‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 19 sur 47 · CHAPITRE X.II · texte numérisé non relu

CHAPITRE X.II

Création à Dreux d’un Hôpital général dit hôpital Saint-Louis.

Dans la seconde moitié du XVIIP siècle, la ville Dreux fut pourvue d’un nouvel établissement hospitalier, lequel n’eut qu’une existence très éphémère.

Nous voulons parler d'un hôpital général, c’est-à-dire d’une maison destinée à recevoir tous les mendiants et vagabonds sans distinction.

L’Hôpital général de Paris avait été fondé en avril 1656, par arrêt du conseil du Roi ; il fut ouvert au mois de mars 1657.

Un arrêt du Parlement enjoignit alors à tous les pauvres désireux d’entrer dans ce nouvel asile de se trouver du 7 au 13 mai dans la cour de la Pitié, pour être répartis entre les différentes divisions de l’Hôpital général ; les autres devaient y être conduits de force, et à tous défense était faite de mendier à l’avenir. 5.000 mendiants à peine furent exacts au rendez-vous ; les autres se cachèrent à Paris ou s’enfuirent en province. En cinq années, plus de 60,000 mendiants trouvèrent à l’Hôpital général de la nourriture, des vêtements et des médicaments. Aussi les principales villes du royaume s’empressèrent-elles d’imiter l’exemple de Paris.

Par un testament olographe en date du 29 mai 1716, M. Pierre

Bureau, originaire de Dreux, docteur de Sorbonnej doyen et curé de Laval, diocèse du Mans, avait légué à l’Hotel-Dieu de Dreux deux contrats de rente pour commencer un Hôpital général dans cette ville

Voici les termes mêmes de ce testament :

U Je donne mes deux contrats de rente sur l’Hôtel-de-Ville de Paris (Tun de 270 livres, l’autre de 100 livres) pour commencer un Hôpital général dans la ville de Dreux et pour fonder une bourse à Paris pour un écolier ecclésiastique de ma famille, lesquels partageront moitié par moitié les dites rentes, et, jusqu’à ce qu’il soit établi, l'Hôtel-Dieu de Dreux en jouira pour la fondation d’un lit, auquel nommera et pourvoira mon frère, et après lui son fils aîné et leurs descendants. Je veux que l’Hôtel-Dieu de Dreux jouisse des dites rentes et les reçoive à condition d’en donner la moitié pour la fondation de la dite bourse ecclésiastique, chaque année, pour aider un ecclésiastique de ma famille à se rendre capable de servir l’Eglise, etc. »

L’Hôtel-Dieu obtint délivrance dudit legs le 28 mars 1724, par M. Louis Bureau, procureur du Roy en la police de Dreux, sur l’héritier du donateur, et M. l'abbé Bureau, chanoine de Chartres, en sa qualité d’exécuteur testamentaire, mais il ne jugea pas à propos d’exécuter la première clause du testament.

Quarante-quatre années s’étaient écoulées, et rien n’avait été fait. Tout-à-coup, au commencement de l’année 1768, arriva de Paris un ordre du Roi prescrivant d’établir dans le plus bref délai un hôpital général dans les écuries des gardes du corps, vacantes depuis deux ans.

Quelles étaient ces écuries ? Quelle était l’origine de cette caserne? Nous allons tout d’abord satisfaire sur ce point peu connu de notre histoire locale la curiosité des lecteurs.

Vers 1693, Louis XIV avait envoyé à Dreux, pour y tenir garnison, une brigade de gardes-du-corps (1) ; les hommes

1) Les gardes-du-corps étaient distribués en quatre compagnies de chacune 300 hommes. Chaque compagnie était composée de dix brigades et avait un capitaine, trois lieutenants, trois enseignes, douze exempts et un aide-major. La plus ancienne et la première de toutes était la compagnie Écossaise, dont les officiers avaient toujours place auprès du Roi.

'étaient logés chez l'habitant et les chevaux dans des écuries particulières dont la ville était tenue de payer le loyer à leurs propriétaires ; il en était de même pour les équipages des officiers.

Le 6 mars 1729, M. du Harlay, intendant (1) de la Généralité de Paris, fit convoquer à l’Hôtel de-Ville le conseil de ville et les notables bourgeois, pour délibérer « sur le projet de construction d’un corps d’écuries pour le logement des chevaux de la brigade des gardes du Roi, qui étoient alors en garnison à Dreux, *et sur la manière de pourvoir au paiement des dépenses à faire pour cette construction ». L’emplacement proposé était « une grande place qui se trouvait déjà fermée par les murailles de la ville », près la porte d'Orisson, et dans une partie de laquelle se tenait anciennement le marché aux bœufs

L’assemblée prit la décision suivante ; La ville est trop obérée pour faire une telle dépense ; « elle est encore redevable d’une somme considérable qu’elle n’est pas en état à présent d’acquitter ; » les habitants eux-mêmes ne pourraient y contribuer, « étant déjà chargés de taille considérable et du logement actuel d’une brigade des gardes de Sa Majesté qui y est en garnison depuis plus de trente ans, ainsi que d’un grand nombre de régiments et de recrues qui y passent journellement. » En conséquence, M. du Harlay est supplié, « si cette construction est indispen-

sable, de la faire aux dépens du Roi ou par une imposition générale sur toute la généralité de Paris, ce qui ne se monterait pas à un denier pour livre sur tous les contribuables. ».

L’entente fut longue à se faire, et ce ne fut qu’en 1736 qu’on procéda à la construction de ces écuries; « pour le paiement d’icelles, il fut pris pendant quelques années, sur les deniers de la capitation de l’élection de Dreux, la somme de 32,000 livres à quoi elles avoient été adjugées et une somme de 4,000 livres pouf augmentations qui y avoient été ajoutées ».

