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lentiou. Chacun y cherchait son blason, et il y en avait pour tout Le monde.
Le P. Ange a composé, de plus, avec les rognures de son grand ouvrage, un Etat de la France, en cinq volumes in- 12, sorte d’almanach royal, dont Nicolas Besogne et Louis Trabouillet, chapelain du roi et chanoine de Meaux, avaient conçu la première idée, que le P. Auge développa sur un plan plus étendu et auquel les religieux bénédictins de la congrégation de Sain t-Maur mirent la dernière main. Cet Etat de la France est curieux en ce qu’il contient , aussi exactement que possible , l’origine , la nature , les prérogatives de tous les officiers ecclésiastiques, civils et militaires de la couronne, avec le cérémonial de leurs fonctions et l’état de leurs appointements.
Le P. Ange de Sainte-Rosalie mourut subitement k Paris en 1726.
Dom LIRON (Jean).
Les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur n’étaient pas toujours entre eux d’une cordiale aménité, et, si nous en croyons D. Lecerf, D. Liron aurait pris, dans la république des lettres, un
rang qu’il ne méritait pas. L’abbé de Vertot nous a mis aussi au
courant d’une dispute qui s’éleva, h propos de l’histoire de la Bretagne, entre D. Liron et D. Lobineau. Ce dernier avait pris le haut ton et ne se faisait point scrupule de taxer son confrère de mauvaise foi. Le fait est que l’exactitude n’est pas le plus grand mérite de D. Liron. En revanche, on ne saurait lui contester la clarté du style et une critique souvent judicieuse.
Il naquit h Chartres le 11 novembre 16Go, et fit profession dans l’abbaye de Saint-Florent-de-Saumur , k l’àge de 20 ans. Les supérieurs le firent venir k Paris, et il demeura plusieurs années dans l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. En 1708, il fut envoyé dans celle de Marmoutier et ensuite k Saint-Vincent du Mans , dont il fut bibliothécaire. Voilà k quoi peut se résumer la biographie de ce modeste savant qui, comme la plupart des écrivains de son ordre, n’a guère
laissé d’autre souvenir que ses Ouvrages. Ils sont nombreux et variés, mais, traitant en général des sujets peu familiers au commun des lec-
teurs , ils ne présentent guère d’intérêt. La plupart sont des dissertations et des commentaires sur un passage altéré de l’écriture sainte, ou sur une interprétation contestable de l’histoire profane. Sou livre des Singularités historiques et littéraires est plus connu. On y trouve tout ce qu’un jugement exact et un savoir étendu peuvent présenter à l’esprit d’un homme qui lit beaucoup et qui se fait une loi de ne passer sur rien sans remarque et sans réflexion. Mais l’ouvrage de D. Liron qui doit le plus nous intéresser, est sa Bibliothèque chartraine , ou Traité des auteurs et des hommes illustres de l’ancien diocèse de Chartres, qui ont laissé quelques monuments à la postérité ou qui ont excellé dans les beaux-arts. Cet ouvrage devait former le premier volume de la Bibliothèque générale de France, entreprise par les Bénédictins. Il fut dédié h M. Yoyer-d’Argenson , garde-des-sceaux de France. La préface générale est remplie de bonnes vues et d’observations judicieuses , mais le corps du livre est imparfait.
M. Perdoux de la Perrière, gentilhomme d’Orléans, en fit bientôt - après une critique qui parut sous ce titre : Lettre d’un conseiller de Blois à un chanoine de Chartres, sur la Bibliothèque chartraine, du R . P. Dom Liron, bénédictin, 1719. Cette lettre est signée Melchior Dupleix. L’auteur reproche à Dom Liron : 1° le défaut de citations qui règne dans tout son ouvrage; 2° de dire trop peu de choses de chaque auteur; 5° d’avoir mal choisi la moitié de ses sujets qui ne sont pas des écrivains ou qui ne doivent pas entrer dans cette bibliothèque; 4° d’en avoir oublié plusieurs, et enfin d'avoir donné des dates fausses ou incertaines.
Il y a aussi de l’humeur dans la critique que D. Lecerf fait de ce livre, auquel il reproche des fautes qu’il n’a pas toujours su éviter luimême. 11 reconnaît néanmoins qu’il y a assez d’ordre et d’arrangement dans cet ouvrage, que le style en est simple, naturel et assez pur.
