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qu'il a composés. Quoiqu'il fût doué d'un jugement profond, d'une mémoire très-heureuse , d'un esprit juste et facile , il s'attachait de préférence aux matières singulières et extraordinaires , sur lesquelles il pouvait répandre cette espèce d'originalité qui caractérise le choix des sujets qu'il aimait à traiter. Plusieurs de ses ouvrages sont trèsrares; mais tous,^D général , présentent un certain degré d'intérêt et de curiosité qui se trouve soutenu par la vaste érudition dont ils sont ornés. Dans le premier, il se déclara l'adversaire du docteur Launoy, en attaquant son livre de V Autorité de Var^jment négatif. L'année suivante , Thiers composa un poème en vers latins k la louange du cardinal Barberini. Nous passons sous silence quelques opuscules consacrés k la polémique qu'il soutint contre Launoy, pour arriver k l'ouvrage qui fut un des principaux événements de sa vie.
J. Robert, grand archidiacre de Chartres, faisant sa visite dans l'église de Champrond, prétendit que Thiers, quoique curé de cette paroisse, ne pouvait, en sa présence, porter l'étole. Le savant théologien réduisit l'archidiacre au silence, dans une brochure qui rangea de son cdté les curés du diocèse, et lui fit autant d'ennemis des archidiacres. Ce fut aussi l'occasion de discussions très-graves qui s'élevèrent entre J. Robert etson antagoniste. Robert avait obtenu de l'official une sentence où Ton invitait le curé de Vîbraye k renvoyer deux de ses cousines germaines qui demeuraient chez lui; Thiers regardant ce jugement comme injurieux, fit paraître une diatribe en trois parties, sans nom de ville ni d'imprimeur, ayant pour titre : La Saïuce-Robert. Les reproches qu'il adresse k son rival et la vivacité de s<hi style rendent très-intéressante la lecture de ces trois émts.
Son livre du Traité de Veœposition du Samt-SacremefU de Vautel fit beaucoup de bruit. Il devait être accompagné d'une ^Itre dédicatoire k l'archevêque de Paris; le libraire jugea k propos de la supprimer, et fut pour ce £ait mis en prison, où il ne resta qu'un jour; le livre ne s'en vendit que mieux. Quelque temps après, quelques chanoines avaient permis k deux femmes de vendre des chapelets et des chemises de la Sainte-Vierge, sous les portiques de l'église de Chartres; d'autres chanoines s'y opposèrent: des ordonnances capitulaires furent rendues contre les opposants. Thiers, selon son habitude, se mêla de la discussion et fit paraître une Dissertation sur les porches
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âe$ igUêiê, dam laquelle on fait voir les usage$ auxquels Us sont destinés et qu*il n'est permis d^y vendre' aucunes marchandises , non
pas mime celles qui servent à la piété. Immédiatement, il est assigné derant l'official, en réparation d'injures, et le chapitre pabUe contre les^epposants on mémoire remarquable. Thiers ne se tient pas pour battu : son Factmn pour J.'-B. Thms , défendeur, contre le chapitre de Chartres, demandeur, est d'une très-brane dialectique et fort biai écrit; Fauteur semble, dans cette production, ainsi que dans sa Saueê-Rcbert, avoir voulu imiter le style des Lettres provinciales. Le chapitre obtint contre lui un décret d'arrestation. Des aarchers vinrent k Champrond pour l'arrêter en vertu de ce décret; il les reçut avec pditesse et les fit déjeâner : c'était dans l'hiver; il envoya promptement &ire ferrer son cheval à glace. S'étant mis en mardie ensuite au milieu des ardkers, il leur échappa en passant auprès d'un étang glacé, qu'il traversa avec son cheval, et sur lequel les archers ne poraifle suivre. D se réfugia dans lé diocèse du Ibns, fut bien accueilli par l'évéque de Tressan, et devint curé de Yibraye.
LÀ, U reprend la plume et fait paraître successivement plusieurs traités : Sur les superstitions , sur la Clôture des religieuses , sur les Jeux et dipertissemenis permis aux chrétiens , et enfin une Histoire des perruques. Thiers s'élève contre les ecclésiastiques qui font usage des p^mques et déploie k ce sujet une vaste érudition. Quelque UOBpè après il devait faire paraître un Traité contre les carrosses, sur lesquels il avait fait beaucoup de recherches et dont il avait recueUK tous les noms. C'est ainsi qu'il apprenait à Adrien de Valois que les petits carrosses où il ne peut tenir qu'une personne s'appelaient des mysanthropes, que les fiacres à glaces de bois , fermés jusqu'au haut des portières, se nommaient des guides des pécheurs , parce qu'ils condubaiaot à la campagne ceux qui voulaient s'y divertir.
Phisieurs autres dissertations furent supprimées par arrêt du conseil; l'esprit de Thiers était essentiellem^t satirique; il s'attachait aux sujets les plus extraordinaires. Dans une controverse qu'il engagea acvec le P. Mabillon, au sujet des reliques de Vendôme, dont il niait l'efiicadté ^ il n'eut pas pour ce savant bénédictin les ménagements que son caractère comportait.
