‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 93 sur 145 · G. DILLON · texte numérisé non relu

G. DILLON

L’abbé BLANCHET (François).

Nous aurions voulu pouvoir réunir dans un même article les Oreste et Pylade de la médecine et de la littérature , Bouvard et l’abhé Blanchet. — Nous avons déjà parlé du premier. Blanchet , son compatriote , était d’Angerville , près de Chartres. Ses parents , peu fortunés, s’imposèrent des sacrifices pour lui faire commencer ses études, qu’il vint finir à Paris, au collège Louis-le-Grand. En 1724, il entra au noviciat des Jésuites, pour en sortir bientôt, mais il n’en conserva pas moins l’estime de ses maîtres et resta l’ami des PP. Brumoi, Boujeant et Castel.

Il se livra d’abord à l’instruction publique et professa avec distinction , dans deux collèges de province, les humanités et la rhétorique. Sa santé, qui dépérissait sensiblement, le força de se livrer aux éducations -particulières; ses amis faisaient tous leurs efforts pour améliorer sa position; mais leur bonne volonté échoua devant son indécision et ses scrupules. M. de Chavannes lui fait avoir un canonicat dans la cathédrale de Boulogne-sur-Mer; il part, et dans sa première lettre : « Me voilà donc arrivé à Boulogne , dit-il ; il ne s’agit « plus que de savoir si j’y resterai; c’est ce qu’un mortel ne saurait « décider. » Son chapitre le pressait d’entrer dans les ordres. Blancliet eut cela de commun avec Nicole , son illustre compatriote , qu’il ne se croyait pas digne d’être prêtre ; il donna sa démission entre

les mains de M. de Mirepoix , et, délivré de son canonicat, il reprit, ce qu’il appelait, en riant, son collier de misère : « Puisqu’il faut ra- <( mer, disait-il, je rame d’assez bonne grâce et même assez gaiment. »

Cependant il s’honora constamment du titre de précepteur. Il tenait tant à cette profession , jadis si révérée , qu’il y retombait comme à son véritable centre; il ne la quitta qu’à regret, car il aimait ses élèves et en était adoré. Sa bienveillance s’étendait jusqu’aux enfants et aux petits-enfants de ses disciples ; il versa des larmes de joie lorsqu’il apprit les succès de M. Hérault de Séchel les , et célébra , dans l’épitaphe suivante , la mort glorieuse du comte de Gisors :

Content d’avoir servi ma patrie et mon maître,

Je meurs au bord du Rhin.

J'étais déjà Bayard , ne }>ouvant encor être Dunois ou Duguesclin.

La vie de l’abbé Blanchet eut cela de remarquable, qu’il fut luimême le principal obstacle à sa fortune. On le nomme interprète à la bibliothèque : après avoir réfléchi, il va trouver M. Bignon, qui lui déclare que cette place était une récompense et non un emploi. On venait de le faire interprète, à la condition de ne rien interpréter; on le nomma censeur, à la condition de ne rien censurer : mais, cette fois, il refusa la pension. Encouragés par celte victoire remportée sur les répugnances de l’intraitable abbé, ses amis le firent nommer garde des livres du cabinet du roi, à Versailles; il réussit dans cette situation délicate , même au gré des courtisans, dont il repoussa poliment les avances.

Ses souffrances avaient altéré son caractère. Devenu sombre et mélancolique, il aimait la solitude et périssait d’ennui et de chagrin, comme il le déclare lui-même dans ses lettres. Recherché dans la société , pour la douceur de son commerce et l’aménité de son esprit, il ne s’y montrait que sous des dehors aimables : Tel que je suis , il faut que je me supporte ; mais les autres y sont-ils obligés ? disait-il.

Il ne s’en tenait pas aux simples devoirs de bienséance. Cet homme, dont les infirmités précoces avaient considérablement altéré l’humeur et diminué l’activité, retrouva toujours, dans le besoin de servir ses amis , un principe de vie qui le rendait infatigable.

Il se retirai Saint-Germain-en-Laye , où il languit dix-sept ans , et mourut, le 29 janvier 1784, âgé de quatre-vingts ans.

