‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 87 sur 145 · P. DE LA MAIRIE · texte numérisé non relu

P. DE LA MAIRIE

SAINT LIPIIARD , abbé de Meung-sur-Loire.

Vers la tin du règne de Clovis florissait, au diocèse d’Orléans, le bienheureux saint Liphard. Il était fils de Rigomer, petit prince ou roitelet de la ville du Mans, que le roi des Francs sacrifia il sa criminelle ambition.

Liphard naquit dans l’illustre et savante cité d’Orléans, et s’adonna, dès ses jeunes années , à l’étude des lois. Il était en grande vénération dans sa ville natale, dont il devint juge ou gouverneur. Ses mœurs honnêtes, sa conversation agréable , sa belle prestance, et surtout la douceur de son caractère, lui avaient concilié tous les cœurs. A l’âge de quarante ans, touché de la grâce, il entra dans les ordres et fut ordonné diacre. Il y avait alors , à cinq mille pas de la ville , un antique château qui avait été renversé de fond en comble durant la

guerre d’Attila. Ce lieu, appelé Magdunum (aujourd’hui Meung), était désert et couvert d’épaisses forêts .

Liphard se retira dans cette solitude, accompagné seulement de son disciple Urbice , et bâtit une petite cabane de feuillage sur les bords de la rivière des Maulves. Revêtu d’un sac et d’une haire , il se contentait par jour d’un petit pain d’orge d’une once, qu’il pétrissait lui-même, et tous les trois jours h peine, il étanchait sa soif avec quelques gouttes d’eau. Mais en récompense de ses privations, Dieu donna au pieux solitaire le don des miracles.

A quelque distance de l’ermitage un serpent énorme avait établi son repaire. Il inspirait une telle frayeur aux habitants des villages voisins que personne n’osait approcher de la forêt. Liphard seul et son disciple allaient sans crainte h la fontaine voisine pour y puiser de l’eau. Un jour, pourtant, Urbice se trouva face à face avec le monstre, et, saisi de terreur, il prit la fuite. Liphard lui dit en souriant : « Pourquoi « as-tu eu peur, homme de peu de foi? » Et, lui donnant son bâton: « Va, dit-il, et fiche-le en terre. » Urbice obéit: le serpent vint s’enrouler autour de cette baguette qui, semblable â la verge de Moïse, tua sur le coup cette bête malfaisante.

Or, les démons qui habitaient dans le corps du dragon se répandirent dans l’air en vociférant: « Grâce, s’écriaient-ils, grâce, Lift phard, serviteur de Dieu! » Les échos retentirent de leurs cris; les paysans épouvantés accoururent et trouvèrent le saint anachorète en prière près du monstre inanimé.

La nouvelle de ce prodige se répandit au loin, et Marc, évêque d’Orléans, en entendit parler pendant son séjour à Cléry. 11 se rendit lui-même auprès du saint ermite, et, à la suite d’un entretien édifiant, il l’éleva au sacerdoce et lit construire une petite église sur l’emplacement de son humble cellule.

La renommée de Liphard y attirait un grand nombre de pèlerins. Un jour d’hiver, un méchant homme ayant caché scs habits dans un trou de la montagne de Meung , vint tout nu demander au saint des vêtements pour couvrir sa nudité. Mais l’homme de Dieu , qui avait eu connaissance de cette ruse par l’Esprit-Saint, envoya un de ses moines quérir les habits que l’hypocrite avait cachés, et quand il arriva lui demander l’aumône : « Pourquoi , malheureux ! lui dit-il ,

« os-tu cherché à tenter Dieu? n’étais-je pas là quand tu l’es volé « toi-même? » et il lui rendit ses propres vêtements. Le mauvais pauvre, voyant qu’il était découvert i se retira tout confus.

Averti par un songe de la mort prochaine de Théodomir , abbé de Mici, Liphard se rendit en toute bute à ce monastère, pour assister à ses funérailles, et il eut la consolation, en veillant auprès du corps de ce saint abbé, de voir son âme monter au ciel.

