‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 68 sur 145 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Le succès qui couronua ses efforts était si difficile à obtenir qu’un peu de vanité s’excuse chez notre auteur. La vanité , d’ailleurs , est accueillie avec un sourire indulgent, quand un certain air de bonhomie et de franchise en tempère l’expression. Aussi, lorsque j’entends Saint-Ange s’écrier dans sa naïve allégresse : « Quel talent ne faut-il

« pas pour traduire Ovide ! combien cette délicatesse de détails m’a

« coûté d’efforts ! il faut rester Adèle à la rime , à la mesure et en « même temps à la pensée du modèle ; on ne peut égaler les anciens « qu’à la condition de les surpasser, » je regrette simplement que l’auteur, devançant le jugement de la postérité, ne nous ait pas laissé le plaisir de lui faire nous-mêmes ce sincère compliment. A l’époque de la Révolution, Saint-Ange perdit sa place dans les Ananees, à cause de son modérantisme. 11 se trouvait, en 1794, sans ressources et sans appui, et dut accepter une modique place dans l’agence et l’habillement des troupes. Nommé à la réorganisation de l’instruction publique professeur de grammaire générale, puis de belles-lettres, il

occupa une chaire à l’école centrale de la rue Saint-Antoine (aujour-

d’hui collège Charlemagne). Le zèle qu’il apporta à ces fonctions, qui étaient en harmonie avec ses goûts , acheva d’ébranler une santé déjà faible, et il fut forcé de demander un suppléant ; son traitement lui ayant été conservé, il put dès lors, libre d’inquiétude, « se prêter au monde » et se livrer à la solitude.

Que faut-il à l’abeille? un asile de fleurs.

Les fleurs, elles naissaient pour lui au souffle poétique d’une imagination toujours facile, et sa chère solitude s’embellissait de leurs parfums.

Le traducteur d’Ovide s’était présenté plusieurs fois inutilement à l’Académie française. Soit qu’il lui répugnât de tendre les ressorts de l’intrigue pour déjouer des prétentions rivales, soit que la naïveté de son amour-propre indisposât contre lui, il ne fut admis qu’en septembre 1810, à la place de Domergue. Il était temps que cette con- * %

sécration officielle de son talent vint honorer sa vieillesse souffrante : quatre mois après sa réception, le 8 décembre 1810, il mourut des suites d’une chute qu’il avait faite en se rendant à l’Institut.

Outre les Métamorphoses et Y Art d'aimer, il a encore traduit d’Ovide

le Remède d’ Amour, avec quelques élégies et quelques héroïdes du même poète. Il a laissé aussi un petit volume de poésies fugitives. On lui doit encore : Yliomme sensible, roman moral, traduit de l’anglais, de Brook ; Y Ecole des Pères ou l'Heureux Echange , comédie en cinq actes en vers, qui n’a pas été représentée. En 1795, il publia les mémoires de Chabanon, dont il avait été l’ami, sous ce titre : Tableau de quelques circonstances de ma vie.

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