TOME I
nistre protestant Claude : dans Y Unité de l'Eglise, il combattit le nouveau système du ministre Jurieu; mais l’œuvre la plus goûtée de l’austère moraliste est peut-être son Traité des moyens de conserver la paix avec les hommes. « C’est, dit Voltaire , un chef-d’œuvre auquel « on ne trouve rien d’égal en ce genre dans l’antiquité. » Madame de Sévignéne se lassait pas de le Tire : « Devinez ce que je fais, « écrit-elle h sa fille ; je recommence ce traité ; je voudrais en faire « un bouillon et l’avaler. »
Au commencement du siècle dernier on a publié deux volumes des Lettres de Nicole. Elles sont travaillées avec autant de soin que ses autres ouvrages et ne le cèdent guère à ses Essais de Morale pour les pensées et pour le style. C’est dans cette correspondance, où l’auteur s’est peint lui-même, qu’ont été puisés les principaux détails de cette biographie.
O . DRAINEE.
MARIE ( Gilles) , curé de Saint-Saturnin de Chartres.
: Né à Chartres le 26 septembre 1651, il consacra toute sa vie à la pratique des vertus chrétiennes : sa douceur , son humilité , son ardent amour pour les pauvres, son zèle dans l’exercice de son ministère, lui concilièrent la reconnaissance et la vénération de ses contemporains qui le regardèrent comme un saint. Véritable apôtre de l’Évangile , il s’imposait les plus dures privations pour répandre d’abondantes aumônes parmi les malheureux. La nouvelle de sa mort causa dans Chartres un deuil public. Son corps fut inhumé dans le chœur de Saint-Saturnin. Ses paroissiens voulant perpétuer le souvenir de cet excellent pasteur, firent placer son buste dans le chœur de son église, avec une inscription latine qui rendait un juste hommage à ses vertus et témoignait de leurs regrets. Ce monument subsista jusqu’à la destruction de l’église, en 1794. Le portrait de Marie fut gravé, et trois éditions purent à peine suffire à l’empressement qu’on éprouvait à contempler les traits de cet homme de bien. - Le genovéfain Janvier a consacré un livre entier au récit de sa vie. Ce volume, sans nom d’auteur, imprimé à Chartres en 1756, chez Besnard, n’offre aujourd’hui qu’un médiocre intérêt; nous de-
vions en faire mention dans ce recueil , au moins sous le rapport bibliographique. L’ouvrage est écrit avec simplicité, sans aucune prétention littéraire. Ceux qui se livrent à l’étude de l’histoire locale y trouveront quelques détails curieux. Nous allons en extraire une anecdote qui nous parait propre à peindre l’esprit de l’époque.
Marie ne pouvait souffrir les spectacles : il était surtout indigné de ce qu’une troupe d’acteurs en plein vent exerçât son art tout auprès de son église. Un jour, il alla trouver le directeur et chercha à obtenir, par la persuasion, qu’il voulût bien se retirer. N’ayant pu réussir par les voies de douceur, il vint un jour de très-grand matin sur la place, démonta lui-même le théâtre et somma juridiquement celui qui l’avait fait construire d’en retirer incessamment les débris. L 1 opérateur (c’est ainsi que notre historien désigne le chef de la troupe dramatique) courut de suite â Versailles se plaindre de cette voie de fait et de l’atteinte portée au privilège qu’il tenait de la munificence royale. Mais le roi Louis XIV approuva le procédé expéditif du curé, et déclara que si tous les prêtres de France agissaient de même tout en irait bien mieux. Si le fait est exact, on se demande pourquoi le roi n’a pas pris tout simplement le parti de prohiber les théâtres d’une manière absolue.
A* S* Al* v
DE GODET DES MARAIS (Paul), évêque de Chartres.
A la mort de Ferdinand de Neuville, évêque de Chartres, Louis XTV nomma, pour lui succéder. Godet des Marais, qui en fut le !09« évêque. Son père était capitaine dans le régiment de Conti, et fut tué à la bataille de la porte Saint-Antoine. Paul de Godet naquit près de Blois, en 1048.