Lui-même eut le pressentiment de sa tin prochaine, et, réunissant autour de lui ses bien-aimés disciples, il leur lit ses derniers adieux. Puis, appelant Lrbice à part, il le désigna comme son successeur , et lui remit la garde de son troupeau. Pendant la nuit, au milieu des prières et des larmes des assistants, son âme s’envola de sa prison terrestre. L’évêque d’Orléans vint lui-même célébrer ses funérailles. Liphard fut enterré dans l’église du monastère de Magdumm , et sou corps y demeura jusqu’en l’année 1105, où ses reliques furent transférées dans l’église de Saint-Pierre de Meung. Les miracles qui eurent lieu pendant la cérémonie de sa translation et tous ceux dus à l’intercession du saint âbbé ont été mentionnés dans un procès-verbal qui se trouve dans les annales de l’ordre de Saint-Benoit, à la suite de la vie de saint Liphard.

SAINT LYÉ , solitaire de Beauce.

Saint Lyé, en latin Lœtus , naquit sur le territoire de Bourges, sous le règne de Clovis ou de son successeur Clotaire , roi de Soissons.

Sa naissance fut obscure, selon le monde. Son père, nommé Sidéric,

était de basse extraction ; sa mère, dont le nom est inconnu , était de même condition. Mais ils craignaient Dieu , ils étaient vertueux , ils prirent un soin particulier de l’instruction et de l’éducation de leur fils; en lui donnant l’exemple de la fidélité à tous les devoirs de la religion, ils lui en rendirent la pratique plus facile; enfin ils lui laissèrent une entière liberté de suivre son penchant pour la vie monastique. Quand Lyé eut atteint l’âge de discernement, il leur déclara qu'il voulait embrasser l’état vers lequel le poussait un attrait mer-

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veilleux , et , avec leur consentement , il se sépara d’eux pour tou-

jours. <

Alors fiorissait, dans le diocèse de Bourges, entre cette ville et Orléans, une pieuse communauté dirigée par un saint abbé nommé Tréjécius. Ce fut à lui que s’adressa le jeune Lyé. La légende insérée dans le Bréviaire d’Orléans dit que le jeune cénobite se distinguait par la douceur de son esprit, la simplicité de ses mœurs et son amour pour les choses divines.

Lyé était déjà élevé au diaconat, qui est le plus haut degré où il ait consenti à parvenir, quand la rage de ses envieux se déchaîna contre lui. Ils firent une sorte de violence au saint abbé Tréjécius pour l’engager à éprouver une vertu qu’ils prétendaient n’ètre qu’apparente. Ils lui proposèrent d’envoyer Lyé garder les troupeaux du monastère dans un vaste désert. Le supérieur y consentit, dans la seule vue de manifester l’innocence de son bien-aimé disciple , et le saint embrassa avec joie cette heureuse occasion de pratiquer l’obéissance et la mortification. Ses accusateurs le conduisirent eux-mêmes dans le lieu désigné ; et Dieu, qui voulait confondre leur malice, accorda à son serviteur le don des miracles. Lyé en fit deux en leur présence. D’un signe de croix, il mit en fuite des bêtes féroces qui se rencontrèrent sur son chemin, et dont l’aspect avait glacé d’horreur ses compagnons; ensuite, par la vertu du même signe, il guérit des aveugles et des boiteux, qui lui demandaient l’qumône a l’entrée d’un village. Ses rivaux retournèrent au monastère dans l’admiration de ce qu’ils avaient vu; ils racontèrent à leur supérieur les prodiges dont ils avaient été témoins et publièrent la sainteté du serviteur de Dieu. Tréjécius, qui n’en avait jamais douté, rappela bientôt Lyé auprès dè lui et lui témoigna plus d’estime et plus d’affection que jamais.

Peu de temps après son retour, il résolut de quitter une maison où il se trouvait trop honoré , pour entrer dans une communauté où il fut entièrement inconnu. Le désir d’avancer de plus en plus dans le chemin de la perfection à laquelle il ne se croyait pas arrivé, était encore un motif plus puissant pour l’y déterminer. La réputation de l’abbaye de Mici , fondée vers 499 , sur les confins d’Orléans , eulre la Loire et le Loiret , par Clovis-le-Grand , nouvellement converti à la foi , et surtout la renommée de saint Mesmin, son second abbé, lui

avaient inspiré la résolution d’aller à cette laineuse école de pénitence et de perfection. Il partit secrètement pour la célèbre communauté. Mais le saint abbé, qui ne voulait pas priver Tréjécius d’un moine si fervent et si exemplaire , ou du moins recevoir son disciple k son insçu et malgré lui, ne retint Lyé auprès de lui que le temps nécessaire pour lui apprendre les règles et les exercices de la maison ; ensuite il le renvoya k son supérieur en attendant sa réponse. Lyé demanda et obtint la permission de quitter une communauté dont il faisait les délices et l’ornement, et aussitôt il se dirigea vers Mici.

