‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 3)Chapitre 49 sur 51 · L. i>B L. il · texte numérisé non relu

L. i>B L. il

Maison DE BEAUVILLIERS-SAÎNT-AIGNAN,

Blason : Fascé d'argent et de àinopke, les hsces d'argent chargées de six merlettes de

gi^eules.

Émery de Beauyilliers, bailli et gouverneur de Blois, baron de la Ferté-Hubert, épousa Louise de Husson-Tonnerre; elle lui apporta la terre de Saint-Aignan , qui avait le titre.de baronie de temps immémorial. Érigée en comté en 1557, et plus tard en duché-^pairie, en faveur de François de BeauviHiers,elle avait appartenu successi-vement aux maisons de Donzy, de Chastillon, de Bourbon, de Bourgogne , de Tonnerre , et le mariage qui la mit dans ia maison des Beauvilliers feur donnait des alliances avec ces maisons illustres et avec les Courtenay, les La Trémouille, les d'Estouteville; plus tard, ils en contractèrent d'autres avec les d'Étampes, les Rohan, les Beauvau, les Rochechouart-Mortemart, les Béthune, en un mot avec ce que la noblesse de France offrait de plus distingué.

François de Beauvilliers^ septième comte de ss^ famille et premier duc de Saint-Aignan, pair de France, seigneur des terres et baronies de la'Ferté-Hubert dans l'Orléanais, et de Lueé en Beauce , naquit à Saint-Aignan (Loir-et-Cher) en 1610. Après avoir servi avec distinction, il partagea le sort du comte de Grancey et du marquis de Praslin , que le cardinal de Richelieu fit mettre à la Bastille , leur attribuant la défaite de Fcuquières devant Thionville; il en sortit en 1610,

et servit, comme lieutenant-généraU dans la guerre de la Fronde. Les services qu'il rendit à la cause royale et sa fidélité lui firent obtenir les principales dignités : duc et pair, chevalier des ordres du roi , premier gentilhomme de la chambre de Sa Majesté , il eut en outre les gouvernements de Touraine, de la ville et du château de Loches.

Au milieu de la cour la plus galante, le duc de Saint-Aignan se fit remarquer par son exquise politesse; fidèle imitateur des anciens preux, ses manières chevaleresques lui valurent le surnom de Paladin. Aimé et estimé de Louis XIY, il fut presque toujours chargé de présider k ces fêtes pompeuses, à ces carrousels magnifiques, empremts de la gratideur du siècle; il cultivait les lettres, et quelquesunes de ses pièces de vers ont été conservées dans les œuvres de Scarron. Il ne faut pas oublier que ce fut lui qui donna à Louis XIV ridée de répandre sur les savants des libéralités qui contribuèrent à la fois au progrès des lettres et à la gloire du prince; Scarron, Corneille, MoUère, Racine se glorifièrent de sa bienveillance. H mourut en 1687.

Son fils, Paul de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan , plus connu sous le nom de duc de Beauvilliers, naquit k Saint-Aignan en i648. Attaché de bonne heure à la personne du roi, par son rang, il demeura néanmoins étranger à toutes les agitations , k tontes les intrigues de la cour. Louis XIV, même au milieu des séductions de la grandeur et des erreurs de la jeunesse, apprécia ses vertus sévères; il conçut de bonne heure pour lui une estime que l'envie ne put altérer complètement. Lorsque Villeroi mourut , ce fut le duc de Beauvilliers que le roi choisit pour le remplacer. Dans l'exercice de ses fonctions, il apporta ce zèle consciencieux , cette scrupuleuse exactitude dont il donna l'exemple toute sa vie dans l'accomplissement de ses devoirs. Il fut choisi , avec Vauban , pour accompagner le dauphin dans sa première campagne ; c'était, comoie on l'a dit, donner le génie de la guerre et le génie de la vertu pour guides au jeune prince. Plus tard , il fut nommé gouverneur dé la personne et surintendant de la maison du duc de Bourgogne. Le roi lui confia successivement, avec les mêmes titres , le duc d'Anjou, depuis Philippe V, et le duc de Berri.