D. I iron préparait une seconde édition de sa Bibliothèque chartraine, corrigée et considérablement augmentée (1). « Quelque soin « que l’on prenne dans des ouvrages de critique, dit-il, dans son aver- <( tissement, il est impossible que l’on n'oublie pas toujours quelque « chose de ce qu’on a remarqué, ou que l’on ne découvre, dans la suite,
(I) Voir In préfaro do l’onmgo.
« des choses dont on ne s’était point aperçu. Ainsi le public n’est point « en droit d’exiger des auteurs qu’ils mettent d’abord leurs ouvrages dans « la dernière perfection, ni de trouver mauvais qu’ils y fassent des addi- « fions ou des changements , et les auteurs sont obligés de l’avertir « de leurs méprises et de lui faire part de leurs nouvelles décourt vertes. Ce n’est pas un crime de se tromper ou de ne pas tout remar- « quer, puisque c’est un défaut commun à tous les hommes; mais « c’en serait un de vouloir cacher ses fautes quand on les reconnaît, « ou de priver les autres des nouvelles lumières qu’on peut avoir, « pour ne pas paraître avoir rien ignoré. »
. D. Liron déclare aussi , dans cette préface manuscrite, qu’il fut aidé dans son travail par M. Leclerc , licencié en théologie , alors directeur du séminaire d’Orléans.
. Après unevie remplie par tant de travaux, D. Liron, accablé d’années et d’infirmités, mourut au Mans, dans l’abbaye de la Couture, le 9 février 1749.
MARIETTE (François de Paul), oratorien.
Cet appelant, célèbre par la hardiesse de ses opinions, s’était fait un certain nombre de partisans à Orléans au siècle dernier, et bien qu’interdit par l’évêque et renvoyé de la congrégation de l’Oratoire, il n’en continua pas moins de publier, a ses frais bien entendu , ses paradoxes théologiques.
Il naquit à Orléans, le 31 mai 1684, d’une famille honorable, et n’étant encore que laïc, il se lança dans les controverses les plus subtiles de la théologie. Il prétendit analyser les sentiments les plus délicats de la piété et des vertus chrétiennes, et s’embrouilla tellement dans ses éclaircissements sur la crainte et la confiance en Dieu, que, de son propre aveu, il fut bientôt le seul de son sentiment. Il se * vit désavoué par les chefs de l’appel eux-mêmes, d’Etemare, l’abbé Racine, Fourquevaux, qui l’accusaient de témérité et qualifiaient durement son système.
Le jubilé de l’année 1759 lui fournit l’occasion de mettre au jour ses idées sur les indulgences: il publia sa Lettre (l'un curé de ram -
pagne à scs confrères , où il exposait ses difïîcullés sur le jubilé, et se fit ù lui-même une Réponse d’un curé à son confrère, dans laquelle il s’écartait davantage encore de l’enseignement des catéchismes , de la doctrine des théologiens et des décisions du concile de Trente. Ces écrits lurent réfutés par l’abbé Joubert et par Massuau aîné, d’Orléans, dans ses Entretiens d’Eudoxe et d’Erigène sur les indulgences. Vers la fin de 1762, on découvrit qu’il s’imprimait à Orléans une Exposition des principes qu’on doit tenir sur le ministère des clefs, dans laquelle Mariette disait que l’absolution du prêtre ne remet pas les péchés devant Dieu , et que le pouvoir qu’ont les prêtres de remettre les péchés ne regarde nullement le péché en lui-même, ni la peine éternelle qui le suivrait, mais uniquement la peine temporelle. On saisit chez l’imprimeur ce qui était déjà imprimé de cet ouvrage, et le 12 janvier 1763 cette affaire fut jugée à l’audience de la police : on lit brûler toute l’édition, et l’imprimeur fut interdit pour trois mois et condamné h une amende. Mariette, avant refusé de se
rétracter, fut obligé de quitter la maison de l’Oratoire, où il résidait encore. Il quitta même sa ville natale et vint habiter Paris, où il mourut le 15 mars 1767, sur la paroisse de Saint-Landry.
