‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 86 sur 145 · CINQUIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SÉRIE

SAINT AIGNAN, évêque d'Orléans.

Ail IVe siècle, naissaient, à peu près en même temps, deux enfants, l’un en Scythie , l’autre sur les bords du Rhône , dans la ville de Vienne; le premier pour la ruine , le second pour le salut des peuples; celui-ci pour devenir un saint prélat, celui-là pour être le roi des Huns.

C’étaient Attila, le fléau de Dieu , et Aignan , le serviteur du Très- Haut. Selon toute apparence , ces enfants ne devaient jamais se rencontrer sur le chemin de la vie. 11 y avait un monde entre la Scythie et les Gaules. Dieu en avait décidé autrement , et le faible prêtre devait un jour arrêter dans sa marche le terrible conquérant.

(!) La plupart des agiographes et des historiens des diocèses d’Orléans, de Chartres et de Blois, ont recueilli dans leurs volumineux catalogues les noms de tous les prélats, prêtres ou religieux de leur ressort ecclésiastique. Nous avons dû, pour ne pas dépasser les limites de notre publication, faire un choix parmi ces personnages, et ne mentionner dans cette biographie que ceux qui, par leur naissance, appartiennent h cette province, ou qui du moins, par leur génie et leurs vertus, en sont devenus les fils adoptifs. tome i. 21

Aignan, dès sa jeunesse, se consacra à la vie solitaire et religieuse. Il quitta sa patrie , sou beau lleuve aux flots rapides , et se retira sur les bords de la Loire aux eaux paisibles, dans un vieux château, près d’Orléans, l’antique cité d’Aurélien. Ce fut là qu’Euverte, évêque de cette ville, le découvrit dans sa retraite; il admira son humilité, sa modestie, sa sagesse, son mépris pour les biens de ce inonde: il l’ordonna prêtre et l’établit ensuite abbé de Saint-Laurent-des-Orgerils, dans un faubourg de sa ville épiscopale.

Quelque temps avant de mourir, Euverte, qui était aussi un saint, et qui, d’années en années et d’infirmités en infirmités sentait qu’il s’avançait vers l’éternité, désigna Aignan pour lui succéder et le chargea du gouvernement de son diocèse.

« Après trois jours de jeune et de prières, on mit sur l’autel trois « billets, portant les noms de ceux qu’on se proposait d’élever à la « dignité épiscopale. On amena ensuite un petit enfant, qui ne pou- « vait encore parler, pour lui faire prendre un de ces billets. L’en- « fant , inspiré par Dieu , qui tire sa louange de la bouche des en- « fants, prit de sa petite main le billet sur lequel était écrit le nom « de saint Aignan , et , de sa bouche enfantine, proféra miraculeu- « sement ces paroles: « Aignan , Aignan , Aignan, est élu de Dieu « pour être évêque de cette ville. »

Il y avait soixante et un ans qu’ Aignan gouvernait le diocèse d’Orléans dans le calme et la paix, quand une irruption de barbares eul lieu dans les Gaules.

A la tête de ces barbares marchait le roi des Iïuns, Attila, qui prétendait que les étoiles tombaient devant lui, que la terre tremblait sous ses pas et qu’il était le marteau qui devait briser l’univers : Stellas præ se cadere, terram trcmere, se malleum esse universi orbis.

En 444, il avait fait assassiner Béda, son frère, pour usurper la couronne. Avant d’arriver dans les Gaules, il avait ravage tout l’Orient. En 451 , il avait désolé la Thrace et imposé un tribut à l’armée de Théodose-lc-Jeune. Trois ans après, la Mœsie, la Macédoine, laThessalie, étaient couvertes de dévastations et de meurtres. C’était un torrent qu’aucune digue ne pouvait arrêter. Il avait passé le Danube et le Rhin, traversé les Pannonies et la Germanie, et, avec cinq cent mille combattants, quelques-uns disent sept cent mille, il arrivait dans les

Gaules, sous le prétexte d’aller attaquer les Visigoths, dans T Aquitaine. • ,

Déjà Trêves, Tongres, Metz, Arras, toutes les villes qui se trouvaient sur son passage , avaient été saccagées. Il vint mettre le siège devant Orléans. Aignan courut aussitôt à Arles, où était le patrice Aëtius, pour lui demander des secours: Aëtius les lui promit, et le saint retourna à Orléans.

« Cependant les assiégeants faisaient tous leurs efforts pour se

« rendre maîtres de la place; déjà, ils avaient renversé une partie

« de la muraille avec leurs machines et se préparaient à livrer un as-

« saut général , lorsque saint Aignan monta sur le rempart , et après

« une courte et ardente prière, qu’il fit les genoux en terre, il cra-

« cha sur les ennemis, et, au même temps, comme si cette action

« eût été un signal qui commandât au ciel et aux éléments de s’ar-

« mer en faveur des assiégés , il survint une pluie et une tempête si

« horrible, que pendant trois jours qu’elle dura, les barbares, bien

« loin de pouvoir rien entreprendre , à peine pouvaient-ils s’entr’a-

« percevoir les uns les autres. Presque tout leur camp fut noyé d’eau.

