‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 3)Chapitre 48 sur 51 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

586 LES HOMBIES ILLLSTKES DE L'OHLÉANAIS.

Les notables n'obtinrent pas son éloigtiement, car le chancelier avait su se faire de nouveaux et de puissants amis.

Une manière adroite de plaire à un maître, c'est non-seulement de flatter ses passions, mais encore de les partager. Chevemy avait remarqué, et la remarque était facile à faire, que « Sa Majesté , parmy r< les plaisirs de la paix , s'occupait ordinairement )i la chasse et à « l'amour; » îi l'exemple du roi, il prit donc une maîtresse, et il choisit.... M»<» de Sourdis, tante de Gabrielle d'Estrées. « Le prince cipal du conseil du roi en devint amoureux, dit l'auteur des Amours « du grand Alcandre, tant l'ei^emple du roi a de pouvoir. Cet « homme, dans une charge si sérieuse et si éminente, ne cachait « point sa passion , et le roi, qui eât voulu que tout le monde eât « été pris ainsi que lui, était bien aise qu'un tel personnage fût ema barrasse du même mal que le sien. » Un enfant naquit de celte liaison, et Henri IV, après avoir fait complimenter Chevemy, voulut en être le parrain avec Gabrielle.

Aidé de la belle maîtresse du roi, Cheverny pouvait facilement braver les mécontents; mais voilà que tout-à-coup, pendant qu'il était k Esclimont , un de ses secrétaires lui mande la -mort subite de Gabrielle (1599). Il en fut attéré. Pourra-t-il désormais se soutenir? le roi ne le sacrifiera-t-il pas? U se prit à regretter de s'être tant attaché à cette femme : <c jugeant dès lors quel changement cette mort « apporterait k toutes les affaires du temps, je comi^ençay à aucusn nemept me plaindre k moy-méme de mon malheur particulier de a m'estre si promptement et trop attaché a ses alliances par la perce suasion d'autruy. )> U se hâta d'écrire k Henri lY, pour lui témoigner .la part qu'il prenait k sa douleur, et pour lui demander ses ordres. La réponse fut bienveillante ; le roi le priait d'aller le trouver ausssitôt qu'il lui serait possible. M>»® de Sourdis y gagna de n'être point délaissée ; Chevemy nous l'apprend lui-même : « Nous conti- <c miasmes, dit-il, nos mesmes amitiez et intelligences. »

Cepradant il allait descendre k son tour dans la tombe. Fatigué des affaires, il songeait k se défaire de la charge de gardo-des-sceaux, pour ne conserver que celle de chancelier, et déjà même il était entré en pourparlers avec M, de Maisse, lorsque la mort le surprit k Chevemy, le 50 juillet 1599. Si l'on en croit la tradition, il aurait eu le

pressentiment de sa fin prochaine et il aurait dit, en entrant dans le château paternel, qu'il avait voulu revoir une dernière fois : Je res^ semble au bon lièvre, je viens mourir au gîte. Il avait alors soixante et onze ans et quatre mois.

Le chancelier de Chevemy, d'après les aveux qui lui sont échappés et que nous avons recueillis dans ses mémoires, peut être jugé sévèrement comme homme, et il n'a pas non plus laissé dans l'histoire la réputation de grand homme d'Etat. Toutefois, nous devons dire qu'il se montra habile négociateur et ministre expérimenté , et que s'il ne donna pas toujours des conseils sages , du moins il fut dévoué k ceux qu'il servait. S'il a été attaqué de son vivant, il a trouvé aussi de chauds défenseurs. Nicolas Rapin, dans ses Elégies; Scévole de Sainte- Marthe, dans ses Éloges; le président deThou, dans son Histoire universelle^ en parlrat avec avantage et vantent sa dextérité dans les affaires. Ronsard lui a dédié un de ses poèmes : Le second bocage royal :

Les esprits demi-dieux des Huraults, tes anceStres,

Qui ODi e« comme toy nos princes pour leurs maistret,

Seront tous r^ouis, quand ils diront là-bas

Que tu suis leurs vertus, leurs gestes et leurs pas.

Blois s*en réjouira , et ton fleuve de Loire ,

Et moi qui des François eélèbre là mémoire , etc.

Les descendants] du chancelier de Cheverny vécurent, en grande partie, sur la réputation de leur illustre aïeul. L'ainé de ses fils, HenB| DE Cheverny eut en survivance le gouvernement des pays €hartrain et Blésois avec le titre de lieutenant^générai au gouvernement d'Orléans, n mourut en 1648, comblé de faveurs par les rois Henri IV et LouislŒI. Ses enfants mâles n'eurent point de postérité, et avec eux s'éteignit la ligne directe de Cheverny.

