‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 46 sur 47 · ET DERNIER · texte numérisé non relu

ET DERNIER

L’Asile des Vieillapds-Hommes (fondation Gautier).

Nous consacrerons le chapitre final de cet ouvrage à un établissement hospitalier de création récente, dont les débuts furent modestes, mais qui, grâce à de charitables et précieux concours, est aujourd’hui dans une situation exceptionnelle. Nous voulons

parler de l’Asile des Vieillards-Hommes créé en 1876 par M. et Madame Constantin Gautier.

Dans un discours qu’il prononçait au moment de l’ouverture de cette maison, M. Poirier, maire de Dreux, faisait ressortir dans les termes suivants l'utilité de cette nouvelle œuvre philanthropique ;

« Toutes les villes s’efforcent de venir en aide à la vieillesse. L’enfant est protégé par un concours de dévouements et d’affections, s’il vient au monde infirme et désarmé ; la nature a mis au cœur des parents une puissance de tendresse ineffable. Le vieillard, lui, est abandonné; le vide s’est fait autour de lui; aussi infirme que l’enfant, il n'a personne autour de lui pour lui venir en aide. Dieu merci 1 l’esprit de charité y a pourvu et, grâce à l’Asile qui va s’ouvrir dans quelques jours, nos concitoyens, brisés par l’âge, sans famille, sans ressources, seront soustraits au besoin et à l’abandon. »

Recueillir et entretenir gratuitement des vieillards indigents de la commune de Dreux et leur assurer les soins qu’exigent leur âge et leurs infirmités, — telle fut en effet la noble et belle pensée qui inspira M. et Madame Gautier, telle fut aussi la volonté formellement exprimée par eux.

Le projet qu’ils soumirent à M. le Maire fut porté le 29 mars 1876 à la connaissance du Conseil municipal, lequel prit aussitôt une délibération pour autoriser l’administration municipale à accepter la donation qui était proposée à la ville et vota des remercîments unanimes aux généreux fondateurs.

Suivant acte du 13 mai suivant, M. et Madame Gautier, dans le but de fonder le dit Asile, firent donation à la ville : 1® d’une maison avec jardin sise à Dreux faubourg Saint-Martin ; 2° d’une rente de 800 francs 3 °/o sur l’Etat français, applicable à la fondation du premier lit et à l’entretien de l’immeuble, ainsi qu’au paiement des contributions et autres charges de toute nature.

Il fut stipulé dans cet acte : 1° que la ville contribuerait pour une somme annuelle de 1,000 francs aux frais du personnel de l’établissement ; 2° que la nomination du vieillard devant occuper le premier lit appartiendrait aux donateurs leur vie durant et au

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survivant d’eux, et après leur décès au conseil municipal ; 3“ que, dans le cas où l’immeuble donné deviendrait insuffisant pour le refuge et où la ville viendrait à créer un établissement plus considérable approprié aux mêmes besoins, elle pourrait vendre l’immeuble donné pour en affecter le prix à l’achat ou à la construction du nouvel établisserhent.

Par décret du 31 juillet 1877, l’Asile des vieillards-hommes fut reconnu « comme établissement d'utilité publique », et le Maire de Dreux fut autorisé, « au nom de cette ville et des pauvres, à accepter la donation qui était faite à la dite ville par les époux Gautier ».

Par arrêté préfectoral du 29 septembre suivant, MM. Groroard, Barre, Léon Gallas, Tellot et Bodeau furent nommés membres et composèrent, avec M. le Maire, M. le Curé et M. Constantin Gautier, membres de droit, la commission chargée d’administrer l’Asile.

Aux termes du règlement du service intérieur arrêté par la commission dans sa séance du 22 novembre, deux sœurs hospitalières de Saint-Paul furent attachées à l’établissement et chargées de toutes les parties du service intérieur, sous la direction et la surveillance de la commission.

M. le docteur Molinier accepta le titre et les fonctions de médecin de l’Asile, mais en déclarant que, vu le peu de ressources de l’établissement, il refusait tout traitement.

Dans sa séance du 7 décembre 1877, le Conseil des directeurs de la Caisse d’épargne voulut s'associer à cette bonne œuvre.

