‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 21 sur 47 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les Sœurs de Saint-Paul dites de Saint-Maurice ' '

à l’Hôtel-Dieu. ' " ' -

Un concordat passé le 7 janvier 1697 entre MM. de 1p Tour d’Auvergne, cardinal, duc de Bouillon, grand aumônier de France, et M®'’ Godet des Marais, évêque de Chartres, portait que « le titre d’administrateur de l’hôpital de Dreux à la nomination des grands aumosniers seroit et demeurerolt pour toujours supprimé et que le dit hôpital seroit gouverné, sous la direction dudit évêque de Chartres et ses successeurs, par trois sœurs de la Charité. » ' ’

Des lettres patentes de Louis XI V du mois de février suivant homologuèrent ledit concordat et en ordonnèrent l’exécution.

Le maire et les échevins n’eurent pas lieu tout d’abord de s’émouvoir de cette décision, M^' Paul Godet des Marais (1) n’ayant pendant deux ans apporté aucune innovation à l’état de choses existant. Mais, au mois de mars 1699, ayant appris que l'évêque étudiait le projet de remplacer la mère gouvernante des pauvres et son personnel par une communauté de sœurs, ils craignirent qu’une nouvelle atteinte ne fût portée à leurs droits (2), et ils s’empressèrent de faire parvenir au prélat une lettre de remontrances. j

(1) Godet des Marais (Paul), né à Talcy, près de Blois, en 1649, fut d’abord supérieur du séminaire des Trente-Trois à Paris, puis supérieur de la Maison de Saint-Cyr ; il occupa le siège épiscopal de Chartres de 169Ü à 1709.

(2) En ce même moment, les bourgeois de Dreux étaient en lutte pour revendiquer, comme un de leurs droits, la jouissance entière et exclusive de l’Hôtel-de-'Ville, ou tout au moins do la salle basse où les Quararitè avaient toujours tenu leurs assemblées. Depuis un certain temps, l’auditoire du

Mk'" Godet'des Marais leur adressa aussitôt la déclaration suivante :

« Nous, évesque de Chartres, sur la remontrance à nous faite par les sieurs lieutenant général et officiers du bailliage, maire et échevins de la ville de Dreux, que les lettres patentes du Roy du 16 février 1697, par lesquelles il est dit que l'Hostel-Dieu de la dite ville de Dreux demeurera sous l’entière direction et gouvernement de Nous et de nos successeurs, pourroient préjudicier au droit qu’ils ont eu cj-devant de' prendre connaissance du gouvernement et administration dudit Hostel-Dieu, d’assister aux assemblées qui se tiennent à cette fin chaque semaine dans une chambre du dit Hostel-Dieu, et de procéder à la nomination des commissaires du dit Hostel-Dieu, et d’entendre leurs comptes, conformément aux arrêts sur ce rendus au Grand Conseil, Nous avons dit et déclaré, disons et déclarons par les présentes que notre intention est que les dites lettres patentes ne pourront nuire ny préjudicier aux droits des dits sieurs lieutenant général et officiers du bailliage de Dreux, maire et échevins de la dite ville de Dreux ny les empescher de prendre toute et libre part, qu’ils ont prise dans le passé, dans le gouvernement du dit Hostel- Dieu.

« Donné à Chartres le vingt-septième mars mil six cent quatrevingt-dix neuf.

« Signé : Paul, évêque de Chartres. »

Et plus bas :

« Par Monseigneur : Proust. »

bailliage ro yal était établi dans cette même salle, ce qui était la cause de perpétuels dissentiments, dégénérant parfois « en insultes réciproques ». A la suite d’incidents curieux que nous ne pouvons relater ici, les officiers du bailliage se virent contraints d’abandonner l’Hôtel-de-Ville et de louer une maison, rue Parisis, pour y tenir leurs audiences, mais en même temps ils en appelèrent au Conseil du Roi ; quelques années après, le 13 janvier 1701, celui-ci rendit un arrêt ordonnant « que les maire eteschevins de la ville de <1 Dreux auront la salle basse estant à rez-de-chaussée de la tour nommée « Hostel-de-Ville et que les officiers du bailliage auront le surplus de la tour ». Lés deux partis chantèrent victoire. Une plaque commémorative de cet arrêt fut placée aussitôt dans la salle du conseil de ville ; elle est actuellement dans la salle de la bibliothèque.

Quatre années se passèrent sans que M'^'' Godet des Marais parut songer à mettre son projet à exécution, et l’Hôtel-Dieu continua à être gouverné par les commissaires, de concert avec la mère gouvernante, sœur Marie de Guillon.

Le 30 mars 1703, l’évêque écrivit une lettre au lieutenant général du bailliage, par laquelle « il lui marquoit de faire donner par lé receveur de l’Hôtel-Dieu les deniers nécessaires pour faire enregistrer au Parlement les lettres patentes portant établissement de sœurs grises dans le dit Hostel-Dieu pour en gouverner les malades ». .