D. FÉLIBIEN (Michel).
La famille des Félibien, seigneurs des Avaux et de Javercy, était en grand honneur, au XVIIe siècle, dans le pays chartrain (1). Le chef de cette maison fut l’historiographe de l’architecture française sous le règne de Louis XIV. Son frère, Jacques Félibien, fut un des plus savants et des plus hardis commentateurs des saintes Ecritures. Jean-François Félibien , fils aîné d’André, hérita de son goût pour les arts et lui succéda dans la charge de secrétaire de l’Académie d’architecture. Michel Félibien, son frère puîné, naquit à Chartres le 14 septembre 1666 et fut baptisé à la paroisse de Saint-Saturnin. Il fit ses premières études au collège des Bons-Enfants-de-Saint-Honoré, à Paris, et entra, h l’âge de seize ans, dans la congrégation de
(I) Voir la biographie d’André Félibien, tome !«■, p. 12.
Saint-Mau r. Toute sa vie s’est passée à écrire. Il avait les talents nécessaires pour y réussir. Critique habile , historien méthodique et fidèle, il se distingua par la justesse de son esprit, par la netteté de ses idées, par un goût fin et sûr. Malgré la faiblesse de sa constitution , il se livra au travail avec un courage qui était au-dessus de ses forces. Il publia Y Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denis en France , ouvrage écrit sensément et qui renferme des recherches curieuses. La réputation que le P. Félibien s’acquit par ce travail lui valut d’être choisi par M. Bignon, prévôt des marchands, pour écrire V Histoire de la ville de Paris. On le fit venir, en 1711, à Saint-Gerinain-des-Prés, pour y travailler. Après huit ans de laborieuses recherches, il publia le projet de cette grande entreprise qu’il ne lui fut pas donné d’achever. Ses manuscrits furent remis entre les mains du P. Lobineau, qui publia, en 1725, l’ouvrage complet en cinq volumes in-f°. La préface contient un éloge mérité de Dom Félibien : « Il joignait à des mœurs sages, à une régularité édifiante, à une dou- « ceur qui lui conciliait les affections de tout le monde, un esprit a éclairé, net et juste, et une facilité merveilleuse dans le style. Sa a diction était châtiée et il avait un talent particulier pour l’arrange- « ment; il ne lui manquait que la santé. » Accablé par de précoces infirmités, il mourut à Saint-Germain-des-Prés , le 25 septembre 1719, à peine âgé de cinquante-six ans.
P. BAAR.
D. GÉROU (Guillaume).
Ce savant et laborieux bénédictin, était né â Orléans en 1701 ; il fit profession dans l’abbaye de Vendôme, le 20 juillet 1718. Après ses études, il fut envoyé à Pontlevoy pour y enseigner les humanités; à défaut de grands talents, son zèle et son application lui permirent de former de bons disciples.
La congrégation ayant conçu le projet de donner des histoires particulières des provinces , le goût décidé de l>om Gérou pour les recherches historiques le désignait pour ce genre de travail. Il rassembla, en effet, un grand nombres de titres; mais, ne se sentant peutêtre pas en état d’en composer un corps d’histoire, il s’occupa de compléter la Bibliothèque des auteurs du Berry , commencée par Dom Méry , bibliothécaire de Bonne-Nouvelle d’Orléans. Il employa
encore plusieurs années a perfectionner la Bibliothèque des auteurs de la Touraine, par Dom Liron ; ensuite, il demanda à composer la Bibliothèque des auteurs Orléanais. Son supérieur y consentit et lui permit, d’aller demeurer dans l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire , qui, par sa proximité d’Orléans , le mettait en situation d’avoir tous les secours nécessaires.
En moins de quatre ans, son ouvrage fut en état d’être présenté aux censeurs. Il est vrai qu’il fut aidé dans son travail parM.Massuau et par M. de Coincy fils , conseiller au présidial. Polluche et Jousse lui communiquèrent la nomenclature des auteurs Orléanais , que l’un et l’autre avaient faite pour leur usage. Les mémoires et les recherches de M. Perdoulx de la Perrière, communiqués à Dom Gérou, lui furent aussi d’un très-grand secours.
