‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 15 sur 145 · BAUDET (ÉTIENNE · texte numérisé non relu

BAUDET (ÉTIENNE

Parmi les gravures qui ornent une des salles du château de Blois, on remarque un sujet tiré de l’Évangile, avec cette légende : Rendez à César ce qui appartient à César , et à Dieu ce qui appartient à Dieu. C’est l’œuvre d’Étienne Baudet, graveur habile, né k Blois, en 1643.

Il a gravé différentes estampes d’après les Carrache, l’Albane, le Dominicain et autres maîtres italiens. Sa manière est dure et ses hachures, toujours carrées, ne présentent aucune variété. {II mêlait l’eau-forte au burin, ce qui ne peut réussir avec le grain de Bloëmart. Il a gravé, d’après le Poussin, V Adoration du Veau d’or et le Frappement du rocher; cette dernière estampe s’est vendue 65 francs k la vente Valois. -

MOYREÀU (Jean).

On remarque au Musée d’Orléans un portrait assez médiocre, peint par Nonotte, mais qui a pour nous le mérite de représenter un artiste Orléanais : c’est celui de Jean Moyreau. Dans la riche collection de M. Jarry se trouve une estampe que l’auteur a gravée lui-même, d’après son portrait original.

Jean Moyreau naquit h Orléans, le 16 janvier 1690, d’un marchand de toiles. Son goût pour le dessin se montra de bonne heure avec tous les symptômes qui dénotent un artiste ; son père voulait en faire son successeur et contraria long-temps sa vocation, lui reprochant de griffonner inutilement du papier; mais comme toujours, la vocation l’emporta sur les remontrances paternelles.

La protection de S. E. Msr de Tournon le mit à l’abri des épreuves domestiques; le cardinal était alors exilé a Orléans. Un dessin 'a la plume attira sur le jeune Moyreau l’attention du prélat qui se déclara son protecteur.

Le cardinal avait dans son cabinet une magnifique gravure du Christ, Moyreau en fit une copie qu’il eut la hardiesse de substituer à l’original. Bien que connaisseur, le Mécène y fut trompé et ce ne fut qu’après une attention sérieuse qu’il put distinguer la différence entre la plume et le burin. Ravi d’admiration, il embrassa le jeune artiste, le combla d’éloges et lui proposa de l’accompagner à Rome; mais un accident imprévu vint mettre obstacle h ce projet. Le cardinal, toujours en disgrâce, fut exilé dans les Pays-Bas; il confia son jeune protégé h M8r Fleuriau d’Armenonville, évêque d’Orléans, qui faisait alors peindre la grande galerie de son palais épiscopal par Boullongne, peintre de réputation. Ce fut le premier maître de Moyreau.

Après quelques essais, il sentit qu’il ne serait pas excellent peintre, et il s’adonna entièrement k la gravure. 11 vint a Paris, où il ne tarda pas k devenir le graveur k la mode : les étrangers affluaient chez lui. Son œuvre est considérable : on cite de lui, dans la collection de M. Lcber, V Empire de Flore , d’après le Poussin. 11 fut reçu en 1758

a Y Académie royale de peinture ; il n’eut qu’une seule fève noire, et, par une distinction peu commune, on le dispensa de graver le portrait exigé par les réglements. Son brevet d’académicien est conservé au Musée d’Orléans.

Moyreau s’était marié fort tard, vers l’âge de cinquante ans, aussi mourut-il subitement en 1763.

CHÉREAU (François).

Né h Blois, en 1686, il étudia, à Paris, la gravure, sous Gérard Audran, et s’appliqua particulièrement au portrait; il excellait dans ce genre. Son burin est brillant et moelleux : ses tètes sont d’un beau travail. 11 a gravé le portrait du cardinal Fleur}', et ceux de Bossuet et du cardinal de Polignac, d’après Rigault, mais aucune de ses œuvres, même son Saint- Jean, d’après Raphaël, ne l’emporte sur le portrait de Pecourt, qu’il a reproduit d’après Cournières.

Cette pièce est en même temps d’une belle exécution et (f une couleur très-vigoureuse. Les points sont épargnés dans les chairs ; il a suivi en cela la méthode de Masson, qui ne les employait guère que pour lier les plus faibles demi-teintes aux lumières.

L’Académie de peinture reçut Chéreau au nombre de ses associés; le roi le nomma graveur de son cabinet, mais il ne jouit pas

long-temps de ces honneurs; il mourut à Paris, en 1729.

Jacques Chéreau, frère du précédent, est aussi né a Blois (167*i);

il a gravé une Sainte- Famille, d’après Raphaël, et le tableau de David et Goliath, d’après le Féti. On lui doit aussi de très-beaux portraits, entre autres celui de l’évêque de Senez. Son goût pour le commerce, auquel il finit par se livrer entièrement, l’empêcha de multiplier ses produits; ce fut une perte pour les arts.

Un de ses compatriotes, Pierre Picault, comme lui graveur an burin, eut une certaine réputation; il mourut â Paris en 1711. Ses estampes n’ont pas beaucoup de valeur.

HUQUIER (Jacques-Gabriel).

Ce graveur, né à Orléans en 1695, abandonna de bonne heure sa ville natale et vint s’établir h Paris comme marchand d’estampes. Il y dessina d’abord des ornements dans le goût chinois, puis des gravures à l’eau-forte d’après Boucher, Watteau, Gillot et autres maîtres français.

Il avait en outre réuni une nombreuse collection de dessins et d’estampes; mais, h la différence de la plupart des amateurs, qui sont avares de leurs trésors, il ouvrait certains jours de la semaine ses portefeuilles aux artistes.

Il lui arriva une aventure qui pouvait avoir des suites fâcheuses; on lui attribua une estampe satirique contre les jésuites qui courait alors tout Paris. La Société, toute-puissante, intéressa les magistrats dans cette affaire; on fit une descente chez Iluquier, mais on n’y trouva rien de ce qu’on croyait y trouver. Il n’en fut pas moins obligé de s’absenter du royaume pour quelque temps et passa en Angleterre, où il continua d’enrichir sa précieuse collection.

Il y mourut en 1772.' On reconnaît ses gravures à ce monogramme G. H. F. Son fils, Gabriel Huquier, fut aussi graveur et mourut comme lui en Angleterre.

Page 1