‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 75 sur 145 · INDUSTRIE, SCIENCES EXACTES ET NATURELLES · texte numérisé non relu

INDUSTRIE, SCIENCES EXACTES ET NATURELLES

PATISSON (Mameut) (I).

C’est à l’imprimeur qu’il appartient de rehausser le prix des ouvrages par le soin, l’exactitude et la correction de ses travaux

typographiques. C’est par le secours de son art que les bons ouvrages, revêtus d’une forme aussi belle que permanente, sont vengés de l’injure des temps et de l'oubli de la postérité, et que les chefsd’œuvre de l’esprit humain acquièrent, en se multipliant, une éternelle durée. A ce titre , Mamcrt Pâtisson doit occuper une place honorable dans cette galerie biographique.

Son père , Philippe Pâtisson , était notaire au châtelet d’Orléans en 1555, et plusieurs membres de sa famille occupaient dans la magistrature des emplois honorables. Mamert Pâtisson naquit à Orléans : on ne connaît point de détails sur les premières années de sa vie ,

(!) Les Imprimeurs forment la transition entre la Science et l’Industrie. On trouvera au tableau les noms des imprimeurs de l’Orléanais auxquels on n’a pas cru devoir consacrer un article spécial.

tout: i.

jusqu'à l'époque où il travailla dans l’imprimerie de Robert Estienne, comme il le déclare lui-même dans la liste de ses éditions. Il épousa, en 1580, Denise Barbé, veuve d'un des enfants de Robert Estienne, et se trouva en possession de son établissement typographique.

Le premier livre connu de Mamert Pâtisson est du 6 novembre 1574, OEuvres poétiques de Nicolas Jamyn , in-4°, en société avec Nicolas Chesneau, et ce volume peut être regardé comme son début bibliopolique.

Il imprima ensuite, successivement : les quatre livres de vénerie d’Oppien. poète grec, traduits par Florent Chrétien, in-4°, 1575;

Discours sur les médailles et les gravures antiques, principalement romaines , par Antoine Le Pois, in-4°, 1579; — Les OEuvres de Scévole de Sainte-Marthe, in-4° 1579; — Lettres et Sermons de Michel L Hospital , 1585 ; — Josephus Scaliger de emendatione temporum , in-f°, 158o ; — De Canonica dbsolutione Henrici iVy in-8°, 1594. — Jacobi Augusti Thuani historiée sui temporis pars prima, in-f°, * 1604. ' . ,

Cette édition est très-remarquable, en ce qu’elle renferme des particularités qui ne se trouvent pas dans les autres. ♦

Mamert Pâtisson devint bientôt un des plus habiles imprimeurs de ce temps; en 1578, il était nommé imprimeur du roi et prenait ce titre dans presque toutes ses éditions. Ses ouvrages sont fort corrects, ses caractères très-beaux et très-nets et le papier excellent. Ses impressions sont aussi estimées que celles de Robert Estienne, l’ancien. ,

Il était fort instruit et connaissait bien les langues grecque et latine. Les savants, ses contemporains, avaient beaucoup de considération pour lui. Dans sa satire à Moslin , Régnier le mentionne comme imprimeur fameux : .

Or, que dès sa jeunesse Apollon l’ait appris ,

Que Calliope même ait tracé ses écrits,

, Qu’ils tiennent du savoir de l’antique leçon Et qu'ils soient imprimés des mains de Pâtisson.

Scévole de Sainte-Marthe et Scaliger le traitent d’homme savant : ces honorables témoignages sont confirmés par ce qu’en dit La Croix du Maine :

« Mamert Pâtisson , imprimeur et libraire à Paris , homme fort docte en grec et en latin , et en français aussy : ... en quoy il est à louer grandement pour le proiit qu’il fait au public, touchant les beaux livres qu’il imprime tous les jours; en quoy il ne dégénère do Messieurs lesEstienne, en la maison desquels il a pris alliance, ayant espousé la veuve du fils de Robert Esticime , père de Henry.

Mamert Pâtisson était de très-petite taille, ce qui lui valut le surnom de Mameret ou Mamerot. Après sa mort, qui arriva en 1600, son fils Philippe continua sa profession : ce fut lui qui imprima, en 1606, le recueil des Poésies amoureuses de Bertaut, évêque de Séez.

DOLET (Etienne) (1).

Etienne Dolet naquit à Orléans. M. de La Houssaye prétend qu’il était fils de François Ior et d’une Orléanaise nommée Cureau. A cela il n’y a qu’une difficulté : c’est que François Ier naquit en 1494, et Dolet en 1509. C’est encore une fable comme on en a tant débité sur nos rois; d’ailleurs, François Ier avait la conscience assez chargée de fautes de ce genre, sans qu’on y ajoutât celle de Dolet. Croyons donc ce dernier sur parole , lorsqu’il affirme que ses parents occupaient un rang distingué à Oç|j|ans (2).

Etienne Dolet apprit h Orléans les premiers éléments des sciences,

et , à l’âge de douze ans , il fut envoyé a Paris pour continuer ses études. Il y étudia la rhétorique sous Nicolas Bérault, son compatriote , dont il loue raram et stupendam eloquenliam atque volubilem linguam . •

A seize ans, Dolet avait fini ses études, c’est-à-dire qu’il avait fini d’apprendre comment il pouvait commencer à s’instruire. Il partit pour Padoue, où Simon de Villeneuve professait l’éloquence, et bientôt il se plaça à la tête des disciples et près du cœur du maître. Trois années s’écoulèrent , partagées ^entre l’étude et l’amitié , trois années, les plus heureuses de sa vie, et que Dolet dût regretter souvent. Villeneuve mourut ; son ami quitta Padoue , où rien ne le

(1) U existe à la bibliothèque d’Orléans un manuscrit de Dom Gérou, précieux pour les biographes. C’est dans cette mine féconde que l'on a puisé le fond et souvent la forme de cette notice.

