore nécessaires^, Tùtcy voulut qu'il retourak en Espagne : on cnit que l'expérience le rendrait pfa» modéré; on ne prévit pas les orages dé la cour, oà son caractère ardent pourrait attiser le feu de la discorde.

N'osant pas s'attaquer ouvertement à la reine, il accusa d'abord la princesse des Ursîns d'être l'ennemie jurée du parti français , et, tout en affectant de la courtiser , il la déchirait impitoyablement dans ses lettres. II ne ménageait pas davantage le cardinal d'Estrées, et ne cessait d'affirmer au ministre qu'il y avait dans le palais du roi Philippe une craspiration contre la France. C'était son idée flse, et son imagination hn fiûsail voir un complot dans la moindre intrigue de cour. Le P. Dado^nton, confesseur du roi , qu'il avait d'abord justifié auprès d« ministre, n'était phis désormais qu'un fripon, lié ayec les Espagnols pour le perdre, et Vàme damnée de la princesse des Ursins. U ne se montre guère moins acharné contre la reine qu'il accuse d'une ambMon et d'une présomption démesurées. A son avis, il feut, sans plus tarder, éloigner la princesse : ta reine jettera peuUétre quelques larmes qu'on aura soin de lui essuyer sams

HUITIÈME SÉIUE. — PERSONNAGES POLITIQUES. Sti

bruit. Quant à Philippe, mari faible et roi irrésolu, il faut le confier à une p^wnne sûre, qui assiste à ses lettres, et bien que Louville affecte de décliner cette re^nsabilité , il est aisé de voir qu'il se désignait pour remplir ce rôle et qu'il visait à l'ambassade.

Mais le ministre était trop sage pour ne pas démêler la passion dans la corre^ndance de son agent diplomatique, et Louville, victime de sa propre imprudence, reçut l'ordre de quitter sur-le-champ l'Esp9^e. U attribua cette disgrâce au confesseur du roi; il en accusa les Jésuites: c'est à lui seul qu'il eût dû s'en prendre, a Cet homme, « aussi présomptueux que vif, ne doutant de rien, jugeant de tout, « capable de bien servir où il n'aurait fallu que de l'esprit , du cou- <i rage et de l'ardeur; plus capable de brouiller où il y avait du trouer ble et des cabales; entraîné par une imagination fougueuse, et se Q dissimulant k lui-même ses écarts, avait certainement été un vrai a flambeau de discorde (1). »

Ra{^lé m France en 1705, Louville épousa, quelques années après, W^ de Nointel, fille de l'ambassadeur de Constantinople : il vécut retiré dans ses terres jusqu'à la mort de Louis XTV. Le régent, voulant pressentir la coiir de Madrid au sujet du traité de la quadruple alliance, le renvoya en Espagne en qualité d'envoyé extraordinaire, et le d^rgea d'édairer Philippe sur les projets du cardinal Âlbéroni. Louville ne demandait qu'à jouer un rôle ; il partit plein de confiatKce. Il arriva à Madrid le 24 juillet 1716. Depuis quelques jours on était informé de son voyage, et la cour avait eu le temps de dresser ses batteries. Albéroni, instruit par ses espions de l'arrivée de l'envoyé extraordinaire du duc d'Oriéans, lui fit donner l'ordre formel de sortir sur-le-champ d'Espagne. En vain il montra ses lettres de créance et menaça de faire usage de ses pouvoirs; il eut beau aussi s'aboucher en secret avec plusieurs Espagnols mécontents, il en fut pour ses frais de diplomatie et dut quitter Madrid sans avoir obtenu une audience du roi. Il se flattait du moins que cet affront serait accompagné de quelques marques de violence qui forceraient le régent à prendre fait et cause pour lui , mais en cela encore son espérance fut aussi vame que sa politique^ Quelle témérité aussi de retourner ^i

(I) Mémoires da due de NoaiUes.

212 LES HOmiES ILLUSTRES DE L'ORLÉàNAIS.

légèrement dans une cour où il s'était fait tant d'ennemis, auprès d'un prince qu'il avait essayé de brouiller avec sa femtne ! A la suite de cette mésaventure , le marquis se retira dans ses domaines et se consola en écrivant ses Mémoires politiques. Il mourut eu 1731, ne laissant que deux filles. Un mot de sa correspondance avec le duc de Noailles suffit pour le faire juger : ce II m'est impossible, écrivait-iL, «c de ne pas m'intéresser aux affaires qu'on me met entre les mains oc jusqu'au point d'en devenir fou. » C'était, en vantant son zèle, donner une triste idée de son tact et prouver son peu d'aptitude aux négociations si délicates dont il fut chargé.

BONET DE MARTANGE, le général.

