DANS LES NUITS
Nostalgiques et doux, seuls avec leurs pensées, Sous le rayonnement tranquille de la voûte Où splendit la lueur des étoiles glacées, Dans la communion des âmes fiancées, Cherchant le même espoir parmi le même doute, Les poètes s'en vont, lentement, sur la route.
O la longue blancheur navrante de la route ! O l'effroi de la solitude en leurs pensées ! Angoisse du silence et des nuits ! L'âme doute
SEXTINES 87
Si, là haut, dans l'azur constellé de la voûte, Ne frissonneraient pas des yeux de fiancées Dont la tombe a couvert les paupières glacées ?
Et, dressant vers le ciel menteur leurs mains glacées Dont l'ombre devant eux tremblotte sur la route, En des appels lointains de vagues fiancées, Ils clament le désir qui meurtrit leurs pensées. Et voici que sur eux émane de la voûte Un enveloppement où s'effondre le doute.
Plus de tristesse, plus d'angoisse, plus de doute ! Renaissez à l'espoir, pauvres âmes glacées, Et que ce corps, sous la névrose qui le voûte, Erige fièrement sa marche sur la route. Là haut, quelque pensée écoute vos pensées, Des mortes qu'à vous deux le rêve a fiancées.
Oh ! oui, planent sur vous les saintes fiancées Que le poète exalte et dont jamais ne doute ! Ayant leur souvenir fleuri dans ses pensées, Par les soirs douloureux et les aubes glacées, Sans trêve il les suivra sur l'éternelle route, Soucieux de percer l'énigme de la voûte.
Ouvre donc la splendeur sereine de ta voûte, O ciel ! Vous, descendez vers eux, ô fiancées, Et leur donnant la main, compagnes de la route, Effacez à jamais les angoisses du doute, Pour qu'avec le baiser de vos lèvres glacées, Une paix souveraine enivre leurs pensées.
Pensée unique, ô douceur tombant de la voûte ! L'àme glacée, en ses espoirs de fiancée, Ne doute plus du viatique de la route.
DANS LES AUBES fi;
Un brouillard gris partout sur la terre apaisée
Très doucement s'estompe en de vagues lointains ;
A l'horizon que va blanchir l'aube irisée,
Une lueur, sous de longs voiles de rosée,
Se meurt comme un regard perdu d'astres éteints...
Et les poètes vont, quand naissent les matins.
(i). Les trois sextines Dans les ^Aubes, Dans les DtCidis, Hymne du Vers, ont été composées en collaboration avec M. Louis Tiercelin.
SEXTINES
Ils aiment la fraîcheur candide des matins, Remembrance mystique en leur vie apaisée Qui retrouve l'émoi d'anciens rêves éteints ; Et leurs pales regards qu'attirent les lointains Ont vu soudainement briller dans la rosée, Arc en ciel triomphal, l'Espérance irisée.
Plus vive est la clarté dans la nue irisée, Plus suave autour d'eux l'approche des matins. Et voici, maintenant, les pieds dans la rosée, Qu'ils vont sous la douceur d'une angoisse apaisée En eux se fait l'oubli des boulevards lointains Où pleure le remords des sourires éteints.
O souvenirs ressuscitant les cœurs éteints ! Pures amours irradiant l'âme irisée !
Une apparition surgit vers les lointains, Plus fraîche que la fraîche aurore des matins, Plus calme que la paix de cette heure apaisée... O la Vierge qui vient vers eux dans la rosée !
Ses épars cheveux blonds emperlés de rosée Ont des chatoiements vifs et des reflets éteints. Cependant qu'elle va d'une marche apaisée, Une flamme en ses yeux resplendit, irisée.
Où les rêveurs ont vu l'espoir de leurs matins Renaître, suggestif de poèmes lointains.
Pourtant, la vision se perd dans les lointains, Semant des fleurs de renouveau sur la rosée. Le soleil allumant la clarté des matins, Magique évocateur de leurs espoirs éteints, Met au front des Errants l'auréole irisée ; Et leur àme sous ses rayons s'est apaisée.
Apaisée et très douce et dorant les lointains,
Comme irisée avec des larmes de rosée,
Aux veux éteints rayonne, 6 candeur des matins !