(3) Quant hottes to, quant splendido loco inler meos.

retenait plus, et se rendit h Venise, avec l'intention de regagner sa patrie; mais vaincu par les instances de M. de Langei, ambassadeur de France, il accepta auprès de ce diplomate le poste de secrétaire.

Pendant un an que Dolet demeura à Venise, il y prit des leçons de Baptiste Ignatio, qui expliquait les Offices de Cicéron; toutefois, il ne s'appliqua pas tellement à l’étude et aux devoirs de son emploi qu’il ne trouvât le temps de former et d’entretenir une liaison assez étroite avec une Vénitienne que la mort lui enleva bientôt.

Dolet , qui avait alors vingt-deux ans , revint en France avec M. de Langei et s’adonna tout entier à la lecture de Cicéron, de Salluste, de César, de Térence, de Tite-Live et d’autres bons auteurs de l’antiquité, d’où il tira tous les documents dont il avait besoin pour ses Commentaires sur la langue latine .

11 se livrait â ce travail avec une ardeur extrême, et y puisait un adoucissement â la tristesse des souvenirs de Padoue et de Venise , lorsque des amis lui conseillèrent d’étudier la jurisprudence. Proposera Dolet d’élargir le cercle de ses connaissances, c’était le prendre par son côté faible.

Mon naturel est d’apprendre tousiours ;

Mais si ce vient, que je passe aulcuns iours.

Sans rien apprendre en quelque lieu ou place ,

Incontinent il fault que ie desplace.

Il se rendit donc h Toulouse, ville renommée pour l’étude du droit. '

Dès son arrivée, les écoliers de la nation de France le nommèrent orateur. En prenant possession de cette dignité , Dolet prononça un discours dans lequel il louait ses compatriotes , accusait d’ignorance et de barbarie les étudiants de Toulouse et frondait le Parlement d’avoir, par un arrêt, défendu les associations d’écoliers. L’orateur de la nation d’Aquitaine justifia la conduite du Parlement et réfuta tout ce que Dolet avait avancé de désobligeant pour sa patrie. Dolet répliqua et poussa les choses si loin qu’il fut mis en prison le 50 mars 1555. Il y resta pendant un mois; puis, après avoir été promené par tous les carrefours, pour y faire amende honorable, il fut expulsé de Toulouse.

Il se retira à Lyon, chez son ami Simon Finet. Tout à sa vengeance,

il projetait de publier ses deux discours contre les Toulousains; mais une maladie violente l’en empêcha.

Revenu à la santé, Dolet fit imprimer chezGriphe, en 1535, son Dialogus de imitât ione Ciceroniana, ouvrage dans lequel il prétend, avec Longuei! , que Cicéron était le seul auteur qu’on dut lire et imiter. Erasme, qui s’était élevé, dès 1528, dans son Ciccronianus , contre l’excès de cette admiration, est défendu chaudement par Thomas Morus, l’un des personnages du Dialogue, tandis qu’il est traité de la manière la plus indigne, et dans sa personne et dans ses ouvrages, par l’autre interlocuteur, Simon de Villeneuve.

Le Dialogue de V imitation de Cicéron valut à son auteur la haine des partisans d’Erasme et celle de Jules Scaliger, qui, quoique citéronien, ne pardonna jamais h Dolet d’avoir défendu une cause que lui, Scaliger, avait déjà défendue.

Dolet fit paraître, en 1537, un nouvel ouvrage intitulé : Commentarii linguœ latinœ. C’est nue sorte de dictionnaire que les savants regardent comme le fruit d’une vaste érudition et d’un travail immense. Il le dédia à François 1er, et eut l’honneur de le lui présenter lui-même à Moulins. Dans ces Commentaires , Dolet dénonce la Sorbonne comme ayant conçu le projet de détruire l’imprimerie en France. La Sorbonne se vengea cruellement de cette médisance.

Vers ce temps-là, Dolet faillit être assassiné par un peintre nommé Compaing ; en défendant sa vie, il eut le malheur de l’ôter à son ennemi. Pour échapper aux poursuites dirigées contre lui, il gagna Paris , où , aidé de la protection d’amis puissants , il obtint une audience de François Ier, et par suite des lettres de grâce.

Revenu à Lyon, Dolet y établit une imprimerie. Le ptfcmier ouvrage sorti de ses presses fut le recueil de ses poésies , divisées en quatre livres, qui parurent en 1538. 11 se maria vers cette époque et eut, l’année suivante, un fils dont il célébra la naissance par d$s poésies latines et françaises, réunies sous le titre de Genetldiacùm Claudii Doleli, ou l'avant-naissance de Claudè Dolet .

L’ouvrage latin est de Dolet, la traduction française est attribuée à ung sien amy , que Née de 1% Rochelle nomme Claude Cotereau; mais la facture des vers me fait penser que Dolet en est l'auteur. Il s’adresse à son fils , et lui enseigne comment V homme se doibl gouverner en ce monde :

En premier lieu , ta foy ce poinct tiendra Qu’il est ung Dieu tout-puissant et unicque,

En c’est endroict, Il ne fault avoir foy A ceulx disants (et ne sçavent pourquoy)

L’ame et le corps tous deulx mourir ensemble.