Né en 1722, d*une famille de la Beauce complètement dénuée de fortune, Bonetde Martange fut destiné d'abord à l'état ecclésiastique et obtmt, jeune encore, le prieuré de Cossay dans le Maine. Doué d'un esprit vif et d'une intelligence peu ordinaire , il s'appliqua sérieusement k l'étude et devint professeur de philosophie en Sorbonne. Une circonstance assez curieuse vint changer la direction de sa carrière : ses cours étaient très-suivis , et les hommes les plus distingués venaient entendre le jeune professeur. Le maréchal de LowendhaU, assistant k un de ses examens, fut frappé de sa tournure, de son élocution , de la franchise de son geste, et lui dit gaiment : « En vérité, un uniforme vous irait mieux que la robe et le bonnet carré, d De Martange jeu convint et répondit que cet échange cadrerait volontiers avec ses goûts; le maréchal offre une lieutenance dans son régiment, le jeune homme accepte, et le professeur devient soldat, au grand désespoir de sa famille. Le courage qu'il montra au siège de Bergrop-Zoom lui fit obtenir une compagnie dans le régiment de la Dauphine , et le maréchal de Saxe le chargea d'une mission près d'Auguste III, roi de Pologne. Ce prince, l'ayant pris en affection, voulut l'attacher à son service et le nomtna major de ses gardes à pied; de Martange n'accepta qu'avec l'autorisation du ministre. A la cour de Pologne, il se trouva en rapport avec le comte de Brogiie,

alors ambassadeur de France, qui le fit partir pour Saint-Pétersbourg, avec la mission de proposer k l'impératrice de se joindre à la coalition formée par la Prusse. Cette négociation eut un plein succès.

De Martange combattit quelque temps à Fëtranger. Le roi de Prusse lui avait offert un régiment qu'il refusa pour aller retrouver l'armée autrichienne. A son retour en France, il fut chargé de proposer au cabinet de Versailles un corps de Saxons qui devait joindre l'armée française, alors établie en Hesse , sous les ordres du maréchal de Broglie. L'offre fut acceptée, et le prince de Xavier, comte de Lusace, choisi pour le commander, donna à de Martange le grade de généralmajor. Après s'être distingué dans les campagnes de i761 et 1762, il fut fait maréchal-de-eamp. Le dauphin et la dauphine l'honoraient de leur confiance; tnais lorsqu'il eut perdu ses protecteurs, Choiseul , qui ne l'aimait pas , refusa de l'employer dans son grade ; ce ne fut que sur des instances réitérées qu'il fut fait lieutenant-général, mais il ne put obtenir de service actif.

Retiré k Honfleur, il attendit que la disgrâce du ministre lui permit d'offrir ses services, et fut envoyé par le duc d'Aiguillon pour combattre et annuler les motifs de guerre que Choiseul avait mis en avant, afin de conserver son influence. La manière dont il s'acquitta de cette mission délicate lui fit obtenir le grade de secrétaire-général des régiments suisses.

De Martange s'était retiré depuis plusieurs années en Allemagne lorsque la révolution éclata. Dévoué à la cause de la royauté, il n'hésita pas à se rendre à Coblentz, oh les émigrés se rassemblaient alors auprès de Monsieur et du comte d'Artois : on lui confia le commandenoent de la cavalerie. Lorsque l'armée des princes fut licenciée, il se retira successivement en Hollande , à Brunswick, puis en Angleterre, où il mourut en 1806.

Les talents de Martange n'ont point été servis par les événement politiques. Réunissant aux qualités militaires la fiilesse et la discrétion du négociateur , il avait aussi le goût des lettres, qu'il cultivait avec assez de succès. Son Olympiade, qui parut en 1787, avait pour objet 4' éclairer le cabinet de Versailles sur les vues de l'Angleterre et de la Prusse, relativement à la Hollande. Il fit connaissance du poète Delille, ^ans l'intimité duquel il vécut jusqu'à sa mort. On

21 i LES HOMMES ILLUSTRES DE L'OHLÉANArS.

prétend qu'il a fourni au spirituel auteur du poème de la dmvmth tian le portrait

Du disooureiir timabie

Qui , par on cbanne inexprimable , Gomme des bons esprits, modèle des bons coeurs » Causeui* iDgénieux , citoyen estimable , Et, parant la raison de brillantes couleurs , Dans les épanchements d*nn entretien ftidle

Ressemble à Tarbre agréable et fertile Qui nous promet des fruits en nous donnant des fleurs.

On lui attribue aussi un acte d'opéra intitulé: Le Ballet rf'entintet de joHes pièces fîigitiTes^^utre autres celle qui se trouve dans les mémoires de Grinmi, de 1756, et qu'il adressa k un juif de Berlin, auquel il devait de l'argent,

Oi.-F. L.

HUE DE MmOMÉNIL (ârmand-Thomas).

