‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 141 sur 145 · TOME II. 2S · texte numérisé non relu

TOME II. 2S

Les notables n’obtinrent pas son éloignement, car le chancelier avait su se faire de nouveaux et de puissants amis.

Une manière adroite de plaire à un maître, c’est non-seulement de flatter ses passions, mais encore de les partager. Cheverny avait remarqué , et la remarque était facile à faire, que « Sa Majesté , parmv « les plaisirs de la paix, s’occupait ordinairement à la chasse et à « l’amour; » à l’exemple du roi, il prit donc une maîtresse, et il choisit.... Mme de Sourdis, tante de Gabrielle d’Estrées. « Le prin- « cipal du conseil du roi en devint amoureux, dit l’auteur des Amours « du grand yAlcandrc , tant l’exemple du roi a de pouvoir. Cet « homme, dans une charge si sérieuse et si éminente, ne cachait « point sa passion , et le roi, qui eût voulu que tout le monde eût « été pris ainsi que lui, était bien aise qu’un tel personnage fût em- « barrassé du même mal que le sien. » Un enfant naquit de cette liaison, et Henri IV, après avoir fait complimenter Cheverny, voulut en être le parrain avec Gabrielle.

Aidé de la belle maîtresse du roi, Cheverny pouvait facilement braver les mécontents; mais voilà que tout-à-coup, pendant qu’il était à Esclimont , un de ses secrétaires lui mande la mort subite de Gabrielle (1599). Il en fut attéré. Pourra-t-il désormais se soutenir? le roi ne le sacrifiera-t-il pas? Il se prit à regretter de s’être tant attaché à cette femme : « jugeant dès lors quel changement cette mort « apporterait à toutes les affaires du temps, je commençay à aucu- « nement me plaindre à moy-même de mon malheur particulier de « m’estre si promptement et trop attaché à ses alliances par la per- « suasion d’autruy. » Il se hâta d’écrire à Henri IV, pour lui témoigner la part qu’il prenait à sa douleur, et pour lui demander ses ordres. La réponse fut bienveillante ; le roi le priait d’aller le trouver ausssitôt qu’il lpi serait possible. Mme de Sourdis y gagna de n’être point délaissée ; Cheverny nous l’apprend lui-même : « Nous conti- « nuasmes, dit-il, nos mesmes amitiez et intelligences. »

Cependant il allait descendre à son tour dans la tombe. Fatigué des affaires, il songeait à se défaire de la charge de garde-des-sceaux, pour ne conserver que celle de chancelier, et déjà même il était entré en pourparlers avec M. de Maisse, lorsque la mort le surprit à Cheverny, le 50 juillet 1599. Si l’on en croit la tradition, il aurait eu le

pressen liment de sa fin prochaine et il aurait dit, en entrant dans le château paternel, qu’il avait voulu revoir une dernière fois : Je ressemble au bon lièvre , je viens mourir au gîte. Il avait alors soixante et onze ans et quatre mois.

Le chancelier de Cheverny, d’après les aveux qui lui sont échappés et que nous avons recueillis dans ses mémoires, peut être jugé sévèrement comme homme, et il n’a pas non plus laissé dans l’histoire la réputation de grand homme d’Etat. Toutefois, nous devons dire qu’il se montra habile négociateur et ministre expérimenté , et que s’il ne donna pas toujours des conseils sages , du moins il fut dévoué à ceux qu’il servait. S’il a été attaqué de son vivant, il a trouvé aussi de

chauds défenseurs. Nicolas Rapin, dans ses Elégies ; Scévole de Sainte-

Marthe, dans ses Eloges ; le président deThou, dans son Histoire universelle, en parlent avec avantage et vantent sa dextérité dans les af- ' faires. Ronsard lui a dédié un de ses poèmes : Le second bocage royal : ...

Les esprits demi-dieux des Huraults, tes ancestres,

Qui ont eu comme toy nos princes pour leurs maistres,

Seront tous réjouis, quand ils diront là-bas Que tu suis leurs vertus, leurs gestes et leurs pas.

Blois s’en réjouira , et ton fleuve de Loire ,

Et moi qui des François célèbre la mémoire, etc.

Les descendants] du chancelier de Cheverny vécurent, en grande partie, sur la réputation de leur illustre aïeul. L’aîné de ses fils, HenBj de Cheverny eut en survivance le gouvernement des pays Chartrain et Blésois avec le titre de lieutenant-général au gouvernement d’Orléans. Il mourut en 1648, comblé de faveurs par les rois Henri IV et Louis XIII. Ses enfants mâles n’eureDt point de postérité, et avec eux s’éteignit la ligne directe de Cheverny.