L’ame est du ciel , à son père ressemble,

(C’est Dieu) qui n’ha , et ne peult avoir fin.

Aussi n’ha il l’ame au corps mise , afin Qu’avec le corps parla mort soit mortelle.

Croy (et est vray) que l’ame est immortelle Et que de Dieu a prins son origine.

Ainsi écrivait l’homme que l’on a brûlé comme athée. Dolet recommande ensuite à son fils d’être charitable :

Aymé trop mieulx

Pauvres nourrir, que garder escutz vieulx.

De ne chercher h s’enrichir que par des moyens honnêtes.

Car biens acquis par fallace rusée Communément n’ont pas longue durée.

De se montrer magistrat intègre et impartial :

Par dons présenta et corruptives offres Garde-toy bien que le pauvre tu soffres Estre privé du bon droict qu’il demande.

Or ou argent aux bons les yeux ne bande.

Sois raisonnable à tous et droicturier :

Ne prise plus un duc qu’un cousturier Quant à justice. .'....

Dolet passe ainsi en revue les divers états de la société; puis il pose le cas où son fils voudrait prendre femme. Il dit :

le genre féminin

Sedoibt traicter comme genre begnin, ,

Mollet et tendre , et à rigueur contraire Et qui se veult par grand doulceur attraire .

Pourtant ne fault la bryde lui laseher Par trop, et tant , que t’en pousses fascher ;

Car de soy-mesme assez audacieuse Est toute femme, et de plaisir soigneuse.

Plus liberté et franchise illicite A faitz meschantz les plus saiges incite.

Saiche mon fils que la beaulté de celle Que tu prendras (ou soit vefve ou pucelle)

Pour tou espouse , à la ün s’eu ira Comme rosée et bien lost périra.

La dote aussi se pcust tost eu aller Et de grandeur en petit ravaller :

Mais quant aux mœurs cela tousiours demeure ,

Doncques saige est qui des bonnes s’asseure.

Dolet jouissait tranquillement des douceurs de la vie de famille, lorsqu’il fut arrêté et mis en prison. La liberté avec laquelle il s’exprimait sur les choses de la.religion, fut, suivant le père Nicéron, la cause de sa disgrâce ; ce qui paraît assez vraisemblable , puisque Dolet lui-même dit, en parlant de sa détention à la Conciergerie de Paris, qu’il fut

Chargé à tort de maincte resverie.

Grâce au crédit de Pierre du Chàtel , alors évêque de Tulle , le pauvre prisonnnier recouvra la liberté.

Dolet, que tant de persécutions eussent dû rendre plus prudent, lança vraisemblablement quelque nouvelle épigramme contre ses ennemis ; peut-être même s’avisa-t-il d’imprimer la Bible en langue vulgaire; toujours est-il qu’au commencement de janvier 1545, il fut arrêté de nouveau à Lyon. Heureusement pour lui, le troisième jour de sa captivité, il se sauva par un stratagème dont il leurra son geôlier. Il se réfugia en Piémont, et de là écrivit les neuf lettres qui forment un ouvrage connu sous le titre de Second Enfer. Celle adressée à François Ier contient l’exposé des machinations de ses ennemis :

Mes ennemys , non contents et saoullés (Roy tres-chrestien , seul support des foullés) De m’avoir ja toumenté quinze moys ,

Se sont remys à leurs premiers abboys ,

Pour me remettre en ma peine première... Suyvant ce but ilz font dresser deux balles De mesme marque et en grandeur esgalles Et les envoyent à Paris par charroy....

Ces deux fardeaulx furent remplis de livres Les uugs maulvais, et les aultres de livres De ccblazon que l’on nomme herctique.... Les livres donc de mon impression Estoicnt dans l’une (o bonne invention)

Et l’aultre balle (et c’est dont on me greve' Remplie estoit des livres de Gcncsve ;

Et à l’entour, ou bien à ehasque coing Estoit escript , pour le voir de plus loing Dolet , en lettre assez grosse et lysable.

Qu’en dictes vous , prince à tous esquitable T Cela me semble ung peu lourd et grossier :

Et fusse bien ung tour de pastissier,

Non pas de gens qui taschent de surprendre Les innocents pour les brusler ou pendre.

Mais qu’a donc fait Dolet, pour que de semblables moyens soient mis en œuvre contre lui ?

Quant à la foy, on ne m’accuse point Pour ceste foys que je tienne ung seul poinct D’opinion erronée ou maulvaise.

Mais quelques gens ne sont point à leur aise De ce que vends et imprime sans craincte . Livres plusieurs de l’Escripture Saincte. •

Voylà le mal dont si fort ils se deulent ,

Voylà pourquoy ung si grand mal me veulent ,

Voylà pourquoy je leur suys odieux :

Voylà pourquoy ont juré leurs grands dieux Que j’en mourray , si de propos ne change.

N’est-ce pas là une rancune estrange ?

Dans la lettre adressée au Parlement , Dolet revient sur le même sujet. Si je peux, dit-il , rentrer libre à Lyon ,

Ne craignez pas que voyez advenir,

Que de ma vie ung seul livre j’imprime De l’Escripture , ou aultre telle estime.

J’en suys trop saoul et trop saoul en doibs estre ,

Veu qu’il m’en vient, à dextrc et à senestre,

Malheur, esmoy, tout encombre et dommaigc ,

, Et que j’en suys si souvent mys en caige.

Bien est-il vray que ne suys le premier Qui lesay faictz. Tel en est coustumier Et en imprime à Paris et Lyon Publicquement ung et ung millyon ;

Qui pour cela n’est fasché ne reprins.