Les branches collatérales jetèrent encore quelque éclat. Philippe HcRAULT , second fils du chancelier, fut évéque de Chartres et premier aumônier de la reine Marie de Médicis ; Louis Hurault , le troisième, devint bailli et capitaine de Chartres, conseiller du roi et gentilhomme ordinaire de la chambre. Les filles contractèrent des al- Uances avec les plus nobles familles du royaume, et les Hurault, par leur arbre généalogique, établissent des parentés avec les Laval, les La Trémouille, les d'Alluye, les d'Escoubleau deSourdis, &c., &c.

Parmi les branches collatérales de la maison de CbcYemy, on remarque les seigneurs du Marais, de Chérigny, 4^ Boistaillé, de L'H6pilai , &c. Cette famille est représentée aujourd'hui, dans le Blésois, par M. le marquis Hurault de Yibraye , possesseur du château de Chevemy.

Maison DE THOU- Armes : D'argent à un chevron de sable, accompagné de trois abeilles.

Les de Thbu sont originaires de l'Orléanais, et non de la Brie, comme le veulent les éditeurs des Mémoires d^ Auguste de Thau, ou de la Champagne, comme l'ont prétendu certains biographes.

1<^ Jeam de Thou est le premier dont il soit fait mention ; un acte du règne de Philippe de Valois prouve qu'en 1528, il possédait la seigneurie du Bignon (1).

2o Sylvestre de Thou, fils de Jean, seigneur du Bignon, à la mort de son père, épousa Perrette Compaing , fille de Jean Compaing , prévôt des marchands d'Orléans.

So Jean de Thou II, leur fils, eut pour femme Pasquette Dubey, sœur d'Alexis Dubey, prévôt des marchands d'Orléans.

4<> Jacques de Thou /«r, né de ce mariage , fut échevin, ou plutôt procureur de ladite ville, pendant les années 1436, 1459 , 1445. Il mourut dans cette charge en 1447, après avoir été l'un des sujets les plus fidèles de Qiarles Vn et le confident intime de Charles d'Orléans, prisQnnier en Angleterre, dont il négocia la rançon.

Sous le péristyle de la salle principale du Musée d'Orléans se voit une pierre circulaire , de soixante-quatre centimètres environ de diamètre , portant ^n légende ces mots : Ci^ist noble home Jacques de ^Thou, décédé à Orléans enJU7, gravés en caractère gothique. Dans le champ, on remarque principalement une croix ; au pied de laquelle est un personnage à genoux , les mains jointes, vêtu de la si-

(1) \\ 8*agit ici du château situé au hameau de Vemimbert, commune de Sajnt-Jeande-Braye, à cinq kilomètres d^Orléans, et non de celui qui est situé près de Moniargis et qui ftit le berceau de Mirabeau, le célèbre orateui-. (F. renom.)

marre des échevios , et qui doit être Jacques de Thou lui-même. Cette pierre, qui se voyait encore, en 1788, sous le cloitre de l'ancien couvent des Récollets, où Jacques de Thou avait été inhumé, vient d'être retrouvée dans une arrière-cour de l'un des deux beaux hôtels bâtis, rue de la Bretonnerie, sur l'emplacement du couvent, après qu'il entêté vendu, en 1789, comme propriété nationale. Elle a été offerte au Musée par la famille Tassin de Montcour, propriétaire de cet b6tel de 1795 k 1848.

5o Jacques de Thou 11, fils du précédent, épousa Mme Viole, fille de Philippe Viole, conseiller d'Etat au bailliage d'Orléans.

Q^ Jacqfies de Thou 111, leur fils, abandonna cette ville pour aller remplir à Paris les fonctions d'avocat-général k la cour des aides.

C'est k partir de ce moment que la famille de Thou cesse d'appartenir k l'Orléanais pour devenir une des illnstratièns de la magistrature psuisienne.

70 Augustin de Thou, fils de Jacques , fut conseiller, puis président k la même cour, et ïnourut le 6 mars 1544. Il laissait deux fils.

8<> Christophe l'ainé, fiit conseiller et avocat du roi au siège de la table de marbre, contrôleur delà chancellerie , prévôt des marchands de Paris, chancelier des ducs d'Anjou et d'Alençon et premier président de Paris. 11 servit avec zèle Henri II, Charles IX et Henri HI, qui lui fit faire des obsèques magnifiques. C'est lui qui appliqua au massacre de la Saint-Bartbélemi ces vers si connus de Stace :

Exddal illa die$ , a/00 , ne postera credant Secula. . . . ^

n avait commencé une Histoire de France qu'il n^eut pas le temps d'achever. Il mourut k Paris, le 11 novembre 1582, kl'âgiB de soixantequatorze ans.