Là , il retrouva un compatriote , un frère dans la personne de Viatre, qui avait été, comme lui, disciple de Tréjécius. Il renoua avec lui les liens d’une sainte amitié , et tous deux s’attachèrent k un autre vertueux cénobite nommé Avit, né aussi k Orléans, selon le Bréviaire du diocèse. Ils marchaient avec une noble émulation dans la voie des vertus chrétiennes et monastiques; ils s’éclairaient, se soutenaient et se fortifiaient les uns les autres par des colloques intimes, des encouragements et des exemples bien plus efficaces que toutes les paroles. Lyé, confus des distinctions que lui attiraient ses vertus, prit une seconde fois le parti de la fuite. Il ne fut pas le seul a prendre cette décision , Viatre et Avit partagèrent ses sentiments. Ce qui les avait confirmés dans ce dessein , c’était la lecture d’un passage de la Sainte-Écriture dont ils avaient été singulièrement frappés. Ces paroles de l’Apôtre : « Aucun de ceux qui combattent pour Dieu ne « s’embarrasse dans les affaires de ce siècle » , furent comme la sentence qui les bannit d’une solitude où il leur semblait retrouver la gloire et les honneurs du monde qu’ils avaient fui. Les trois saints (car Viatre et Avit sont eux-mêmes honorés comme tels) partirent donc secrètement. Ils se retirèrent dans un désert de la Sologne, où, plus tard , fut construit le village de Tremblevif. Lk , inconnus au monde, ils passaient tout leur temps dans la prière et la pénitence. Mais ils furent bientôt troublés dans leur saint repos. Les religieux de Mici étaient affligés de la perte de leurs frères les plus fervents, que rendit encore plus sensible la mort de leur père. Saint Mesmin venait d’expirer ; la communauté, qui voulait lui donner un digne successeur, crut pouvoir le trouver dans la personne de l’un des trois fugitifs. Elle envoya k leur recherche ; on les trouva dans leur

chère solitude, que Yiatre ne voulut jamais abandonner. Avit fut ramené malgré lui et mis à la tête de la communauté par l’autorité de Léonce , évêque d’Orléans.

Après cette douloureuse séparation , Lyé s’enfuit dans un autre désert. Il passa la Loire, près d’Orléans, et alla se cacher dans les profondeurs de la forêt, non loin de la voie romaine d’Autun à Paris, par Orléans et Saclas. C’est probablement à quoi son historien fait allusion en disant qu’il s’établit au lieu de Viatoria , dans la forêt aux Loges (1). Un bois sombre et touffu, où personne n’avait encore pénétré, ou un monceau de ruines, fut remplacement que choisit saint

Lyé pour sa retraite. Il s’y construisit une cabane dont la place est

marquée aujourd’hui par un petit massif d’arbres appelé Y Ermitage. C’est là qu’il passa les dernières années de sa vie, au milieu des plus rigoureuses macérations. Pour nourriture , il ne se permettait que des herbes sauvages crues et sans assaisonnement. Pour breuvage, il n’avait que de l’eau pure, dont il se privait souvent, afin d’endurer le tourment de la soif. Tout le temps qu’il ne consacrait pas à la prière vocale et à la méditation , il le donnait à la lecture des saintes Ecritures, qu’il faisait toujours à genoux.