Né dans l'Orléanais, en 1723, Hue de Miroménil fut d'abord ^taché au grand conseil. La faveur dont sa famille jouissait k la cour le fit nommer, en 1755, premier président au parlement de Rouen. Il occupait ces importantes fonctions , lorsque les persécutions dirigées par le chancelier Maupeou contre la magistrature le forcèrent à s'exiler, avec la plus grande partie des membres du parlement de Normandie. Le comte 4e Maurepas, disgracié par suite d'une chanson contre la favorite, habitait le château de Pontchartrain, où il avait su se faire une petite cour. Miroménil y fut présenté; la communauté du malheur et june certaine ressemblance dans le côté plaisant des caractères et dans le goût pour les plaisirs rapprochèrent les deux exilés. Maurepas savait égayer son adversité par les charmes d'une société nombreuse , par toutes les jouissances de la fortune et la consolation de narguer le pouvoir par un feu roulant d'épigrammes qui couraient la France. Le président réunissait aussi tous ces titres de reconunandation. Il sut plaire; on le fêta, et la manière originab dont il jouait les rôles de Crispin, ^u théâtre de Pontchartrain, mit le comble à l'estime que l'ex-^ministre avait pour lui.

Lorsqu'en 1774 le renvoi de Maupeou et de l'abbé Terrai eut

HUITIÈME S£R1£. — PEESONKAGES POLITIQUES. 215

proclamé le triomphe de l'opinion publique sur l'ancien parti de la favorite, de Maurepas devint principal ministre de Louis XVI; il se souvint alors de Hiroménil, et, malgré la médiocrité de son esprit et l'indécision de son caractère, il récomp^isa, par le titre de gardedes-sceaux, l'énergie qu'il avait montrée en faveur des parlements supprimés. Sa nomination iMr^[>ara la réintégration des cours souveraines. U ne fut pas k l'abri des traits que l'eqprit satirique de Fépoqi^ décochait contre les gouvernants : on ât paraltue les Commandemenu du roi à son garde^-des-sceaux , — assez curieux, en ce qu'Us donnent quelques détails relatifs aux mceurs et à la vie privée deMiroménil. ^^ Il avait été obligé de faire enfermer sa femme k cause de ses dérègleiments. Mais , en même temps, pour le dédommager de quelques-unes des épigrammes injurieuses qui n'épargnaient pas mâoue les princes, les habitants de Rouen, voulant honorer en lui le restaurateur du parlement, lui faisaient élever une statue en marbre dans le sanctuaire de la justice (1).

La simarre du garde^es-sceaux n'empêchait pas qu'on se souvint dans le monde que le successeur de tant de graves magistrats avait joué quelquefois la comédie dans les emplois les moins austères. Une dame de la cour, k qui l'on permettait tout, parce qu'elle disait tout avee esprit, rencontre un jour Miroménil qui entraât chez Maurepas; elle le saisit par le bras, traverse le sal<m au milieu de trente perscmnes et l'amène au ministre, en lui disant : « Je vous présente M. de Mxro....bolan (S). On faisait aussi paraître son& le nom de Matipeou un pamphlet très-acerbe, où l'infortuné garde-des-sceaux, appelé /e tnoatVe de Maurepas, était traité de petit homme, sans génie, sans mœurs, sans biens, criblé de dettes et perdu d'orgueih Miroménil eut aussi k subir les caprices de la poésie, et tandis qu'un ccmseiller au parlement de Rouen le représentait

Présidant un séùat regretté par la France , Lui soii£Qant son génie, et de ce vaste corps , Vers le bonheur public dirigeant les ressorts »

U) Le buste de M. Hue de Miroménil orne une des salles &ïi Musée d'Orléans. (3) Nom du médecin dans It ftirce dUauterocbe intitulée : Cirispin, médecin.

une plume inspirée sans doute par autre chose que la reconnai&sance, se plaisait k en faire

LlioneaT de son fige, Qui, comme un songe ^aôn, regarde la vertu , Ministre corrupteur autant que corrompu.

Le crédit du garde-des-sceaux se maintint assez bien jusqu'à l'assemblée des notables de 1787. Miroménîl avait d'abord approuvé et appuyé les plans du contrôleur-général Galonné; mais lorsqu'il vit les notaUes se déclarer contre celui-ci, il jugea k propos de retenir sur son enthousiasme et concerta avec les principaux membres de la magistrature les moyens de prévenir les coups qui pouvaient être portés aux parlements par des tentatives de réformes. Le roi, prévenu contre lui, fut indigné de ce double rôle, et, le 8 avril 1787, obligé de donner sa démission , le garde-des-sceaux tut remplacé par le président de Lamoignon.

