TOME I
disparition en 1792. Godard avait fait graver k l’intérieur du portail cette simple inscription :
Ibimus, ibilis , ibunt.
Plus tard , on a repeint par-dessus ces trois mots le quatrain suivant, qui en est une mauvaise paraphrase :
Par où tu passes j’ai passé,
Et par où j’ai passé tu passeras :
Et comme toy au monde j’ai esté,
Et comme moy mort tu seras.
Ces deux squelettes ont été attribués k Michel Bourdin et a Hubert : alors Godard n’aurait fait que les transporter sur cette porte. Il est de fait que les autres travaux connus de cet artiste peuvent donner lieu de penser que si les squelettes étaient des chefs-d’œuvre, il n’en fut point l’auteur.
Ce qui est plus certain, c’est que Godard fit construire et décorer le maître-autel et le portail, qui existent encore, de l’église et du couvent des Minimes (Bourse actuelle , rue d’Iliers). Ces travaux ayant été exécutés de 4615 k 4691, donnent seuls la date assurée de son existence.
Il s’était aussi appliqué k l’architecture militaire et devint ingénieur du roi. Il mourut k Paris, vers 4672, au service de M. de Noailles qui se l’était attaché.
BOUBDIN (Michel).
v Le XVIIe siècle fut l’âge d’or de la statuaire dans l'Orléanais. Non pas que les artistes du crû aient tous produit des chefs-d’œuvre, mais il y eut k cette époque un véritable élan artistique dans cette province. Michel Bourdin est un de ceux qui y ont le plus contribué.
Il naquit k Orléans , k une époque qui ne saurait être bien déterminée , car les registres de l’état-civil , où nous pourrions puiser tant de renseignements précieux , ont été brûlés pendant les guerres de religion. Michel Bourdin, artiste nomade, alla chercher fortune ailleurs que dans sa ville natale : Nul nest prophète dans son pays. II
fut appelé à Chartres, où il termina les sculptures qui ornent le chœur de la cathédrale : ce travail avait été commencé en 1514, d’après les dessins de l’architecte Jean de Beauce. Les groupes de figures, qui en forment la principale décoration , furent exécutés presque tous par Michel Bourdin, vers 1611. Elles ont été complétées, h la fin du XVIIe siècle, par Dieu et Legros, sculpteurs de Chartres, et, plus tard, par des artistes moins célèbres.
Sablon, dans son Histoire de V auguste et vénérable église de Chartres, déclare que les statues de Bourdin remportent le prix sur les autres.
Louis Xm le chargea, en 1622, d’exécuter les travaux de sculpture pour le monument élevé a Cléry, où devait être déposé le corps de Louis XI. Bourdin, tenté du démon, déroba une lampe d’argent dans la chapelle où il travaillait; il fut condamné, pour ce vol, à être pendu ; mais on le laissa , dit-on , terminer, avant l’exécution du jugement, la statue en marbre blanc qui devait compléter le tombeau. Ce monument fut son chef-d’œuvre.
Nous empruntons la description de ce tombeau au bon Lafontaine qui l’a visité lors de son voyage sur les bords de la Loire :
« Louis XI est enterré à Cléry. On le voit à genoux sur son tom- « beau, quatre enfants au coin : ce sont quatre anges, et ce pourrait « être quatre amours si on ne leur avait point arraché les ailes. Le « bon apôtre de roi fait là le saint homme et est bien mieux pris « que quand le Bourguignon le mena à Liège.
h Je lui trouvai la raine d’un matois ;
« Aussi l’était ce prince dont la vie « Doit rarement servir d’exemple aux rois,
« Et pourrait être en quelques points suivie.
« A ses genoux sont ses heures et son chapelet, et autres menus « ustenciles, sa main de justice, son sceptre, son chapeau, sa Notre- « Dame : Je ne sçais comment le statuaire n’y avait point mis le prévôt « Tristan. Le tout est en marbre blanc, et m’a paru d’assez bonne « main. »
En 1792, ce mausolée fut mutilé et déplacé; M. Le Noir le fit placer au Musée des Petits- Augustins. En 1816, il fut rendu à l’église de Cléry et restauré par les frères Bomagnési.
Michel Bourdin a aussi sculpté une statue de Notre-Dame-de-Pitié, en marbre blanc , que Ton voit encore dans la chapelle de la Vierge de Sainte-Croix d’Orléans. La pose de cette statue , ses larges draperies et l’expression du visage, en font un véritable chef-d’œuvre. M. de Buzonnière lui reproche d’avoir représenté la mère du Christ accablée de douleur ( Mater dolorosa ) , là où la reine des cieux eût dû paraître triomphante. Mais cette chapelle n’est-elle pas aussi , dans beaucoup d’églises, la chapelle des Morts?