Chargé de la plus belle mission que puisse recevoir un homme,

celle de préparer un bon roi pour une grande nation, le duc de BeauTilliers ne négligea rien pour s'associer tous ceux qui , par le concours de leurs travaux et de leurs lumières, devaient Taider à supporter ce fardeau. Le 17 août, il fit présenter au roi et agréer Fénelon pour précepteur. Il témoigna au jeune abbé une amitié qui ne se démentit pas lorsque, plus tard, devenu archevêque de Cambrai, il se vit entraîné dans de déplorables discussions théologiques. Quelque profonde que fût la disgrâce où tomba Fénelon , après une grande faveur, Beauvilliers était d'un caractère trop indépendant pour le renier en présence de l'adversité. 11 se déclara haut et ferme pour lui et procura ainsi aux courtisans avides une occasion d'attaquer un homme dont les dépouilles auraient satisfait plus d'une ambition. Défenseur zélé de U^ Guyon, qu'il regardait comme une sainte, il opposa aux rancunes de M>ne de Maintenon, toute tremblante de s'être compromise, la solide réputation dont il jouissait îi la cour. Mandé par Louis XIV , qui lui témoigna des inquiétudes sur les liaisons qu'il conservait avec un évéque condamné par l'Eglise , Beauvilliers, assura le roi qu'il n'y avait rien à craindre pour la foi de son auguste élève qui ignorait jusqu'au nom des quiétistes; il osa élever la voix en faveur de Fénelon ^ qu'il présenta comme la victime de l'envie, et termina en disant : « Sire, je suis l'ouvrage de Votre Ma- « jesté ; Votre Majesté m'a élevé, elle peut m'abattre ; dans la voce lonté de mon prince je reconnaîtrai la volonté de Dieu ; je me re- « tirerai de la cour. Sire, avec le regret de vous avoir déplu et avec « l'espérance de mener une vie tranquille. »

D y avait du courage à parler ainsi au roi le plus absolu et le ,moins accoutumé à la franchise d'une telle déclaration ; Louis \l\ estimait trop le caractère du duc pour s'en offenser ; if lui conserva sa faveur, et Beauvilliers n'en fut que plus acharné contre les adversaires de Fénelon. Du reste, il rachetait cette opposition aux volontés du monarque par les immenses services qu*il rendait à la couronne. Ses sages conseils eurent une grande influence, lorsqu'il fut consulté sur toutes les grandes mesures du gouvernement, et l'histoire indique le rôle considérable qu'il joua dans les aifaires politiques, soit au sujet de la paix de Rysivick, soit dans la succession d'Espagne. La part que Louis XrV accorda au duc de Bourgogne, devenu dauphin, dans son gouvernement, fut pour le duc l'aurore de la plus grande puissance ;

596 LES HOMMES ILLUSTRES DE L'oIILÉA?9AIS.

mais bientôt la mort du jemie prince vint tromper les brillantes espérances que son éducation avait fait naître, et Fénelon put dire, avec son vertueux collègue : Tous mes liens sont rompus, rien ne m'attache plus à la terre. Beauvilliers ne survécut que de deux années à son royal élève; il mourut en 1714 et fut inbumé dans l'église du couvent des Bénédictines de Montargis, où sept de ses filles étaient religieuses.

Les mémoires de Saint-Simon , qui avait pour lui une profonde vénération, nous le représentent profondément religieux, bon, modeste, sévère , esclave de ses devoirs et respecté même par ses ennemis. La ville de Saint-Âignan lui dut un établissement, témoignage durable de sa piété et de sa bienfmsance. Il fit bâtir, sur les plans de Mansard, et dota richement un hôpital dont les ressources sont plus que suffisantes. Marié en 1671 à Louise Colbert, fille du célèbre ministre, il eut de cette union treize enfants, dont neuf filles, pour lesquell^ Fénelon, encore jeune, écrivit son admirable Traité de l'éducation des filles, qui révéla au duc de Beauvilliers le génie de son auteur. U eut la douleur de survivre h ses enfants, ei la même infortune, réservée dans la suite à cette noble famille dans les générations suivantes , amena sa ruine et éteignit un nom illustré pendant toute une époque de gloire.

Cb.-F. L#

Maison de PHELYPEAUX-PONTCHARTRAIN.

Armoiiues : D'azur semé de quintefenilles d'or, no firaoc quartier d'hermine écartdé d'argeot à trois létards de sioople.

