‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 103 sur 145 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

et en parcourant ses ouvrages, on balance à croire s'il fut plus l'ennemi des catholiques que des luthériens. Il écrivit contre les uns et les autres, toujours avec un esprit chagrin, et souvent avec un emportement qui tenait à son caractère.

PAPIN (Isaac).

Il naquit h Blois, le 27 mars 1557, d’une famille protestante. Son père , receveur général des domaines, avait épousé Madeleine Pajon, sœur de Claude Pajon, ministre des calvinistes d'Orléans. Comme il était très- faible et valétudinaire, on ne lui permit d’apprendre le latin qu’à l’âge de dix-sept ans. Mais il fit alors de si grands progrès dans l’étude qu’à l’âge de vingt ans, lorsqu’il étudiait la philosophie à Genève , il écrivit à M. Pajon une lettre remarquable sur l’existence de Dieu. Genève était alors divisée, entre les universalistes et les particularistes, sur la question si délicate de la grâce. Les premiers demandaient seulement qu’on les tolérât , et le ministre Claude exhortait les Génevois à la tolérance; Desmarets, professeur de Groningue , les pressait, au contraire, de ne point souffrir les défenseurs de la grâce universelle.

Né protestant et habitué à raisonner sa religion, Isaac Papin formulait, comme point de départ, que sa croyance était la seule véritable. Mais, comme le premier principe de la réforme est qu’on ne doit prendre pour règle de foi que la parole de Dieu, il soutenait le parti de la tolérance envers tous ceux qui prenaient l’Ecriture-Sainte pour règle. Ce fut ce principe de la tolérance qui, peu à peu, le ramena au catholicisme.

L’an 1679, il revint à Blois, puis à Orléans, étudier, auprès du ministre Pajon, la théologie et les langues grecque et hébraïque. Il se perfectionna dans ses études à l’école protestante de Saumur, en 1685; mais comme les ennemis du pajonisme étaient devenus les plus forts , l’Académie voulut faire signer à Papin un acte qui condamnait la doctrine de Pajon , ce qu’il refusa courageusement. Cette conduite le porta à examiner et à approfondir la question de la tolérance; il considéra que, chez les protestants, le premier devoir de

chaque particulier est de lire l’Écriture-Sainte , de l'interpréter et de choisir parmi les interprétations celle que l’on juge la meilleure. Il en conclut que les articles sur lesquels ils ne s’accordent pas ne sont pas clairs, ni par conséquent nécessaires au salut, et que ceux* qui les entendent et les expliquent différemment sont obligés de se lolérer mutuellement.

De Saumur il alla à Bordeaux, sur l’invitation de Pople, gentilhomme anglais, qui, bien que négociant, avait une littérature et une capacité au-dessus du vulgaire. Il voulait lui persuader d’apprendre le négoce et lui promettait une de ses filles en mariage. Mais le jeune théologien , qui ne songeait qu’à la religion , se borna à une estime réelle pour le père et pour les filles. Le dogme de la tolérance, qu’il regardait comme le fondement du christianisme, l’occupait tout entier. Il en appliquait les conséquences aux Bordelais qui s’étaient réunis par force à l’Église catholique , et il écrivit pour les consoler un traité intitulé : La loi renfermée dans ses justes bornes et réduite à ses véritables principes. Il y soutient que les protestants les plus zélés ne doivent pas exclure les catholiques de leur tolérance. Ce traité tomba entre les mains de Bayle, qui y ajouta quelques pages et le fit imprimer à Rotterdam, en 1687. Tout cela lui attira la haine des ministres protestants, et surtout de son compatriote Jurieu.

