TOME H
plusieurs autres fiefs du Câlinais, fut l'un des grands du royaume qui suivirent le roi Louis-le-Jeune dans son expédition en Terre- Sainte; mais il y demeura peu de temps et revint en France avant le roi. Il avait épousé la sœur de Guy du Donjon , seigneur de Corbeil, et, comme les seigneurs de Montihéry et du Puiset, il était la terreur de TIle-de-France. On peut en juger par la lettre que Thibaud de Champagne écrivait à Suger, abbé de Saint-Denis , régent pendant l'absence du roi : « Je vous donne avis que Renaud de Courut tenai a fait une grande injure au roi et à vous , qui êtes le garce dien de son royaume; car il s'est saisi de certains marchands royaux <c qui avaient acquitté leurs péages à Orléans et à Sens , et les a déa pouillés de toutes leurs marchandises. C^est pourquoi il est néces- «t saire que vous lui ordonniez, de la part du roi et de la vôtre, qu'il « ait à les mettre en liberté , et leur rendre ce qui leur appartient. <c Que s'il refuse d'y satisfaire et que vous désiriez envoyer une ar- « mée contre lui, pour le faire obéir, faites-moi savoir votre volonté, « afin que je vous amène du secours , et que je vous aide k le re- «r mettre dans le devoir. »
La fille ainée du sire de Courtenay, Elisabeth , dame de Montargis, &c., épousa, vers l'an il50, Pierre de France, septième fils du roi Louis-Ie-Cros. Cette alliance royale ouvre k la maison de Courtenay une longue et brillante carrière de fortune et d'illustration. Déjà un de ses membres avait suivi Guillaume-le-Conquérant en Angleterre, où il devint la souche des comtes de Dewnshire. Un fils de Josselin I , établi en Terre-Sainte , obtint le comté A'Édesse « dont héritèrent ses descendants. Pierre II de Courtenay, qui continua le branche directe, fut empereur de Constantiuople, et transmit a deux princes de sa famille ce titre illusoire. Nous n'avons pas k nous occuper de ce rameau qui se greffe sur un tronc royal ; nous nous bornerons k suivre la filiation de la branche cadette qui demeura dans l'Orléanais.
SEIGNEURS DE CUAMPIGNELLES.
Ils PORTAiEirr : D'or à trois tourteaux de gueules, au lambel de cinq pendaste d'axur.
Robert I de Courtenay, second fils de Pierre de France , fut seigneur de Champignelles , de Charny, de Mehun - sur - Yèvre , de
SeHes, &c. , et bouteiller de la couronne. Il accompagna le prince Louis, fils de Philippe-Auguste, dans son expédition en Angleterre, en 1217, et prit part aux croisades contre les Albigeois. Il suivit saint Louis en Afrique, et mourut dans cette expédition en 1259:
S<m fils, Guillaume de Courtenay-Champignelles, combattit à son tour à la seconde croisade de saint Louis, et mourut en 1280.
Jean I de Courtenay-Champignelles assista à la bataille de Mons-' »-Puelle en 1504. Ses descendants prirent part k toutes les guerres qui , au XIV« et au XV« siècles, décimèrent la noblesse française, et laissèrent de leur sang sur tous les champs de bataille de la guerre de cent-ans. Le dernier, Jean IV, surnommé Sans-Terre^ mourut Ters 1472, ruiné et sans laisser de postérité légitime.
Les autres branches de la maison de Ck>urtenay sont celles de Blé^ neau, dont le dernier espéra en vain être reconnu prince du sang par le crédit de Richelieu; de la Ferté^Loupière et de Chevillon, qui firent aussi d'inutiles démarches pour obtenir le rang dû h leur origine royale; de Tœiday, de Changy, &c., qui, toutes, serrirent ayec distinction dans les armées françaises et brillèrent au premier rang parmi la noblesse d*épée.