De toutes les familles historiques dont s'honore notre province, aucune n'a été plus long-temps au pouvoir que cçlle des Pontchartrain. De 1610 a 1781, dans une période décent soixante et onze ans, cette maison a donné à la France onze secrétaires d'État, dont trois ministres (1),' un chancelier, huit commandeurs des ordres du roi , cinq archevêques ou évêques, deuxjieutenants-généraux, &c., &c. Il serait curieux de rechercher par quel enchaînement de circons*

(I) Le dernier fut M. de Naurcpas^ ministre sous Louis XVL

tances le pouToir pass^ ainsi de génération en génération dans cette famille privilégiée, et d'expliquer par quels services ses membres mé" ritèrent ainsi la faveur constante des rois, par une exception peut^tre sans exemple dans l'histoire. Mais nous devons nous borner dans ce travail qui, pour être complet, demanderait des volumes. D'ailleurs, Paul Phelypeaux, le premier des onze secrétaires, et son frère Raymond sont les seuls qui soient nés a Blois, et la famille dePontchartrain, comme celle des de Thou , quitta bientôt sa province pour un plus vaste théâtre.

La maison Phelypeaux, dont plusieurs membres étaient encore au XY®, siècle de simples artisans, est originaire du Blésois et remonte à JeanAe-Picard , dit Phelypeaux , seigneur de plusieurs fiefs vers 1400. Louis Phelypeaux, seigneur de La Cave et de La Vrillière^ et conseiller au présidial de Blois vers 1553, eut de sa femme Radegonde Garraut plusieurs enfants , entre autres Raymond, qui continua la branche ainée d'Herbaut , et Paul, qui fut la souche de la branche cadette de Pontchartrain.

Paul Phelypeaux naquit k Blois en 1569. Comme il annonça de bonne heure d'heureuses dispositions et une intelligence au^-dessuâ de son âge, son père résolut de les cultiver avec soin, et l'enfant reçut cette instruction solide que l'on exigeait alors de tous ceux qui se destinaient aux charges publiques. Paul terminait ses études quand Henri III, chassé de Pans, après la journée des Barricades, et forcé de céder aux exigences des Guise, se rendit à Blois , pour y tenir les Etats-Généraux (1588). Le jeune homme fut présenté au ministre Revol; il lui plut et le ministre promit de le former aux affaires. Revol étant mort en 1594, Pontchartrain resta auprès de son successeur, Villeroi, en qualité de secrétaire, et celui-ci lui ouvrit enfin la carrière des honneurs.

Grâce à la protection de Yilleroi , Pontdiartraiii fut nommé secrétaire des commandements de la reine Marie de Médicis, en 1600, et, dix ans plus tard , il eut la charge de secrétaire d'État. En l'appelant à ce poste éminent« Henri IV lui adressa un de ces mots qui peignent si bien les hommes : Q\i\l ne croyait pas pouvoir le remplir d'une personne plus digne, plus fidèle et plus capable. Pontchartrain avait alors quarante et un ans , et il devait justifier par sa conduite les paroles du bon roi que la France allait pleurer (1610).

Seal peut-être de tons les ministres et secrétaires d'Etat, Pontchartrain sut rester étranger aux cabales et aux intrigues qui agitèrent incessamment la régence de Marie de Médicis. Modeste autant que dévoué , loin de songer, comme ses collègues, à augmenter sa part d'autorité , il abandonna le département de la guerre, pour se restreindre aux affaires de le religion réformée.

Cependant, tout en surveillant les calvinistes , Pontchartrain prêtait aussi à la cour l'appui de ses talents dans les affaires des seigneurs; il prit la part la plus active aux négociations qui furent entamées avec le prince de Condé et les rebelles , et quand on a io son Journal des conférences de Ijiudun, on ne peut s'empêcher de reconnaître que c'est k lui surtout que revient l'honneur du traité qui les a terminées. Le sujet qui i^ avait amenées ne méritait peutêtre pas une si grande dépense d'activité; mais il n'en est pas moins beau de Voir le serviteur fidèle se dévouer ainsi à ce qu'il regarde comme son devoir.