Après avoir fait ses études à Paris , au séminaire de Saint-Sulpice , où il fut le disciple et l’ami du docteur Tronson, et s’être fait recevoir docteur de Sorbonne en \ 677 , il devint supérieur du séminaire des Trente-Trois, et occupait encore cette place lorsque Mme de Maintenon le choisit pour succéder à son directeur, l’abbé Gobelin. L’abbé des Marais refusa d’abord ce poste important, et, après beaucoup d’hésitations, ce ne fut que sur les instances de Tronson , pour lequel il
avait beaucoup de déférence, qu’il consentit a vaincre ses répugnances. Il avait l’air froid et austère, mais sa réputation de sagesse et de piété était si bien établie qu’il parut h Mme de Maintenon le seul homme auquel elle put donner sa conliance. Il avait déjà été consulté pour les réglements de Saint-Cyr. Ses vertus lui attirèrent une si grande estime qu’il fut nommé à l’évêché de Chartres.
A cette époque, les différents entre Rome et la France n’étaient point apaisés ; Paul de Godet fut un de ceux qui administrèrent en vertu des pouvoirs du chapitre. L’année qui suivit son sacre , il abandonna les revenus de son diocèse aux pauvres. Toute sa vaisselle d’argent consistait en une cuillère et une fourchette, et il les vendit.
Ce fut lui qui, le premier, ouvrit l’avis départager son diocèse en deux et d’ériger l’évêché de Blois. Les disputes sur le quiétisme occupaient alors toute la France; Mme de Guyon de Saint-Cyr, qui appartenait à son diocèse, et qui faisait partie de la maison de Saint-Cyr, avait une grande influence sur les religieuses. Par une ordonnance du 21 novembre 1695, Godet condamna plusieurs propositions extraites de ses ouvrages et de ceux du P. Lacombe et la força de s’éloigner. Il voulait aussi amener à un désaveu Fénelon , dont il admirait néanmoins la droiture, la piété et les talents. Après avoir signé, en 1697, avec le cardinal de Noailleset Bossuet, une déclaration qui fut envoyée à Rome et par laquelle il condamnait les Maximes de Saints , Godet publia une instruction pastorale contre ce livre. A un zèle sincère pour l’Eglise, ce prélat joignait un esprit de douceur et de conciliation, qui le porta à féliciter le premier Fénelon de sa soumission. Quoique déclaré contre le jansénisme , il ne cessa jusqu’à sa mort, qui arriva en 1709, de condamner les mesures de rigueur.
On lui doit la fondation de quatre séminaires et d’écoles pour l’instruction de la jeunesse, Saint-Simon, d’ordinaire si médisant, lui a rendu pleine justice :
« Ses mœurs , dit-il , sa doctrine , ses devoirs épiscopaux , tout était u irréprochable . Il ne faisait à Paris que des voyages courts et rares , « logeait à Saint-S ulpice , et se montrait encore plus rarement à la « cour . Il était fort savant , avait de V esprit, de la douceur, de la « fermeté, de la finesse, dont il ne se servait jamais sans vrai besoin, n Son désintéressement, sa piété, sa rare probité étaient son seul lustre. »
M. de Bausset, dans son Histoire de Fénelon , en fait un éloge plus judicieux : « Il prêchait souvent et ne plaisait pas , mais il convertis a sait. Ses lettres à Louis XIV , au pape, au roi d’Espagne , étaient « dignes des premiers siècles de V Eglise. On a imprimé , long-temps « après sa mort , ses Lettres de direction à M nje de Maintenon, et on « admire la sagesse , la mesure , V habileté , la profonde science du « monde avec laquelle ce prélat, qui n’avait jamais vu le monde , con- « duit Mme de Maintenon dans tous les détails de sa singulière posi- « tion. »
Son neveu, Demoutiers de Mérinville, fils du comte de Rieux, d’abord coadjuteur, lui succéda à l’évêché de Chartres, et hérita de ses vertus , de son dévouement et de sa charité.