Seulet je suys , à qui mal en est prins Seulct je suys, qui en porte la peine Seulet je suys, qui en ai male estreine.

Mais le rôle de suppliant va mal à Dolet , et il faut que le libre penseur se trahisse. Il dit au Parlement :

Quand on m’aura ou bruslé ou pendu,

Mis sur la roue et en quartiers fendu ,

Qu’en sera-t-i! ? ce sera ung corps mort.

Las ! toutesfoys n’auroit-on nul remord . De faire ainsi mourir cruellement

Ung qui en rien n’a forfaict nullement?

Ung homme est-il de valeur si petite ?

Est-ce une mouche? ou ung verms ,.qui mérite Sans nul esgard si tost estre destruict ?

Ung homme est-il si tost faict et instruict,

Si tost muny de science et vertu Pour estre ainsi qu’une paille ou festu Anihilé? faict-on si peu de compte D'ung noble esprit qui maint aultre surmonte ?

Dolet s’adressa en outre au duc d’Orléans , au cardinal de Lorraine, aux chefs de la justice de Lyon , à la reine de Navarre , au cardinal de Tournon , et enfin à la duchesse d’Etampes. 11 dit à cette dernière :

* Seulement une heure propice

Je vous pry de faire sonner,

Où il plaise au roy me donner En ses pays liberté seure Car je ne quiers aultre demeure ,

Et m’est bien grief quand j’en deslogc.

Hélas ! faictes sonner telle heure Puisque vous gouvernez l’horloge.

, Grâce à l’intercession de ces grands personnages , et surtout à l’amitié que lui portait François 1er, Dolet obtint l’autorisation tacite de rentrer en France. Joyeux , il écrivit à ses amis :

Bon cueur, bon cueur ; c’est à ce coup

Que fortune a faict son effort ,

Pour me dresser du mal beaucoup :

Mais tousiours ie suys le plus fort.

La Sorbonne ne pouvant plus brûler l’auteur fil brûler ses ouvrages après les avoir déclaré erronés et pleins de doctrines mauvaises.

De retour à Lyon, Dolet se livra a l’impression de son Second Enfer et de deux dialogues traduits de Platon.

L’un est intitulé Hipparchus , ou de la gaigner. *«

• PBP i • '• •

convoylise et affection de

L’autre a pour titre Axiochus , ou du mespris et contemnement

de la mort.

Dans ce dernier, Socrate dit à Axiochus :

« Il est certain que la mort n’est point aux vivants , et quant aux « défuncts, ils ne sont plus : doncques la mort les attouche encores « moins. Parquoy elle ne peult rien sur toy, car tu n’es pas encores <t prest à décéder; et quand tu seras décédé, elle n’y pourra rien « aussi , attendu que tu ne seras plus, »

Dolet, pour rendre le sens plus clair, ajouta : Rien du tout. La Sorbonne s’empara de ces trois mots pour prouver que Dolet ne croyait pas à l’immortalité de l’âme et qu’il était athée. Il fut d’abord enfermé à Lyon, dans la Tour-Carrée, puis bientôt mené a Paris , où son procès lui fut fait. On le condamna au feu, sans que cette fois François Ier intervint en faveur de son bien-amé Dolet ; la sentence reçut son exécution le troisième jour d’août 1546 , h la place Maubert. Quelqm» instants avant de marcher au supplice , Dolet , ferme et résigné, composa son fameux cantique :

Sus donc esprit laissés la chair a part ,

Et devers Dieu , qui tout bien nous despart ,

Retirez-vous corne à vostre rempart ,

Vostre fortresse.

Quant à la chair, il luy convient pourrir,

Et quant à vous, vous ne pouvez périr ; ,

Mais avecq Dieu tousiours debvez flourir.

Par sa bonté.

Sus mon esprit montrez vous de tel cueur,

Vostre asseurance au besoing soit congneue ;

Tout gentil cueur, tout constant belliqueur Jusqu’à la mort sa force a maintenue.

Ainsi périt , à l’âge de trente-sept ans , un homme que son génie et son érudition rendaient digne d’un meilleur sort.

Florent Junius dit que le caractère dur et intraitable de Dolet lui a attiré beaucoup d’ennemis ; qu’il était extrême en tout , comblant les uns de louanges, déchirant les autres sans mesure: toujours attaquant et toujours attaqué , extrêmement aimé des uns et haï des autres jusqu’à la fureur.

Plusieurs savants de son siècle ont fait un cas singulier de ses ouvrages, qui sont au nombre de trente-quatre, et dont le détail se trouve dans Moreri, Dom Gérou , Née de La Rochelle, Goujet et Méttaire. Il eut aussi des critiques qui en ont parlé sur un ton tout opposé.

Si l’on en croit Marot , Dolet était un nouveau Cicéron ; Charles de Sainte-Marthe, autre poète du temps, croyait que l’éloquence était si redevable à Dolet, que sans lui elle n’eût peut-être pas régné en France. Jean Youlté et Muret parlent de Dolet avec éloge dans leur recueil d’épigrammes.

Si quisquam fuit, umu est Volctus Oratvr bonus et bonus poêla.

Buchanan, Pasquier et d’autres écrivains paraissent faire p$u de cas de Dolet. Buchanan dit :

Cartnina quod sensu careant mirere Doleti ?

Quando , qui scripsil carmina mente caret.

Pasquier dit aussi de lui :

* Cui plaçait nuUus, nulli hune placuisse neeesse est.

