DEUXIEME VOLUME
de la Congrégation de Saint-Maur, entreprit ce travail. 11 se init en rapport avec plusieurs savants Orléanais qui lui communiquèrent leurs notes, et, muni de ces secours, il se retira au monastère de Saint-Benoît-sur-Loire, afin d’y mettre en ordre et d’y rédiger ses notices biographiques. Le Père prieur entra volontiers dans ses vues et lui accorda, comme c’était l’usage, l’exemption des exercices les plus pénibles. On le dispensa de plusieurs offices du chœur et on lui donna une chambre à feu. Dom Gérou travailla avec tant d’assiduité qu’en moins de quatre ans il eut achevé sa Bibliothèque des auteurs et écrivains des ville, duché et diocèse d’Orléans. Ce précieux manuscrit forme deux volumes in-û° et ne renferme pas moins de 1,500 pages d’écritures différentes. Outre les notices de Dom Gérou, on y trouve des mémoires de MM. Perdoulx de la Perrière, Jousse, D. Fabre, Beauvais de Préau, &c., qui ont successivement travaillé à ce recueil, dont l’original est conservé dans la Bibliothèque publique d’Orléans. Dom Gérou avait fait approuver son manuscrit par le censeur royal, et l’imprimeur Orléanais Couret de Villeneuve s’était engagé à le publier. L’auteur avait même préparé un avertissement préliminaire destiné à être placé en tète de l’ouvrage et dont l’extrait suivant trouve naturellement sa place dans cet avant-propos :
« Ce n’est pas sans raison que l’on a toujours regardé la vie des hommes « vertueux comme la partie la plus utile et la plus instructive de l’histoire. <c Le récit de leurs belles actions et l’image de leurs vertus inspire à des âmes « bien nées je ne sais quoi de noble et d’élevé et fait naître dans leurs cœurs « le généreux désir de les imiter.
« Le même bien que produit en morale l’histoire des hommes vertueux « ne produit-il pas à proportion le même avantage pour les études littéraires? «( En conservant à la postérité le souvenir des hommes célèbres qui se sont « distingués dans leur siècle par leur savoir et leurs lumières, c’est lui offrir « des exemples et des modèles à suivre. Par là on s’acquitte d’un double k devoir : fun est la récompense des talents, l’autre en est la source. C’est « dans, cette vue que nous nous sommes déterminé à recueillir ces mémoires « pour servir à l’histoire des hommes illustres d’Orléans, notre patrie. »
Couret de Villeneuve, craignant que l’ouvrage n’eût pas le débit nécessaire pour le dédommager de ses frais, n’exécuta pas son traité avec Dom Gérou. Plus tard cependant il reprit ce projet, si nous en jugeons par un Discours préliminaire, destiné à être mis en tête d’un ouvrage intitulé : les Grands hommes de l'Orléanais, et dont le ton déclamatoire contraste avec le langage modeste du savant Bénédictin.
Toujours est-il que le recueil de Dom Gérou est demeuré manuscrit. Une société savante de l’Orléanais a eu, dit-on, la pensée de le publier, mais ce projet n’a point eu d’exécution. C’est donc rendre un service à l’histoire de notre province que de publier des documents inédits pour la plupart, et, loin de nous faire un scrupule d’exploiter ce filon précieux, nous en avons usé largement pour la biographie des hommes illustres du diocèse d’Orléans.
Un autre Bénédictin, Dom Liron, nous a rendu le même service pour le Blésois et le pays Chartrain. Il avait rédigé la Bibliothèque des auteurs des diocèses de Chartres et de Blois, pour servir à l’histoire littéraire de cette partie de la France. Une première édition de ce travail fut imprimée sans la participation de l’auteur et en son absence : il s’en plaint lui-même dans la préface d’une nouvelle édition qu’il se proposait de donner au public. Ce
manuscrit est beaucoup plus complet que le livre, et nous en avons tiré de précieux renseignements. L’auteur, dans un Avertissement sagement écrit, répond au reproche d’erreurs, d’omissions ou d’inexactitudes qu’il est si facile de faire aux premières éditions de ces sortes d’ouvrages :
« Les sciences, surtout celles qui regardent les faits, comme la critique el « l’histoire, ont tant de liaison ensemble, qu’on est obligé de les joindre et «< que l’on se voit par là jeté malgré soi dans un océan de lectures que l’on « ne saurait épuiser. De plus, quoique l’on puisse faire, il sera toujours vrai « qu’il n’y a rien de parfait sous le soleil, et si l’on est du nombre de ceux k qui tendent à la perfection, on est aussi de ceux qui croient qu'on n’y arri- »< vera jamais. Un Chartrain très-habile et très-judicieux (Nicole) a dit, il y <t a long-temps, qu’il serait à désirer qu’on ne considérât les premières édi— «< lions des livres que comme des essais que ceux qui en sont les autours • « proposent aux personnes de lettres pour en apprendre leurs sentiments, « et qu’ensuite, sur les différentes vues que leur donneraient ces différentes « pensées, ils y travaillassent tout de nouveau, pour mettre leurs ouvrages « dans la perfection où ils sont capables de les porter.
C’est en ce sens que M. Loisel, célèbre avocat au parlement de Paris, « avait accoutumé de dire des premières éditions qu’elles ne servaient qu’à « mettre au net les ouvrages des auteurs., Ce que cet homme judicieux, « ajoute Ménage, disait avec beaucoup d’apparence de toutes sortes de livres, « se peut dire avec plus de vérité des dictionnaires et des traités histo- « riques. »
Nous sommes heureux, pour excuser nos fautes et nous concilier l’indulgence des lecteurs, de pouvoir nous couvrir de l’égide protectrice de ce modeste et savant Bénédictin.
S’il nous fallait remercier ici toutes les personnes qui nous ont aidés ou encouragés dans notre entreprise, la Préface empiéterait sur le livre. On comprendra d’ailleurs le motif qui nous oblige à ne pas publier notre reconnaissance. Presque tous ceux qui ont répondu à notre appel ne se sont pas » contentés de nous fournir de précieux renseignements ; ils ont mis la main à l’œuvre et sont devenus nos collaborateurs. Leurs articles sont signés de leurs noms ou de leurs initiales ; c’est au public et non pas à nous de faire leur éloge.
Notre gratitude est plus à l’aise envers les personnes qui ont pris à notre œuvre une part moins directe, mais tout aussi méritoire. Le gouvernement a accueilli avec faveur ce premier essai de décentralisation littéraire, et a donné à noire publication des marques non équivoques de. sa bienveillante sympathie; la compagnie des chemins de fer d’Orléans et de Bordeaux, pour faciliter les recherches des auteurs, nous a accordé un permis de circulation ; enfin, les bibliothèques et las collections particulières, les manuscrits, les notes inédites, ont été mis à notre disposition avec une rare obligeance, et nous avons dû à cet empressement de pouvoir terminer en quelques mois un travail dont les matériaux étaient tout prêts et n’avaient plus besoin que d'être mis en œuvre. Il nous est arrivé souvent, trouvant les fleurs toutes fraîches cueillies, de fournir seulement le fil pour en faire des bouquets.
LES
DE L’ORLÉANAIS