Enfin , ses méditations continuelles ne pouvant' s’accommoder du négoce, il passa en Angleterre , et reçut les ordres de diaconat et de prêtrise de M*r l’évêque d’EIy. L’état de l’Église anglicane augmenta le penchant qu’il avait pour l’Église catholique: cette secte, qui conserve l’épiscopat et le principe d’autorité , était une sorte de compromis entre le catholicisme et la réforme. L’animosité des ministres protestants s’augmenta davantage par la publication des Essais de théologie, dans lesquels Papin insistait encore sur le dogme de la tolérance qu’il regardait comme l’âme de la réforme. Inquiété par ses ennemis, Papin quitta l’Angleterre et se rendit à Groningue, puis à Rotterdam. Sur la fin de 1687, il voulut aller à Berlin voir deux de ses sœurs, qui s’y étaient réfugiées après la révocation de l’édit de Nantes; mais il n’acheva pas ce voyage, car, étant arrivé a Hambourg, il y fut retenu pour prêcher et y demeura neuf mois. Il convertit en cette ville Ml,e Anne Viard, qui y était réfugiée et qu’il épousa depuis.

Jurieu continua à le poursuivre sous prétexte d’hétérodoxie; il le fit condamner dans son synode et l’obligea de quitter Hambourg. Papin accepta alors la chaire de Dantzick , où il prêcha en 1689. Au bout de quatre mois, l’intolérant Jurieu écrivit contre lui au consistoire de cette ville. Toutes ces^eÿsécutions ne firent que le rapprocher davantage du catholicisme. Effrayé des conséquences du libre examen, et déjà converti dans le cœur, il forma sérieusement le projet de rentrer dans le sein de l’Église romaine , et il écrivit en ce sens à l’illustre Bossuet, alors évêque de Meaux, dont il reçut des réponses pleines de lumière et de charité. Il revint à cette époque à Hambourg, où il épousa MUe Anne Viard. Quinze jours après son mariage, il s’embarqua pour l’Angleterre , et comme ce pays était alors en révolution, il se détermina à revenir en France. Mais sa conversion n’était pas encore officielle et il fut arrêté à Calais , par ordre du gouverneur. Huit jours après, M. de Yauban le fit remettre en liberté ; sa femme vint le rejoindre, et tous deux firent une abjuration solennelle entre les mains de Bossuet, dans l’église des Pères de l’Oratoire, le 15 janvier 1690. Papin séjourna ensuite quelque temps à Orléans, chez la veuve de Pajon , sa tante; enfin, il revint à Blois, sa patrie , où le roi lui rendit ses biens et lui procura un établissement honorable.

L’évêque de Blois adressa au nouveau converti de son diocèse une lettre pastorale portant approbation des nouveaux ouvrages que Papin composa en faveur de sa nouvelle religion. De son côté, Jurieu, qui n’avait pas oublié sa vieille rancune , écrivit aussi une lettre pastorale sur cette conversion, qu’il traitait de scandale et d’hypocrisie. Papin répondit à ce libelle par un livre intitulé : La tolérance des protestants et l'autorité de l'Église. Bossuet jugea cet ouvrage digne d’être publié; c’était une bonne fortune pour l’Église romaine que de se voir^ défendue par ses anciens ennemis.

Au mois d’avril 1709, Papin tomba malade pendant un voyage qu’il fit à Paris. Il était d’une santé très-délicate, et la polémique religieuse, les fatigues d’une vie si agitée avaient épuisé ses forces. Il mourut le 19 juin 1709, et fut enterré dans l’église paroissiale de Saint-Benoît.

Sa veuve a communiqué les manuscrils qui ont servi à faire une

nouvelle édition de ses ouvrages. Elle-même a écrit une histoire abrégée de la vie, delà conversion et de la mort de Papin, dont nous avons extrait cette notice biographique.

Bossuet et les auteurs du Journal des Savants ont fait aussi l’éloge de ce théologien. Il avait l’esprit pénétrant, juste et net, et poussait les principes jusqu’à leurs dernières conséquences; mais son plus bel éloge a été fait par Jurieu, son ennemi mortel, qui, pour marquer la clarté et la précision de ses écrits, disait, du ministre Isaac Papin, qu’il écrivait avec les rayons du soleil.

