‹ Les hôtes de l'estuaireChapitre 1 sur 5 · Les hôtes de l'estuaire · texte numérisé non relu

Les hôtes de l'estuaire

Si chaqueécrivain de terroir voulait faire revivre les « hôtes » du coin de terre où lui-même vit, s'il essayait de ressusciter le passé de son habitat, il aurait une surprise, une joie , la révélation de quelque chose de grand.

Il verrait que le sol est consubstantiel à ceux qui naquirent du sol et qui grandirent alimentés par lui. Apparaîtrait, en toute clarté, la chose que voici ; le pays se laisse pénétrer, par un de ses paysans devenu intuitif, plus aisément que par un étranger.

Le pays se communique à V écrivain aborigène, avecune sorte d'empressement, quelque chose comme une prédilection, en accord avec la Parole biblique

yi PRÉFACE

« Celui-ci est mon fils : parce qu'il est issu dentoi; j'aimis en lui toute ma complaisance... »

Par une sorte de réflexe, de vue intérieure, par retour sur soi-même, l 'écrivain, qui pense, ne fait qu'imaginer, interpréter simplement, traduire, retrouver d'anciens types oubliés, des « états d'âme* évanouis, tout un peuple d'images, d'idées, d'actions. Il ne crée pas; il évoque.

Le philosophe, quand il est résolument « de telle région », de telle famille terrienne, se découvre des innéitésqui ne furent jamais complètement abolies; il possède une mémoire de l'encéphale et des fibres. Aie cœur de son être intime se sont classés, sans qu'il en ait conscience, les existences et les phénomènes qui impressionnèrent ses procréateurs.

Il a perception (ne dirait-on ptas?) de certaines voix qui ne retentissent à nulle autre oreille. Il plonge ses yeux clairs, son regard ami, dans les souvenirs, dansl' aneestralpassé, dans une création qui semblait endormie, hibernante. Et voici qu'elle palpite... voici qu'elle renaît pour lui, sortant des Limbes.

Une lignée surgit, arbre dont les racines s'en allaient jusque sous l'invisible, se perdaient presque dans l'oubli et dans l'Inconscient. Il est alors avéré que les Morts, devenus immatériels, eurent pourtant, et ont encore, la même « chair » que les vivants.

PREFACE vu

Les Mémoires sortent, à nouveau manifestées, se dressent, toutes vives, sur les ombres du Temps.

Et alors, dans une vision d'ensemble, le pays natal apparaît comme s'il était à la fois peuplé parles vivants et par les morts.

Cest ainsi que notre Histoire, multipliée, s'enrichirait de toutes les générations désincarnées, de tout le Génie national.

De plus,, voici : Par ce travail d'énergique condensation, tout disparaîtrait de ce qui fut transitoire, quelconque, insignifiant, tout ce qui ne fut pas « capital ».

En nos annales simplifiées (éclaircies, ainsi qu'un bois, par des coupes sombres) seuls demeureraient les Chefs, les Têtes (Gapita), les hauts sommets de la race... tres'en relief, caractéristiques, précis, précieux.

Relevant au-dessus de la tourbe anonyme, ils représenteraient (eux et pas d'autres), par droit de légitimité, la rayonnante Patrie.

La France se trouverait composée d'Ames éminenles, représenterait une Race sublimée, montée d'un degré.

La Postérité ne retiendrait pour son Antériorité que les Êtres d'exception, ceux que Carliste appela « Héros » et que les Grecs nommèrent « demi-dieux »,. parce que, plus que leur entourage, ils incarnèrent le Divin.

vin PREFACE

Dans la perspective de notre Passé, ces héros revêtiraient le même aspect que les Statues colossales d'Egypte sur le Delta nilotique..*

Et, pour conclure, affirmons ceci * tous les personnages qui défilèrent en tel endroit déterminé , y furent amenés par prédestination. En même temps qu'ils sont proches, ils se montrent parents, compatriotes, congénères, unis par filiation. Selon les expressions du droit qui, jadis, régit la Cité antique, ils sont Agnats et Cognais.

Quand le penseur a bien vu et compris tout cela, il lui est permis de s'émerveiller, avec émotion et avec fierté. Tremblant presque, il s'absorbe en je ne sais quel effroi religieux. Des souffles (qui sont la voix de mânes vénérables) lui disent ; « Nous et toi, nous par toi, ne sommes-nous pas la Résurrection et la Vie ? »

Page 1