‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 100 sur 145 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

qu’il a composés. Quoiqu’il fût doué d’un jugement profond , d’une mémoire très-heureuse, d’un esprit juste et facile,' il s’attachait de préférence aux matières singulières et extraordinaires , sur lesquelles il pouvait répandre cette espèce d’originalité qui caractérise le choix des sujets qu’il aimait à traiter. Plusieurs de ses ouvrages sont trèsrares ; mais tous, en général , présentent un certain degré d’intérêt et de curiosité qui se trouve soutenu par la vaste érudition dont ils sont ornés. Dans le premier, il se déclara l’adversaire du docteur Launoy, en attaquant son livre de Y Autorité de l’argument négatif. L’année suivante, Thiers composa un poème en vers latins à la louange du cardinal Barberini. Nous passons sous sijence quelques opuscules consacrés à la polémique qu’il soutint contre Launoy, pour arriver h l’ouvrage qui fut un des principaux événements de sa vie.

J. Robert, grand archidiacre de Chartres, faisant sa visite dans l’église de Champrond, prétendit que Thiers, quoique curé de cette paroisse, ne pouvait, en sa présence, porter l’étole. Le savant théologien réduisit l’archidiacre au silence, dans une brochure qui rangea de son côté les curés du diocèse, et lui fit autant d’ennemis des archidiacres. Ce fut aussi l’occasion de discussions très-graves qui s’élevèrent entre J. Robert etson antagoniste. Robert avait obtenu de l’ofiicial une sentence où l’on invitait le curé de Vibraye à renvoyer deux de ses cousines germaines qui demeuraient chez lui ; Thiers regardant ce jugement comme injurieux, fit paraître une diatribe en trois parties, sans nom de ville ni d’imprimeur, ayant pour titre : La Sauce-Robert. Les reproches qu’il adresse à son rival et la vivacité de son style rendent très-intéressante la lecture de ces trois écrits.

Son livre du Traité de l'exposition du Saint-Sacrement de l’autel fit beaucoup de bruit. Il devait être accompagné d’une épître dédicatoire à l’archevêque de Paris; le libraire jugea à propos de la supprimer, et fut pour ce fait mis en prison, où il ne resta qu’un jour; le livre ne s’en vendit que mieux. Quelque temps après, quelques chanoines avaient permis à deux femmes de vendre des chapelets et des chemises de la Sainte-Vierge, sous les portiques de l’église de Chartres ; d’autres chanoines s’y opposèrent: des ordonnances capitulaires furent rendues contre les opposants . Thiers , selon son habitude , se mêla de la discussion et fit paraître une Dissertation sur les porches

des églises , dans laquelle on fait voir les usages auxquels ils sont destinés et qu'il n’est permis d'y vendre aucunes marchandises , non

pas même celles qui servent à la piété. Immédiatement, il est assigné devant l'official, en réparation d'injures, et le chapitre publie contre les opposants un mémoire remarquable. Thiers ne se tient pas pour battu : son Factum pour J.-B. Thiers , défendeur , contre le chapitre de Chartres , demandeur, est d’une très-bonne dialectique et fort bien écrit ; l'auteur semble , dans cette production , ainsi que dans sa Sauce-Robert, avoir voulu imiter le style des Lettres provinciales. Le chapitre obtint contre lui un décret d'arrestation. Des archers vinrent à Champrond pour l'arrêter en vertu de ce décret ; il les reçut avec politesse et les fit déjeuner : c’était dans l’hiver ; il envoya promptement faire ferrer son cheval a glace. S'étant mis en marche ensuite au milieu des archers , il leur échappa en passant auprès d’un étang glacé, qu'il traversa avec son cheval, et sur lequel les archers ne purent le suivre. Il se réfugia dans le diocèse du Mans , fut bien accueilli par l'évêque de Tressan, et devint curé de Vibraye.

Lk, il reprend la plume et fait paraître successivement plusieurs traités : Sur les superstitions , sur la Clôture des religieuses , sur les Jeux et divertissements permis aux chrétiens , et enfin une Histoire des perruques. Thiers s’élève contre les ecclésiastiques qui font usage des perruques et déploie à ce sujet une vaste érudition. Quelque temps après il devait faire paraître un Traité contre les carrosses, sur lesquels il avait fait beaucoup de recherches et dont il avait recueilli tous les noms. C’est ainsi qu’il apprenait a Adrien de Valois que les petits carrosses où il ne peut tenir qu’une personne s'appelaient des mysanthropes , que les fiacres à glaces de bois, fermés jusqu’au haut des portières, se nommaient des guides des pécheurs , parce qu’ils conduisaient à la campagne ceux qui voulaient s’y divertir.

Plusieurs autres dissertations furent supprimées par arrêt du conseil; l’esprit de Thiers était essentiellement satirique; il s’attachait aux sujets les plus extraordinaires. Dans une controverse qu’il engagea avec le P. Mabillon, au sujet des reliques de Vendôme, dont il niait l’efficacité , il n’eut pas pour ce savant bénédictin les ménagements que son caractère comportait.

En 1704 , l’évêque du Mans chargea Thiers d’examiner une fille

dévote de Vibraye , nommée Rose , à laquelle on attribuait des miracles. Il lui fit subir un interrogatoire qui prouva qu’elle ne cherchait qu’à faire des dupes. Entre autres questions, il lui demanda si elle était mariée : elle répondit qu’elle ne s’en souvenait pas. Ce fut à ce sujet qu’il publia sa lettre à M. de Tressan, sur Mn° Rose.

Par son testament, il léguait sa bibliothèque entière, tant les livres manuscrits qu’imprimés, au séminaire du Mans, à la condition de payer deux mille livres à Catherine Thiers, sa nièce. On recueillit chez lui une très-grande quantité de petits morceaux et de feuilles volantes, les uns écrits de sa main , les autres d’écritures différentes, contenant de petites pièces , des mémoires , des essais sur les bréviaires et les rites du diocèse de Chartres. Thiers était en relation avec les savants de son siècle : les Luc d’Achéry , les Mabillon , l’abbé de Rancé, le cardinal Rona, Adrien de Valois et autres. Il lit aussi une oraison funèbre de Louise de Thou, abbesse de Chelles. Cet ouvrage est faible; il prouve que si Thiers avait du talent pour la critique et la polémique, il n’était nullement orateur.

D. LAMI (François), bénédictin.

La famille de Lami appartenait à la noblesse ; son père était baron de Montreau , près de Chartres, et ce fut dans cette ville que naquit, en 1656, celui qui devait être, comme le dit Dupin, « un excellent philosophe, un écrivain sublime et poli, un homme judicieux et savant dans la connaissance du cœur de l’homme ». A l’üge de dix mois il fut en danger de mort ; son père fit vœu , s’il en réchappait , de lui faire porter pendant deux ans l’habit des franciscains. L’enfant fut sauvé, et le baron de Montreau remplit le religieux engagement qu'il avait contracté. Ce dernier mourut peu de temps après , et sa veuve se remaria au marquis d’Angennes, dont elle eut Charles d’Angennes et la comtesse d’Hacqueville , mère de la maréchale de Montesquiou. François Lami eut pour précepteur Iiouhaut, un dos hommes les plus distingués de la Faculté de médecine de Paris. Lorsqu’il eut fini ses humanités et sa philosophie, la marquise d’Angennes le confia au duc de Richelieu , sous lequel il fit une ou

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