Les branches collatérales jetèrent encore quelque éclat. Philippe Hérault , second fils du chancelier, fut évêque de Chartres et premier aumônier de la reine Marie de Médicis; Louis Hurault, le troisième, devint bailli et capitaine de Chartres, conseiller du roi et gentilhomme ordinaire de la chambre. Les filles contractèrent des alliances avec les plus nobles familles du royaume , et les Hurault, par leur arbre généalogique, établissent des parentés avec les Laval, les La Trémouille, les d’AIluye, les d’Escoubleau deSourdis, &c. , &c.

Parmi les branches collatérales de la maison de Chevemy, on remarque les seigneurs du Marais, de Chérigny, de Boistaillé, de L’Hôpital , &c. Cette famille est représentée aujourd’hui, dans le Blésois, par M. le marquis Hurault de Vibraye, possesseur du château de Cheverny.

r ▼ REBBE.

Maison DE THOU.

Armes : D’argent à un chevron de sable, accompagné de trois abeilles.

Les de Thou sont originaires de l’Orléanais, et non de la Brie, comme le veulent les éditeurs des Mémoires d’Auguste de Thou , ou de la Champagne, comme l’ont prétendu certains biographes.

4° Jean de Thou est le premier dont il soit fait mention ; un acte du règne de Philippe de Valois prouve qu’en 4528, il possédait la seigneurie du Bignon (4).

2° Sylvestre de Thou, fils de Jean, seigneur du Bignon, à la mort de son père, épousa Perrette Compaing , fille de Jean Compaing , prévôt des marchands d’Orléans.

3° Jean de Thou II, leur fils, eut pour femme Pasquette Dubey, sœur d’Alexis Dubey, prévôt des marchands d’Orléans.

4° Jacques de Thou /er, né de ce mariage , fut échevin, ou plutôt procureur de ladite ville, pendant les années 4456, 4459 , 4445. H mourut dans cette charge en 4 447, après avoir été l’un des sujets les plus fidèles de Charles VII et le confident intime de Charles d’Orléans, prisonnier en Angleterre, dont il négocia la rançon.

Sous le péristyle de la salle principale du Musée d’Orléans se voit une pierre circulaire , de soixante-quatre centimètres environ de diamètre , portant en légende ces mots : Ci-gist noble home Jacques de Thou, décédé à Orléans en Y447, gravés en caractère gothique. Dans le champ, on remarque principalement une croix , au pied de laquelle est un personnage à genoux , les mains jointes , vêtu de la si-

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(t) Il s’agit ici du château situé au hameau de Vomimbert, commune de Saint-Jeandc-Braye, à cinq kilomètres d’Orléans, et non de celui qui est situé près de Moniargis et qui fut le berceau de Mirabeau, le célèbre orateur. ( V . ce nom.)

Digilized

marre des échevins, et qui doit être Jacques de Thou lui-même. Cette pierre, qui se voyait encore, en 1788, sous le cloitre de Pancien couvent des Récollets , où Jacques de Thou avait été inhumé , vient d’être retrouvée dans une arrière-cour de l’un des .deux beaux hôtels bâtis, rue de la Bretonnerie, sur l’emplacement du couvent, après qu’il eut été vendu, en 1789, comme propriété nationale. Elle a été offerte au Musée par la famille Tassin de Montcour, propriétaire de cet hôtel de 1795 à 184S.

5 * Jacques de Thou II, fils du précédent, épousa Marie Viole, ûlle de Philippe Viole, conseiller d’État au bailliage d’Orléans.

6° Jacques de Thou III, leur fils, abandonna cette ville pour aller remplir à Paris les fonctions d’avocat-général à la cour des aides.

C’est h partir de ce moment que la famille de Thou cesse d’appartenir à l’Orléanais pour devenir une des illustrations de la magistrature parisienne.

7° Augustin de Thou, fils de Jacques, fut conseiller, puis président à la même cour, et mourut le 6 mars 1544. Il laissait deux fils.

8° Christophe l’aîné, fut conseiller et avocat du roi au siège de la table de marbre, contrôleur delà chancellerie , prévôt des marchands de Paris, chancelier des ducs d’Anjou et d’Alençon et premier président de Paris. Il servit avec zèle Henri II, Charles IX et Henri III, qui lui lit faire des obsèques magnifiques. C’est lui qui appliqua au massacre de la Saint-Barthélemi ces vers si connus de Stace :

Excidat ilia dics , œvo , ne postera credani ' Secula

Il avait commencé une Histoire de France qu’il n’eut pas le temps d’achever. Il mourut k Paris, le 11 novembre 1 582, k l’âge de soixantequatorze ans.

