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CHAPITRE XXIV

Avec cet exécrable instinct de destruction qui l'anime, la foule trop obéissante ne tarda pas à montrer son savoir-faire. En un instant, tout fut prêt, armes, béliers, échelles et fascines, et bientôt, attaquée sur tous les points, la demeure des Jugand sembla devoir s'écrouler sous les efforts de cette bande enragée.

Les vitraux, les sculptures et les ardoises s'égrainèrent en mille pièces sous une grêle de pierres, les barreaux des fenêtres furent descellés, la porte massive, battue en brèche par les poutres, soulevée par des pinces, oscilla sur ses gonds, malgré son armature compliquée de serrures et de verrous.

A ce jeu redoutable, la lutte ne pouvait être ni longue ni douteuse, et le moment approchait où la moindre issue laisserait pénétrer, avec les eaux furieuses du torrent, la mort et la ifuine.

Pendant ce temps, les membres de la famille,

rassemblés dans la grande pièce du premier étage, délibéraient à la hâte sur les moyens de défense et de salut. Confiants encore dans la résistance passive des portes et des murailles, ils plaçaient leur principale espérance dans l'arrivée prochaine de M. de Barbançois. Pourtant, persuadés de l'importance qu'il y avait à gagner du temps, à tenir en échec leurs adversaires, loin de se laisser aller au découragement, ils se réunissaient dans un effort commun d'énergique résistance.

Homme d'audace et d'initiative, M. du Jon avait pris le commandement et trouvait dans ses beauxfrères, dans son neveu et les deux ministres des soldats intrépides, décidés à vendre chèrement leur vie.

Les jeunes demoiselles elles-mêmes, loin d'énerver par leurs craintes la décision des assiégés, s'étaient élevées au niveau de leur courage et semblaient avoir oublié pour le moment la faiblesse et la timidité de leur sexe. Ballottées depuis plusieurs jours par les redoutables oscillations du doute, du désespoir et de l'espérance, elles se raidissaient contre la fortune et ne voulaient pas se laisser enlever ceux que le ciel leur avait rendus contre toute attente.

Grâce à cette concentration de volonté, des travaux extraordinaires furent exécutés avec une force

et une promptitude tenant du prodige. En une minute, les meubles furent amoncelés devant les portes, dans les corridors ; les épées furent mises au jour, les arquebuses chargées.

« Allons, s'écria M. du Jon, nous sommes en mesure de les recevoir. Pour ma part, je me charge des quatre premiers qui seront assez osés pour mettre le pied dans la maison.

— Du calme, Denis, du calme, fit M. de Lavarennes ; n'agissons qu'à la dernière extrimité ; jusque-là, temporisons et tâchons d'allonger la courroie pour donner le temps d'arriver à M. de Sarzay ?

— Cela est facile à dire ; mais, par réciprocité de réflexion, les drôles se hâtent de leur mieux et ne nous laissent aucun répit... Entendez-vous les coups pressés qui ébranlent la maison, voyez-vous les échelles dressées contre les murs, les fascines amoncelées au pied de cette bonne porte qu'ils ne peuvent entamer.

— Je vais leur parler ; que diable, il faut savoir ce qu'ils demandent,

— Pardieu, ils vous le crient à tue-tête ! ils demandent leurs quatre prisonniers et ma peau par dessus le marché.

— Nous ne pouvons guère nous rendre à cette gracieuse injonction, ce me semble.

— C'est parfaitement mon avis.

— Alors, permettez-moi donc de les raisonner, de leur démontrsr qu'ils se révoltent contre l'autorité royale, que cela est condamnable et dangereux à tous égards.

— Mais, ils vous lanceront quelque mauvais coup ; il n'y a pas un pouce de la maison qui ne soit criblé ; de plus, ils ont des armes à feu.

— En effet, Monsieur, reprit Gaspard, il n'est pas juste que vous vous hasardiez davantage pour nous. C'est déjà trop de nous avoir donné asile.

— Mon frère, répondit M. Claude, j'ai des torts à réparer et veux réhabiliter l'hospitalité de ce logis. D'ailleurs, je serai prudent; j'ai des amis dans cette foule, j'espère les amener à bonne composition ; ouvrez donc la fenêtre et faites-moi place , Denis...

— Par ma barbe, fit celui-ci saisissant une arquebuse, malheur au premier qui lèvera un doigt vers vous. »

L'apparition de M. de Lavarennes sur le balcon fut saluée par mille clameurs confuses, et, dès le premier moment, l'ancien chef du parti catholique put se convaincre de ce que valait, pour parler raison à la foule, cette influence naguère si puissante lorsqu'elle flattait ses passions.

Tl eut beau se nommer, énumérer les services

rendus à la religion, faire appel à ses vieilles connaissances, il ne recueillit pour prix de son zèle que tûfées et malédictions.