Jules Scaliger traite Dolet de fort méchant poète, de chancre , d'dposthume des Muses, et de qui les ouvrages ne contiennent pas un grain de sel.

Si nous passons du moral au physique , nous retrouvons la même diversité d’opinions.

Odonus dit que Dolet était l’homme du monde qui avait la physionomie la plus sinistre , et qu'il avait l'air d'un quelqu’un que Von conduit au supplice.

Jean Voulté nous donne , au contraire, une haute idée de sa bonne mine :

Tam pulchrum est corpus , mens est tam pulchra üoleti,

Tolus , ut hoepossim dicere, pulchcr homo est.

Nous ne pouvons expliquer ces contradictions qu’en disant que Marot, Sainte-Marthe, Voulté et Muret étaient les amis intimes et dévoués de Dolet, tandis que Buchanan, Pasquier, Scaliger et Odonus étaient ses ennemis.

Et de tout cela il résulte que Dolet était homme d’esprit, et

qu’ayant embrassé touts les genres de savoir, il eût pu parvenir à un haut degré de réputation, si les divers événements de sa vie lui eussent permis de cultiver les sciences avec la tranquillité qu’il convient, et s’il n’eût point écrit ses ouvrages avec l’impétuosité de caractère <ju’on lui reproche. ...

De V.

DE PHARES ou PHARÈS (Simon).

Il existe dans la Bibliothèque Royale un curieux manuscrit sur les astrologues français au XV* siècle. On y rencontre à chaque page des noms Orléanais : Jean Colleman , Guillaume de Loury, Michel de Saint-Mesmin , André de Sully et Simon de Phares, le plus célèbre de tous.

Jean Colleman , né à Orléans sur la fin du XIVe siècle, tira l’horoscope du roi Charles VII, qui lui accorda une pension. Le superstitieux Louis XI prenait plaisir à s’entretenir avec lui sur le cours des astres. Colleman fut un des familiers du réduit où Monseigneur l^ouis de France disait ses heures , et il apprit au prince k connaître Is Grand- Almanach. Le manuscrit ajoute : « Aucuns dient que, par « trop longue continuation à spéculer le cours de la lune , il devint « ladre. »

Guillaume de Loury et Michel de Saint-Mesmin lurent- également célèbres par les lumières qu’ils acquirent dans l’astronomie , et se virent recherchés des plus grands seigneurs de leur siècle. Il est vraisemblable qu’ils composèrent sur cette science différents traités qui ne sont pas venus jusqu’à nous. Simon de Phares le dit formellement de Michel de Saint-Mesmin : • « Cestuy de Saint-Mesmin fut « bien suffisant astrologien , et composa de beaux traictés ; mais , en « ses viels jours, laissa la félicité mondaine, et se rendit reclus k

D’après le manuscrit de Dom Gérou , Simon de Phare serait né k Meung, ou aux environs de cette ville, au commencement du XVe siècle. Lui-même nous apprend qu’il comptait parmi ses oncêlres Jean de Meung, l’un des auteurs du Roman de la Rose. *

Dom Liron prétend , au contraire , qu’il était originaire de Châ-

teaudun et qu’il fut élevé auprès des enfants de Jean , comte de Dunois, bâtard de Louis de France, duc d’Orléans. Florent de Villiers. grand astrologue, qui était domestique et familier du comte, tira l'horoscope de Simon et dit h son père qu’il ne lui devait point bâtir de maison, parce qu’il serait toute sa vie au service d’autrui. Simon étudia d’abord à Beaugency, puis k Orléans , d’ou il alla à Paris et se mit au service de Jean , duc de Bourbon. Il voyagea en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, étudia la médecine h Montpellier, alla ensuite k Home et à Venise, d’où il s’embarqua pour passer la mer. Il visita le Caire et Alexandrie , et , de retour en France , il quitta le duc de Bourbon pour s’attacher k Louis XL Connaissant les inclinations de ce prince , il alla en Savoie étudier les herbes et les plantes qui croissent sur les Alpes ; il apprit aussi k tailler et a graver les pierres précieuses.

Après tant d’études , de voyages et de travaux , Simon de Phares vint établir sa résidence dans la ville de Lyon. Il y fit bâtir une maison et rassembla dans son cabinet plus de deux cents volumes de livres singuliers. Le roi Charles VIII, passant par Lyon , eut envie, un jour de Toussaint , de voir ce fameux cabinet et d’entendre les leçons d’astrologie de Simon. Il lui continua ses visites durant plusieurs jours.

Cependant quelques envieux de la réputation de l’astrologue Orléanais l’accusèrent d’avoir un démon familier. Son laboratoire fut fermé par ordre de l’archevêque et ses livres confisqués par l’official. Phares en appela au Parlement qui chargea la Faculté d’examiner les livres confisqués. Une commission fut nommée et elle déposa, le 2 mars 149-4, un rapport par lequel elle exhortait le Parlement k s’opposer aux progrès de l’astrologie judiciaire , déclarant cet art pernicieux , fabuleux, sans fondement, superstitieux , usurpant V honneur de Dieu , corrompant les bonnes mœurs et inventé par les. démons pour la perte des hommes. En conséquence, le Parlement rendit un*arrêt7qui confirmait la sentence de l’ofïicial et faisait défense d’exercer l’astrologie judiciaire, de consulter les devins, de débiter les livres de cet art, de s’en servir, et ordonnait que ceux de Simon Phares seraient remis, avec sa personne, entre les mains de l’oflicial de Paris. On ignore ce que devint le malheureux astrologue.