Pontchartrain, parla loyauté de son caractère, ne pouvait donner aucun ombrage à ceux qui se disputaient ou s'arrachaient l'autorité : aussi futpil épargné par la disgrâce qui frappa la plupart des ministres et des secrétaires d'État à la fin de l'année 1616, et qui amena pour la première fois, aux affaires, le célèbre évêque de Luçon, Richelieu. Toutefois, son influence dut baisser ; du moins on le sent aux expressions amères qui lui échappent, quand il raconte ces événements dans ses mémoires ; à la complaisance avec laquelle, lui, ordinairement si sobre, de détails, recueille tous les bruits qui peuvent flétrir ses nouveaux collègues et leur ami, le maréchal d'Ancre . a Leurs Majestés , dit-il, donnèrent la charge de secrétaire d'État à « M. de Luçon, qui était alors aumônier de la reine régnante, lea quel entre en possession de celte charge, avec un grand mépris a qu'il fait de tous les secrétaires d'État, sur lesquels même il se <r fait expédier lettres de préséance. »

La mort de Concini vengea cruellement Pontchartrain, et la disgrâce de la reine-mère, qui entraîna celle de ses trois créatures, lui rendit son influence (1617). Charles d'Albert de Luynes parait même lui avoir accordé une entière confiance, et il fut chargé de diriger les négociations qui amenèrent les traités d'Angoulême et d'Angers entre Marie de Médicis, échappée de Blois , et Louis XIII.

Il conservait toujours la direction des affaires de la religion réformée; mais ici les circonstances devenaient de plus en plus difficiles. L'édit de restitution, par lequel le clergé catholique devait rentrer en possession de ses biens sécularisés en Béam, avait effrayé les huguenots, .qui le regardaient comme un premier pas fait vers l'entière destruction de leur secte. Ce fut en vain que Pontchartrain essaya de calmer leurs craintes. Si, en 1620, il comprima une tentative de révolte k La Rochelle et à Loudun , il lui fut impossible d'arrêter la guerre civile, en 1621. H suivit alors le roi à l'armée; mais le travail avait affaibli ses forces, et, atteint de maladie devant Montauban, il dut se retirer k Castel-Sarrazin. U y mourut quelques jours après, 21 octobre 1621, k Tàge de cinquante-deux ans.

Marié à Anne de Beauharnais, Pontchartrain en avait eu un fils nommé Louis et deux filles. Louis XŒ, voulant récompenser dans le fils les services du père, lui accorda aussitôt la charge de secrétaire d'État, et, comme Louis n'avait encore que huit ans, il décida que son oncle, Raymond d'Herbault, la remplirait en attendant; mais plus tard Louis résigna sa place à son oncle, qui mourut à Suze, en Piémont, le 2 mai 1629. De lui sont issues les branches de La Vrillière et du Verger.

Louis Phelypeaux de Pontchartrain vécut dans l'obscurité; mais son fils fut choisi par Louis XIY pour remplacer le chancelier Le Tellier , et dès lors cette famille, fixée à la cour, y poursuit ses brillantes destinées.

Maison D'AUGRE.

Blason : Barelé d'or et d'azur de dix pièces au chef d*azur, cliargé de trois soleils d*or.

L'illustration réelle de cette famille, originaire de la Beauce, où elle possédait ses principaux domaines, ne commence qu'au célèbre chancelier de France. Le premier du nom, Etienne d'Haligre, était seigneur de Chovilliers; son petit-fils, Etienne d'Haligre II y ajouta le titre de seigneur de La Rivière. Il naquit à Chartres, et s'éleva si rapidement aux premières dignités de la magistrature, qu'en 1587 il

était président au présidial de cette vilie. Ses connaissances et l'étude approfondie qu'il avait faite du droit civil le désignèrent au choix de Charles de Bourbon, comte de Soissons, lorsqu'il nomma un intendant de sa maison. Â la mort de ce prince, Etienne d'Aligre devint tuteur honoraire de son fils, puis conseiller d'Etat honoraire.