PAJON (Claude).

Le père de Claude Pajon, calviniste, exerçait la charge d’élu à Romorantin; ce fut dans cette ville que naquit, en 1626, l’un des défenseurs les plus acharnés de la religion protestante. Son père, qui fut son premier maître, put apprécier bientôt son intelligence et ne négligea rien de ce qui pouvait la développer. Il l’envoya d’abord à l’Académie de Saumur : un jugement sûr, une grande pénétration et une vivacité d’esprit qui se manifestaient jusque dans les études les plus abstraites, le firent bientôt distinguer de ses maîtres qui encouragèrent ces heureuses dispositions. Ce fut ainsi qu’il apprit les langues grecque et hébraïque, et qu’il fit en théologie des progrès si rapides qu’à l’âge de 24 ans les premiers du synode crurent devoir le nommer ministre à Marchenoir, en Beauce.

Ses qualités morales lur firent beaucoup d’amis, même parmi les catholiques. Mais en matière de dogme , ses opinions particulières lui attirèrent des tribulations de la part des docteurs de sa communion. II s’était lié avec Jurieu, alors ministre à Mer. Ces relations, provoquées d’abord par le voisinage, dégénérèrent en intimité et même en communauté d’idées et de principes. Malheureusement Pajon pensait comme Arminius sur la prédestination, sur l’universalité de la rédemption , sur la corruption de l’homme et sur la persévérance. Jurieu , après quelques avertissements pacilfques, se déclara ouvertement l’ennemi de son collègue, et le discours que celui-ci prononça en 1665, à Saumur, dans l’assemblée du synode d’Anjou , ne contribua pas peu à envenimer la controverse.

Au mois <Tavril 1668, Pajon fut appelé au ministère de l’église protestante d’Orléans. Là il persévéra dans sa doctrine et s’y montra inébranlable dans une conférence qu’il eut avec le ministre Claude , en 1676. Jurieu, dont l’opposition était devenue presque de la haine, eut assez de crédit pour le faire citer devant le synode d’Anjou. Claude Pajon vint y rendre compte de sa conduite, et après de longs débats, il fut renvoyé absous.

Jurieu ne se tint pas pour battu ; il fit de nouveaux efforts. En 1677, il provoqua, à Paris, une réunion à laquelle assistèrent Dubosc, Claude et Mesnard. Le résultat de leur conférence prépara la disgrâce de la doctrine pajoniste. Peu de temps après, les synodes de l’Ile-de- France, de Normandie et d’Anjou, condamnèrent les nouvelles opinions , mais avec ce ménagement que le nom de l’auteur ne fut pas prononcé dans leurs décisions.

L’Académie de Sédan à laquelle le consistoire de Charenton communiqua ce que le synode de l’Ile-de-France avait résolu, rendit ensuite un décret sur cette matière. Tous ces événements affligèrent Pajon, mais il n’en fut pas découragé. Il estimait assez peu Jurieu pour voir avec une sorte de résignation philosophique à la tète de ses antagonistes l’homme qui n’avait jamais pu lui pardonner d’être plus considéré que lui. Il avait épousé successivement Catherine Testard, fille du ministre de Blois , et la fille de Pereaux, son prédécesseur à Orléaijp. Deux de ses fils se convertirent; le second devint curé de Notre-Dame de la Rochelle. Claude Pajon mourut en 1685, à Carré, près d’Orléans. ^