« Votre patrimoine, lui fit remarquer M. le Maire, n’est-il pas un prélèvement sur l’épargne des pauvres ? Lorsque vous affectez au soulagement des classes indigentes une portion de vos revenus, ne peut-on pas dire avec assurance que vos libéralités vont à leur véritable destination ? »

Le Conseil vota à l’unanimité la fondation d’un lit, mais elle ne fut pas autorisée par le gouvernement, « par ce motif principal qu’aucune aliénation de fonds de dotation et de réserve des Caisses d’épargne ne peut avoir lieu dans un but étranger au service de ces établissements et à l’intérêt des déposants ».

Sur ce refus, le Conseil décida de voter chaque année une subvention de 500 francs, qu’il portera plus tard à 600.

Le 7 janvier 1878, M. le Curé procéda à la bénédiction de l’Asile, en présence de tous les membres de la commission, du personnel et des pensionnaires Cette cérémonie religieuse fut précédée d’une touchante allocution.

Pour faireface aux premiers frais d’établissement, le Conseil municipal avait voté une subvention extraordinaire de 2,000 francs.

Dans la séance du 1'^'' avril, il fut exposé à la commission que les réparations à faire à la maison et l’achat du mobilier avaient dépassé cette somme et se montaient à 2,227 francs.

« Les dépenses se seraient élevées, ajoutait le rapporteur, à un chiffre bien supérieur, si d’une part tous les fournisseurs, pour donner un gage de leur intérêt au nouvel établissement, ne s’étaient contentés des bénéfices les plus modérés, et si d'une autre part diverses personnes charitables n’avaient fait don à l’asile d’objets mobiliers, de linge et de vêtements dont la valeur ne saurait être estimée au-dessous de 12 à 1,500 francs. »

L’assemblée décida que, pour combler le déficit de 227 francs, elle s’adresserait au Conseil municipal ; celui-ci vota la somme demandée.

Deux ans après, on fit encore appel à sa générosité.

A la suite de nouvelles admissions de pensionnaires, l’agrandissement de l’Asile devint nécessaire : la commission fit édifier une construction dans la cour, en aile du bâtiment principal ; elle put obtenir ainsi un réfectoire au rez-de-chaussée et une lingerie au premier étage. Le devis des travaux s’élevait à 4,000 francs. Le Conseil municipal vota une subvention de 1,350 francs pour un supplément de dépenses.

De nombreuses libéralités ont été faites à l’établissement, depuis sa création jusqu’à ce jour. En voici la liste sommaire :

1877. Fondation d’un lit par Madame Janvier, de Dreux, Madame Grou, de Versailles, et Mademoiselle Marie Picot, Fondation d’un autre lit, pour recevoir un nommé Tessier, dont la pension est payée en partie par ses enfants et le surplus par plusieurs personnes charitables.

1878. Don de 195 francs par diverses personnes n'habitant pas Dreux. — Vote par le Conseil général, dans sa session d’aoùt, d’un secours de 300 francs en faveur de l’Asile. — Dons de 300 francs par le bureau de bienfaisance et de 959 francs par divers particuliers. — Le 21 octobre, M. et Madame Gautier s’engagent à payer annuellement une somme de 500 francs pour un nouveau lit qui vient d’être créé. — Don de 60 francs par M. Placet. notaire.

1879. Dons de 250 francs par M. Burj, ancien notaire, et de 50 francs par Madame Janvier; — Vote par lé Conseil général, Sans sa session d’avril, d’un nouveau secours de 300 francs en faveur de l’Asile. — Dons de 125 francs par M. Eugène Besnard, de Dreux, de 50 francs par Madame Janvier, de 100 francs par M. Gautier et de 100 francs par Madame Aulet, de floudan. — Le 12 novembre. Madame Janvier prend l’engagement de payer chaque année une somme de 100 francs en faveur d’un nouveau bénéficiaire d'un lit.

'i881. Don de 100 francs par Madame Des vaux, de Dreux. — Admission de deux nouveaux vieillards ; la pension de l’un est payée par M. Gautier et Mesdames Janvier et Massu; celle de l’autre est payée par M. Liot, de Dreux, et M. Wolff, de Paris. M. Bury, ancien notaire, envoie une somme de 150 francs pour l’achat du lit nécessaire à l’un des deux nouveaux pensionnaires. — Le même jour, M. Gautier s’engage à payer par chaque pensionnaire admis upe somme annuelle de 100 francs. — Par testament du 10 septembre. Madame Janvier lègue à l'Asile une somme de 10,000 francs.

1883. Le 31 mars, M. Gautier s’engage à prendre à sa charge, à raison de 600 francspar an et pendant cinq ans, la pension d’un vieillard indigent que la commission jugerait convenable d’admettre.