Miroménil sortit du ministère aussi peu riche qu'il y était entré , mais avec beaucoup plus de dettes : sa retraite passa inaperçue au milieu des événements qui agitaient la cour. Il mourut en 1796, dans sa terre de Miroménil, en Normandie. Sans avoir les qualités et les vertus éminentes de ses prédécesseurs, il montra un esprit de sagesse et de modération qui suffirait pour honorer sa mémoire. Il ne faut pas oublier non plus qu'il i&ut le mérite de seconder les vues de Louis XYI, en rédigeant la déclaration du 24ao(lit 1780, relative à Vabolition de la question préparatoire.

Ob.-P. L.

DE ftOCHAMBEAU, le général.

Jean-Baptiste-Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, naquit le l*"" juillet 1725, à Vendôme, d'une fajnille distinguée. Son père était gouverneur de cette ville et, de plus, lieutenant des maréchaux de France. En sa qualité de cadet de famille , le jeune Rochambeau fut destiné d'abord k l'état ecclésiastique et fit ses études au collège des Jésuites de Blois. Au momait oh M^^ de Crussol, évéquede ce diocèse, allait letonsurer, il apprit queFainédés Ro-

cbambeaa venait de moarir. <v A présent, dit le prélat au jeune sé- « minariste , il faut que vous serviez le roi et la patrie dans les camps « avec le même zèle que vous auriez mis à servir Dieu dans l'Eglise. »

Rochambeau ne se fit pas prier , et, k seize ans , il entra comme cornette dans le régiment de cavalerie de Saint-Simon, qui partait pour la guerre d'Allemagne. Il fit les campagnes de Bohême et de Bavière sous les ordres du maréchal deBroglie et obtint bientôt une compagnie. Sa mère, étant devenue gouvernante des enfants du duc d'Orléans , aida beaucoup à son avancement. Il fut attaché au comte de Glermont comme aide-de-camp ; placé souvent k l'avant-garde des troupes légères, il revenait rendre compte au prince, son général, des positions et des manœuvres de l'ennemi. Au siège de Namur, le maréchal de Saxe le chargea de reconnaître la place : Rochambeau gravit une hauteur où il ne trouva que deux sentinelles qui fumaient négligemment leur pipe. Le comte de Glermont profita de l'avis pour faire une diversion utile et Namur fut pris. Ce service lui valut le grade de colonel au régimfent de la Marche-infanlerie; il n'avait alors que vingt-deux ans. Il servit en cette qualité à la bataille de Lansfeldt, où il fut grièvement blessé. Pendant la campagne de 1748, placé sous les ordres du maréchal de Lowendahl , il se signala au siège de Maastricht, et, k la tête de quatorze compagnies de grenadiers, il investit la rive gauche de la Meuse.

A la paix , il rentra en France et conclut un mariage aussi avantageux qu'honorable avec M>*« Telles d'Acosta. Mais son esprit n'était pas de nature k plaire beaucoup k la cour : l'art de la guerre occupait presque seul ses pensées. Les colonels d'alors ne résidaient guère plus que les prélats; Rochambeau, au contraire, ne quittait pas sa garnison; aussi, lors des inspections militaires, le régiment de la Marche était cité comme le modèle de l'infanterie. Il fut demandé par le maré- . ehal de Richelieu pour ^expédition de l'ile de Minorque. On a beaucoup raillé les colonels de l'ancien régime; mais l'histoire est Ik pour prouver que ces mousquetaires et ces gardes-françaises, avec leurs vestes de satin et leurs manchettes de dentelle , étaient k l'occasion de vrais héros. Le point d'honneur était compris des soldats euxmêmes, et, dans un ordre du jour qui fut adopté pour toute l'armée, Rochambeau déclara que tout soldat ivre serait privé de l'honneur de

2i8 LES H0MB1£S ILLUSTRES DE L'OHLÉAMAIS.

monter k l'assaut. La brayoure dont il fit preuve au siège de Mabon hii mérita le grade de brigadier d'infanterie et la croix de Saint- Louis.

Attaché pendant quelque temps k l'étatHuajor du maréchal de Richelieu, il préféra reprendre le service actif, et, pendant la guarre de 1757, il Unt tête au prince Ferdinand de Brunswick. A la bataille de Grevelt, il résista avec sa brigade, dont il sut déguiser le petit nombre, au choc de l'armée prussienne et opéra une habile retraite.

Les armes françaises éprouverait alors, par l'impéritie des généraux et la lâcheté du cabinet de Versailles, des désastres que nous aurions mauvaise grâce k dissimuler. Rochambeau, devenu ccrionel du régiment d'Auvergne-infsoiterie, assista k plusieurs défaites; prit part k la bataille de Minden, perdue par le maréchal de Contactes; mais, prenant bientôt une éclatante revanche, il contribua par sa bravoure héroïque k la victoire de Oostercamp (i760).