9^ Nicolas de Thou, son frère , Ait conseiller-clerc au parlement,, archidiacre de l'église de Paris, abbé de Smnt^Symphorien de Beauvais, enfin évêque de Chartres., où , avec le gouverneur de Sourdis, il soutint contre les ligueurs le parti de Henri IH et de Henri IV. Aussi eut41 l'honneur de sacrer ce prince, dans son église cathédrale, le 27 février 1594. Il mourut dans son château de Villebon, près Paris, le 5 novembre 1598.

iO> Jacques-Auguste de Thon, né à Paris le 8 octobre 1555, de Christophe de Thou, étudia à Paris, à Valence, sous le £ameux Cujas, et à Oriéans. Il rappelle complaisamment dans ses Mémoires le long séjour qu'il fit dans cette ville, où l'tvait attiré la célébrité de nos écoles.

Il fut mêlé aux plus importantes affaires de son temps, contribua à réunir le roiHenrillIauroideNavare, s'attacha k celui-ci, lorsqu'il fut devenu roi de France, et lui rendit de grands services dans plusieurs négociations. U fat président k mortier du parlement de Paris et mourut dans cette ville, le 7 mai 1617, k l'âge de soixante-quatre ans, laissant trois fils et trois filles. Il composa en latin une HisUnre untversdle et quelques poésies : on lui attribue aussi des Mémoires.

ll^» FrançoiS'Auguste, son fils aine, naquit k Paris, en 1607. Impliqué dans la conspiration de Cinq-Mars , il eut la tête tranchée à Lyon, en 1642. Le second fils de Jacques^Auguste mourut sans alliance, comme son aine; le troisième, Jacques-Auguste, baron de Meslay, président au parlement de Paris, ambassadeur auprès des États-Généraux, laissa deux enfants qui n'eurent point de postérité.

Ainsi, la famille de Thou s'éteignit en 17i6.

Maison D'ESCOUBLEAU DE SOURDIS-D'ALLUYE.

Armoiries : Parti d'azur et de gueules , k une bande d'or brochaut sur le tout , ayec deux levrettes rampantes pour support.

Cette antique maison, illustrée par des personnages de haut mérite, distinguée par ses grandes alliances et ses charges considérables, est originaire du Poitou.

Il serait hors du cadre de notre ouvrage de présenter la filiation de la maison d'Escoubleau, qui n'appartient pas k notre province par son origine : nous mettrons seulement en relief ses personnages historiques, nous arrêtant toutefois, avec quelque préférence, sur les gouverneurs qu'elle a donnés k l'Orléanais.

Cette famille tire son nom du fief d'Escoubleau, situé piès de Châtillon-sur-Sèvre , et a pour premier auteur connu HowmoY d'Escoubleau, qui vivait vers 1224.

La branche d'Alluye, la seule qui doive nous occuper, ne vint s'étabKr dans le pays chartrain qu'au XYI^^ siècle. De cette branche étaient :

François d'Escoubleau, marquis de Sourdis et d'Alluye, seigneur de Jouy, d'Auneau, de Montdoubleau, chevalier des ordres du roi, premier écuyer de la grande [écurie , gouverneur de Chartres (1). n épousa Isabeau Babou, dame d'AIluye, fille de Jean Babou, seigneur de la Bourdaisière, et de Françoise Robertet. Isabeau Babou était tante de Gabriellè d'Estrées. Le marquis de Sourdis mourut à Paris le 20 mars 1602; il avait eu huit enfants, entre autres:

l^ François d'EsconbUcm, cardinal de Sourdis, décoré de la pourpre par Clément VIII à la recommandation d'Henri IV, puis archevêque de Bordeaux, primat d'Aquitaine. Ce fut un homme de haute piété, que les papes de son temps tenaient en estime particulière. Il décéda à Bordeaux le 28 février 1628;

2<» Henri (ÏEscovblea/u de Sourdis, évéque de Maillezaia, ensuite archevêque de Bordeaux, après son frère, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, abbé de Royaumont, &c. Prélat guerrier, il assista au siège de La Rochelle, battit la flotte espagnole devapt Carthagène et se^ distingua en maintes rencontres. On connaît ses démêlés avec le ducd'Épemon, qui avait été Jusqu'à lever la main sur lui, et que l'archevêque, après une excommunication éclatante, força à une réparation publique. Il mourut à Auteuil le 18 juin 1645;

S» Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis et d*Alluye, comte de la Chapelle-Bel louin, seigneur de Jouy et de Montrichard^ chevalier des ordres du roi, maréchal des camps et armées, mesCre de camp de la cavalerie légère, conseiller d'État d'épée, gouverneur des ville et duché d'Orléans, Orléanais, pays Chartrain, Blésois, Vendômois, Beauce, Sologne, Dunoîs, Perche-Gouèt, de la ville et du château d'Amboise. C'était un homme de mérite. M"« de Montpensier en parle longuement dans ses mémoires, surtout à l'occasion de son entrée victorieuse dans Orléans. On citait sa collection de tableaux comme une des plus curieuses et des plus belles du temps. 11 mourut à Paris, le 21 décembre 1666, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Il avait épousé Jeanne de Montluc et de Foix , princesse de Chaba-

(i) Voir Journal d'Henri lïï et d'Henri IV et les mémoires du temps.

393 LES HOBIMES ILLUSTRES DE l'OI^LÉÀNAIS.

pais, dame de Hontesquiou et de Saint-Félix , qui décéda le 2 mai i657. Elle était fille d'Adrien de MonUnc, seigneur de Montescfoiou et de Jeanne de Foix, et laissa, entre autres enfants :

lo Paul d'Escoubleau, marquis d'Âlluye et de Sonrdis, baron d'Âuneau, gouverneur de^ \ille et duché d'Orléans, Orléanais, pays Cbartrain, Blésois, Yendômois, Sologne, Beauce, Dunois, Perche- Gouét, des ville et château d'Amboise, après le décès de son père, n épousa, le 16 février 1667, en Thôtel du comte de Spissons, Bénigne de Meaux du Fouilloux, demoiselle d'honneur de la reinemère Anne d'Autriche^ ensuite dame d'honneur de Madame Henriette d'Angleterre, de l'ancienne maison des comtes ou gouverneurs de Meaux, en Brie, fille de Charles de Meaux, seigneur de Rudefontaine, et de Madeleine de Lesignac, dame du Fouilloux, en Saintonge.

Benserade nous fait ainsi le portrait de la marquise d'Alluye :

Sans que je parle même on m'admire à la cour, f'arracfeie tous les cœur» si Ton ne me les donne ;

Et Je n*al rien eu ma personne

Qui ne persuade Vamour.

Louis XIV avait signé le contrat de mariage et doté }i^ du Fouilloux de 150,000 écus. Le marquis d'Alluye décéda à Paris, le 6 janvier 1690, et la marquise dans soq appartement du Palais-Royal, le 15 mai 1721, âgée de quatre-vingt-huit ans.

2o François d'Escouhleau, n^arqiiis de Sourdis, baron de Gaujac çt d'Estillae, chevalier des ordres du roi, lieutenant^^énéral des armées, gouverneur de l'Orléanais, &c., après son frère, le n^arquis d'Alluye, suivant lettres du 19 octobre 1690, capitaine des château et chasses d'Amboise, commandant pour S. M. en Guyenne (1). Connu d'abord sous le nom de chevalier de Sourdis, il se distingua d'une manière brillante dans l'expédition de Flandre, ^ux batailles de Gassel et de Steinkerque, aux sièges de Saint-Omer, d'Ypres, de Gand, de Mindeo, &c., &c. Il mourut â Gaujac, en Guyenne, le 21 septembre 1707. De son mariage avec Marie-Charlotte de Beziaded'Avaray^ fiille de Théophile de Beziad;e, marquis d'Avaray, seigneur de Letiou, du Tertre, grand bailli d'épée d'Orléans, et de Marie des Étangs , il n'eut qu,*une fille, Angélique, mariée â François-Gilbert

(I) Voir son éloge dans le Hercure galant, juillet 1082 et atril- iG77,

DIXIÈME SÉRIi:» — FAMILLES HISTORIQUES. 595

Colbert, marquis de Saint-Pouange, maréchal des camps et armées du roi.

La maison d'£scoubleaq, dont nous venons d'indiquer sommairement les principales illustrations ^ s'est alliée aux premières familles de France, telles que celles de ta Trémouille, de La Rochefoucauld, deMelun, de Bretagne, de Clermont-Tonnerre, de Maillé, de Simiane, d'Entragues, de Rostaing, de Glisson, &c., &c.

Son dernier représentant est M"^ la comtesse de BourbéveHe, Lina-Marie<-Augustine d'Escoubleau de Sourdis, fille d'Antoine-René d'Escoubleau, marquis de Sourdis, maréchal-de-camp, aide-ile-camp du duc de Berri , officier de la Légion-d'Hooneur, chevalier de Saint- U>ui8, àCm et de Ëléonora de Botta, sa seconde femme.

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