Dieu se plaisait à déjouer celte persévérance de son serviteur à mener une vie inconnue au monde; il le découvrit encore cette fois. Un jour, le pieux ermite entendit une voix qui criait à la porte de sa cellule: et Lyé, lévite de Jésus-Christ, ouvrez-moi votre porte et « donnez-moi entrée chez vous. » Il crut d’abord à une ruse du démon; mais s’étant adressé à Dieu dans la prière, il connut , par une révélation intérieure , que la personne qui l’appelait ne lui tendait point un piège , et qu’elle avait besoin de son secours. 11 ouvrit , et vit un possédé dont il chassa le malin esprit. En vain il lui défendit de publier le prodige opéré en sa faveur ; la reconnaissance dont cet homme était pénétré ne lui permit pas de garder le silence. Dès lors, la cellule de Lyé fut le rendez-vous de tous les infirmes de la contrée,

(1) Il parait que ce lieu était alors inhabité; mais il fut sans doute peuplé, soit avant l’invasion des Barbares, soit peu de temps après la mort du saint ; des débris plastiques et céramiques de la période romaine, trouvés dans les environs de l’église actuelle, en font foi. Cette partie de la forêt est ù 17 kilomètres d'Orlédns et à 6 de Neu ville-aux-Logcs.

et l'humilité du saint cédant h sa charité , ils étaient tous guéris par Pimposition de ses mains. •

Le vénérable serviteur de Dieu reçut ensuite une visite plus consolante pour son cœur. Dieu lui envoya son premier père spirituel , Pabbé Tréjécius, qui, du fond de sa solitude, avait appris les miracles opérés par son ancien disciple ; il vint le visiter avec quelquesuns de ses religieux, dans Pintention dépasser quelques jours auprès de lui. Mais dans quel état Tréjécius trouva-t-il ce Dis bien-aimé qui avait fait si long-temps son bonheur? "Réduit à une maigreur affreuse , exténué de macérations , et plus semblable h un cadavre qu’à un homme vivant, tel Lyé apparut aux yeux du bon vieillard, qui eut peine à le reconnaître. En vertu de l’autorité que lui donnait son âge, il crut devoir lui adresser des reproches sur l’excès de ses mortifications , et lui donner de sages avis ; mais le bienheureux anachorète 11e voulut jamais consentir à diminuer ses austérités. L’Esprit divin qui inspirait à Tréjécius les conseils d’une charité compatissante, inspirait également à notre inflexible pénitent une haine toujours croissante pour cette maison de boue qui le séparait de Dieu et retardait son entrée au séjour du bonheur. Déjà Lyé touchait au terme de sa carrière. Dieu n’avait amené Tréjécius dans sa retraite, comme autrefois saint Antoine dans celle de l’ermite Paul, que pour recueillir ses dernières paroles , recevoir son dernier soupir et rendre à sa dépouille les derniers devoirs de la sépulture. La maladie du saint ne dura que quelques jours ; elle n’avait presque rien à faire pour briser un corps déjà usé par tant de rigueurs. Tréjécius, qui était revêtu du caractère sacerdotal, entouré de ses religieux , donna à Lyé les sacrements d’eucharistie et d’extrême-onction , que celui-ci reçut avec les plus vives démonstrations de joie et de dévotion. Le moribond se joignait aux assistants dans les récitations des cantiques et des psaumes; quand la voix lui manqua, ses lèvres s’efforcèrent encore de murmurer une prière. Ce fut dans ces sentiments , entre les mains de son premier maître dans la science du salut , que Lyé rendit son âme à son Créateur , le 3 ou le 0 novembre de l’année 333.

Son historien raconte que les assistants furent dans l’admiration à * la vue d’une si sainte mort , que les précieux reflets du bonheur dont son âme jouissait déjà réjaillissaient jusque sur ce même corps ma-

céré par tant de pénitences, et déjà presque glorifié sur la terre. Tréjécius ensevelit saint Lyé dans le tombeau qu'il s’était, lui-même creusé. Plus tard, une chapelle fut bâtie sur son sépulcre.

La mémoire du saint anachorète est en grande vénération dans les villages de la Beauce , et son tombeau , où se sont opérés de nombreux miracles,' est, de temps immémorial, l’objet d’un pieux pèlerinage qui a lieu tous les ans, le lundi de la Pentecôte, et attire autour de sa châsse un immense concours de fidèles.

L'abbé MAITRE.

SAINT LOMER , abbé au diocèse de Chartres .