Simon de Phares a écrit un Recueil, ou Histoire de quelques célèbres astrologues et hommes doctes, qu’il dédia au roi Charles VIII. Le P. Labbe a donné quelques extraits de ce curieux ouvrage , qu’il trouva manuscrit dans la bibliothèque du roi.

GUILLEMEAU (Jacques).

« C’est à la reconnaissance qu’il appartient de rendre à la mémoire « de Jacques Guillemeau le tribut d’éloges qui lui est dû. Un tel « homme, né pour l’avantage de son siècle et fë bonheur de ses « contemporains, est le modèle le plus parfait que l’on puisse pro- « poser à tous ceux de sa profession. La chirurgie reçut entre ses « mains un nouvel éclat. En même temps qu’il en perfectionnait la « pratique journalière par d’heureuses expériences, il en éclairait la « théorie par ses veilles et ses recherches (1).

11 naquit à Orléans, vers 1520 , d’un maître en chirurgie de cette ville et puisa dans la maison paternelle le goût de cette profession. Il étudia à Paris sous d’habiles professeurs : Riolan , Courtin , Ambroise Paré, surtout, qui le prit en affection. Il fut attaché par la suite au service du comte de Mansfeld , et suivit pendant quatre années l’armée espagnole en Flandre.

De retour à Paris, en 1581 , Guillemeau pratiqua la chirurgie à

l’Hôtel-Dieu , et ne tarda point à obtenir une grande vogue dans le public. Le roi Charles IX l’avait nommé son chirurgien ordinaire : il remplit successivement le même emploi auprès de Henri DI et de Henri IV.

Guillemeau ne se borna pas seulement h ce qu’on appelle la science de son état, il s’appliqua aussi aux belles-lettres, qu’il cultiva avec succès. Les langues savantes lui étaient familières, et elles lui furent d’un grand secours, pour la lecture des ouvrages d’Hippocrate, de Celse , de Galien et des autres grands médecins de l’antiquité.

Il débuta dans la carrière littéraire par une traduction latine des oeuvres de son maître, Ambroise Paré (Paris, 1582, in-f°).

Son Traité de la chirurgie française (Paris, 1594) a été traduit en

(t) Voy. Dom Gérou , t. I, p. 234.

anglais et imprimé h Londres en 1612. Guillemean s’attache principalement h l’anatomie et h la connaissance du corps humain. C’est h l’exacte connaissance qu’il avait acquise de ses moindres détails qu’il fut redevable du succès de ses opérations et de ses ouvrages. « De son temps, la chirurgie ne commençait, pour ainsi dire, que d’é- « clore ; obscurcie par une infinité de nuages que les préjugés y avaient « introduits ou qu’une timidité déplacée appréhendait de dissiper , « il fallait que le temps et l’expérience en perfectionnassent la pra- « tique. La chirurgie, enrichie de nouvelles découvertes, s’est insen- « siblement dépouillée de ce qu’elle avait d’obscur et de ténébreux, « et a surmonté une partie des obstacles qui en arrêtaient les pro- « grès ou en retardaient les succès. Ces révolutions ne sont pas au « pouvoir des hommes. Le temps et un long espace d’années « peuvent seuls les produire (1). »

Le Traité des maladies de l'ail (Paris, 1585), est dédié1 à Ambroise Paré. Elles sont au nombre de cent treize. Il y a eu plusieurs éditions de cet ouvrage , qui a été traduit en flamand et en allemand.

Les Tables anatomiques , avec les pourtraùures (Paris, 1586), sont accompagnées de planches et de figures fort bien dessinées. L’ouvrage est dédié au roi Henri III.

A l’occasion des disputes qui s’élevèrent de son temps , entre les médecins et Jes chirurgiens, Guillemeau prit la plume et vengea ses confrères par une apologie pour lés chirurgiens (Paris, 1595).

Tous ces savants travaux, joints à une pratique assidue de son art, le rendirent le plus habile chirurgien de son époque, et lui méritèrent cette haute réputation qui ne s’accorde qu’aux talents supérieurs.

M. Portai, dans son Histoire de l'Anatomie, fait mourir Guillemeau en 1609. La biographie Universelle recule sa mort jusqu’au 15 mars 1615, et s’appuie sur ce qu’il fut admis à présenter à Louis XIII, en 1612, le recueil dé ses OEuvres de chirurgie.

Il fut enterré dans l’église de Saint-Jean-en-Grève , sa paroisse. On voyait au pilier qui était au-dessous de l’orgue, à gauche, une table de marbre , sur laquelle était gravé le sonnet suivant , qui lui servait d’épitaphe :

(I ) Recherches sur l’origine et le jtrogrès de la chirurgie en France.

« Passant, tu vois icy, sous cette froide lame,

« Sans poulx, sans mouvement , le corps de Gurlleineau.

« Son nom et ses vertus , de môme que son ûme ,

« Par l’immortalité l’exemptent du tombeau.

« Son corps, qui gist icy, reluisoit par la flamme « De son esprit divin qui lui sert de flambeau.

« La Parque ne tient pas dans les fils de sa trame ,

« Sa vie et ses vertus dans le même fuseau.

« Après que Guilieineau , par secrets admirables ,

« Eut guéri tant de maux qu’on croyoit incurables ,

„ « Enfin il éprouva l’inclémence du sort.