9° Nicolas de Thou, son frère , fut conseiller-clerc au parlement,

archidiacre de l’église de Paris, abbé de Saint-Symphorien de Beauvais , enfin évêque de Chartres , où , avec le gouverneur de Sourdis , il soutint contre les ligueurs le parti de Henri III et de Henri IV. Aussi eut-il l’honneur de sacrer ce prince, dans son église cathédrale, le 27 février 1594. Il mourut dans son château de Viilebon, près Paris, le 5 novembre 1598.

10° Jacques- Auguste de Thou, né a Paris le 8 octobre 1553, de Christophe de Thou, étudia à Paris, à Valence, sous le fameux Cujas, et à Orléans. Il rappelle complaisamment dans ses Mémoires le long séjour qu’il fit dans cette ville, où l’avait attiré la célébrité de nos

écoles.

Il fut mêlé aux plus importantes affaires de son temps, contribua à réunir le roi Henri III au roi de Navare, s’attacha a celui-ci, lorsqu’il fut devenu roi de France, et lui rendit de grands services dans plusieurs négociations. Il fut président h mortier du parlement de Paris et mourut dans cette ville, le 7 mai 1617, à l’âge de soixante-quatre ans, laissant trois fils et trois filles. 11 composa en latin une Histoire universelle et quelques poésies : on lui attribue aussi des Mémoires.

11° François- Auguste, son fils aine, naquit à Paris, en 1607. Impliqué dans la conspiration de Cinq-Mars , il eut la tète tranchée à Lyon, en 1642. Le second fils de Jacques- Auguste mourut sans alliance, comme son aîné; le troisième, Jacques- Auguste , baron de Meslay, président au parlement de Paris, ambassadeur auprès des Etats-Généraux, laissa deux enfants qui n’eurent point de postérité. Ainsi, la famille de Thou s’éteignit en 1746.

Maison DESCOUBLEAU DE SOUKDIS-D’ALLUYE.

Armoiries: Parti d’azur et de gueules, à une bande d’or brochant sur le tout, avec deux levrettes rampantes pour support.

Cette antique maison, illustrée par des personnages de haut mérite, distinguée par ses grandes alliances et ses charges considérables, est originaire du Poitou.

Il serait hors du cadre de notre ouvrage de présenter la fdialion de la maison d’Escoubleau, qui n’appartient pas ù notre province par son origine : nous mettrons seulement en relief ses personnages historiques, nous arrêtant toutefois, avec quelque préférence, sur les gouverneurs qu’elle a donnés a l’Orlépnais.

Cette famille tire son nom du fief d’Escoubleau, situé près de Châtillon-sur-Sèvre , et a pour premier auteur connu Hosfroy d’Escourleau, qui vivait vers 1224.

La branche d’Alluye , la seule qui doive nous occuper, ne vint s’établir dans le pays chartrain qu’au XVIe siècle. De cette branche étaient :

François d’ Escoubleau, marquis de Sourdis et d’Alluye, seigneur de Jouy, d’Auneau, de Montdoubleau, chevalier des ordres du roi, premier écuyer de la grande jécurie , gouverneur de Chartres (1). Il épousa Isabeau Babou, dame d’Alluye, fille de Jean Babou, seigneur de la Bourdaisière, et de Françoise Robertet. Isabeau Babou était tante de Gabrielle d’Estrées. Le marquis de Sourdis mourut h Paris le 20 mars 1602; il avait eu huit enfants, entre autres:

1° François d’ Esconbleau, cardinal de Sourdis, décoré de la pourpre par Clément VIII h la recommandation d’Henri IV, puis archevêque de Bordeaux, primat d’Aquitaine. Ce fut un homme de haute piété, que les papes de son temps tenaient en estime particulière. U décéda à Bordeaux le 28 février 1628;

2° Henri d’ Escoubleau de Sourdis, évêque de Maillezais , ensuite archevêque de Bordeaux, après son frère, commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, abbé de Royaumont, &c. Prélat guerrier, il assista au siège de La Rochelle, battit la Hotte espagnole devant Carthagène et se distingua en maintes rencontres. On connaît ses démêlés avec le ducd’Épernon, qui avait été jusqu’à lever la main sur lui, et que l’archevêque, après une excommunication éclatante, força à une réparation publique. Il mourut à Auteuil le 18 juin 1645;