Les administrateurs se réunirent le 6 avril suivant, et lecture leur fut donnée de la lettre épiscopale.

« La Compagnie autorisa les commissaires en exercice à délivrer et à mettre entre les mains de M. le curé de l’église Saint- Pierre la somme de ilO livres qu’on lui a dit être nécessaire pour les frais d’enregistrement des dites lettres patentes, à la charge néanmoins que leur dit présent consentement ne pourra nuire, préjudicier n’y apporter aucun changement à l’administration des biens et revenus du dit Hostel-Dieu, conformément aux arrêts précédents du Grand Conseil . »

Le 7 juillet suivant, M®’’ Godet des Marais vint à Dreux, accompagné de plusieurs chanoines (1) et vicaires généraux, pour visiter l’Hôtel-Dieu. Après avoir célébré la messe dans la chapelle, visité le Saint-Sacrement et donné la bénédiction au peuple, il parcourut les salles des malades et les autres bâtiments ; puis

(1) Un des chanoines, Philibert Chasteau, docteur en théologie, était archidiacre de Dreux. Un archidiacre avait droit de visite sur les cures d’une certaine partie d’un diocèse. Le diocèse de Chartres était partagé en six archidiaconés, ceux de Chartres, de Dunois, de Pinserais, de Blois, de Dreux et de Vendôme. Dans leur ouvrage : Les Digniüiires de l’église Notre-Dame de Chartres, MM. Lucien et René Merlet ont publié la liste des archidiacres de Dreux (1028 à 1790). Le premier, nommé Vivien, fut massacré par des brigands de Dreux. Plusieurs d’entre eux parvinrent à de hautes dignités : Pierre Rodier, évêque de Burgos en 1300 et plus tard chancelier de France : Guillaume de Longes (1.304-1311), cardinal du titre de Saint-Nicolas; Pierre de Luxembourg, évêque de Metz en 1384, puis cardinal-diacre de Saint- Georges ; André de Luxembourg, évêque de Cambrai en 1390 ; Jean Allarmet, dit le cardinal de Brogny, évêque d'Ustie en 1398, archevêque d’Arles en 1410 et évêque de Genève en 1423; Jean de Corbie, évêque à Chàlon-sur-Saône en 1413. Le dernier fut Louis de Blanquet (1765-179(').

il se rendit au bureau, où l’attendaient les administrateurs : MM. Eustache Rotrou (1), lieutenant général civil et criminel au bailliage et siège royal de Dreux, François Mallet, maire perpétuel de la ville, Jean-Pierre Legrand, procureur du Roy au bailliage, Charles Brisseau, procureur du Roy au grenier à sel et échevin de la ville, Louis Buids, procureur du Roy à l’Hostel-de- Ville, et sœur Marie de Guillon, religieuse (2).

Monseigneur expose que, d’après les lettres patentes du Roy de février 1697, « le bénéfice d’administration de l'Hôtel-Dieu, dont se prétend encore pourvue la sœur Marie de Guillon, est éteint et supprimé; que les pauvres malades du dit Hostel-Dieu doivent être traitez et gouvernez par les sœurs de la Charité de Saint-Lazare, sous la direction de l'évêque ; que trois des dites sœurs doivent arriver dans peu de temps pour s’establir dans le dit Hostel-Dieu ; qu’il est nécessaire de régler quel appartement sera réservé dans le dit Hostel-Dieu pour la dite sœur de Guillon, laquelle sera autorisée à y rester sa vie durant, sans que néanmoins elle puisse avoir aucune inspection sur les dites sœurs. »

Après avoir pris l’avis des administrateurs, l’évêque désigna les pièces qui seraient attribuées à sœur Marie de Guillon et ordonna : que la salle des réunions fût augmentée ; que des lits trouvés par lui en mauvais état et malpropres fussent réparés ; que l’on fît le nécessaire pour loger et meubler les sœurs ; qu’on leur donnât une somme de 109 livres par an ; enfin, qu’on augmentât le nombre des lits, ahn de pouvoir admettre un plus grand nombre de pauvres malades.

Comme on lui fit savoir que, par un abus qui s’était glissé depuis quelques années, l’Hotel-Dieu recevait des gens qui n’étaient nullement malades. Monseigneur défendit qu’à l’avenir on y admît des gens de la ville sous prétexte de pauvreté ou

(1) Eustache Rotrou est l’auteur d’un abrégé historique des Antiquités de la ville et du comté de Dreux qu’il dédia en 1707 au duc de Vendôme et dont le manuscrit est à la bibliothèque de la ville. Cet ouvrage a été continué jusqu’à nos jours par M. l'abbé Vilbert et publié en 186k.

