PÉRELLE
Toute une génération du nom de Pérelle a travaillé à Orléans dans la peinture et la gravure pendant la première moitié du XVIIe siècle.
L’ancêtre, Gabriel Pérelle,- vint s’établir dans cette ville, où il a peint les fresques du plafond des Grands-Carmes et un tableau pour l’église des Jacobins. Il y mourut en 1600.
II avait établi un atelier de gravure d’où sortirent un grand nombre de planches , et particulièrement de paysages, reproduits d’après les peintres alors en réputation. Louis Asselin , Beaulieu, ingénieur du roi, Colignon, Pinaigrier, Poussin lui-même, confiaient volontiers leurs œuvres aux Pérelle. On cite, parmi leurs meilleures estampes, une Adoration des Rois , signée de Gabriel, dont le burin était plus habile que celui de ses enfants. Adam Pérelle, second du nom, et son (ils, Nicolas, naquirent à Orléans, où la famille s’était définitivement fixée. Tous trois ont travaillé ensemble , et tout porte h croire qu’ils avaient fini par faire une bonne maison. Les commandes leur arrivaient de Paris, nombreuses et bien payées. Ils ont ainsi reproduit les plus beaux monuments de la capitale, les plus beaux sites de Versailles , et quelques vues de Rome. Leurs paysages étaient fort pittoresques , et leurs figures très-fines. On estime aussi les eauxfortes qu’ils ont gravées d’après les peintres flamands.
Leurs œuvres se rencontrent surtout dans le recueil connu sous le nom de Délices de Paris et des environs. L’abbé de Marolles avait réuni dans un portefeuille plus de 700 pièces des Pérelle. Elles ne sont pas rares, même aujourd’hui, puisqu’à la vente Mariette, une œuvre de 268 pièces en 2 volumes ne s’est payée que 150 francs.
Adam Pérelle n’avait pas renoncé tout-à-fait à la peinture. Élève distingué de Vouet, il a orné de son pinceau l’église des Grands-Carmes et le maître-autel de Sainte-Catherine. On a de lui un paysage au Musée d’Orléans. r . .
CHAPERON (Nicolas).
Cet artiste, né k Châteaudun, en 1576, étudia d’abord la peinture dans l’atelier de Simon Vouet; mais la gravure k l’eau-forte fit surtout sa fortune et sa gloire ; il fit ensuite , en Italie, le voyage traditionnel et s’arrêta k Rome, où il grava les peintures du Vatican connues sous le nom de Bible de Raphaël. Cette œuvre, composée de 52 planches, parut en 1658: ce sont de bonnes copies, régulièrement bien dessinées ; mais on y chercherait en vain cette pureté de style qui est le caractère de l’école romaine; aussi les Loges du Vatican ne se sont vendues, k la vente Mariette, que 60 fr. Le graveur avait placé, par modestie , son portrait dans un petit cartouche, au pied du buste du divin Raphaël.
A son retour de Rome , Chaperon s’établit k Paris, où il grava plusieurs estampes remarquables par une pointe très-spirituelle. Il composait avec beaucoup d’imagination. Plusieurs pièces originales, représentant des Bacchanales, fourmillent de jolis détails.
Il fit aussi de la gravure officielle, et l’on a de lui deux portraits de Henri IV. Dans le premier, ce prince est représenté k l’âge de quarante-deux ans , dans un cadre de sculpture antique ; on voit au bas du portrait, dans une vignette en forme de bas-relief, le roi blessé par Châtel. Cette épreuve est très-rare. Il existe un autre portrait de Henri IV, gravé par Chaperon, en 1595; dans celui-ci, on voit, au-dessus du cadre, un sujet de bataille. Les amateurs recherchent moins cette gravure que la première.
Les monogrammes les plus ordinaires de Chaperon sont les initiales NCF. — NCHF.
11 mourut k Paris, en 1647.
' CHASTEAU (Guillaume). *
Né à Orléans, le 48 avril 1655, il étudia, h Paris, les principes de dessin, et fit ensuite son tour d’Italie. Il parcourut successivement Gênes, Parme, Venise et Florence. A Rome, il se lia d’amitié avec Frédéric Greuter, qui le détermina k renoncera la palette pour le burin. Les portraits de prélats et de pontifes, et les estampes qu’il a gravées en Italie sont signés de son nom italianisé, Castelli. Il séjourna quelque temps a Lyon , avant son retour à Paris , ôù il fut protégé par Colbert , qui le pensionna et le fit entrer k l’Académie de peinture. Il a gravé surtout d’après le Poussin et les maîtres Italiens.
On a tiré des cartons de la bibliothèque de Blois, pour les encadrer, deux de ses meilleures gravures: Le Ravissement de saint Paul, d’après Poussin , et l’Assomption de la Vierge, d’après Annibal Carrache ; on connaît encore de lui : La Manne au désert , la Guérison des aveugles , la Mort de Germanicus et la Vierge qui lave les linges, d’après les mêmes maîtres ; il a enfin gravé quelques tableaux de Lebrun. Ses estampes k l’eau-forte sont préférables k celles burinées; sa manière est plus libre, plus pittoresque , et il est k regretter qu’il ne se soit pas exclusivement livré k ce genre. Il mourut, k Paris, d’un accès de colique violente , le 45 septembre 4685, et fut inhumé dans l’église de Saint-Benoît. Malgré son habileté dans la gravure, il a été surpassé par Simonneau l’aîné, son élève.
SIMONNEAU (Charles).
Toute une famille de ce nom, originaire d’Orléans, s’est vouée k l’art de la gravure pendant les deux derniers siècles. Le plus illustre fut Charles Simonneau, né k Orléans en 4659. Ses parents le destinaient k la profession des armes; mais s’étant cassé une jambe k la chasse, il fut obligé de choisir un autré état.