En tête de la Bibliothèque de l'Orléanais , on trouve encore : 1° un Etat des sciences dans cette province , depuis Jésus-Christ jusqu’au XVIIIe siècle (beaucoup de faits contenus dans ce mémoire se retrouvent dans les notices particulières) ;
2° Un mémoire sur le détail historique d'Orléans , sur les Etrennes orléanaises, sur le Calendrier historique de l’Orléanais ;
5° Une notice abrégée sur une société littéraire , fondée à Orléans en 1615, c’est-à-dire vingt ans avant l’Académie française;
4° L’histoire abrégée d’une autre société littéraire, établie dans le palais épiscopal, sous la protection du duc d’Orléans. On remarque, parmi les membres de cette société : Paris , évêque d’Orléans, le savant Polluche, Boislève, chanoine, Pierre Vallet, Perdoulx et Guyot, tous trois docteurs en l’Université d’Orléans; et parmi les associés honoraires, le comte d’Argenson, ministre de la guerre, Foncemagne de l’Académie française, etc. ; .
5° Notice sur une société littéraire, qui commença en 1725 et fut dissoute en 1775 : MM. Massuau, Bigot de la Touanne, Jousse, de Champvallins , d’Orléans fils en faisaient partie ;
6° Sur une société d’agriculture , fondée en 1762;
7° Sur une société de physique établie par arrêt de 1 784.
Parmi les membres de ces deux sociétés , »on distingue MM. de Loynes d’Autroche, de La Taille, des Essarts, de Tristan, Bigot de Morogues, Marcandier, de Froberville, de La Boulaye, Changeux, Beauvais de Préaux , etc. etc.
I^e manuscrit de Dom Gérou forme deux gros volumes in-4°, L’ouvrage ne fut pas imprimé: Couretde Villeneuve, qui s’en était chargé, résilia son marché par crainte que l’ouvrage n’eut pas le déhit nécessaire pour le dédommager de ses frais (1). Quinze jours avant sa mort, Dom Gérou, au lieu de le laisser à la Congrégation, en fit don h M. Jousse. Les religieux de Saint-Benoit réclamèrent; mais, sur l’ordre de leurs supérieurs, ils prirent pour juge Foncemagne, que Jousse agréa. Foncemagne décida que le manuscrit resterait au donataire, et que les bénédictins en prendraient une copie. Elle fut faite par deux religieux , dont l’un a transcrit jusqu’à la page 267. Ils y conservèrent un assez grand nombre de feuillets des premières copies de Dom Gérou , qui leur furent remises par Jousse.
L’auteur suit la méthode du P. Niceron. Il indique les principales circonstances de la vie des écrivains ; il passe ensuite à leurs ouvrages, et c’est ici qu’il a un véritable mérite aux yeux des bibliophiles; il en dresse, avec un soin minutieux, le catalogue exact, en indiquant les diverses éditions qui en ont été faites; enfin il les juge ou rapporte les jugements des meilleurs écrivains et des critiques les plus autorisés. 11 est généralement assez impartial, à moins que l’intérêt de la religion ou l’esprit de corps ne viennent échauffer son zèle. Il tient, comme il le dit lui-même, un juste milieu entre la basse adulation et la critique amère.
L’ouvrage de Dom Gérou, dit un biographe, est rempli de recherches et de faits littéraires qu’on trouverait difficilement ailleurs. Mais il est vrai aussi qu’on trouve ailleurs beaucoup de faits qui ne sont pas dans Dom Gérou.
Son style est sec et décousu, et, suivant le même biographe, il aurait grand besoin d’être remanié pour être bien reçu du public.
Après avoir fini la Bibliothèque des auteurs Orléanais , Dom Gérou travailla à la collection des chartes, et il s’y appliquait sans relâche, lorsqu’il mourut le 27 avril 1767.
Dom Gérou se recommandait surtout par ce grand amour du travail qui distinguait les religieux de son ordre , et qui est devenu en quelque sorte proverbial. Il se faisait remarquer aussi par son application constante à tous les devoirs de son état.
(1) Voir la préface de Poutrage.
■Ô-ogp-O-
DANEAU (Lambert).