Michel Bourdin mourut de sa belle mort, h Orléans, suivant M. Vergnaud-Bomagnési , qui dément l’anecdote citée plus haut d’après la plupart des biographes. Il s’appuie sur ce que son épitaphe se trouvait au Grand-Cimetière, à côté de celle de J. Chartier, médecin et barbier de Louis XL Assurément h cette époque on n’enterrait * * % pas plus qu’aujourd’hui les voleurs et les suppliciés avec les honnêtes
gens.
HUBERT (Nicolas).
La tradition, souvent plus fidèle que l’histoire, a conservé le souvenir d’un sculpteur Orléanais qui, au XVIIe siècle, a orné de statues, dont quelques-unes subsistent encore, la plupart des églises et des couvents de sa ville natale. Nicolas Hubert, né à Orléans, en la paroisse de Saint-Liphard , ne voulut jamais quitter son pays, malgré les offres qui lui furent faites par Colbert de venir travailler au château de Versailles. Aussi n’était-il guère de paroisse ou de simple chapelle h Orléans qui ne possédât, avant la révolution, quelque morceau de cet artiste.
Les Filles de la Visitation de Sainte-Marie lui avaient commandé les figures en pierre des douze apôtres; Hubert, dont l’exécution était très-rapide, eut bientôt modelé ses ébauches.
On admira les attitudes variées des personnages et le beau caractère des têtes. Mais on prétend qu’il ne les termina pas, parce que les religieuses ne voulurent pas lui en donner le prix qu’il demandait. Il sculpta pour les Chartreux un Saint-Bruno, et pour les Minimes un Saint-François-de-Paule, dont les statues furent placées
dans des niches au-dessus de la porte d’entrée de ces couvents. La croix nommée Mort-tuu-le-Vif, au Portereau-Tudelle, est due aussi à son ciseau. Avant la démolition de l’ancien pont d’Orléans, on voyait, dans une niche au-dessus du petit fort appelé les Tourelles, une statue de la Vierge portant l’enfant Jésus, attribuée aussi à Hubert.
M. de Buzonnière, dans son Histoire architecturale d'Orléans , cite et décrit en temps et lieu les diverses œuvres de ce fécond artiste, dont le mérite est, à son avis, au-dessous de la réputation qu’on lui a faite. « Chez Hubert, dit-il, la pensée artistique est vulgaire: son « style est commun et son ciseau manque d’originalité. Ses statues « pouvaient servir h deux fins : on voyait jadis dans les appartements « de l’évêché deux statues païennes qui furent converties au chris- « tianisme par l’addition de certains emblèmes. La Vérité, qui sans « doute n’était pas dans son costume allégorique, était devenue sainte « Hélène ; un philosophe grec avait été transformé en saint Pierre k « l’aide d’un trousseau de vraies clefs attaché à son bras.1
« En revanche, lorsqu'on fit de l’église Saint-Michel une salle de « spectacle, l’architecte, pour tirer parti des vrais saints jadis sculptés « par Hubert, en fit des cariatides h l’aide de masques et d’attri-
« buts du paganisme. Triste retour des choses d’ici-bas ! »
Hubert mourut h Orléans, en i670.
' C. BRAINNE.
THIBAULT (Jean).
Religieux bénédictin, né à Orléans vers 1657, a sculpté le basrelief et les deux captifs qui décoraient le tombeau de J. Casimir, roi de Pologne, dans l’église de Saint-Germain-des-Prés , a Paris. Il est mort en 1708. ■
RIOLLET.
Maître menuisier et sculpteur de La Ferté-Vidame (Eure-et-Loir); il travailla a l’embellissement du vieux château gothique de La Ferlé que le marquis de Laborde avait acheté en 1766.
Il se fit surtout remarquer dans la confection des orgues de l’abbaye de St-Père de Chartres. L’orgue donné par J. Edeline, grand-prieur de l’abbaye de Saint-Père, fut posé et reçu au mois d’août 1771. Il coûta plus de 10,000 livres.
« C’est, dit le P. Aubert (chap. 140), un seize-pieds bouché, « composé par Jean Thierry , maître faiseur d’orgues de Paris , sur « le modèle et dessin que le Père dom André Montagne , religieux « bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, très-expert et habile « faiseur d’orgues, lui en avait fourni. Les buffets, menuiseries et « sculptures, tant du positif que du grand corps, ont été exécutés « par maître Riollet, menuisier et sculpteur de La Ferté-Vidame.