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LE CHANT DES TREPASSES IO

Vous reposez vos bras et vos pieds mollement, Alors qu'ils sont bien mal, les morts sans espérance ; Vous dormez dans vos lits d'un sommeil sans tourment. Alors qu'ils sont, les pauvres morts, dans la souffrance.

Cinq planches seulement, cinq planches, un lambeau De drap blanc qui nous couvre au fond du noir mystère : Ce sont là les seuls biens qu'on emporte au tombeau, Et dessous de la paille et dessus de la terre !

Nous sommes dans l'angoisse et dans le feu partout ; Feu d'en haut, feu d'en bas, sous nos pieds, sur nos têtes ! Pour la chair qui s'embrase et pour le sang qui bout Des Trépassés, priez en chrétiens que vous êtes !

Jadis, quand nous étions dans le monde, vivants, Nous avions des parents, des amis chez les hommes ; Aujourd'hui que nos corps sont épars dans les vents. Nous n'avons plus d'amis, pauvres morts que nous sommes !

Frères ! au nom de Dieu, donnez nous vos pensers ! Priez la Vierge avec votre âme simple et toute Pour qu'elle verse sur les pauvres Trépassés Rien qu'une goutte de son sang, rien qu'une goutte !

Si vous n'êtes souffrants, ô frères, ou trop las,

Vite, sautez du lit, au nom de Dieu le père !

Et priez si la mort ne vous appelle pas :

Nous venons vous mander de vous mettre en prière.

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Vers Arthur et vers Merlin

Défende^, chevaliers, vos antiques murailles ! L'esprit nouveau s'abat et court dans la Cornouailles. Brizeux.

Or, c'était un dimanche aux fêtes de Tréguer ; La brise s'en venait, ce jour là. de la mer. Et par le vaste ciel tout bleu, sous les rafales,

Ondoyaient au soleil, dans l'air, Les étendards semés d'hermines triomphales.

L'âme de la Bretagne éparse à tous les vents Vibrait partout dans l'allégresse des vivants. Et les morts réveillés au grand nom de saint Yves,

Parmi la foule aux flots mouvants, Semblaient à ces clameurs mêler leurs voix plaintives,

Longuement, longuement, les dévots pèlerins, Avec leurs chapelets grossiers de buis, aux grains Amincis, accouraient en chantant ces cantiques

Dont l'Armor aime les refrains, Vers le tombeau du plus puissant des saints celtiques.

La cathédrale avait au sommet de ses tours Arboré le hautain gonfanon des vieux jours. Et jetait à travers ses dentelles fleuries,

Sur les villes et sur les bourgs, La bénédiction des larges sonneries.

Et, tandis que la voix des cloches, gravement, Laissait tomber le poids de son bourdonnement Sur les voix toujours plus nombreuses de la terre,

Je quittai la ville un moment Pour écouter l'appel d'un rêve solitaire.

Des yachts se balançaient à l'ancre dans le port,

Sous la gloire des pavillons que le vent tord ;

Les humbles barques même avaient des airs de fête,

Cependant qu'au souffle du nord Les mats enguirlandés parfois courbaient leur faite.

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