Loin de l’aflliger par des reproches inutiles , ses amis excusaient les faiblesses d’un esprit maladif et impressionnable. Il était naturellement paresseux : « Vous ne sauriez croire, écrivait-il à Bouvard , « combien c’est un rude exercice pour moi que de manier une plume; « il y a des jours où j’aimerais mieux faire deux lieues à pied que « d’écrire deux lignes. » Il ne haïssait rien tant que les besognes pressées. Il fit un voyage en Angleterre ; le duc de *** , alors ambassadeur, se trouva pressé de joindre, à une dépêche importante , la traduction de quelques discours prononcés au Parlement. Il partage cette tache en trois parties et envoie la troisième à Blanchet , qui savait très-bien l’anglais. Le pauvre abbé voit arriver à l’improviste le paquet de l’ambassadeur ; dès qu’il eut appris ce qu’on lui demandait, il s’écria : « O ciel ! comme on me traite !... c’est justement le jour <c de ma blanchisseuse ! et l’on me charge comme un baudet. —

« Que faire,. que devenir dans ce maudit pays! # — Il fit ses

malles et se sauva. Le duc le plaignit et ne l’en aima pas moins.

Malgré ces caprices et quelques boutades, Blanchet était ce qu’on peut appeler un excellent homme. S’il fuyait quelquefois ses amis les plus intimes , ce n’était que par égard pour eux-mêmes et de crainte

de les affliger ; aussi remarquait-on qu’il ne se montrait guère qu’a-

vec sa belle humeur et son bel habit.

Dusaulx, son éditeur, raconte une anecdote assez curieuse en ce qu’elle fait voir le degré d’intimité qui existait entre Bouvard et Blanchet. Bouvard tomba malade, et, se voyant à toute extrémité, il dit à Blanchet : « Du caractère dont je le connais, tu ne feras jamais fortune; il y « a grande apparence que je n’irai pas loin, et, quand je serai mort, « que deviendras-tu ? » L’abbé voulut répondre , le malade lui imposa silence avec cette rudesse apparente, sous laquelle se cachait sa bonté, et continua : « J’entends quç, ta vie durante, tu jouisses des « dix mille écus que j’ai gagnés. . . Ne t’effarouche pas , le fonds « retournera à ma famille. » Bouvard guérit. Blanchet racontait luimême ce fait à la duchesse d’Aumont : « Ce que je viens de vous « dire. Madame , n’est rien en comparaison de ce qui suit, disait-il « en pleurant : quand mon pauvre Bouvard fut hors de de danger ,

« est-ce que je ne le trouvai pas tout honteux d’en être revenu ! »

On rapporte un trait qui peint sa scrupuleuse probité : « Dès « qu’il eut hérité du petit bien de ses pères , son premier soin fut de « compulser ses papiers de famille, pour voir s’il n’y avait point « d’injustice a réparer. Un compte de tutelle, auquel il ne eompre- « nait rien, lui tourna la tête. Quoique le compte fût en règle, il « s’obstina à se croire redevable. Les artifices de celle à qui il avait (( affaire augmentant sa perplexité , il ne fut tranquille que lorsqu’il « eut payé ce qu’il ne devait point. » Cette seule action suflirait pour justifier l’application qu’on lui a faite de ces vers où on le fait parler lui-même :

Puis-je espérer de vivre au temple de mémoire?

Mais qu’importe, après tout ; dans le siècle où je vis ,

Je fais, grâces au ciel , tout le bien que je puis;

Le vrai bien peu connu , peu vanté dans l’histoire ;

Je remplis mes devoirs, je règle mes désirs.

J’aime la gloire, enGn , plus que les vains plaisirs.

Et la vertu plus que la gloire.

Blanchet est l’auteur des Variétés morales et amusantes , et des Apologies et Contes orientaux. Ces deux recueils prouvent de l’esprit et du goût : ou y remarque le mérite d’une vraie composition et la sûreté du trait. Il avait ce que Montaigne appelle l’esprit primesautier , c’est-à-dire qu’il attaquait le but du premier coup. « Quant « à la diction, dit Dussaulx, le négligé des grâces lui plaisait « beaucoup plus que toutes leurs parures. Ses écrits, traductions « ou compositions, portent le même caractère d’un goût sûr et d’une « pureté de style qui rappelle le siècle de Louis XIV . » On a encore de lui : Vues sur l’éducation d'un prince , et une ode contre les incrédules.