Ce savant ministre calviniste naquit à Beaugency en 1550, d’une famille considérée dans l’Orléanais. Jean Daneau, son trisaïeul, commandait une compagnie de cuirassiers sous Xaintrailles ; il fut annobli en 1458, par Charles VU, pour avoir fait prisonnier, à la bataille de Patay, Talbot, général anglais.
Les Daneau, originaires du Tkiérache, se fixèrent dans une province qui leur rappelait un glorieux souvenir et ils ne tardèrent pas à s’allier aux illustres maisons des Compaing et des Masson, dont quelques branches subsistent encore avec honneur dans Orléans. Lambert Daneau perdit fort jeune son père qui était contrôleur des finances k Beaugency, et ses oncles l’envoyèrent étudier à l’Université d’Orléans, où il ne tarda pas à prendre le bonnet de docteur. Pendant ses cours, il se lia d’amitié avec les disciples de Calvin, qui, lui aussi, était venu étudief a cette Université alors si célébré, que le roi d’Angleterre, Henri VIII, envoya h Orléans François Bacon et quelques conseillers pour consulter les docteurs sur son divorce avec Catherine d’Aragon. Calvin avait joué un certain rôle dans l’école de droit d’Orléans. La ville de Beaugency ayant négligé de payer la
(1) Nous avons cru devoir placer, dans un appendice aux personnages ecelésiastiques, les ministres de la religion réformée, qui ne pouvaient d’ailleurs prendre place dans une autre série. Les biographes religieux, que nous avons pris pour guides dans cette partie si délicate de notre travail, nous en ont donné l’exemple en insérant, au milieu même des biographies d'écrivains catholiques, celles des ministres des cultes dissidents. Nous ne pouvions pas nous montrer plus exclusifs et moins tolérants que D. Gérou et D. Liron.
maille d’or de Florence qu’elle était tenue de servir aux écoliers de ja nation de Picardie, le jeune Calvin, âgé alors de 21 ans, réunit toute la basoche, et précédés des bedeaux et officiers de la Faculté^ accompagnés de tambours, fifres, trompettes et hautbois, ils allèrent tous en corps à Beaugency exiger le paiement de la redevance. La liaison de Daneau avec les disciples de Calvin, décida sa vocation ; dès lors il professa hautement les idées de la réforme et s’établit à Gien , où il exerça pendant neuf ans les fonctions de ministre calviniste. La perte de sa première femme, qui mourut sans enfants, le supplice d’Anne Dubourg, son professeur et son ami, le déterminèrent à passer à Genève. Il y rencontra la fille d’un prévôt des marchands d’Orléans, avec laquelle il contracta une seconde alliance. Il fut même reçu bourgeois de Genève ; mais quittant bientôt cette ville plus intolérante que Rome, il alla professer le droit public h l’Université protestante de Leyde. Soupçonné de cabaler contre la Hollande en faveur de l’Angleterre, il recourut à la protection du roi de Navarre qui lui permit d’exercer successivement le ministère évangélique h Orthès, à Lescar et enfin à Castres, où il mourut vers la fin de 1595. Une copie de son testament, communiquée par M. Masson, chanoine de Sainte-Croix, a été insérée dans le recueil de I). Gérou, ainsi que des notes tirées des archives de la famille Daneau, et dont l’abbé Pataud a extrait la biographie de Lambert Daneau, insérée dans la Biographe universelle.
Les ouvrages de Daneau n’offrent qu’un médiocre intérêt. Parmi les quarante-trois traités qu’il publia, nous remarquerons seulement un Dialogue en latin sur les sortilèges et les sorciers ; un Traité de V Ante-Christ, qui jette du jour sur quelques passages très-difficiles de la prophétie de Daniel, et une Géographie poétique , ouvrage assez curieux, où les définitions, le cours des fleuves , les descriptions des villes sont empruntés textuellement aux anciens poètes latins. On lui attribue aussi un Traité des danses , auquel est résolue la question s’il est permis aux chrétiens de danser, 1580, in-8°.
Les calvinistes comptent Lambert Daneau au nombre des savants qui font le plus d’honneur h leur parti. Il faut cependant en excepter Sénebier, qui le traite assez mal. Daneau écrivait et parlait facilement ; mais il manque de jugement et de goût. Il manque aussi de tolérance.