A la paix, il fut fait maréohal-de-camp et inspecteur-général d'infanterie. Au camp de Yerberie et de Gompiègne, il commanda, sous les yeux du roi, quatorze bataillons. Dès ce moment, les faveurs et les distinctions semblent pleuvoir sur lui. U avait obtenu de conserver le gouvernement de Vendôme en survivance de son père; bientôt il reçut (un peu trop rapidement peut-être) le cordcm rouge , la grand'croix.de Saint-Louis et l'inispection de la Bretagne et de la Normandie.

On se préoccupait beaucoup alors des réformes a opérer dans l'armée française, et spécialement dans l'infanterie: Rochambeau fut consulté, et, dans plusieurs conférences, on le vit émettre avec franchise des opinions contraires aux projets des mmistres. Le comte de Saint- (jermain, en quittant le ministère de la guerre, le désigna comme surintendant des bureaux. Dans les essafs tentés au camp de Vassieqx, en Normandie, Rochambeau soutint contre le maréchal de Broglie une sorte de d^ sur Vardre mince et Vordre profond. Sa tactique l'emporta, mais ce triomphe fut pénible k son cœur. D aurait mieux aimé, dit-il dans ses mémoires, avoir son ancien maître pour juge plutôt que pour rival.

Ce camp était un prélude k la guerre d'Amérique. Nommé lien-

tenant-général des années, le i^' mars i780, Rochambeau fut envoyé dans TAmérique septentrionale avec un corps de six mille hommes. Il débarqua à Rhode-Island et prit une position avantageuse, en attendant les recrues qu'on devait lui envoyer de France. Le général de l'Union américaine, Wa^ington, voulait brusquer l'at^ taque, mais Rochambeau lui en fit sentir les dangereuses conséquences. Il se contenta d'abord de tenir en échec lord Clinton , puis, assuré de l'alliance des tribus sauvages, et ayant opéré sa jonction avec l'amiral de Grasse, il prit des dispositions telles que Gomwallis, général anglais, retranché dans la ville d'Yorck, en Virginie, fut réduit à capituler. Huit mille Anglais se rendirent prisonniers de guerre, livrant aux vainqueurs deux-cent quatorze pièces de canon et vingtdeux drapeaux. Le général Ghéra, en défilant à la tête de la garnison prisonnière, affecta de rendre son épée au général Rochambeau; mais celui-ci montra Washington, en disant : (c Je ne suis que l'auxiliaire du général des Américains. » Cette journée accéléra l'indépendance des Etats-Unis, qui fut reconnue ^u traité de Versailles, le i«' juin 1785. Le congrès américain témoigna sa reconnaissance à Rochambeau en lui donnant deux des pièces de canon prises sur l'armée anglaise , et il fit graver les armes du général avec une inscription honorable.

A son retour en Erance, lorsque Rochambeau se présenta devant Louis XVI, ce monarque lui fit un accueil très-distingué, et lui accorda le cordon bleu et le gouvernement de la Picardie. Il lui fit don, en outre, de deux tableaux, l'un représentant le siège de New-Yorck, et l'autre la garnison anglaise qui défilait au milieu d^ l'armée fran-. caise.

Ici se termine la partie heureuse , on pourrait presque ajputer la partie glorieuse de la vie de Rochambeau. Pendant les années orageuses qui précédèrent le coup de foudre de 1789 , il dut, à plusieurs reprises, réprimer dans son gouvernement les troubles suscités par la disette des grains et par les élections. Lorsque l'Alsace fut agitée par des troubles populaires, le roi l'envoya réti^ir le calme dans cette province, et, par sa prudence et son énergie, il mit plusieurs villes à l'abri du pillage ; mais lui-même se sentait entraîné sur la pente rapide de la révolution. Nommé membre de la seconde assemblée des notables, en 1788, et attaché au bureau de Monsieur, il vota pour

120 LES HOMMES ILLUSTRES DE L'OKLÉAMâIS.

la représentalion au tiers-état. Gomme Lafayette, son lieutenant dans la guerre d'Amérique, il crut pouvoir être libéral, tout en restant dévoué à la cour.