Il a composé beaucoup de vers, mais on n’en a conservé qu’un petit nombre. Il ne les communiquait qu’à son ami Bouvard, à condition de ne pas en laisser prendre copie ; à mesure qu’il recouvrait ses vers , qu’il avait tant aimés , il les brûlait, en se comparant au dieu Saturne qui dévorait ses enfants. On a cependant de lui quelques poésies d’un genre délicat et agréable, dont la plupart furent attribuées aux meilleurs poètes du temps, qui ne s’en défendaient pas-

A ce sujet, Blanchet disait en riant : Je suis charmé que les riches adoptent mes enfants .

L’abbé Blanchet étudia long-temps et n’oublia rien. Il s’attacha surtout a l’art de bien dire , tant en prose qu’en vers ; cet art , en fait de littérature, lui paraissait la clef de tous les autres. Il s’y disposa par la lecture des bons auteurs latins, italiens, espagnols et anglais, et, pour se perfectionner, il eut recours au moyen le plus sûr : il se mit a traduire , ce qu’il appelait verser du français dans les moules des anciens. Il s’essaya d’abord sur Tite-Liveet Tacite, qu’il traduisit avec plus de force que d’élégance. — Il n’en reste que deux morceaux : V Histoire de la famille d’Iliéron et la Conjuration de Pison contre Néron. — Mais il excelle surtout dans les contes , et peu d’hommes ont poussé à un si haut degré le talent de raconter avec grâce et de donner une forme agréable et piquante aux moindres bagatelles.

Ch. *F. LAPIERRE.

L'abbé DESCIIAMPS (Claude-François).

Digne émule de l’abbé de l’Épée , Deschamps fut un de ces bienfaiteurs de l’humanité dont la mémoire doit durer aussi long-temps qu’il y aura des êtres disgraciés de la nature et privés des organes les plus nécessaires aux besoins de la vie. Il était né à Orléans en 1745, et lit ses études au séminaire de cette ville. « Ses progrès furent « rapides , dit l’abbé Pataud , et il annonçait les plus heureuses « dispositions, quand des tracasseries jésuitiques le forcèrent d’a- « bandonner un ministère que , dans la suite , il ne voulut jamais « reprendre. »

A cette époque, un Espagnol, Pereira , jouissait d’une grande réputation par le succès qu’il avait obtenu dans ses efTorts pour améliorer la situation des sourds-muets. Le hasard fit connaître à Deschamps un élève muet de naissance, en qui Pereira avait créé la faculté de parler. Ce miracle de l’art le frappa au point qu’à l’instant sa vocation fut décidée. Fortune, talent, existence, il consacra tout à l’éducation des sourds-muets.

Ce fut particulièrement à ceux de la classe ouvrière qu’il s’attacha ; il leur donnait à la fois du pain et des leçons gratuites. Quel-

ques heureux résultats obtenus par lui, grâce k son zèle infatigable , le firent connaître à Paris; on voulut le mettre en rapport avec l’abbé de l’Épée, alors protégé parM. de Penthièvre; mais Deschamps déclina poliment cet honneur, soit par esprit d’indépendance, soit qu’il donnât la préférence au système de Pereira , qu’il pratiquait , sur celui de l’abbé de l’Épée.

Il a laissé quelques ouvrages sur sa méthode , entre autres un Cours élémentaire d’éducation à l’usage des sourds-muets , qui fut violemment attaqué : on reprocha à l’abbé Deschamps d’avoir condamné le langage des signes , en préférant , comme moyen principal , l’inspection des mouvements qu’exige l’articulation de la parole. Qu’importe la méthode si les résultats sont bons ! Deschamps n’avait pas la prétention de corriger ni d’innover. Touché du malheur de ces infortunés f dit-il dans sa préface , fai espéré leur être utile ; j’ai fait des tentatives , je les ai vu avec joie réussir; plus loin il ajoute : T ai moins voulu prouver la bonté de ma méthode qu’ouvrir une voie à celui qui voudrait être utile à la société dans une de ses classes malheureusement assez multipliée. C’était répondre d’une manière aussi modeste qu’irréfutable aux attaques de ces formalistes humanitaires , qui ne comprennent le bien que lorsqu’il s’exerce dans les limites d’un système de convention. Le Journal des Savants , mieux éclairé, rendit hommage au pieux sacerdoce exercé par l’abbé Deschamps. Il mourut, pauvre et obscur, en 1791 : quelques amis seulement et ses élèves pleurèrent sa mort.