En 1704 , l'évéque du Mans chargea Thiers d'examiner une fille
dévote de Yibraye, nommée Rose, k laquelle on attribuait des mm* des. n lui fit subir un interrogatoire qui prouva qu'elle ne cherchait qu'à faire des dupes. Entre autres questions, il lui demanda si elle était mariée : elle répondit qu'elle ne s'en souvenait pas. Ce fut à ce sujet qu'il publia sa lettre à M, de Tressan, sur M^^ Rose. «*
Par son testament, il léguait sa bibliothèque entière, tant les Kvres manuscrits qu'imprimés, au sémmaire du Mans, à la condition de payer deux mille livres à Catherine Tbiers, sa nièce. On recueillit chez lui une très-grande quantité de petits morceaux et de feuilles volantes, les uns écrits de sa main , les autres d'écritures différentes, contenant de petites pièces, des mémoires , des essais sur les bréviaires et les rites du diocèse de Chartres. Thiers était en relation avec les sa* vants de son siècle : les Luc d'Achéry, les Mabillon, l'abbé de Rancé , le cardinal Rona , Adrien de Valois et autres. Il fit aussi une oraison funèbre de Louise de Thou, abb^se de Chelles. Cet ouvrage est faible; il prouve que si Thiers avait du talent pour la critique et la polémique, il n'était nullement orateur.
<Sb.HP. L.
D. LAMI (François), bénidicUn.
La famille de Lami appartenait à la noblesse; son père était baron de Montreau , près de Chartres, et ce fut dans cette ville que naquit, en 1656, celui qui devait être , comme le dit Dupin, <c un excellent philosophe, un écrivain sublime et poli, un homme judicieux et savaut dans la connaissance du cœur de l'homme d. A l'âge de dix mois il fut en danger de mort ; son père fît vœu , s'il en réchappait, de lui faire porter pendant deux ans l'habit des franciscains. L'enfant fut sauvé, et le baron de Montreau remplit le religieux engagement qu'il avait contracté. Ce dernier mourut peu de temps .après , et sa veuve se remaria au marquis d'Angennes, dont elle eut Charles d'Angennes et la comtesse d'Hacqueville , mère de la maréchale de Montesquieu. François Lami eut pour précepteur Rouhaut, un des hommes les plus distingués de la Faculté de médecine de Paris. Lorsqu'il eut fini ses humanités et sa philosophie, la marquise d'Angennes le confia au duc de Richelieu , sous lequel il fit une ou
deoi campagnes. Il ne tarda pas à abandonner la carrière des armes pour embrasser la vie monastique. Une circonstance assez singulière provoqua cette résolution. Il eut une affaire d'honneur avec un de ses camarades, comme lai officier. Dans la rencontre, il essuya le feu de son adversaire et la balle vint s'aplatir sur un petit livre : la Règle de Satnt^BenùU qu'il portait sous son habit, du côté du cœur. Ainsi préservé par une sorte de miracle, le jeune homme crut k une intervention divine , et forma aussitôt le projet de prendre Fhabit de Saint-Bendt. Ni, les prières de sa mère et de ses parents, ni les conseils de ses amis, ne purent changer cette détermination; Lami prononça ses vœux dans^ l'abbaye de Saint-Benoit , à Reims , dont le l^rieur, \ipcentMarsolIe, fut depuis général de la congrégation.
Dom Lami étudia avec ardeur la philosophie et la théologie , et , dans ces deux sciences , il donna des preuves éclatantes de la pénétration de son esprit. Ce fut lui qui , le premier , enseigna publiquement la philosophie de Descartes dans la congrégation de Saint-Maur. Après avoir professé pendant plusieurs années, il parut à Paris avec succès dans les conférences que les plus grands théologiens et les beaux esprits tenaient plusieurs fois la semaine. La promptitude de son jugement, une grande facilité d'élocudon , la vivacité des réparties, attirèrent sur lui l'attention de tous les savants, et i) devint en quelque sorte Farbilre de toutes les questions controversées. Les supérieurs, qui s'honoraient de le posséder, voulurent lui confier quelques fonctions importantes et le nommèrent deux fois prieur : mais deux fois un ordre du roi vint s'opposer formellement k l'élévation du savant bénédictin. U ne témoigna aucun regret de la perte de cett^ dignité, se retira à l'abbaye de Saint-Denis, et y mourut en i7H, à l'âge de 75 ans.
Dom Lami passait pour celui de tous les religieux de son ordre qui écrivait le mieux en français. Son style est néanmoins vague et diffus, et l'on y remarque de l'affectation. Il possédait éminemment l'heureux talent de briller dans la conversation et dans la dispute. La princesse de Guise , duchesse d'Alençon, voulut avoir le plaisir de le voir aux prises avec le célèbre de Rancé, réformateur de la Trappe. La discussion au sujet des études monastiques eut lieu devant une société nombreuse et choisie. Mais la duchesse, quoique très-dévouée
k de Rancé , ne put refuser le prix de la vicloire au P. Lami , qui ob-» tint aussi les suffrages de la princesse Christine de Sahn, chanoinesse de Remiremont.