Naïfs politiques, qui s'imaginaient que le prestige de la gloire' militaire peut dominer les révolutions , quand, si glorieuse qu'elle soit, l'épée est rentrée dans le fourreau! Rochambeau, dont la santé commençait à s'altérer, demanda un congé, mais la cour avait besoin de ses services. Après six mois d'un repos insuffisant, le roi le manda en audience particulière k Saint-Goud et lui demanda l'appui de sa vaillante épée. Rochambeau crut pouvoir servir en même temps le roi et la nation , et il accepta le commandement de l'armée du Nord, n s'appliqua k rétablir l'ordre dans les troupes et leur harmonie avec les corps administratifs; mais les décrets de l'Assemblée nationale venaient successivement d^ouer les mesures du commandant. On parlait déjà de démocratiser l'armée; les soldats commençaient k fréquenter les clubs, la subordination allait être détruite aussi bien que la discipline. Rochambeau résista le plus qu'il put à ces funestes tendances et il engagea les officiers à surveiller leurs subordonnés. Les deux partis lui faisaient des avances qu'il repoussait avec une certaine hésitation. M. de Montmorin lui ayant offert le ministère de la guerre, il déclara qu'il ne se sentait ni la force, ni le talent de remplir d'aussi importantes fonctions. Après l'évasion du roi , l'Assemblée nationale l'ayant appelé à la défense des frontières, le priant de se rendre dans son sein, il s'excusa sur ce qu'il n'avait aucun titre ni obligation directe pour y paraître.

Mis en demeure de se prononcer et de partir pour la frontière du nord, il prêta, à la barre de l'assemblée , le serment de défendre la nation contre les ennemis du dehors , et la constitution contre les ennemis du dedans. Ce compromis lui valut d'être nommé, par le rot, maréchal de France , sur la présentation de V Assemblée nationale. Le comte de Narbonne, ministre de la guerre, vint en personne lui remettre le bâton de commandement , en présence des troupes. Dans l'éventualité d'une guerre prochaine avec l'Allemagne, Rochambeau fut consulté, et dans la conférence tenue dans le conseil le 2 mars 1792, il fut d'avis de rester sur la défensive; mais le ministère étant passé aux mains de Dumouriez, le parti de l'offensive prévalut et la guerre fut déclarée. I^ ministre, qui n'était pas ami

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de Rochamb^u, chercha k compromettre la gloire du vieux maréchal, en faisant insérer, dans les feuilles publiques, des comptes rendus infidèles de ses opérations militaires. En vain l'assemblée le vengea de cette injustice par un décret rendu dans les termes les plus honorables, le coup était porté, et l'illustre guerrier, abreuvé de dégoûts, se démit du commandement, après cinquante ans de service, et se retira dans sa terre près de Vendôme, bien résolu de ne plus se mêler aux affaires publiques ; mais la Terreur vint le poursuivre dans sa paisible retraite. En 1795, on lui enleva les deux canons, don précieux du congrès des Etats-Unis. Sur un ordre du comité de salut public, il fut conduit k la Conciergerie et mis sur la liste des condamnés. Il allait monter dans la fatale charrette qui conduisait le vertueux Malesherbes k l'échafaud, lorsque le bourreau, trouvant qu'elle était trop pleine, le repoussa brutalement : <c Retire-toi, vieux maréchal, lui cria-t-il, ton tour viendra plus tard ! n

La chute de Robespierre, au 9 thermidor, sauva Rochambeau qui fiit mis en liberté et qui alla achever tranquillement dans ses foyers sa glorieuse carrière. Il suivait journellement, avec le plus vif intérêt et souvent avec une heureuse prévoyance, la marche et les succès des armées françaises.

En 1805, il fut présenté au premier consul Bonaparte, qui, en lui montrant plusieurs généraux, et particulièrement Berthier, jadis aidede-camp de Rochambeau en Amérique, lui dit : a Général, voilà vos « élèves. — r Les élèves , répartit Rochambeau , ont bien surpassé le c maître. x> C'était trop de flatterie et surtout trop d'humilité. L'empereur, jaloux de se rallier leà vieilles gloires de la France, accorda au doyen des maréchaux une pension et la croix de grand-officier de la Légion-d'Honneur. II occupa ses loisirs à rédiger, ses Mémoires^ qui ont été revus et publiés, après sa mort, par Luce de Lancival, un des poètes ofliciels de l'Empire. Rochambeau termina doucement sa longue carrière sans autre infirmité qu'un catarrhe qui le suflbqua en un moment, le 10 mai 1807. Il fut enterré dans le cimetière du village de Tboré, sa paroisse, et la pierre tumulaire qui couvre ses dépouilles mortelles porte une épitaphe faite par le chevalier de Boufflers.

De son mariage avec M"<^ Thérèse d'Acosta, qui lui survécut de

222 LES HOMMES ILLUSTRES DE L'ORLÉiHf AIS.

quelques années, il eut un fils qui, après une Yie errante et agitée, mourut au champ d'honneur dans une des batailles de l'Empire.