« Non plus que ses écrits , d’étemelle mémoire ,*

« Son corps ne seroit pas sous cette tombe noire ,

« Si l’art eût pu trouver le remède à la mort. »

' • Vv-

Charles Guillemeau, un de ses fils, lui succéda dans son office de premier chirurgien du roi. Ses autres enfants formèrent des établissements honorables, et cette famille, désormais fixée à Paris, s’y distingua depuis dans les différentes charges de la magistrature.

HUBERT (Etienne). *

Ce savant Orléanais entretint un commerce suivi de lettres avec Casaubon et Scaliger , qui lui marquent beaucoup d’estime dans leur correspondance (1).

Il naquit à Orléans, vers 1568, d’une honnête et ancienne famille. Ses parents l’envoyèrent à Paris pour étudier à l’Université, et, au bout de quelques années, il fut reçu docteur dans la Faculté de médecine. Hubert ne se borna pas à la pratique de son art. Comme il savait que les Arabes s’étaient autrefois distingués dans la science médicale, il entreprit un voyage en Afrique, afin d’étudier leur langue et de profiter de leurs découvertes.

La chaire d’arabe étant venue à vaquer au collège Royal (collège de France), il fut pourvu de cet emploi, dont il s’acquitta, dit Casaubon , aux applaudissements de tous les savants. 4 .

(1) Dom Gérou, l i, p. 238.

Il devint premier médecin du roi Henri IV et fut chargé par ce prince de plusieurs missions diplomatiques.

- Envoyé d’abord auprès de Muley, roi de Maroc, il y traita de la délivrance des esclaves français , pris par les corsaires barbaresques ,

et travailla à un traité de confédération entre la France et les inü-

dèles. Il rapporta d’Afrique plusieurs livres arabes. Scaliger le remercie dans une lettre de lui avoir envoyé une version du Coran.

Hubert reprit le cours de ses leçous publiques; mais comme sa place de professeur royal lui prenait tout son temps , et qu’il ne touchait guère d’honoraires, il fut obligé de quitter Paris, où il avait peine à subsister. Scaliger voulut l’attirer en Hollande et s’employa auprès des administrateurs de l’Académie de Leyde pour lui faire obtenir une chaire , mais il ne parait pas qu’IIubert ail voulu pTofiter de la bonne volonté de son ami. Il aima mieux revenir dans sa patrie, et exerça k Orléans sa profession de médecin; il mourut dans cette ville en 1614, k peine âgé de quarante^six ans, et fut enterré dans l’église de Saint-Samson , où l’on voyait son ’ épitaphe en hébreu , arabe , grec et latin*.

DE BEAUNE (Florimond). 0 *

« Florimond de Beaune, seigneur de Goulioux, conseiller au « présidial de Blois, a été un des plus grands génies de son temps , « au moins en ce qui regarde les mathématiques (1). »

Né k Blois, le 7 octobre 1601 , il fit ses premières études sous le savant professeur Gousset , et alla ensuite étudier le droit k Paris. Il eut un moment d’inclination pour la carrière des armes , mais il ne tarda pas k quitter l’épée pour la toge et acheta une charge de conseiller au présidial de Blois. « Comme il était un peu mélancolique, «■ ajoute son biographe , il avait un goût prononcé pour les rnathé- « matiques et il donnait k cette science tout le temps qui lui res- « tait, après avoir rempli les devoirs de sa charge. »

Sa réputation s’étendit au-delk de la France , et les savants étrangers étaient en correspondance avec lui. Bernier dit avoir vu , chez

(I) V. D. Likon, ms, p. 407.

TOMF. I.

ses héritiers, des lettres des plus habiles mathématiciens, qui lui écrivaient très-obligeamment et lui demandaient son avis avec déférence. Il a eu aussi entre les mains les copies des réponses que leur faisait Floriqiond de Beaune.

Plusieurs savants illustres vinrent môme à Blois pour conférer avec lui; De ce nombre fut le célèbre Descartes, qui, dans plusieurs passages de sa correspondance , a témoigné hautement l’estime qu’il faisait de ce profond mathématicien. Le maréchal de Fabert, qui avait l’esprit fort pénétrant, aimait h converser avec lui, et Bartholin vint exprès, de la part des Etats de Hollande , pour discuter avec lui quelques problèmes de mathématiques transcendantes.

Florimond de Beaune ajouta, en 1658, des notes fort savantes à la Géométrie de Descartes. Celui-ci en faisait un grand cas et déclara que « les observations de M. de Beaune étaient très-ingénieuses et a très-solides, et que ses solutions étaient, sinon véritables, du « moins les plus vraisemblables. #

Il avait résolu de publier un traité sur l’algèbre, mais le mauvais état de sa santé l’en empêcha. A la suite d’un accès de goutte, on fut obligé de lui faire l’amputation d’un pied. Bernier ajoute qu’il tomba dans une espèce de paralysie qui lui fit perdre la vue. Il mourut l’an 1652, âgé de cinquante et un ans.

Outre ses travaux sur les mathématiques , il s’était occupé aussi d’astronomie. Il excellait surtout dans la taille des verres, et établit plusieurs télescopes dont les savants ses contemporains se servirent avec succès pour leurs observations.

BERNIER (Jean).

Naquit h Blois, de Mathurin Bernier, marchand drapier, et de Françoise Thierry' (Son acte de baptême se trouve inscrit sur les registres de la paroisse Saint-Martin, à la date du 19 avril 1627). Après avoir pris ses degrés à Montpellier, il vint pratiquer la médecine dans sa ville natale, où la duchesse d’Orléans, femme de Gaston, se l’attacha comme conseiller et médecin ordinaire. Malgré la protection de celte princesse, le docteur blésois n’arriva pas h la

fortune, et c’est à sa pauvreté qu’il faut attribuer la teinte de misanthropie répandue sur tous ses ouvrages.