Un penchant bien décidé pour le paradoxe et la polàooiqae le mh guccessiyement en discussion avec tout ce qu'il y avait alors de plm distingué dans l'Eglise et dans les sciences..Âprès avoir soutenu M»lebranche contre le ministre Jurieu, il attaqua le philosophe dam les écrits qu'il publia omtre le Traité de la nature et de la grâce. Malebranche répondit; la congrégation de Saint-Mavr ipiposa àleskce en cette occasion à D. L^i. Plus tard, la discussion reprit au sujet de l'Amour dé$intéressé, et le bénédictin eut le dernier mot. Il attaqua aussi Nicole, Amault et l'abbé Duguet. Ces disputée, qu\ firent tai^ de bruit alors, sont oubliées aujourd'hui, de même que celle qu'il eut avec Gibert et Sillery, évéque de Soissons.
Il excellait aussi dans le style épistolaire ; ses lettres annoncent beaucoup de finesse et de naturel. U serait trop long d'énumérer ici lo^s ses ouvrages; ils offrent souvent peu d'intérêt par la répétition des matières. Nous citerons les principaux ; les uns sont purement philosophiques , les autres traitent de la religim.
1 ^Paraphrase sur les paroles de la profession religieuse selon la règle de Saint'BenoU : Suscipe me Domine secundùm eloquivm luvm et vir vam (Paris, 1687, in-S4). Cet ouvrage parait être le premier qu'il ait donné au public ;
2<> Les premiers Éléments des sciences, ou Entrée aux connaissances solides. Paris, chez Léonard , 1706, in-12 ; l'auteur y développe avec beaucoup d'ordre et de clarté les idées de Descartes;
3^ ConjetÀures physiques sur deux cotonnes de nues qui ont paru depuis quelques années, et sur les plus extraordinaires effets du tonnerre, amc une explication de ce qui s* est dit jusqu'ici des trombes de mer, et une nouvelle addition, où Von verra de quelle manière le tonnerre, tombé nouvellement sur une église de Lagny, a imprimé^ sur une nappe d'atUelj Mne partie considérable du canon de la Messe , Paris, 1689 , in-12;
Â^ Lettre d'un théologien à un de ses amis sur un libelle qui a pour titre: Lettre de l'abbé *** aux RR. PP. bénédictins de la Congrégation de Saint'Maur , sur le dernier tome de Uur édition de Saint'^Au^
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guslifij 1799, m-S^. Dom Lami donna un deuxième écrit sur ce sujet, et en piKparait un troisième , lorsque le roi imposa silence aux je* suites et*aux bénédictins ;
^Dela Connaissanee de sai^^nême^ 6 vol. in-i2, Paris, 1694-1698, io-8û, ^ édition, 1700, plus complète. Dans le premier Yolume, il parle kmguemait des études- des solitaires auxquels il ne permet pas la connaissance de la rhétorique et de la poétique : c'est ce qui donna lieu k la dispute, avec M. de Rancé, dont nous avons parié plus haut. Cet ouvrage, ^qui a &it en partie sa réputation, lui suscita de nombreux adversaires ;
Qo Le nouvel Atliéisme renverséj ou Réfutation du eystànedeSpinosaj. Hrie, pour la plupart, de la connaissance de la nature de Vhomme, Paris , 1606, in-lâ. Duguet et Bossuet l'ayant vu manuscrit, engagèrent l'auteur k publier cet ouvrage. Bayle le trouvait excellent. Voltaire lui-même souriait k ces éloges. L'abbé Lenglet-Dufresnoy en a donné un extrait dans la Réfutation des erreurs de B. de Spi-^ nosa, par Fénelon , Lami, etc. imprimée & Bruxelles (Amsterdam) , enl731,in'-lS;
Enfin , V Incrédule amené à la religion par la raison, en quelques entretiens, où Von traite de F alliance de la raison avec la foi, Paris, 1710, in-12; ouvrage devenu fort rarew
D est à remarquer que , malgré le peu de ménagements dont usait Dom Lami dans la discussicm, il était estimé et honoré de ses adversaires. Les vertus bien reconnues et la bonté de son cœur n'ont pas peu servi k attâiuer les torts qu'il se donnait. Il fut en correspondance suivie avec les plus grands hommes de son temps, et, dans leurs lettres , on rencontre à chaque ligne des marques d'estime et même d'attachement pour sa personne.
Madame Guyon rapporte que Dom Lami réfuta le livre que Nicole écrivit contre elle, et que cet ouvrage est demeuré manuscrit entre les mains d'un de ses^ amis. L'amitié que Lami avait pour Fénelon serait la meilleure garantie de la vérité de cette assertion. Le caractère de Lami , tel qu'il nous est dépeint par ses biographes , donne k penser qu'il a pu fort bien attaquer Nicole , sans pour cela défendre Mme Guyon, dont le mysticisme ne pouvait convenir k son esprit d'examen et de discussion.