Né en 1750, dans le château de ses pères, Donatien-Marie^Joseph de Yimeur, vicomte de Rochambeau, flit colonel à douze ans et suivit son père dans sa brillante expédition d'Amérique, où il fut décoré de l'ordre de Cincinnatus. C'est sans doute k ce séjour aux États-Unis qu'il faut attribuer son enthousiasme pour les idées républicaines. Nommé lieutenant-général en 1792 et gouverneur des Antilles françaises, il s'efforça de propager dans les colonies les idées de la révolution : on lui reproche même d'y avoir introduit la guillotine, dont il aurait fait l'expérience in anima vUi sur quelques nègres. Son ardeur révolutionnaire ne l'empêcha pas d'évacuer la Martinique, en 1794, et d'être destitué, en 1796, de son nouveau poste de gouverneur-général de Saint-Domingue. Renvoyé en France, il fit sous Bonaparte la campagne d'Italie , puis accompagna dans l'expédition de Saint-Domingue le général Leclerc, auquel il succéda, en 1805, comme général en chef. R se fit détester indistinctement des noirs et des blancs, et, poursuivi par Dessaiines, capitaine-général des nègres, il se remit à la discrétion d^un commodore anglais. Napoléon le laislsa prisonnier en Angleterre jusqu'en 1811, où il fut échangé, en vertu d'une convention. Il demeura dans sa campagne, près de Vendôme, jusqu'en 1813, où il reçut le commandement d'une division, sous les ordres du général Lauriston. R donna des preuves de valeur au combat de Bautzen, et périt, le 18 octobre 1815, k la sanglante bataille de Leipsick, faisant oublier, par une mort glorieuse, ses tristes états de service, et digtie en cela du moins de porter le nom de

Rodiambeau.

DUSAULX (Jean).

Quel que soit le rdte important qu'il ait joué dans les grands événements de la révolution, Dusaulx, que nous mettons id parmi les hommes politiques, sera plus connu de la postérité comme littérateur que comme membre de la convention nationale. H naquit à Chartres en 1728 et ne se fit remarquer dès l'enfanée que par cette étourderie naturelle k son &ge qui fait prévoir, jusqu'k un certain point, la viva-

cité de l'esprit. On raconte que son père, magis^t intègre, faorame d'honneur et de bon sens, lui dit dans un moment d'humeur : Le^fUs de Cicéron étaù-^l étourdi comme toi? — Aussi ne suis-je pas le fils de Cicéron, répondit l'enfent. Le vieillard sourit, et l'indulgence paternelle ne fut point offensée d'une saillie qui , pour la première fois , révélait une intelligence vive à côté d'un caractère pétulant.

Il fit ses études avec distinction k La Flèche, et vint ensuite les terminer a Paris, aux collèges du Plessis et de.LoiHS-le^îrand. Ses parents le destinaient à la robe^ mais la légèreté de son humeur s'accommodait peu de la gravité qui sied au barreau , et il acheta une charge de commissaire des guerres auprès de la gendaimerie royale. Ce fut là que, dans le désœuvrem^H des garnisons, il contracta la funeste passion du jeu. Le dévouement d'un àmi le corrigea ; ce fut alors que , pour rendre utile son repentir, il composa svr le jeu plosieors letMs et réflexions où l'érudit se montre plus rarement que l'homme de bi^. On y trouve un curieux fragment d'un édit de l'empereur de la Chine Yong'^Tching contre les jeux de hasard. En somme , c'est un de ces ouvrages qu'on estime beaucoup mais qu'on ne lit jamais.

Guéri de la passion du jeu , Dusaulx se rejeta sur l'étude des lettres et y consacra tous ses loisirs. Dès l'âge de vingt et un ans, il avait été reçu k l'académie de^NaQcy, par la protection du roi Stanidas. Ce que V(m connaissait de sa ti^aduction de Juvinal et de son discours sur les Satiriques avait commencé sa réputation littéraire ; la publica-^ tion de ces deux ouvrages lui ouvrit, en 1776, les portes de l'académie des Inscriptions. Heureux en succès littéraires, il l'était aussi en amitiés; Collé, Piron, Mably, Condillac et l'abbé Barthélémy formaient sa société habituelle. Ses relations le firent nommer secrétaire ordinaire du duc d'Oriéans; ce titre paraissait sufiSre à son ambition. Simple, franc et modeste, Dusaulx était incapable d'mtrigues pour réussir.

Sa veuve raconte dans ses Mémoires que le roi Stanidas, qui lui voulait du bien, lui fit dire un jour de se rendre à Versailles. Il va trouver le père Menou, jésuite, qui avait la confiance du prince. — Mon cher DusaïUx, lui ^t le père Menou , le roi désire vous amfier Véduca-' tion de ses petitS'fh; mais d'abord, quels sont vos princes ? — Ceux

de lajiAStice. — Qu^etueignerez-vom ? — L'amour de la justice et la haim des flatteurs. Le père Menou réfléchit, puis il reprend : — Quelle est votre demeure à Paris ? — Rue du Dauphin, mon père.. — Eh bien, mon cher, croyez-^moi, regagnez votre rue du Dauphin, Voir de ce pay^ ne vous convient pas du tout. Dusaulx s'^ alla fort content, et eut la naïveté de parler de cet incident comme d'un danger qu'il avait su habilement éviter.

