C. BRAINNE
(1) En 1730, il mourut à Paris un littérateur obscur, nommé Jean-Antoine. Ducerccau.
METEZEAU (Clémeist).
Il naquit à Dreux, vers la lin du XVIe siècle. Son père , architecte de Henri IV, avait élevé le grand portail de l’église de Dreux. Clément Metezeau devint par la suite ingénieur en titre du roi Louis JklII.
Il s’est rendu célèbre par la fameuse digue de La Rochelle, dont il donna les plans et surveilla la construction.
Richelieu était venu lui-même faire le siège de cette ville qui était le boulevart de la religion réformée. Les protestants attendaient des secours du roi d’Angleterre. C’est alors que Richelieu conçut le projet de fermer le port de La Rochelle â la flotte anglaise par une digue formidable. Un ingénieur italien, Pompée Targon , concourut avec l’architecte de Dreux pour ce gigantesque ouvrage. Le plan de Metezeau l’emporta; il l’avait conçu et tracé dans une seule nuit. Le maréchal de Bassompierre rapporte dans ses Mémoires que Metezeau arriva en toute hâte de Paris h La Rochelle avec un maître maçon ; il fut bien accueilli par le cardinal.
La digue fut commencée le 2 décembre 1627 et terminée l’année suivante : elle avait 747 toises de longueur. La Rochelle, privée de toute communication avec la flotte anglaise, fut obligée de capituler. Mais en fermant aux ennemis l’entrée du port, le cardinal fermait aux Rochelois le chemin de la mer, ainsi que le fait observer très-judicieusement l’historien Raynal. Richelieu le fit sans doute avec intention. Des vaisseaux auraient mieux valu qu’une digue; mais la marine n’entra pour rien dans son projet de subjuguer la France pour dominer dans l’Europe. Toujours est-il que l’importance de La Rochelle diminua, et que son port fut long-temps obstrué par cette digue dont on voit encore les fondations h la marée basse.
Le graveur Cal lot fut appelé en France, en 1628, pour la dessiner sous ses différents aspects.
Metezeau, comme architecte des bâtiments du roi, continua la galerie du Louvre, depuis le vieux palais jusqu’au troisième guichet. Il a donné le premier plan de l’église des PP. de l’Oratoire. On a encore de lui les plans de l’hôtel de Longueville, du château de la
PREMIÈRE SÉRIE. — BEAUX-ARTS. \ î
Meilleraye , eu Poitou , de celui de Chilly, sur le chemin d’Orléans , et de la porte Saint-Antoine, h Paris, qui fut démolie par la suite. On retrouverait, au besoin, tous ces dessins dans le Recueil de Jean Marot, et dans les ouvrages de Sauvai et de Félibien.
Le portrait de Metezeau a été gravé par Michel Lasne. Au-dessous, une vignette représente la digue de La Rochelle , avec le quatrain suivant, composé par son gendre, N. Foucault, avocat au Conseil :
Hœrclico palmam relulit Metezœus ab hoste ,
Cùm Rupellanas aggere einxit aquas.
Dicilur Archimedes terrain potuisse movere ;
Æquora qui poluil sistere non minor est.
« Metezeau terrassa l'orgueil des Huguenots,
•< Opposant à la mer une digue profonde.
« Archimède, dit-on, eût soulevé le monde;
« Est-ii moins grand celui qui sut dompter les flots ?
ALEAUME (Jean).
Savant mathématicien; il devint premier ingénieur du roi Louis XIII, et s’appliqua particulièrement aux fortifications. L’abbé de Maroiles a fait sur lui un assez mauvais quatrain :
Si Pou doit faire état d’un grand homme au royaume, Qui fut grand en mérite et en savoir profond.
Par la mathématique, où tout se voit à fond, Qu’Orléans fasse honneur à son docte Alcaume.
Il est l’inventeur du compas de proportion, et d’un traité sur la perspective.
JOUSSE (Mathurin).