Ses écrits jouissent d’une grande réputation parité les calvinistes. Ce sont: 1° Examen des préjugés légitimes contre les calvinistes, en réponse au livre publié par Nicole ; — 2° f^marques sur V avi lissement pastoral. Lors des discussions occasionnées par les ^)ctrines de Pajon , le clergé catholique publia un avertissement à tous les consistoires , dans le but de prouver aux calvinistes qu’ils avaient eu tort de se séparer de l’église romaine. Ce fut à ce sujet que le ministre d’Orléans publia sa réponse. On a prétendu aussi qu’il niait le concours particulier de la providence. Quelle qu’eût été la singularité des opinions émises par ce ministre, il est difficile de les concilier avec la réputation qu’il avait non-seulement parmi ses co-religionnaires, mais

encore dans le clergé catholique. 11 est probable que ses disciples couvrirent leurs erreurs de l’autorité de son nom , surtout à l’époque où on les accusait d’avoir donné dans le pélagianisme le plus outré. On lui attribue aussi une réponse au traité de Bossuet sur la communion; mais ce livre est très-rare, sinon inconnu. Son principal ouvrage est sa réponse à Nicole; on y remarque une grande force de raisonnement et beaucoup de concision. C’est au sujet de ce livre que Jurieu, son adversaire, qui cependant ne put s’empêcher de lui rendre justice , dit de Pajon : « Il écrivait bien , il avait beaucoup de « finesse et de délicatesse dans son tour et dans ses manières : les écrits « que tious avons de lui en font foi. »

Cu.-F. L.

JURIEU (Pierre).

On peut juger du mérite des théologiens protestants par les réfutations des docteurs et des prélats de l’église catholique. Jurieu , à ce compte, doit passer pour un des plus rudes champions de la réforme , puisque Bossuet lui Fit l’honneur d’une polémique acharnée dans son Histoire des variations des églises protestantes.

Il était né le 24 décembre 1657, h Mer , petite ville du Blésois. Son père, Daniel Jurieu, était ministre de ce lieu; sa mère était tille de Pierre du Moulin, pasteur évangélique h Sédan. Bercé dès son enfance dans le calvinisme, dont il avait sucé les principes avec le lait maternel , il alla fort jeune faire des études au séminaire protestant de Saumur, d’où il sortit h dix-neuf ans avec le grade de maître ès-arts. Il passa ensuite en Hollande» et en Angleterre, où il continua ses études sous MM. Rivet et P. Dumoulin, ses oncles maternels. II reçut même les ordres dans l’église anglicane; mais il ne tarda pas à être rappelé en France pour succéder a son père dans les fonctions du pastorat. Pendant qu’il exerçait son ministère à Mer , l’église wallone de, Rotterdam jeta les yeux sur lui et lui adressa une vocation hu mois de novembre 1666. Il refusa par attachement pour le troupeau qui lui était confié.

Son Traité de la dévotion , qui eut vingt-six éditions en Angleterre, le fit choisir, en 1674, pour remplir une des chaires de l’Académie

de Sédau. Plein d’ardeur pour l’étude et de zèle pour les intérêts de sa communion , Jurieu partagea son temps entre les devoirs de sa place , les fonctions du ministère et la rédaction de nouveaux écrits sur les questions théologiques qui divisaient alors tous les esprits. Ayant soutenu dans une de ses thèses la nécessité absolue du baptême pour être sauvé, cette opinion, quoique ancienne parmi les protestants, fut attaquée par quelques-uns de ses confrères et condamnée au synode de Saintonge. Celte disgrâce , commune aux ministres réformés, ne ralentit point son zèle, et il continua à écrire des traités de controverse.» *