Le désir impatient de réformer tous les abus et d'arriver à une perfection imaginaire lui fit d'abord embrasser avec chaleur les principes de la révolution ; mais son bon sens et sa probité naturelle le firent toujours ranger dans la classe des modérés. La liberté qu'il désirait établir en France lui apparaissait, au milieu de ses nombreux ennemis , sous les habits guerriers qu'elle portait jadis à Morat ou dans les marais du Batave ; son imagination la lui représentait belliqueuse et fière, mais juste et généreuse, s'^ppuyant d'une main sur un faisceau , de l'autre sur la table des lois. Aussi, lorsqu'il fut nommé parmi les commissaires chargés d'empêcher les massacres du 2 septembre et d'aller parler au peuple pour rétablir le calme, le voitK)n« avant de sortir de la salle, remettre k un jeune volontaire, qui allait marcher à la frontière, le fusil qu'il regrettait de ne pouvoir porter lui-màne à cause de sa vieillesse. Dans la séance trop mémorable du 15 janvier i792, il vota en ces termes : <c Du fond de ma conscience, je <v vote l'appel au peuple; je crois qu'on peut être très-bon patriote a sans tuer son ennemi par terre. Je demande que le ci-devant roi a soit détenu pendant la guerre et banni à la paix. » Le sursis lui parut de toute justice. Ce vote généreux faillit l'envoyer lui-même au supplice. Il fut du nombre des soixante-treize députés incarcérés pour n'avoir pas lutté avec assez de force contre les partisans de l'ancien régime. Billaut de Yarennes demanda sa mort; mais ce ftit Marat qui prit sa défense, en le dépeignant comme un vietix fou iacsLpable de devenir dangereux. En i795 il demanda qu'on élevât un autel expiatoire pour le sang français injustement versé.

U fut président du conseil des anciens en juillet 1796, et en janvier 1797, il proposa de modifier le serment de haine k'ia royauté en y ajoutant les mots: en France; il se prononça aussi contre le rétablissement des loteries. A la séance du 27 avril, il prit congé de l'as-

semblée par un discours dont le conseil ordonna l'impression : a De- « puis neuf ans, disait-il, que je suis dans les fonctions publiques, ff ennemi des factieux , étranger k tous les partis, je n'ai plaidé qu'en « faveur de la justice et des mœurs ; j'ai la douce satisfaction de pou- « voir dire que mes mains sont aussi pures que mon coeur. ]» Il de*^ manda sa retraite et mourut^ un an après, en 1799, des suites d'une maladie douloureuse.

Dusaulx n'eut de l'homme d'État ni la pénétration qui prévoit la marche et le résultat des événements, ni l'habileté qui les dirige, ni la fermeté qui les domine; mais il eut toute la sensibilité qui peut adoucir les maux qu'entraînent à leur suite les discordes civiles.

H>^ Roland , dans ses Mémoires , fait le portrait suivant de Dusaulx \ «r Bon traducteur de Juvénal, homme vénérable par son âge et ses c mœurs, il parlait comme Nestor^ et, qui pis est, comme un littérale teur, c'est-k-dire beaucoup trop, en société, du moins. Probe et sen- « sible, ami chaud de la vérité^ il ne lui aurait fallu que dix ou quinze « années de moins pour être dans la Convention l'un de ses plus bar- « <fis défenseurs. » M»'^^ Roland, qui ne lui reprochait qu'un peu de bavardage , peut-être par esprit de concurrence , devait aimer dans Dusaulx les qualités qui font naître l'attachement et méritent l'estime. n ne faut pas oublier aussi qu'il inclinait vers le parti des Girondins.

Comme écrivain, on peut dire qu'il eut beaucoup des qualités et des défauts de Juvénal , qu'il avait choisi pour modèle. Son seul ouvrage politique est l'/n^rrectton /ximienne el la prise de la Bastille, ou rcèucre des sept jours. C'est le récit de tous les jours d'une semaine à jamais célèbre dans l'histoire des révolutions politiques. On y remarque des détails très-curieux et des anecdotes fort intéressantes. Dusaulx y raconte, avec une certaine naïveté goguenarde, les mésaventures d'un de ses compatriotes, l'abbé Lefèvre, honnête vieillard que l'enthousiasme avait transformé en guerrier. On lui avait confié la surveillance du dépôt des poudres, et ce poste périlleux provoqua une foule de dangers auxquels il ne survécut que par miracle. Ainsi, le premier jour de son entrée en fonctions, on tire un coup de fusil sur les tonneaux dont il était gardien et un coup de pistolet sur lui ; la nuit suivante, la porte du magasin est brisée sous la hache et une tentavive est faite pour pour piller le dépôt. Le lendemain, c'est un

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