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Les Huguenots d'Issoudun

L'histoire qu'on va lire se passe enBerri, vers le milieu du XVIe siècle, sous la minorité du Charles IX, à l'époque où les guerres de religion ensanglantaient la France et la séparaient en deux camps ennemis.

Certes, en racontant ces événements, le philosophe, le critique et l'homme de parti pourraient facilement prouver que, de tout temps et dans tout pays, les crises politiques ou religieuses ont présenté les mêmes phénomènes, les mêmes illusions, les mêmes déceptions, les mêmes désastres.

D'une part, enthousiasme ardent, passions désordonnées, exubérance de systèmes contradictoires, folles ambitions, illusions sincères ou intéressées ; de l'autre, résistance énergique au nom de la raison, de l'expérience, de la tradition ou de la foi : intolérance des deux côtés. En dessous, la foule aveugle se passionnant pour tel ou tel parti, selon ses caprices, ses affections, rarement selon ses intérêts.

A l'appui de ces vérités, ils montreraient Lu-

AVANT-PROPOS

ther, dans la première partie de sa vie, hardi révolutionnaire, prédicateur acerbe, tribun impitoyable, secouant le monde de sa parole, marchant au triomphe par tous les moyens, sans trêve ni merci; dans la seconde, alors que la victoire lui est acquise, praticien satisfait, fixant arbitrairement les limites du progrès, le personnifiant en luimême, s'efforçant de tracer avec le compas de sa raison le point de section où doivent se rencontrer la réaction et le radicalisme de son temps.

Ils diraient son mépris pour Érasme le modéré, le conciliateur, le fusionniste, sa résistance à l'esprit progressiste et sacramentaire de Zwingle, de Carlostad et d'OEcolampade.

Ils présenteraient à son tour Calvin, élève raisonneur, fondant une école dissidente en France et à Genève, comme Luther, novateur ardent pour la conquête, comme lui furieux de personnalité, voulant plus tard poser un point d'arrêt au mouvement d'idées qui le débordent et brûlant Michel Servet qui gêne sa gloire et sa logique.

Ils compléteraient le tableau en faisant passer sous les yeux les eaux furieuses du torrent révolutionnaire, avec les anabaptistes de Munster, ces communistes, ces niveleurs d'un autre âge, dont le règne sanglant éclata comme un météore sinistre pour épouvanter le monde et lui servir de leçon ;

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