DANS LES MIDIS
Le rutilant soleil épanche sur les places La malsaine chaleur de ses rayons maudits. En le stérile effort des basses populaces, Vers l'espoir où le lucre a menti ses fallaces, Les hommes courent, tels des troupeaux alourdis, Et les poètes vont, quand flambent les midis.
SEXTIXES 91
Ils vont dans la torpide angoisse des midis ; Errant de rue en rue, ils regardent par places Luire sur le pavé les rais plus alourdis ; Ils vont, les bafoués ; ils vont, eux les maudits, Ayant au front nimbé des royales fallaces, La couronne de vos mépris, ô populaces !
lis vont, clamant sur la clameur des populaces Que les couchants vengeurs sont proches des midis, Qu'agir et se mouvoir ne sont que des fallaces, Que les métiers et les prébendes et les places Sont à jamais, salariés labeurs, maudits, Attelant sous le joug le front des alourdis !
Courbe toi donc, et toujours plus les alourdis, Vil moteur et vil frein des basses populaces, Travail ! tous ces pesants que le rêve a maudits ; Ecrase les sous l'appât fauve des midis, Soleil dardant sur les faubourgs et par les places L'énorme pièce d'or, symbole des fallaces.
Et toi, soleil mystique aux rayons sans fallaces Des esprits exaltés et jamais alourdis, O rêve irradiant les âmes où tu places,
En l'immortel mépris des mortes populaces, Le triomphal orgueil des éternels midis, ils sont tes élus, les poètes maudits !
Vous soleils, vous rayons des corps, soyez maudits !
Courbez toujours plus bas sous les vieilles fallaces,
Des midis aux couchants, des aubes aux midis,
Les cœurs diminués et les fronts alourdis,
Et par le gain honteux tuez les populaces,
De rue en rue, en les faubourgs et par les places.
Métiers, places, prébendes, gains, soyez maudits ! Populaces, oyez le rêve et ses fallaces ! Alourdis, saluez le rêve et ses midis !