A. VA NT- PB.0 PO S
Enfin, dans lo lointain, à travers ces nuages d'où jaillissent, la tempête, ils découvriraient le pays frappé au cœur, ravagé par les passions, et chercheraient d'un œil inquiet dans quel coin isolé a pu germer, pendant la tourmente, le grain du progrès et la magnifique récolte promise en son nom.
Pour moi, qui n'ai ni la puissance ni le désir de professer sur de tels sujets, de faire le procès du présent avec les exemples du passé, je laisse à d'autres ces tristes appréciations, le soin de rapprocher les faits, d'en tirer des inductions, sombre travail comparable à celui de l'anatomiste sur les cadavres, aux études du médecin sur notre éternelle infirmité.
Abordant l'histoire comme un simple spectacle mêlé de drame et de comédie, je me bornerai à raconter de mon mieux, et sans commentaires les événements de cette époque terrible, à réveiller l'écho plus ou moins redoutable qu'ils ont trouvé dans nos contrées ; je placerai la scène chez nous, à Issoudun, la ville celtique, la vieille capitale du Bas-Berri, la rivale de Bourges, et, sans entreprendre de reconstruire son histoire dès les premiers âges, de discuter son origine, ses médailles et ses monuments, je m'efforcerai de la retrouver telle qu'elle était à cette époque.
AVANT- PROPOS
A ce propos, si je voulais pratiquer l'usage généralement admis, je devrais peut-être jeter ici sur la toile une fougueuse pochade, haute en couleurs, vagabonde de contours et grimaçante de pittoresque. Il faudrait peut-être, dans un cliquetis de mots et d'images, bâtir une ville fantasque, entasser l'un sur l'autre beffrois à horloge, tours noircies, clochers à jour, pignons pointus, girouettes criardes, auvents vermoulus, portes surbaissées, fenêtres en ogive, enfin toute la fantasmagorie et le bric-à-brac d'une décoration d'opéra ou d'une page de roman.
Malheureusement ou plutôt heureusement, j'ai là, sous les yeux, un honnête et véritable plan d'Issoudun, pris sur nature par le naïf chroniqueur du Berri, Ghaumeau, en l'an 1566, c'est-à-dire quatre ans après la date que j'ai choisie.
Devant ce vénérable tableau tout couvert de la poussière du XVIe siècle, tout jaune encore de son vieux vernis, que vaudraient les peintures de commande, les jeux d'ombres et de couleurs plus ou moins frelatées et les sculptures de fantaisie ?
Aussi, n'en déplaise au lecteur trop amateur de faux pittoresque, je le renverrai à cette bonne et saine description, inventaire exact, véritable carte de géographie relevée sur place, pour la plus
AVANT-PROPOS. • '
grande intelligence des lieux et de la narration *.
La consultera qui voudra. Quant à moi, qui n'ai pas le don de seconde vue, je mettrai au moins ma conscience en repos, et, renonçant à m'égarer dans le dédale du romantisme et de l'imagination, je me garderai de braver la sévérité du public, au moment où j'ai le plus besoin de son indulgence.
Ghâteauroux, le 9 juillet 1850.
1. Voy. Y Histoire du Berry, par Jean Chaumeau, seigneur de Lassay, advocal au siège présidial de Bourges (pag. 254 et suiv.). — Selon lui, la ville primitivement nommée Ys, se trouvant dominée par le château (Dun), se serait appelée plus tard Ys-sous-Dun; ou ou bien encore, elle aurait reçu le nom Ypsoldun; de l'Y grec (ypsilon) ou pairie d'or, qui figure sur ses armes en champ d'azur, accompagné de trois fleurs de lys, une au chef, deux ès-flancs.
De son côté, Catherinot croit qu'un certain Auxilius ayant été son fondateur ou restaurateur vers l'an 350, Exoldunutn n'est que la corruption de Auxiliodunum. — Dans son dictionnaire celtique, Bullet fait venir Issoudun de Y-Kill-Dun, signifiant mont dans une presqu'île ce qui n'est pas la position de la ville). — D'autres enfin supposent qu'un temple d'Isis, construit au pied de la butte du château, aurait enfanté le mot lsis-Dunum.
Ces différentes versions sont citées et discutées par M. A. Pérémé dans ses Recherches historiques et archéologiques sur Issoudun.
Quant à son origine celtique, les nombreuses médailles trouvées sur son emplacement ne lai -sent aucun doute. On peut s'en convaincre en consultant la belle collection, dont M. le capitaine Pays s'empresse de faire si obligeamment les honneurs.