Il étudia le dessin sous Noël Coypel et la gravure sous Guillaume Château, son compatriote. Il était extrêmement laborieux, et le
nombre des pièces qu’on a de lui s’élèvent à plus de cent trente ; sa manière est pleine d’agrément et d’esprit, il faisait beaucoup travailler la pointe sur les demi-teintes et réservait le burin pour les parties les plus rigoureuses. On remarque dans ses ouvrages un bon goût de dessin et une touche large et moelleuse; il sait conserver avec intelligence le caractère et l’expression des auteurs qu’il traduit. Il excellait surtout dans le portrait, le genre historique et la vignette.
On cite comme ses meilleurs morceaux : Jésus-Christ et la Samaritaine, d’après le Carrache, pièce admirable toute exécutée au burin pur; la Conquête de la Franche-Comté, d’après Lebrun, et la Mort d’Hippalyte , dédiée à M. Colbert.
Dans les riches cartons de la collection de M. Leber, on trouve de lui la Vierge au linge , d’après Raphaël, et l'Histoire écrivant les événements du règne de Ijouis XIV, d’après Coypel.
Simonneau fut reçu membre de l’Académie de peinture : il grava pour son morceau de réception le portrait de Mansard. R obtint par la suite le titre de graveur du roi et une pension.
11 a gravé la majeure partie des médailles qui composent l’histoire métallique du règne de Louis XIV. Le czar Pierre-le-Grand , lui commanda divers sujets de bataille. Il mourut h Paris en 1728; son humeur était enjouée et sociable, sa conversation spirituelle et intéressante.
Son frère aîné, Louis Simonneau, s’était aussi adonné h la gravure et devint membre de l’Académie. Son dessin est correct et varié; il a traité avec un égal succès le sacré et le profane. On cite parmi les meilleurs ouvrages dans les deux genres : V Assomption de la Vierge, d'après Lebrun, et Loth et ses filles, peints à la fresque sur un des plafonds de Sceaux : Jésus instruisant Marthe et Marie, d’après Coypel, et Suzanne au bain, d’après modèle.
Son fils, Philippe Simonneau n’imita de son père que la manière profane. 11 a fait quelques gravures érotiques, d’après Jules Romain et l’AIbane.
M. Jarry, d’Orléans, possède un joli portrait de Charles Simonneau. gravé par Dupin, d’après H. Rigaud.
MASSON (Antoine).
Beaucoup de graveurs ont commencé par être ouvriers avant d’être artistes. Antoine Masson, né à Loury, près d’Orléans, en 1636, travailla fort jeune h Paris, chez un armurier damasquineur. Obligé de graver sur l’acier, il acquit ainsi une grande pratique du burin; mais, jaloux de posséder toutes les parties de son art, il étudia avec zèle le dessin et la peinture.
Il devint bientôt un des premiers graveurs de son temps : il eût peut-être même été sans rival, si la prétention d’étonner le vulgaire par des travaux bizarres n’avait nui quelquefois à ses plus beaux ouvrages. Les critiques n’ont pas manqué h Antoine Masson ; on lui a reproché la recherche de l’originalité, èt une sorte de débauche du burin; mais les excentricités de sa manière sont plus que compensées par la variété et l’harmonie des détails. Il excellait surtout dans le portrait : celui de Brisacier jouit d'une estime méritée; la gravure y reproduit toutes les nuances de la peinture : on reconnaît quel était le teint de l’original; sa belle chevelure grise est d’une légèreté admirable, et son collet est véritablement de la dentelle.
On reproche un peu d’affectation dans les cheveux au portrait (Y Olivier d’Ormesson ; dans celui de Frédéric-Guillaume , électeur
ds Brandebourg , on est choqué de voir une taille en forme de poire
faire le nez de ce prince, et une taille en spirale le menton. Malgré quelques bizarreries, les portraits du médecin Guy Patin, et de son fds, Charles Patin , sont d’un fort bel effet. Les cheveux sont pour Antoine Masson le trait d’achoppement : tantôt ils sont raides comme les piquants d’un hérisson, tantôt, au contraire, ils sont détachés et en quelque sorte volants.
Ces hardiesses de burin se rencontrent surtout dans l’estampe des Pèlerins d’Emmaüs, d’après le Titien, connue sous le nom de la Nappe de Masson , h cause de la parfaite imitation du linge; le chien (jue l’on voit sur le devant du tableau semble être un chien de paille, tant ses poils sont hérissés. Cette gravure, qui passe pour le chefd’œuvre de Masson, csl assez recherchée : elle se trouve dans une
des salles du Musée naissant de Blois; une épreuve avant la lettre a été payée 200 francs k la vente Mariette.
On peut voir la liste des différents ouvrages de Masson dans le Manuel des Amateurs ; il a fait aussi des portraits au pastel.
Nous trouvons, dans les. notes de dom Gérou, un détail assez curieux sur la manière de ce graveur : il parait qu’au lieu de faire agir le burin sur la planche de la main droite, il faisait agir la planche de la main gauche, selon les exigences du dessin.
11 mourut à Paris, en 1700, membre de l’Académie royale de peinture et graveur du roi.
Sa fille, Madeleine Masson, a gravé quelques portraits d’après la manière de son père.
Nous avons vu, dans la collection Jarry, deux portraits d’Antoine Masson, l’un gravé par lui-même, l’autre par van Brugge. Une autre gravure, d’Habert, fort bien exécutée, représente Masson offrant une de ses œuvres h une divinité allégorique qui pourrait être la Gloire; h côté, le Temps montre son portrait à deux petits Génies; autour sont placés des emblèmes, des palettes, des pinceaux.