Naquit dans l’Orléanais ou dans l’Anjou. Il vivait au XVIIe siècle. Il avait fait une étude particulière de Vitruve et des grands maîtres en architecture; les ouvrages qu’il a publiés traitent principalement des arts et métiers. En voici les titres :
1° Le Secret de V Architecture ;
2° L’Art de la Charpenterie , orné de 12o gravures sur bois; 3° Im fidèle Ouverture de l’Art de Serrurerie.
On ne connaît pas de détails sur sa vie.
FÉLIBIEN (André).
Écuyer, sieur des Avaux et de Javerey; il naquit h Chartres, en 1619, d’une famille qui a fourni plusieurs personnages de marque dont nous retrouverons ailleurs les noms. Il fit ses premières études dans sa ville natale et vint, à quatorze ans, à Paris, pour y cultiver les lettres. En 1647, il fut nommé secrétaire d’ambassade du marquis de Fontenay-Mareuil, à Rome. Il raconte lui-même, dans une de ses préfaces, que la vue des monuments de l’antiquité et le commerce des artistes développèrent son goût pour les arts. 11 se lia d’amitié avec le Poussin; mais, désespérant de jamais suivre les traces d’un si grand maître , il se contenta d’être le biographe des grands artistes , ne pouvant l’être lui-même.
De retour en France, il s’établit h Chartres et s’y maria. Ses amis le présentèrent au surintendant Fouquet; et, après la disgrâce de ce ministre, Colbert le fit venir à la cour. Il fut nommé par lui historiographe du roi, de ses bâtiments, des arts et manufactures. Dans l’épître dédicatoire qu’il adressa au ministre h cette occasion , il le félicite d’avoir opéré d’utiles réformes dans l’administration des travaux publics :
« Voyait-on avant vous des surintendans des bastimens se donner « la peine d'examiner jusques aux moindres dessins de tous les ou- « vrages qu’on fait pour le roy? Prenaient-ils comme vous une entière « connoissance des plus petites choses? Vous ne dédaignez pas de « vous trouver mesme souvent parmy les ouvriers. Aussi , quand on « pense h toutes les belles choses qui ont été faictes depuis que « vous en avez la conduite, on croirait presque que tout cela se fait « par enchantement, etc. »
Félibien continua d’être bien en cour, et, lors de la création de l’ Académie d’architecture, en 1671, il en fut nommé secrétaire. Il
avait été l’un des huit qui formèrent l’Académie des Inscriptions, et composa toutes celles qui furent gravées dans la cour de l’Hôtel-de- Ville de Paris, depuis 1660 jusqu’en 1686. Il fut le premier, dit Voltaire , qui , dans ccs inscriptions , ait donné à Louis XIV le litre
de Grand : aussi fut-il nommé par la suite contrôleur-général des
ponts-et-chaussées , et administrateur de l’hôpital des Quinze-Vingts. Il continua, dans ces différentes charges, à se livrer à ses études favorites, et composa un grand nombre d'ouvrages dont le Père Nicéron a donné le catalogue dans le tome II de ses Mémoires. Nous* citerons seulement ici ceux qui ont trait aux beaux-arts :
4° Description du château et de la chapelle de Versailles ;
2° Principes de V architecture , de la sculpture, de la peinture et des autres arts qui en dépendent , avec un dictionnaire des ternies propres ;
3° Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes , avec la vie des architectes. C’est le plus connu et le plus estimé des ouvrages de Félibien; il a été traduit en anglais.
Le songe de Philomathe est un dialogue allégorique entre la peinture et la poésie qui se disputent la gloire de célébrer les actions de Louis XIV.
Félibien a composé, en outre, des Traductions. La collection des Archives de Vart a publié récemment de ses lettres inédites. Quelquesuns de ses manuscrits subsistent encore au château de Chiverny.
Il mourut le 11 juin 1695. Son épitapbe a été composée enl atin par Santeuil.
Il était naturellement grave et sérieux, mais d’une rare obligeance. Sa devise était : Benefacere, et dicere ver a.
L’une des nouvelles rues de Chartres, près l’embarcadère du chemin de fer, porte le nom de Félibien.
DOUBLET DE B01STH1BAÜLT.