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PATAUD (François), chanoine.

Les parents de ce savant ecclésiastique jouissaient dans le commerce d’une réputation d’honneur et de probité acquise par la pureté de leurs mœurs et la loyauté de leurs relations.

François Pataud, né k Orléans en 1732, se destina d’abord h la profession de son père , qu’il exerça pendant plusieurs années. Mais son goût pour l’étude et les encouragements de quelques hommes de mérite le décidèrent à embrasser l’état ecclésiastique. Doué d’une rare facilité et d’une mémoire prodigieuse , il occupa avec succès les prin-

cipales chaires des églises de l’Orléanais. M«r Rousseau, évêque d’Orléans , ne tarda pas à apprécier les talents et les vertus de l’abbé Pataud et s’empressa de les utiliser en l’appelant à des fonctions qu’il devait remplir si dignement. C’est à lui que fut confiée, en 1809, l’importante mission de replacer les bases de l’éducation publique sur les idées religieuses et morales; il s’en acquitta de manière à mériter l’estime générale.

Comme nous l’avons dit plu$haut, une mémoire prodigieuse aidait ses dispositions pour les belles-lettres. On raconte qu’étant allé entendre, par défi, le sermon du missionnaire Beauregard, alors chargé d’une station de carême a Orléans, il le répéta le lendemain dans la paroisse dont il était vicaire; Beauregard convint lui-même que deux expressions seulement avaient subi une légère altération.

Il savait le latin, l’anglais, l’italien; il put ainsi augmenter considérablement ses connaissances littéraires et se livrer avec succès à celle de l’histoire; celle de France, et plus particulièrement celle de sa proprovince, furent le constant objet de sa prédilection.

A l’époque de la révolution, où les fonctions sacerdotales étaient iuterdites par les lois révolutionnaires, il les remplaça par celles d’instituteur et se chargea de l’éducation de quelques jeunes gens; mais à peine les églises furent-elles rouvertes par le concordat de 1801 qu’il reprit son état de prédilection et l’exerça jusqu’il sa mort, arrivée en 1817.

« Sa piété raisonnée, dit M. de La Place, dans l’éloge qu’il fait de « l’abbé Pataud , n’eut jamais rien d’austère. Doué d’un caractère « enjoué, il portait au sein de la société cette gaîté et cet abandon « qui en font le charme. Sa conversation , nourrie d’anecdotes et de « citations qu’il avait l’art de placer à propos, faisait les délices de « ses réunions d’amis, les seules qu’il recherchât. Il était né avec « une imagination vive et travaillait avec une extrême facilité; peut- « être ne prit-il pas assez de soin pour donner à ses compositions « cette correction , ce fini qu’une lecture attentive ne laisse jamais « inaperçus. »

L’abbé Pataud a fourni plusieurs articles au Dictionnaire de théolo-

yie, de Y Encyclopédie méthodique et à la Biographie universelle. On

distingue parmi ses œuvres un Eloge de Jeanne d'Arc , l’un des

meilleurs discours qui aient été prononcés sur ce beau sujet. Il a fait imprimer aussi, à un très-petit nombre d’exemplaires:

Recherches historiques sur V éducation nationale et les écoles publiques de l’Orléanais; — Essais historiques sur quelques rues de la ville d’Orléans.

L’abbé Pataud avait réuni les immenses matériaux transmis par Hubert, Daniel Polluche et le magistrat Jousse, dans le dessein d’entreprendre une histoire complète de 1$ province d’après tous les manuscrits. Il a légué k la bibliothèque d’Orléans une histoire de celte ville, dont le prospectus avait paru en 1815, sous ce titre : Histoire d‘ Orléans et des principales villes du Loiret , depuis la mort de Jeanne d’Arc, précédée d'un précis historique sur la situation d’Orléans, à dater des premiers temps de la monarchie, d’après les pièces justificatives tirées des archives de la mairie, de la préfecture , de l’évêché, etc., suivie de la topographie historique, par ordre alphabétique, de toutes les communes du département du Loiret , des monuments qui les décorent , des faits particuliers qui les distinguent, des familles qui les ont illustrées , etc.