Le donjon féodal des sires de Courtenay , déjà démantelé par le temps et les ordonnances royales, fut entièrement démoli en 1774^ et on château moderne s'élève aujourd'hui sur les fondations de l'antique manoir*
Maison D'ILUEtlS.
Blason : D*or à six aouelets de gueules.
La petite ville d'Uliers, située dans la Beauce, entre Chartres et Orléans, a donné son nom a une ancienne maison qui remonte à Tan 948. Avesgard, sire d'ULiERS, est le premier du nom ; il obtint de la yeuve du comte Thibaut de Chartres les dîmes et le droit de présentation k l'église d'Dliers. Une alliance qui eut lieu en 1259« entre Yolande d'Uliers et Philippe de Yenddme, fit passer dans la inais<Hi de Yendôme le nom et les armes d'Uliers. Deux membres de cette maison jouèrent un rôle important au XV^ siècle. Miles fut évéque de Chartres en 1451 ; il fut employé en diverses ambassades
par les rois Charles VII et Louis XI. Son frère, Florent d'Iluers, fut un de ceux qui défendirent avec le plus de courage la cause désespérée de la couronne de France, contre les tentatives des Anglais. Il vint se joindre, avec toute la noblesse du pays chartrain, k l'armée que le roi avait rassemblée et fit partie des troupes qui se jetèrent dans Orléans, pour la défendre. Les mémoires du temps attestent le courage dont il fit preuve, et son nom se rencontre partout dans les relations particulières de ce siège, principalement dans le récit qui en fut imprimé l'an 1606 :
ce Arriva le jeudy vingt-huitiesme avril, un capitaine moult re- «( nommé, appelé messir^ Florentin d'Illiers, et avec lui quatre «( cents lances fournies, tous bien combattans, qiû venaient de a Cbasteaudun, lequel pair son arrivée réjouit grandement les ea- «r pitaines. » Plus loin, on le représente de retour dans Chàteaudun, dont il était capitaine, « remportant grand prix, los et renommée (c des vaillans faicts d'armes par luy et ses gens îaits au siège d'Ora léans; et de fait, en recognaissance d'une si belle action, les Ora léannois nommèrent une des principales rues de leur ville la rue « d'niiers, qui s'appelle encore aujourd'hui de ce nom-là, en mé- (c moire de ce que ce brave capitaine entra premièrement par là et « qu'il eut l'honneur de porter les premières nouvelles de cette fa- (X meuse entreprise de la Pucelle , au-dèvant de laquelle il sortit dès « le lendemain, avec le bastard d'Orléans, pour favoriser l'entrée de « cette amazone. »
Les habitants de Gbâteaudun établirent une fête commémorative de cet événement en l'honneur des glorieux exploits de leur capitaine, le digne chevalier de Jeanne d'Arc. Lorsque les Anglais commencèrent à perdre peu à peu le terrain qu'on leur avait laissé prendre , Florent d'Illiers entreprit de lés chasser de la Beauce et de délivrer Chartres. 11 se ménagea des intelligences dans la ville et y entra, k l'aide d'un stratagème, le samedi, veille des Rameaux. Il acheva ensuite d'expulser les Anglais du Dunois, du Yendômois et du Perche. Il fut nommé gouverneur et bailli de Chartres, et mourut en 1461, « presque en même temps qu'il eut appris là mort de c( Charles YO, comme s'il luy eust été difficile de survivre à un tel « maistre, qu'on peut dire avoir esté l'un des plus reconnaissans, a comme il fui un des plus viclorieux roys de cette monarchie. »
Son fils Charles épousa OlWe de Saintré. tl commence la branche des Chantemîle, dont les seigneurs d'illiers portèrent le n6m. L'un d'eux épousa, en 1588, une fille de Balzac d'Entragues, gouverneur de rOrléanais, et de Jacqueline de Rohan, sa première femme. Par cette alliance, les d'illiers devinrent seigneurs de Malesherbes , de Manoussis et de Gié.