En 1680, les curateurs de l’Université de Groningue lui adressèrent la vocation de pasteur de l’église française en leur ville, en même temps on le sollicitait de venir h Rouen. Jurieu était presque décidé à se rendre en cette ville, lorsqu’il fut averti qu’il y avait ordre de l’arrêter comme* auteur d’un libelle intitulé la Politique du clergé de France. Il crut devoit profiter de cet avis et se rendit h Rotterdam , ou il obtint le pastorat de l’église wallone et bientôt après une chaire de théologie. Il recommença h publier en faveur de la communion des ouvrages qui se succédèrent avec une telle rapidité « qu’on aurait dit qu’il lui fallait moins de temps pour les composer qu’il n’en fallait aux réformés pour les lire ». La révocation de l’édit de Nantes , en lui ôtant l’espoir de revoir sa patrie , acheva de troubler son esprit naturellement exalté : alors il se signala par un emportement et des extravagances qui déplurent aux hommes les plus éclairés de son parti. Il se mêla de présages, de miracles, de prophéties. De sages conseils ne firent que l’aigrir, et il se déchaîna dans d’affreux libelles contre Jacquelot, JBasnage, de Beauval, Saurins et Bayle.

Ce dernier soutint contre Jurieu une guerre acharnée. L’origine de cette hostilité fut sans doute la jalousie qu’inspira à Jurieu le succès de la Critique de V histoire du calvinisme de Maimbourgy dont il avait aussi publié la censure. L’abbé d’Olivet a prétendu trouver le principe de la haine de Jurieu dans les liaisons de Bayle avec la femme du miilistre protestant. Cette femme, de beaucoup d’élprit, connut , dit-il , Bayle à Sédan et l’aima. Il la suivit en Hollande , où ils continuèrent à se voir, même sans en faire trop de mystère. Tout Rotterdam s’en entretenait , Jurieu seul n’en savait rien. « On

« était étonné, dit un de ses biographes, qu’un homme qui voyait « tant de choses dans l’Apocalypse ne vît pas ce qui se passait chez « lui. Un cavalier, en pareil cas tire l’épée, un homme de robe in- « tente un procès, un poète compose une satire: Jurieu lit des « livres. » Il se disputa plus que jamais et avec le moins de modération possible. Catholiques ou protestants, tout lui était égal. Accueilli froidement par ses co-rêligionnaires, il alla se jeter h corps perdu dans les controverses sur le quiétisme , s’établit arbitre entre Bossuet et Fénelon, et, sans égard pour leur noble caractère ni pour leurs talents, insulta ces deux grands hommes avec une inconcevable audace. Bossuet se contenta de le réfuter avec une dignité ironique qui confondit son adversaire.

La contention et la chaleur avec lesquelles Jurieu écrivit jusqu’à la lin de ses jours, épuisèrent son esprit: « Il s’imaginait que les coli- « ques dont il était tourmenté venaient des combats que se livraient « des cavaliers qu’il croyait avoir dans le corps. » Il mourut à Rotterdam en 1713, dans un état voisin de l’imbécillité selon les uns, selon d’autres en conservant jusqu’au dernier moment toutes ses facultés. Ou a porté sur lui des jugements contradictoires. Le portrait suivant, que Desmaiseaux a tracé de ce théologien , nous parait être le plus fidèle , malgré les récriminations de Chauffepié, son panégyriste: « Il « (Jurieu) avait l’esprit pénétrant , l’imagination féconde, et écrivait « bien et facilement. Quoiqu’il s’éloignât des sentiments des réformés « en plusieurs choses, il ne laissait pas de s’ériger en zélé défenseur « de l’orthodoxie. Présomptueux, il voulait dominer partout, et son « orgueil lui faisait souffrir impatiemment tous ceux dont il regardait « le mérite comme capable d’égaler ou d’obscurcir celui qu’il croyait « avoir. L’attachement qu’il avait pour ses amis était réglé sur la dé- « férence qu’ils avaient pour lui. Manquer aux égards qu’il exigeait , « c’était assez pour s’attirer son indignation et s’en faire un ennemi « implacable. Cet esprit impérieux et turbulent lui faisait porter la « discorde partout où il allait et le rendait odieux à tout le monde. » Jurieu ne doit guère la célébrité dont il a joui qu’au souvesnir de ses querelles , et ses nombreux ouvrages sont tombés dans l’oubli. Les curieux recherchent cependant encore les suivants :