Sa mort, qui arriva en 1817, arrêta la publication d’un ouvrage impatiemment attendu par les habitants du département, à la gloire duquel il était consacré.

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L’abbé MÉRAULT (Atiianase-René).

Il existe à Orléans , près de la cathédrale de Sainte-Croix , une petite maison qui a été habitée par l’illustre Pothier. Une inscription, gravée en lettres d’or sur une table de marbre placée au-dessus de la porte, annonce que ce fut la le modeste séjour du vertueux magistrat.

Cette maison , qui avait été témoin de tant d’actes de vertu , était encore, il y a quelques années, ce qu’elle fut du temps de Pothier. Il semblait qu’elle n’eut point changé de maître. Un vieillard , h la figure vénérable, occupait alors ce même cabinet où le célèbre jurisconsulte a composé ses immortels Traités. Ce sage et digne successeur d’un autre sage était l’abbé Mérault.

Bien que né h Paris en 1744, l’abbé Mérault appartient a l’Orléanais qui le revendique par droit de reconnaissance. Entré h l’âge de sept ans au collège de Juillv , il s’y fit remarquer par son zèle et son application au travail qui furent récompensés par de brillants succès. Entraîné par une vocation d’autant plus libre que sa fortune lui permettait d’aspirer aux honneurs , il entra dans la savante congrégation de l’Oratoire, et, malgré son extrême jeunesse , il occupa une chaire de théologie au collège de Montmorency. A peine âgé de vingt-cinq ans , le jeune oralorien était nommé supérieur d’une maison de haut enseignement qui dépendait de l’Oratoire, et qu’on appelait l’Institut. Chassé, par la révolution , de cette studieuse retraite, l’abbé Mérault vint chercher un asile à Orléans, dans la famille de sa mère. Il avait trop de vertus pour échapper aux haines révolutionnaires, et, pendant la terreur, il fut enfermé dans la maison de la Croix , qui venait d’être transformée en prison. La chute de Robespierre lui rendit la liberté; il se fixa â Orléans, où il vécut modestement dans une humble demeure. Les pauvres seuls s’aperçurent que la ville comptait un bienfaiteur de plus. Enfin, Napoléon, relevant les autels brisés par l’anarchie, rappela le clergé, lui rendit ses temples et l’entoura d’un éclat qu’il regardait comme nécessaire à la splendeur de son trône.

M«r Bernier, évêque d’Orléans, pressentit les services que pourrait rendre l’abbé Mérault; il le fit nommer, en 1805, grand-vicaire de sa cathédrale et supérieur du séminaire que le gouvernement l’autorisait h fonder. Lorsqu’il remit entre les mains de M. Borna la surveillance de cette maison , sa fortune personnelle était diminuée des deux tiers. Il faisait des libéralités à humilier les princes euxmêmes, et, en 1828, il donna cinquante-cinq mille francs pour faire bâtir la maison et la chapelle des Carmélites de Blois. Héritier d’un frère qu’il avait à Paris, il vit sa fortune, que tant de largesses avaient épuisée, s’accroître tout à coup d’une manière considérable. Les pauvres seuls en devinrent plus riches.

Au milieu d’une vie si occupée , l’abbé Mérault a su trouver encore le temps de cultiver les lettres. Il existe de lui un assez grand nombre d’ouvrages d’un style clair, facile , élégant , et qui annonce une profonde conviction, en même temps qu’une piété douce et tolérante.

L’abbé Mérault est mort, le 13 juin 1835, dans sa quatre-vingtdixième année. Sa fin a été celle du juste, calme et résignée. Sa carrière fut longue et bien remplie , mais elle fut encore trop courte pour le bonheur de l’humanité.

D’éclatants hommages ont été rendus à la dépouille de cet homme de bien. Un cortège nombreux, composé de tous les ecclésiastiques de la ville, de fonctionnaires et d’une foule immense, suivait avec tristesse ces restes glacés , qu’animait naguère une âme si belle , si fervente et si pure.

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