(^i) Le bureau de l’intendance était alors établi dans une magnifique propriété située au milieu de Saint-Martin et dans laquelle M. et M‘"' de Couasnon ont fopdé, il y a environ cinquante ansf, le pensionnat Saint-Pierre, dirigé par les frères des Écoles chrétiennes.

LES HOfll'AUX DE DKEUX

C’était une véritable caserne, dans laquelle furent logés les gardes-du-corps, leurs domestiques et leurs chevaux, ainsique les équipages des officiers.

La chose étant depuis longtemps décidée en principe, la ville avait réservé, pour recevoir ces constructions, la moitié environ de la vaste place dont il vient d’être parlé. {Voir la gravure du Bourg-Clos au XyiII® siècle). Une partie de ce qui restait de cette place, allant aboutir aux vieux murs de ville et à la porte d’Orisson, avait été vendue devant le bailliage, dès le 18 juin 1734, à une demoiselle Marie Leprince; une autre partie le fut à la même personne le 8 mai 1741. Entre ces deux ventes, la porte d’Orisson fut abattue et démolie, suivant délibération prise par le Conseil de ville le 27 janvier 1739.

A la fin de l’année 1765, la brigade des gardes du Roi fut rappelée à Paris et ne fut pas remplacée (1). Par ordonnance du 25 octobre, M. l’intendant autorise le Conseil de ville a à donner à loyer les écuries ou casernes, en observant les formalités ordinaires, et à la charge par l’adjudicataire de remettre à la ville le bail des dites casernes, sans qu’il puisse prétendre aucun dédommagement, dans le cas de force majeure pour le service du Roi ».

Dans sa séance du 31 décembre, le Conseil de ville, « considérant que tous les meubles qui avoient été achetés aux frais de la ville pour la brigade des gardes du corps du Roi et leurs domestiques, qui occupoient les chambres des dites casernes, étant restés après leur départ, dépérissoient tous les jours et devenoient à rien », décida qu’ils seraient vendus par adjudication.

(1) En 1789, au moment où commença la Révolution, un régiment de chasseurs de Lorraine, commandé par le colonel de Puisigueux, tenait garnison à Dreux et était stationné an bout du faubourg Saint-Jean. Le 28 juillet de la dite année, à la suite de troubles graves, le conseil de ville, « considérant les services rendus par les officiers de chasseurs en garnison ici, pour le bien général, et notamment par leur colonel, vota des remerciements aux dits officiers ». Le 18 août, en présence des autorités municipales qui s’étaient rendues dans la plaine de Saint-Léonard, M. de Puisigueux et ses officiers firent tous ensemble, à la tète de leurs troupes, le serment ordonné par l’As, semblée nationale. Dans le courant de septembre, une députation se joignit à M. le maire pour aller à Paris prier M. de Lafayette de laisser à Dreux le régiment de chasseurs qui venait d’être rappelé. Leur requête fut accueillie favorablement, et les chasseurs continuèrent à prêter main forte à la muni» cipalité pour réprimer les émeutes qui éclataient si fréquemment.

Au commencement de l'année d7b8, ainsi que nous l’avons dit plus haut, Louis XV envoya des ordres pour établir dans les anciennes casernes un hôpital général, qui « devoit loger et nourrir 200 mendiants et vagabons, avec un habit uniforme ». Gette maison prit le nom d’Hôpital royal de Saint-Louis.

Dans le registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint-Pierre nous relevons la note suivante :

« Le samedi 14 may 1768, nous avons fait la bénédiction, sous l’invocation de saint Louis, roy de France, d’une chapelle nouvellement construite dans la maison de renfermement des pauvres mendians, située rue d’Horisson, la dite chapelle située au-dessus d’un portail de la dite maison qui donne sur un endroit qu’on nomme la Bonde. Signé : Leroy, vicaire ; N. Damarne ; Lecomte ; Ch. Pattu; Quéret-Bretesche ; Masson; Descompes; P. Bonnet, curé de Saint-Pierre de Dreux. »

Par délibération du 12 octobre 1771, le corps de ville faisait présenter à Mgr le comte d’Eu, comte de Dreux, « un mémoire tendant à obtenir de S. A. un terrain situé hors l’enceinte de l’ancien chasteau, derrière la tour, contenant 28 perches, pour y établir un cimetière pour la sépulture des pauvres du dépôt étably audit Dreux, moyennant une redevance de 10 sols de rente seigneuriale par chacun an ». Le comte d’Eu ayant consenti à cet abandon de terrain, le corps de ville, dans sa séance du 5 novembre, autorisa le sieur Dumesnil, syndic receveur de la ville, à passer acte aussitôt devant notaire.

Le cimetière fut terminé au mois d’avril suivant et la bénédiction en fut faite le 9 du dit mois. Voici en effet ce que nous lisons dans les registres de l’église Saint-Pierre :

« Le jeudy 9 avril 1772, avons béni le terrain du Bassinet, situé au Valgelay, derrière les tours de l’ancien chasteau de cette ville, pour servir de cimetière à l'hôpital royal de Saint-Louis, où sont renfermés les mendians. Signé: Aubert; Leblanc; Lutton, P. Bonnet, curé de Saint-Pierre de Dreux. »

Le dépôt des mendiants fut fermé le jeudi 5 août 1773. Les archives ne font point connaître les causes de cette suppression, aussi inopinée que l'avait été la création.

LE BOÜHU-CLÜS AU XVIIL SIECLE

t. — Maison des Orphelines.

Page 1