La réputation qu'il devait à ses travaux et k son intrépidité fut en partie l'origine de sa fortune. Henri IV, qui cherchait à s'entourer des hommes les plus recommandables par leurs talents et leurs lumières, lui conféra la présidence du parlement de Bretagne, et ce fut de là qu'il passa au conseil d'Etat. Son protecteur, le marquis de La Yieuville, tout-puissant k la cour, parvint k nuire, dans l'esprit du roi, au vieux chancelier Sillery, k qui cependant il était redevable de sa fortune, et fit donner les sceaux k son protégé en 1626. Le chancelier étant mortf la même année , d'Aligre fut encore revêtu de la dignité de chef de la magistrature. Mais lorsque RicheUeu supplanta La Yieuville, il ne ^tarda pas k partager sa disgrâce. L'emprisonnement du maréchal d'Omano, gouverneur de Gaston, frère de Louis XIII, en fut le prétexte. Le jeune prince , indigné de l'insulte faite k son favori, alla demander raison k d'Aligre de la mesure sévère qu'il avait cru devoir prendre. Le chancelier n'était rien Qioins qu'audacieux ; il demeura interdit et balbutia quelques excuses sur Son absence au conseil qui le déchargeait de toute participation k cette affaire. Gaston eut moins de succès auprès de Richelieu; qui lui répondit avec hauteur : « Monsieur, je vous répondrai autrece ment que M. le chancelier ; lui et moi avons conseillé au roi de a faire arrêter M. le maréchal d'Omano parce qu'il le méritait. )» Un homme aussi probe et en même temps aussi faible que l'était d'Aligre devait peu convenir k la politique de Richelieu ; il affecta de blâmer hautement la faiblesse du chancelier et se hâta d'éloigner un homme qui n'était pas sa créature et ne voulait pas dépendre de lui.

D'Aligre subit une sorte d'exil et alla finir ses jours dans sa terre de La Rivière du Perche, où il mourut en 1635, k l'ftge de soixantednq ans, laissant la réputation d'un des plus honnêtes hommes de la robe. La harangue qu'il prononça lors de son entrée au parlement renferme des idées fort remarquables et sobrement exprimées; elle se trouve reproduite dans V Histoire des Chanceliers, par Du Chesne.

On lui attribue aussi une épigramme latine à la louange des Commentaires des lettres grecques, de Guillaume Budé. Son fils fut successivement membre du grand-conseil, intendant en Languedoc ei en Normandie , ambassadeur à Venise, directeur des finances et enfin chancelier. Cette dernière dignité semblait héréditaire dans cette famille, où les talents et les vertus se transmettaient de père en fils. ,

Le dernier nom historique des d'Aligre est celui à^ Etienne-Français. Il était président à mortier en 1768, lorsque Laverdy le fit agréer au roi pour la place de premier président au parlement de Paris. Louis XY fit d'abord quelques objections motivées par la jeunesse du nouveau président ; mais les talents d'Etienne et la gloire de son nom levèrent toutes les difficultés. U remplit cette charge avec distinction , et substitua k la prolixité des arrêts des formules claires et précises. Héritier de l'attachement de ses ancêtres à la monarchie , il s'efforça de lutter contre les tendances révolutionnaires qui devaient ai précipiter la chute. Dans le cours des deux années qui précédèrent la révolution, il fit, à la tête de son corps, plusieurs remontrances contre les impôts et contre les opérations du ministère qui lui paraissaiait anti-monarchiques.

Etienne d'Aligre fut un de ceux qui prévoyaient ce qui devait arriver, et qui, en iace d'une catastrophe immmente, donnèrent au roi de sages avertissements. On cite de lui un trait de caractère remarquable : au moment où le ministre Necker exerçait le plus d'influence sur le monarque et sur le peuple , et où il s'occupait de la^ convocation des Etats-Çénéraux, le premier président supplia le roi de lui accorder une audience particulière avec ce ministre; le magistrat , dans cette audieiKe, fit lecture d'un mémoire dans lequel il annonçait énei^quement la nature des événements qui devaient résulter de l'opposition et les dangers qui menaçaient Louis XYI. Un silence absolu régna paoïdant et après cette lecture, et le premier président ne reprit la parole que pour remettre sa démission. Ce fut d'Ormesson de Noyseau qui lui succéda en 1788.

D'Aligre émigra un des premiers et se retira en Angleterre, où il avait une fortune de quatre millions et demi placée sur la banque de Londres. Il repassa sur le continent au bout de quelques années

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