1884. Dons de 10 francs par une dame de Verneuil, de 50 francs par M. Caillé de Saint-Père, de 100 francs par Madame Janvier et de 100 francs par Mademoiselle Picot.

1885. Don de 100 francs par Madame Bodeau, à l’occasion de la mort de son mari.

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1887. Par testament du 22 septembre, M. Bonnet-Delente, de Dreux, lègue à l’Asile une somme de 5,000 francs.

1889. Par testament du 12 novembre, Madame veuve Jardin, de Dreux, lègue à l’Asile une somme de 500 francs.

1891. Don de 5,000 francs par Madame Bodeau.

1893. Don de 7,000 francs par Madame Grou. — Don de 10,000 francs par Madame Bodeau. — Par testament du 17 janvier, M. Gromard (Jacques- Apollina'ire), de Dreux, lègue à l’Asile une somme de 2,000 francs.

1894. Don de 1,000 francs par Madame Grou, pour aider à l’entretien et au bien-être des vieillards admis à l’établissement.

1895. Le 20 décembre, le Conseil des directeurs de la Caisse d’épargne reçoit une circulaire ministérielle lui rappelant « qu’en vertu de la loi du 20 juillet 1895 il est interdit aux Caisses d’épargne de faire aucune libéralité au profit des institutions locales d’assistance et de bienfaisance ». 11 se voit donc, à son grand regret, dans l’obligation de supprimer désormais les subventions qu’il accordait chaque année tant à l'asile des vieillards qu’à l’hôpital et au bureau de bienfaisance (1).

1895. Don d'un lit complet par Madame Gustave Desvaux. — Par acte notarié, M. et Madame Gautier font donation à l’Asile d’un titre de 600 francs de rente 3 °/o pour perpétuer l’entretien d’un vieillard. — Par testament du 6 décembre. Madame Gai-

land, de Dreux, lègue à l’Asile une somme de 1,500 francs.

1896. Don de 500 francs par Madame la comtesse de Paris. — Par testament du 10 novembre, Madame Lamarque, de Chartres, lègue à l’Asile une somme de 200 francs.

1898. Don de 1,000 francs par M. Venot, de Gentilly, et M. Mersch, de Paris, en souvenir de Mademoiselle Venot, leur sœur et belle-sœur. Don de 100 francs par M. l’abbé Odelin,

(1) La fortune personnelle de la Caisse d’épargne de Dreux s’élevait, au 31 décembre 1903, à la somme de 955,001 francs 10 centimes ; elle s’accroît chaque année.

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vicaire général à Paris, en mémoire de Madame Thiébaux (1). — Par acte notarié, Madame Boudet, de Paris, héritière pour moitié de M. Caillé de Saint-Père, fait donation à l’Asile d’un titre de ()00 francs de rente 3 “/o pour la fondation d’un lit.

1899. Par acte notarié. M. et Madame Gautier font don à l’Asile de deux titres de 600 francs de rente chacun pour perpétuer l’entretien de deux vieillards. — Par testament du 9 juin, Madame Perdreau lègue à l’Asile une somme de 500 francs.

1902 Don par Madame Bodeau de quatre titres de rente 3 °/o au porteur formant un total de 73 francs de rente. — Dans la séance du 14 mars, la commission est informée que, par testament du 29 août 1899, Madame Constantin Gautier, décédée à Versailles le l'"' mars, a fait à l’Asile un legs de 10,000 francs. - Dans la séance du 24 octobre, la commission apprerrd que, par testament en date du 19 décembre 1895, M. Coiffier, de Dreux, récemment décédé, a fait à l’Asile un legs de 10,000 francs, payable dans les trois mois après le décès de sa femme, pour la fondation d’un lit.

Par suite de toutes ces libéralités, l’Asile des vieillards se trouve actuellement dans un merveilleux état de prospérité, qui nécessitera un jour à venir l'extension de ses bâtiments, pour permettre l’admission d’un plus grand nombre de pensionnaires.

Nous sommes heureux de constater que la sympathie générale ^n’a cessé de s’attacher à cet établissement hospitalier, où nos pauvres vieillards finissent si paisiblement leur existence, entoul’é s des soins les plus attentifs et de la sollicitude 1^ plus dévouée.

Nos concitoyens continuent fidèlement, au travers des siècles, la chaîne d’or de la Charité. Honneur à eux !

(1) Madame Thiébaux a fondé à Dreux l’orphelinat Saint-André dan.s la maison qu’elle habitait rue Mérigot.

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