« Leurs tentes furent abattues par la force des vents , et plusieurs

« d’entre eux frappés de la foudre. »

Cependant ils persistèrent dans leur entreprise ; les troupes des barbares 'se rallièrent; Orléans était menacé de toutes les colères du roi des Huns. Sou évêque lui rendit le courage et lui promit que Dieu ne l’abandonnerait pas dans le péril où elle était. Il se renferma avec son peuple dans les hautes murailles de la ville, et il l’invita à faire pénitence. Aëtius , avant de se mettre en marche , fit la paix avec les Francs, les Bourguignons et les Visigoths, et il leur conseilla d’uifir leurs forces contre l’ennemi commun.

Cette politique fut comprise, et on marcha en toute hâte vers Orléans.

Les habitants voyaient avec effroi crouler leurs murailles sous l’effort des machines de guerre du roi des Huns. Aignan les engagea à implorer avec lui le Dieu Tout-Puissant. Leurs prières semblaient se briser contre un ciel d’airain. La ville était réduite aux dernières extrémités; on perdait toute espérance de secours; on parla de capituler.

Alors le saint évêque,* fort de l’appui de Dieu, revêtu de ses ha-

bits sacerdotaux , alla trouver Attila , l’adjura d’avoir pitié de tout un peuple au désespoir , et le menaça de la colère céleste , s’il se montrait barbare envers les vaincus.

Ces remontrances et ces prières ne touchèrent pas le cœur d’Attila.

Il répondit sévèrement qu’il avait résolu de faire mourir les habitants et de réduire la ville en cendres ; mais que, par considération pour Aignan, il se contenterait de piller leurs biens et de les emmener en captivité.

Le saint se retira dans la ville, portant cette cruelle réponse k ceux qui n’espéraient plus qu’en lui ; il pleura avec eux sur leurs malheurs, et promit k ce peuple désolé que la puissance divine se manifesterait en leur faveur.

Le lendemain, Attila entrait dans la ville ; déjà les quartiers étaient désignés pour le pillage , lorsqu’on vit un nuage de poussière se lever a l’horizon; c’était l’armée romaine, réunie aux Francs et aux Goths.

Comme l’avait prédit Aignan, le secours arrivait: Mérovée, roi des Francs, était k la tête des siens. Attila leva le siège, s’enfuit et fut défait dans les plaines de la Champagne, ou dans celles delà Sologne: in campis catalaunicis , ou in campis secalaunicis. 11 est plus probable que cette défaite des Huns eut lieu en Sologne.

Peu de temps après ce grand événement, saint Aignan mourut le 17 novembre 455. C’est le jour où l’Eglise célèbre sa fête. Il fut enterré dans l’église de SainULaurent, dont il avait été abbé. Son corps a été transféré depuis dans l’église Saint-Pierre, qui est devenue, après cette translation , la collégiale de Saint- Aignan.

Orléans devait être sauvé deux fois; la première, par un saint prélat, la seconde, par une vierge dont il a placé l’image sur une de ses places publiques, Jeanne d’ Arc, la pucelle d’Orléans. Une autre vierge avait aussi sauvé Paris des fureurs d’Attila , c’était la bergère de Nanterre, sainte Geneviève, qui n’avait que sa houlette k opposer ' au roi des Huns.

Au commencement de l’épiscopat de saint Aignan, Agrippin, gouverneur d’Orléans, recouvra la santé par l’intercession du saint prélat. Agrippin, en reconnaissance de sa miraculeuse guérison, rendit la liberté k tous les prisonniers qui figurèrent dans les cérémonies de rentrée

de saint Aignan dans sa ville épiscopale. Depuis, un privilège particulier, détruit à la révolution, avait accordé aux évêques d’Orléans le droit de délivrer les criminels le jour de leur entrée solennelle. Dans la suite , cette cérémonie acquit une pompe encore plus grande : quatre barons du duché d’Orléans étaient obligés de porter , sur leurs épaules, l’évêque assis sur son trône.

Le saint lit encore des miracles après sa mort; son tombeau jouissait d’une immense réputation. Les légendes ne tarissent pas sur les bienfaits dont il combla la ville. 11 rendit vivant à sa mère un fils noyé par imprudence , guérit les aveugles et les paralytiques , délivra de la prison un criminel qui l’avait invoqué et se repentait de ses crimes, et chassa le malin esprit. En 1428, lors du siège d’Orléans, il apparut, avec saint Euverte, aux assiégés, pendant que Jeanne d’Arc combattait l’ennemi.

« Ce n’est pas seulement, dit Hubert, en cette importante occasion que notre ville d’Orléans a ressenti des effets avantageux de la vertu de ce grand saint. Elle l’invoque tous les jours, avec fruit, dans les nécessités publiques, et particulièrement dans les temps de sécheresse , pour obtenir de Dieu , par son intercession, la pluie nécessaire à l’accroissement et à la perfection des fruits de la terre. »

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