Saint Lomer, ou Laumer, né de parents peu élevés, selon le monde, mais bons chrétiens, reçut le jour dans le village de Neuville-la-Mar, au diocèse de Chartres, sous le règne des enfants de Clovis. Il passa les premières années de sa vie à conduire les moutons de son père. Un bon prêtre, nommé Chérimir, fut chargé de son éducation. Il le trouva déjà tout accoutumé au jeûne , a la patience et à l’aumône même, par l’habitude qu’il s’était faite, tout petit, de distribuer aux pauvres ou aux enfants qui gardaient les troupeaux avec lui les deux tiers de ce que ses parents lui donnaient pour sa nourriture.

Rien ne manquait dans la maison de Chérimir, ni pour les instructions , ni pour les exemples : cependant il conçut le dessein de se retirer dans une solitude. Pendant qu’il méditait sur les moyens de sa retraite , il se vit engagé dans la cléricature et promu ensuite à la prêtrise , sans pouvoir s’en défendre. Il fut même pendant quelque temps économe ou cellerier de l’église de Chartres: mais il regardait cet office comme un lien qui le retenait dans le monde, et il le rompit sans bruit pour aller jouir de Dieu dans la solitude. Il se retira secrètement dans une forêt du Perche , où, s’étant bâti une petite cabane avec des brandies d’arbre entrelacées, il ne songea qu’à vivre de Dieu dans sa contemplation. Il ne demeura pas long-temps caché dans

cette obscurité. Des voleurs qui vinrent un jour dans sa cabane pour

le dépouiller , et dont ses remontrances changèrent les dispositions , publièrent partout ses vertus. De toutes parts on accourut vers lui , pour vivre sous sa discipline; des cellules furent construites autour

de la sienne, et bientôt il se forma dans cette forêt une sorte de monastère qui devint celui de Bellomer , occupé plus tard par les filles de Tordre’ de Fontevrault. La sainteté de Lomer et ses miracles excitèrent Tadmiration universelle, et comme son humilité ne pouvait souffrir la réputation qu’ils lui acquéraient, il résolut, avec ses frères, de changer secrètement de lieu et alla habiter, à six lieues de Chartres, un ermitage désert. Il en rétablit les ruines, et par les libéralités du seigneur du lieu , en fit un monastère considérable qui fut successivement l’abbaye de Corbion , puis le prieuré de Saint- Lomer-le-Moutier.

Il vivait d’aumônes, mais en usait avec réserve et désintéressement. On raconte qu’un gentilhomme nommé Ernoald; se trouvant a l'extrémité, lui envoya quarante pièces d’or; mais Dieu lui ayant fait connaître que cet argent avait été acquis par des voies injustes, il le renvoya a Ernoald , en le priant de le reprendre.

Sur la fin de ses jours, il fut instamment sollicité par Pappole, évêque de Chartres, de revenir à la maison épiscopale. Il ne put refuser, mais il tomba malade peu de jours après, et, l’évêque étant venu • , *

le voir aussitôt, il lui fit connaître que son heure était proche et qu’il en remerciait Dieu comme d’une grâce singulière, parce qu’il n’aurait pas la douleur de voir les maux qui devaient accabler la ville de Chartres. Le saint ajouta que Pappole le suivrait de près et ne verrait pas la ruine de la ville: cette double prédiction se réalisa. Plusieurs années après leur mort, Tan 600, les troupes de Thierry et de Théodebert, qui faisaient la guerre à Clotaire II, prirent et saccagèrent la ville de Chartres.

Le corps du saint fut enterré dans un faubourg de Chartres , dans l’église de Saint-Martin-en-Vallée, près de celui de saint Lubin. Les religieux de Corbion, affligés d’être privés des dépouilles de leur saint abbé, vinrent, soixante-huit ans après, enlever ses reliques et les transportèrent a Corbion, malgré les habitants de Chartres qui envoyèrent inutilement des archers pour les recouvrer. Plus tard, se voyant trop exposés aux insultes des Normands , ils sortirent de Corbion avec le corps de saint Lomer; ils se retirèrent près d’Avranches, puis au Mans, et enfin à Blois, où ils s’établirent en 874. Ils y fondèrent le monastère de Saint-Lomer, sous la règle de Saint-Benoît.

Ce qui restait de saint Lomer, a Blois, fut brûlé et jeté au vent en 1567, par les huguenots, hors un bras détaché que Ton sauva de leur fureur. On prétend que la tête du saint est à Massiac , en Auvergne. ' •

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