‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 31 sur 145 · RONSARD · texte numérisé non relu

RONSARD

Sur les confins de la Hongrie et de la Bulgarie se trouvait jadis une seigneurie appelée le Marquisat de Ronsard. IJn cadet de cette famille, nommé Beaudoin, vint en France offrir ses services à Philippe de Valois, alors occupé contre les Anglais. Comblé de biens et d’honneurs par la reconnaissance du roi , il s’établit dans le Vendômois. Ensuite , cette maison contracta de nobles alliances avec les Dubouchage, les de la Trémouille.... On trouve ces détails dans Ronsard lui-même, qui se plaisait à vanter la noblesse de sa maison, comme la grandeur de son génie :

Or, quant à mon ancêtre , il a tiré sa race D’où le glacé Danube est voisin de la Thrace.

Plus bas que la Hongrie , en une froide part ,

Est un seigneur nommé le marquis de Ronsard (1).

Son père était chevalier de l’ordre du Roi et maître-d’hôtel de François Ier. Il accompagna en Espagne et ramena les fils de ce prince , donnés en ôtage pour leur père.

(1) Epltre à Remi Belleau.

. Pierre de Ronsard naquit au château de la Poissonnière , dans le

bas-Vendômois , le 11 septembre 1524, le jour où François Ier fut

pris à Pavie. Les biographes de Ronsard , et de Thou lui-même, ce grave historien, disaient que cette heureuse naissance avait été pour la patrie une compensation suffisante à ce grand désastre.

Les présages ne manquèrent pas à l’enfance de notre poète. Le jour de son baptême , dans le trajet du château à l’église du lieu , celle qui le portait le laissa tomber par mégarde , en traversant un pré; mais ce fut un lit d’herbe et de fleurs qui le reçut doucement dans sa chute ; et une autre personne , s’élançant au secours de l’enfant , répandit sur sa tête un vase d’eau de senteur , signe assuré, dirent les poètes, des suaves parfums que devaient exhaler les fleurs de sa poésie.

Élevé jusqu'à l’âge de neuf ans dans la maison paternelle, il fut conduit à Paris , au collège de Navarre, où il trouva Charles de Lorraine , qui devait être un jour cardinal et l’un de ses plus puissants protecteurs. La rudesse d’un régent nommé de Vailly le dégoûta de l’étude qu’il avait embrassée avec ardeur. Son père le fit revenir, et il fut page de François, fils aîné du roi ; puis de Charles, duc d’Orléans, frère de François; et ensuite de Jacques Stuart, qui était venu épouser, en France, Marie de Lorraine. Parti avec ce prince* Ronsard demeura deux ans en Angleterre et six mois en Ecosse, Mais, malgré la faveur dont il jouissait auprès du roi, l’amour du pays natal le ramena en France; il rentra au service du duc d’Orléans qui, frappé de son intelligence précoce , le chargea de plusieurs missions pour la Flandre et la Zélande. Au retour, il devait se rendre en Écosse ; mais son vaisseau fut brisé sur les côtes d’Angleterre , et il faillit périr ; il avait alors seize ans. Il accompagna à la diète de Spire l’ambassadeur français, Lazare de Baïf, l’un des hommes les plus doctes de ce temps-là. Bientôt après, il suivit en Piémont le grand capitaine de Langey. Dans tous ces voyages , Ronsard observait curieusement les mœurs et les coutumes des pays qu’il visitait ; il apprenait les langues anglaise, allemande , italienne : il formait son esprit et enrichissait son imagination..

Mais les fatigues de la guerre et des voyages lui donnèrent aussi des infirmités précoces; il devint sourd. Au lieu de perdre son temps

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