SCULPTEURS
MARCHAND (François).
Lorsque le cardinal Georges d’Amboise, ministre de Louis XII, fit construire le château de Gaillon, en Normandie, il manda, pour travailler a cette belle construction, plusieurs artistes Orléanais. Parmi eux se trouvait le sculpteur François Marchand, né à Orléans en 1500. II composa, pour la façade du château, neuf basreliefs qui décoraient la frise, et dont les sujets étaient pris dans les Actes des Apôtres. Ce gracieux monument de la renaissance a été transporté pièce par pièce dans la cour de l’École des Beaux- Arts, â Paris.
Marchand ’a sculpté, en outre, deux colonnes triomphales dans une des salles du Louvre. On lui attribue aussi un bas-relief colorié et doré, représentant l’Adoration des Mages, dans la cathédrale de Chartres, et les figures d’albâtre qui ornaient le grand autel de l’église de Saint-Père. Ces pièces furent exécutées en relief vers 1545, et représentaient la Passion; tous les ornements du maîtreautel et le jubé de cette église sont du même maître. Les devis étaient alors plus modérés qu’aujourd’hui , car on voit dans les comptes de dépenses que Marchand ne toucha pour tous ces travaux que 1,225 livres.
On remarque au Musée d’Orléans, dans une des salles du rezde-chaussée , une cheminée en pierre admirablement sculptée , provenant d’une maison de la rue Pierre-Percée. Bien que cette cheminée paraisse comme enterrée, a cause du peu d’élévation du plafond qui n’a pas permis de conserver la première assise, elle est encore d’un fort bel effet , et l’on aurait grand tort de lui faire subir un déplacement qui, en appauvrissant le Musée, exposerait ce gracieux chef-d’œuvre à des dégradations inévitables. On y remarque trois bas-reliefs enluminés représentant Vffistoire de saint Jean -
Baptiste. Sur le manteau et les supports sont ciselées de merveilleuses arabesques. Sur cette cheminée on lit l’inscription suivante :
Servire dco regnare est Timcntibus eum nihil dcest.
Par-dessus ce passage des Écritures-Saintes, que l’on a recouvert d’une couche de peinture, il existe des armoiries également peintes.
« Contemporain de Jean Goujon, Marchand chercha comme lui « h ramener à des lignes plus simples et plus pures l’ornementa- « tion souvent exubérante de son époque, et tout en faisant entrer « la sculpture comme partie intégrante dans la décoration des « édifices, il fut sobre de reliefs, et ne masqua jamais la’ beauté « de l’ensemble par la profusion des détails (1). »
. ADAM (Michel).
Cet architecte sculpteur est né h Jargeau, vers 4543, sur la fin du règne de Louis XII, selon les manuscrits de M. Pierre Recullé, de Jargeau, possédés par nous. Suivant une autre note des manuscrits de M. Vandebergue de Villiers, qu’il a extraite des archives de la ville, Adam ne serait né que sous François Ier, sans doute alors dans les premières années de son règne. Nous ne croyons pas, comme l’admettent quelques biographes, qu’il ait été l’élève de Michel- Ange, en Italie ; il est plus probable qu’il eut pour maître un architecte distingué de notre ville qui, pendant la jeunesse d’Adam, jouissait d’une réputation bien méritée, de Ch. Viart (F. ce nom).
Adam fit construire a Orléans plusieurs maisons, une entre autres, rue Neuve, si remarquable par son élégante façade qui donne sur un petit emplacement de la rue des Albanais; Diane de Poitiers l’a habitée. Lors de la chute qu’elle fit en se promenant h cheval, non loin de Saint- Pierre-Empont, elle fut portée dans cet hôtel qu’on appela depuis la Maison de Diane de Poitiers. On lui attribue aussi une maison rue
(I) M. DE Buzonnière, Histoire architecturale de la ville d’Orléans.
Pomrae-de-Pin, ornée à l’intérieur d’arcades et de têtes romaines en demi-relief ; une autre, rue de la Vieille-Poterie, enrichie de cartouches et de sculptures; une autre près des Prisons, rue des Grands-Ciseaux, et une dernière enfin, dont la façade est bizarre et que nous ne croyons pas de la même époque, rue de l'Impossible. Les anciennes sculptures de la vieille porte Regnard et au coin de Saint-Jacques, près de l’ancien pont, étaient de lui, ainsi qu’un bas-relief au bas d’une fenêtre du deuxième étage , représentant le Sacrifice d’ Abraham.
Dans une maison, rue des Trois-Maries, il avait sculpté sur le manteau de la cheminée un sujet tiré de l’histoire d’Ulysse. Peutêtre est-ce ce morceau que nous avons vu naguère exposé devant la boutique d’un marchand de curiosités de la rue d’Escures.
Voici comment M. de Buzonnière a jugé la manière d’Adam :
« Tout imbu des idées qu’il avait puisées en Italie, il rompit com- <( plètement avec les traditions des siècles précédents. Sous son « inspiration le plein-cintre s’allia sans efforts aux lignes obliques ou « horizontales ; les frontons, les pilastres corinthiens, les médaillons « saillirent du plan jusqu’alors presque nu des façades : la révolu- « tion fut complète. »
GODARD (Claude).
L’époque précise de sa naissance et celle de sa mort sont ignorées; on sait seulement qu’il était né vers 4580, dans les environs d’Orléans, et qu’il avait d'abord cultivé les arts en amateur. Il était devenu ensuite architecte, entrepreneur et sculpteur. Il construisit le portail occidental du Grand-Cimetière, transporté depuis quelques années au cimetière de la porte Saint-Jean, par les soins de M. de Bizemont, et qui lui sert actuellement de porte d’entrée. Ce portail était orné sur son fronton de deux squelettes couchés, sculptés en pierre par Godard. On vantait l’exactitude et la délicatesse du travail, ce qui était souvent confirmé par M. de Bizemont, bon juge à cet égard et qui les avait admirés souvent avant leur