5° Charles d’ Escoubleau, marquis de Sourdis et d’Alluye , comte

de la Chapelle-Bel louin, seigneur de Jouy et de Montrichard, chevalier des ordres du roi, maréchal des camps et armées, meslre de camp de la cavalerie légère, conseiller d’État d’épée, gouverneur des ville et duché d’Orléans, Orléanais, pays Chartrain, Blésois, Ven démois, Beauce, Sologne, Dunois, Perche-Gouët, de la ville et du château d’Amboise. C’était un homme de mérite. Ml,e de Montpensier en parle longuement dans ses mémoires, surtout à l’occasion de son entrée victorieuse dans Orléans. On citait sa collection de tableaux comme une des plus curieuses et des plus belles du temps. Il mourut à Paris, le 21 décembre 1666, à l’âge de soixante-dix-huit ans. Il avait épousé Jeanne de Montluc et de Foix, princesse de Chaba-

(I) Voir Journal d'Henri Ht et d'Henri IV et les mémoires du temps.

nais, dame de Montesquiou et de Saint-Félix , qui décéda le 2 mai 1637. Elle était fille d’Adrien de Montluc, seigneur de Montesquiou et de Jeanne de Foix, et laissa, entre autres enfants :

1° Paul d’Escoubleau , marquis d’Alluye et de Sourdis, baron d’Auneau, gouverneur des ville et duché d’Orléans, Orléanais, pays Chartrain, Blésois, Vendômois, Sologne, Beauce, Dunois, Perche- Gouèt, des ville et château d’Amboise, après le décès de son père. Il épousa, le 16 février 1667, en l’hôtel du comte de Soissons, Benigne de Meaux du Fouilloux, demoiselle d’honneur de la reinemère Anne d’Autriche, ensuite dame d’honneur de Madame Henriette d’Angleterre, de l’ancienne maison des comtes ou gouverneurs de Meaux, en Brie, fille de Charles de Meaux, seigneur de Rudefontaine, et de Madeleine de Lesignac, dame du Fouilloux, en Saintonge.

Benserade nous fait ainsi le portrait de la marquise d’Alluye :

Sans que je parle même on m’admire à la cour,

J’arrache tous les cœurs si l’ou ne me les donne ;

Et jç n’ai rien en ma personne Qui ne persuade l’amour.

Louis XIV avait signé le contrat de mariage et doté Mlh> du Fouilloux de 130,000 écus. Le marquis d’Alluye décéda h Paris, le 6 janvier 1690, et la marquise dans son appartement du Palais-Royal, le 13 mai 1721, âgée de quatre-vingt-huit ans.

2° François d' Escoubleau, marquis de Sourdis, baron de Gaujac et d’Estillac, chevalier des ordres du roi, lieutenant-général des armées, gouverneur de l’Orléanais, &c., après son frère, le marquis d’Alluye, suivant lettres du 19 octobre 1690, capitaine des château et chasses d’Amboise, commandant pour S. M. en Guyenne (1). Connu d’abord sous le nom de chevalier de Sourdis, il se distingua d’une manière brillante dans l’expédition de Flandre, aux batailles ,de Cassel et de Steinkerque, aux sièges de Saint-Omer, d’Ypres, de Gand, de Minden, &c., &c. Il mourut â Gaujac, en Guyenne, le 21 septembre 1707. De son mariage avec Marie-Charlotte de Beziadcd’Avaray, fille de Théophile de Beziade, marquis d’Avaray, seigneur de Letiou, du Tertre, grand bailli d’épée d’Orléans, et de Marie des Étangs , il n’eut qu’une fille, Angélique, mariée à François-Gilbert

(1) Voir son éloge dans le Mercure galant, juillet 1682 et avril 1677.

Colbert, marquis de Saint-Pouange, maréchal des camps et armées du roi.

La maison d’Escoubleau, dont nous venons d’indiquer sommairement les principales illustrations , s’est alliée aux premières familles de France, telles que celles de la Trémouille, de La Rochefoucauld, de Melun, de Bretagne, de Clermont-Tonnerre, de Maillé, de Simiane, d’Entragues, de Rostaing, de Clisson, &c., &c.

Son dernier représentant est Mme la comtesse de Bourbévelle, Lina-Marie-Augustine d’Escoubleau de Sourdis, fille d’Antoine-René d’Escoubleau, marquis de Sourdis, maréchal-de-camp, aide-de-camp du duc de Berri , officier de la Légion-d’Honneur, chevalier de Saint- Louis, &c., et de Éléonora de Botta, sa seconde femme.

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