1° Histoire du calvinisme et du papisme mise en parallèle, rcfutalion de l’ouvrage sur le même sujet, publiée par Maimbourg ;

38 LES HOMMES ILLUSTKES DE L'OKLÉANAIS.

2° L'esprit de M. Amault tiré de sa conduite et de ses écrits , violente satire qu’Àrnault laissa sans réponse, ne jugeant pas h propos de se commettre ayec un tel adversaire ;

5° L’ accomplissement des prophéties , ou la délivrance prochaine de l'Église. Jurieu y soutient sérieusement que le papisme est l’empire de l’Antéchrist annoncé dans l’Apocalypse. Les protestants furent les premiers h se moquer du nouveau prophète , qui n’en mit que plus d’acharnement à persister dans son opinion ;

4° Les soupirs de la France esclave gui soupire après sa liberté , in-4° , qui depuis fut réimprimé en partie sous ce titre : Vœux d’un patriote , 168tS. C’est, une critique, quelquefois juste, toujours pas* sionnée, du gouvernement de Louis XÏV ;

.3° L’histoire critique de? dogmes et des cultes bons et mauvais qui ont

été dans l'Eglise depuis Adam jusqu’à Jésus-Christ. Amsterdam, 1704, avec un supplément. C’est ce qu’il a fait de mieux , quoiqu’il y ait encore introduit des considérations bizarres sur les devins et les sorciers, et qu’il y raconte avec une sorte de crédulité superstitieuse deux événements arrivés à Mer dans sa famille, où la nécromancie, l’hydromancie et la catoptromaneie jouent un rôle important.

Ch. -P. L.

LENFANT (Jacques), ministre protestant.

Né, en 1661, h Bazoches, dans la Beauce, Lenfant commença son cours de théologie à Saumur, sous Jacques Cappel , et alla ensuite le continuer à Genève. Vers la lin de l’année 1685, il passa à Heidelberg, où il reçut l’imposition des mains, et fut ensuite nommé chapelain de l’électrice-douairière palatine et pasteur ordinaire de l’église française. L’invasion des Français dans lePalatinat l’obligea de se rendre à Berlin. Quoique l’église protestante eut déjà dans cette ville un nombre suffisant de pasteurs, Frédéric, électeur de Brandebourg, depuis roi de Prusse, exigea qu’il en remplît les fonctions, et Lenfant les exerça avec honneur pendant quarante ans. Il avait épousé Emilie Gourgeaud de Venours, d’une illustre maison du Poitou , dont il n’eut pas d’enfant.

Ce fut pendant son séjour h. Berlin qu’il composa la plus grande partie de ses ouvrages. Son mérite était si bien reconnu qu’il obtint

SIXIÈME SÉRIE. — MINISTRES PROTESTANTS. ol)

toutes les distinctions honorables qui pouvaient contribuer à son illustration. Prédicateur de la reine de Prusse, Charlotte-Sophie, princesse aussi savante que spirituelle , il fut ensuite chapelain du roi Frédéric-Guillaume. En 1707, dans un voyage qu’il lit en Angleterre, il plut tellement à la reine Anne, qu’elle lui offrit, avec instance, d’être son chapelain; il refusa et se contenta du titre d’agrégé à la Société de la Propagation de la Foi établie dans ce royaume. Il visita Helmstadt en 1712 et Lepsicken 171o, dans le dessein de

compulser les bibliothèques et d’y découvrir les livres rares et les manuscrits dont il avait besoin pour composer ses ouvrages historiques. Il était en correspondance avec les personnages les plus illustres de son temps; l’électrice de Brunswick, la princesse de Galles, depuis reine d’Angleterre, le comte de Flemming, d’Aguesseau et l’abbé Bignon.

