VERS ARTHUR ET VERS MERLIN
Et, suivant au hasard le contour agrandi Du fleuve, j'arrivai sur les bords du Guindy. Là, le soleil tombant à pic dans la coulée
Incendiait à son midi La rivière paisible au fond de la vallée.
Au calme de l'éther embrasé, les rumeurs S'éteignaient ; par instants, quelque bruit de rameurs, Dans un clapotement d'avirons qu'on immerge,
Me venait des flots endormeurs, Tandis qu'un frisson d'eau se mourait à la berge.
Seules dans ce recueillement universel, Pareilles à de grands oiseaux sillant le ciel, Les cloches de la cathédrale, au vol tranquille,
Vers les cloches de Plouguiel Lentement s'avançaient à travers la presqu'île.
Et, soudain, j'évoquai les temps mystérieux
Où la Bretagne était libre encor sous les deux,
Au chant des cloches qui sonnaient, sonnaient sans trêve
Et des pleurs me vinrent aux yeux.
Et, bercé par leurs sons de fête, j'eus ce rêve !
Largesse et paix à vous tous !
Voici qu'entre dans sa ville Le duc aux yeux fiers et doux ; Sur sa cavale tranquille La duchesse de l'Armor L'escorte. Paix et largesse !
C'est le duc et la duchesse Qui jettent cette richesse A pleines mains, pleines d'or !
Entendez vous là bas, venant de la montagne, Par delà les forêts hautes, un bruit de cor ? Ces: Arthur qui revient au pays de Bretagne !
Sonne toujours et sonne encor ; Sonne la liberté du pays de Bretagne,
"l'heure de sonner, Arthur, sonne du cor !
Sous le dais fleuri d'hermine.
Le duc chape de velours Avec lenteur s'achemine Par les villes et les bourgs.