Bernier publia, en 1682, son Histoire de Blois. Il la dédia h Mmo Colbert , qui habitait cette ville. Ce livre , malgré ses imperfections et les erreurs qu’il renferme , atteste de consciencieuses recherches ; le style en est lourd et même souvent peu lucide; mais comment se montrer sévère envers un auteur qui s’excuse si humblement dans sa préface : « Ma profession, dit-il, est plus de bien faire que de bien dire; « j’espère donc qu'on me fera grâce partout où j’en aurai be- « soin , et que l’on considérera moins les paroles que les choses. »

Bernier publia aussi, en 1689, des Essais de médecine, dont une seconde édition, abrégée eu quelques endroits, parut en 1693, sous le nom (¥ Histoire chronologique de la médecine et des médecins. C’est un ouvrage écrit dans de très-bonnes intentions , sans aucune prétention, même avec négligence, par un homme honnête, instruit et érudit, mais crédule, sans goût, et religieux jusqu’à la superstition. En général, tout ce que l’auteur rapporte comme fruit de son expérience est très-sensé et fort bon, mais ce qu’il donne comme théorie n’est qu’un mélange incohérent, et souvent absurde, de vitalisme et d’humorisme.

Nous devons encore à Bernier quelques ouvrages de peu d’importance: L’Anliménagiana (1693, in-12), contre-partie du Ménagiana, qui valut à notre auteur cette riposte de Ménage : « Bernier, de Blois, « devrait bien apprendre à parler, car il ne fait autre chose; c’est un a homme armé à la légère , tir levis armaturœ ; » .

Réflexions, pensées et bons mots, qui n’ont pas encore été publiés, par le sieur Popincourt (1696, in-12); ?

Jugements et observations sur les œuvres grecques, latines et françaises de Ch. -Fr. Rabelais, ou le véritable Rabelais réformé, avec une carte du Chinonois, pour l’intelligence de quelques endroits du roman de cet auteur, par le sieur Saint-Honoré (1697, in-12). Ce dernier ouvrage est encore recherché par les philologues.

Bernier mourut en 1698, à Paris, où il s’était établi vers 1674. Ce fut un des premiers partisans de l’émétique.

HAUTEFEUILLE (Jean).

Moréri nous apprend que ce savant physicien naquit à Orléans le 20 mars 1647. Son père était maître boulanger ; il fournissait du pain à M. de Sourdis, gouverneur de cette ville, chez qui logeait la duchesse de Bouillon, alors en exil. Le bonhomme parlait de son fils avec tant d’éloges que la princesse désoeuvrée voulut le voir. Elle le prit auprès d’elle , le fit étudier et lui fit obtenir quelques petites pensions sur la liste des bénéfices ecclésiastiques. Il eut l’honneur d’accompagner sa noble bienfaitrice dans les voyages qu’elle fit en Angleterre et en Italie , et demeura chez elle jusqu’à sa mort. Elle lui laissa par testament une pension dont il jouit tout le reste de sa vie.

Né avec un esprit inventif et une imagination très-active , l’abbé Hautefeuille s’occupa continuellement de physique et de mécanique , et chercha toujours à faire (le ses découvertes d’utiles applications aux arts industriels . Il avait un goût particulier pour l’horlogerie. C’est à lui que l’on doit, du moins en France, le secret de modérer les vibrations du balancier des montres par le moyen d’un petit ressort spiral d’acier qui en régularise le mouvement et en rend les oscillations isochrones. Il fit part de cette découverte à l’Académie des Sciences qui la trouva très-propre à donner une grande justesse aux montres. Huyghens perfectionna en Hollande ces montres à pendule et voulut même s’en attribuer l’invention. Un Anglais , Robert Hooke, revendiqua aussi cette découverte, et M. Hautefeuille, comme la plupart des inventeurs , fut obligé de se défendre contre la contrefaçon. C’était cependant un homme sans ambition, et plus attentif à cultiver les sciences que la fortune. Si toutes ses inventions n’ont pas été couronnées de succès , c’est qu’il avait le défaut de s’arrêter trop promptement à une première idée , que la fougue de son imagination lui faisait bientôt abandonner pour courir après une autres D’ailleurs les tracasseries dont il fut souvent l’objet l’empêchèrent de rendre publiques ses découvertes les plus ingénieuses.

Il sollicita vainement toute sa vie l’honneur d’être admis à l’Académie des Sciences. Il attribuait ses échecs constants à la rancune deM. de La Hire, académicien, dont il avait critiqué les ouvrages.

11 dut se contenter du titre de membre étranger de l’Académie de Bordeaux. Mais le savant incompris ne prit pas son parti aisément. 11 se plaignit sans cesse du peu d’accueil que l’on faisait a ses ouvrages, et menaça plus d’une fois le public de ne plus travailler pour lui.

Il est vrai qu’il ne lui garda pas long-temps rancune, si nous en jugeons par le catalogue de ses œuvres , qui ne tient pas moins de trente pages dans le manuscrit de D. Gérou. Ces ouvrages sont rares et très-difficiles h réunir, parce que la plupart ne sont que de simples cartons d’une feuille ou même d’une demi-feuille. L’auteur en forma un recueil qu’il eut l’honneur de présenter h Louis XIV (1).

Le savant jurisconsulte Jousse en avait un exemplaire complet qui a servi k dresser le catalogue dont nous parlions tout k l’heure et dont nous ne citerons que les rubriques (2):

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