On a dit que dans ses écrits l’on trouvait plus de modération que dans ceux de ses confrères. Il est vrai que l’impartialité la plus étudiée règne dans ses histoires; mais, dans ses controverses, il n’est ni plus juste ni plus modéré que les autres ministres. Nicéron donne la liste de ses ouvrages , au nombre de trente-cinq ; nous nous con- * tenterons d’en citer quelques-uns. Son Histoire du Concile de Constance est fort remarquable. Voici comment Burnet, dans la préface du troisième volume de son Histoire de la Réformation , s’exprime à ce sujet : « Lenfant a donné avec beaucoup de soin et avec une « sincérité au-dessus de tout soupçon une idée si exacte de l’état « de l’Eglise et de la religion dans le siècle qui a précédé la réfor-

mation , que je ne connais pas de livre dont la lecture soit plus « propre à préparer a Y Histoire de la réformation que ce bel ou- « vrage. » Leclerc dit aussi : « Lenfant vient de publier Y Histoire « du Coticile de Constance, que l’on verra bientôt h Paris. On y trou- « ve$i non-seulement beaucoup de travail et d’exactitude, mais en- « corë de sincérité et de modération. S’il n’y avait pas mis son nom, « on ne devinerait pas qu’un ministre est l’auteur de ce livre. » — Histoire du Concile de Pise et de ce qui s'est passé de plus mémorable depuis ce Concile jusqu’ au Concile de Constance (Amsterdam, 1 724). Il y a , à la fin , une déclaration de Charles VII contre le duc de Bourgogne et une justification de ce prince. — Poggiana, ou la vie, le

caractère j les sentiments et les bons mots de Pogge Florentin , avec V Histoire de Florence , écrite par Le Pogge , et un supplément de diverses pièces importantes (Amsterdam, 1720). On trouve quelques lettres de Lenfant, au sujet de cet ouvrage, dans les journaux littéraires. — Bibliothèque germanique, ou Histoire littéraire de V Allemagne et des peuples du Nord, depuis 4720 jusqu’en 4740; avec le concours de Beausobre, Lacroze, Mauclerc et Fonney (cinquante volumes in-12). — Histoire de la papesse Jeanne, fidèlement tirée de la dissertation latine de M. Spanheim. Desvignoles , qui avait eu beaucoup de part à la première édition , en donna une seconde (La Haye, 1720) et y fit quelques additions avec le consentement de l’auteur.

Son dernier ouvrage fut Y Histoire de la Guerre des Ilussites et du Concile de Bâle (Amsterdam, 1751 , 2 vol. in-40). Bayle raconte qu’il entendit, en songe, une voix qui lui ordonnait de prêcher; comme il répondait qu’il n’était pas préparé , la voix lui indiqua ces paroles d’Isaïe, XXXYin, 1 : Mets ordre aux affaires de ta maison, car tu vas mourir. Il parla de cette vision lises amis qui s’efforcèrent de le rassurer. Lenfant, dans la prévision de sa fin prochaine, travailla avec une ardeur extrême à son Histoire du Concile de Bâle, qu’il voulait, disaitil , terminer avant de mourir. Ces laborieux efforts altérèrent sa santé, et , après une attaque de paralysie qui n’eut pas de suites fâcheuses , il en éprouva une seconde , en descendant de sa chaire , et mourut , le lendemain, à l’âge de 67 ans, en 1728. Sa veuve présida ellemême â l'impression de cette édition , et y joignit, d’après la volonté du défunt, la dissertation de Beausobre, sur les Adamites de Bohême.

« Lenfant était d’une taille un peu au-dessous de la médiocre; il « avait quelque chose de fin et de pénétrant dans les yeux; il ne parlait « pas beaucoup, mais il parlait bien. Il était excellent prédicateur « et avait une grande réputation. Il avait la voix belle, la prononcia- « tion distincte et variée. » On trouve un mémoire historique sur ce ministre protestant en tête de la deuxième édition de V Histoire du Concile de Bâle, et dans la Bibliothèque Germanique, t. XVI.

Ch* -F* L*

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