‘ (2) Le proces-verbal de cette visite a été signé par l’évêque lui-même et tous les administrateurs, sauf Marie de Guillon, qui a déclaré refuser.’ ' ‘ '

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d’infirmité, « les fonds dudit Hôtel-Dieu ne devant être employez qu’au soulagement des pauvres malades ».

Le 2 août suivant, la supérieure des sœurs de la Charité de Saint-Lazare informait les administrateurs de l’Hôtel-Dieu que des sœurs ne pourraient venir s’établir dans cette maison sans que préalablement un traité ait été passé tant pour leur nourriture que pour leur entretien. La compagnie se réunit aussitôt pour en délibérer ; elle adressa une lettre à Monseigneur l’évêque pour le prier de vouloir bien, par lui-même ou par telle autre personne qu’il lui plairait commettre, régler les clauses et conditions du traité à intervenir.

Le projet resta encore en suspens, et rien ne fut changé jusqu’en 1712 au gouvernement de l’Hôtel-Dieu, dont la sœur Marie de Guillon conserva l’administration.

Dans ce laps de temps, M®" Godet des Marais était mort (17Ü9) et avait été remplacé à l’évêché de Chartres par M®'’ Charles- François de Mérinville (1).

Le 15 avril 1712, le nouveau prélat vint faire une visite à l’Hôtel-Diea (2). Il demanda aux administrateurs ce qu’étaient devenues les lettres patentes du Roy pour l’établissement audit Hôtel-Diêu des sœurs de la Charité de la communauté de Saint-Lazare, s’étonnant de ne pas voir dans le trésor de cette maison les dites lettres patentes, l’arrêt d’enregistrement et les pièces de procédure pour y parvenir.

Le sieur de Rotrou lui répondit que le tout devait se trouver entre les mains du sieur Mareschaux, chanoine de la cathédrale, qui avait été chargé de le renvoyer au Parlementpour y substituer aux sœurs de Saint-Lazare celles de Saint-Maurice-lès-Chartres.

(1) Monthiers de Mérinville (Charles-François de), né à Paris en 1682, fut nommé évêque de Chartres en 1709, n’ayant que 27 ans; il mourut le 10 mai

(2) Deux ans auparavant, l’Hùtel-Dieu avait eu un passage difficile. « Par suite du nombre excessif des malades, de la cherté des vivres et du retard dans le paiement des fermages et des arrérages de rentes, les administrateurs avoient décidé qu’un des deux déjeuners servis jusqu’alors seroit supprimé et qu il ne seroit plus servi aux malades que quatre repas par jour : Déjeuner, dîner, goûter et souper ; et qu’il ne seroit reçu aucun malade qu’il ii’y ait des lits vacants, lesquels étoient au nombre de 21. »

Le sieur Lefèbure, curé de Saint-Pierre, confirma cette déclaration et ajouta que lui-même avait remis, il y a dix mois, toutes les pièces au sieur Bureau, chanoine de la cathédrale, en le priant de les porter au sieur Mareschaux.

Monseigneur répondit qu’il allait ordonner de faire d’urgence les diligences nécessaires pour les retrouver.

Au mois de juillet suivant, la sœur Marie de Guillon vint à mourir, et la commission administrative requit M. l’évêque d’envoyer aussitôt à l’Hôtel-Dieu trois sœurs de Saint-Maurice ; celui-ci fit droit à leur demande, mais n'envoya d’abord que deux sœurs, nommées Marie Delalande et Magdeleine Marchand.

La commission se réunit le 27 pour délibérer sur ce qu’il y avait à faire. Elle décida que les deux sœurs occuperaient la cuisine et la salle basse qu’avait feu Madame de Guillon et en plus deux chambres hautes au-dessus du bureau, que ces salles seraient garnies de lits et de meubles convenables, que les dites sœurs seraient nourries aux dépens de l’Hôtel-Dieu et recevraient comme gages chacune 40 livres par an.

Elle décida, en outre, que, deux sœurs n’étant pas suffisantes pour régir, gouverner et administrer l’Hôtel-Dieu par rapport au nombre des malades dont il était souvent chargé, il leur serait adjoint « une des gardes présentement en service nomm?e Anne Marinier, cjui s'étoit offerte pour seconder les dites sœurs et secourir également les pauvres malades, sans prétendre aucun gage ni entretien que trois paires de souliers par an ».

La commission établit en même temps un nouveau règlement, dont voici les principaux articles :

« Il sera donné aux dites sœurs la viande et les vivres nécessaires tant pour la nourriture des malades que pour celle des dites sœurs.

« 11 ne sera donné aucune viande maigre (J) aux malades les jours d’abstinence et de carême, mais il leur sera fourni la viande de même que les jours gras.

(1) On appelait viande maiyre ou de Carême le poisson salé, la morue, le hareng, etc., et même les ris, les fruits secs, crus ou confits, les légumes et autres choses qu’on ne mangeait ordinairement que dans ce temps-là.

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