« Que venez-vous nous prêcher aujourd'hui, lui criait-on d'un côté, la patience et la modération? Par le ciel ! nous avons longtemps attendu, il est temps que justice se fasse.

— Si vous êtes avec nos ennemis, ajoutait-on de l'autre, dites-le de suite et vous serez traité' comme tel.

— Les prisonniers, les prisonniers, hurlait en chœur la populace.

— Du Jon, du Jon, vociférait le capitaine, qui, la tête enveloppée d'un linge sanglant, ne voulait lâcher pied ni abandonner sa proie.

— Mes amis, reprit M. de Lavarennes, songez aux terribles conséquences de votre mutinerie contre une grâce en bonne forme, octroyée par le Roi, pensez qu'en persévérant vous jouez une partie hasardeuse, une partie à gagner les galères et la potence.

— Des menaces, firent les vignerons", il ne manquait plus que cela. Sus ! sus ! à la besogne ! à sac ! à sac !.. Tenez voici notre réponse pour vous et les vôtres. »

A ces mots, les pierres mêlées de coups de feu rebondirent de nouveau contre les murailles.

« Rentrez, mon père, rentrez, interrompit Ursule, vous vous ferez tuer sans profit. »

— Encore une fois, écoutez-moi, s'obstinait à crier M. de Lavarennes, lorsqu'une balle mieux dirigée vint couper la plume de son toqin t.

— Mort de ma vie ! fit M. clu Jon saisissant son beau-frère par la taille pour le ramener brusquement dans l'intérieur, laissez-moi dire deux mots à cette canaille... Mes raisons auront au moins quelque poids et porteront coups, je l'espère. »

Et, s'élançant sur le balcon, il avisa dans la foule un des plus turbulents ; puis, sans s'émouvoir des clameurs et des projectiles, l'ajusta lentement de son arquebuse et le coucha raide mort sur le pavé.

A cette vue, un tonnerre de malédictions éclata, comme si tous les diables de l'enfer euss-ent été déchainés...

« Il n'y a plus à balancer maintenant, reprit le hardi gentilhomme, nous n'avons désormais à espérer qu'en nous-mêmes. En avant toutes les ressources de notre arsenal... Allons, messieurs, allons, mes amis, distribuons-nous a chaque fenêtre et ripostons coup pour coup, si c'est possible. »

Obéissant à cet ordre, Claude, Gaspard, Julien et les deux ministres s'armèrent de leur mieux et commencèrent un feu nourri qui, par sa promptitude et sa précision, donna à penser à la multitude.

« Ventre-de-loup, balbutia frère Toussaint en voyant hésiter sa bande, reculeriez-vous devant cette poignée de parpaillots ; n'avez-vous de force que pour lancer des cailloux et beugler après les murs?... Sus, sus, la porte est à moitié brûlée, un dernier effort pour la jeter en dedans. Courage ! courage ! »

A la voix de son chef, la foule, un moment intimidée, revint à la charge plus furieuse que jamais, étreignit pour ainsi dire corps à corps chaque pierre de la maison, déchiqueta pièce à pièce, clou par clou , les fermetures et les volets ; si bien qu'à l'aide des mille bras de leurs camarades, les plus fluets et les plus hardis purent introduire entres deux barreaux, pénétrer dans le logis et se mettre en devoir de déblayer les barricades intérieures.

Si solide qu'elle soit, dès qu'une digue a laissé passer à travers le ciment de ses murailles une seule goutte d'eau, elle ne saurait opposer aucune résistance. Dissoute grain par grain, pierre par pierre, elle suit le courant et présente bientôt une vaste brèche, par ou s'engouffre à grand bruit le fleuve tourbillonnant.

Une fois cette première issue découverte et pratiquée dans la maison Jugaud, la question fut tranchée, et les assiégés comprirent qu'il ne leur

restait plus désormais qu'à bien finir. Gens de cœur et d'action, habitués par le malheur des temps à contempler la mort de près, ils eussent fait bon marché de leur vie, s'ils n'eussent dû envelopper dans leur propre malheur ces frêles créatures, ces deux jeunes fille?, bien innocentes, hélas ! de leurs dissensions.

« Ursule et Louise, mes chères enfants, lit M. de Lavarennes, connaissez-vous dans ce logis une retraite bien cachée, qui puisse au moins vous garder pendant quelques instants. Il faut nous quitter; car ils approchent et cette chambre même ne sera pas respectée.

— Mon père, répondit Ursule, nous partagerons votre sort ; si désespérée que soit la position, nous nous croyons plus en sûreté à vos côtés que partout ailleurs. Ne songez donc qu'à votre défense, sans vous préoccuper d'autre chose...

— D'ailleurs, reprit Louise, la présence de deux femmes leur inspirera peut-être des scrupules ou du respect. »

Claude hocha la tête en signe de doute et murmura :

. « Par la messe ! que fait donc M. de Sarzay ; nous laissera-t-il égorger sans nous prêter assistance?...

— Ecoutez, fit Julien qui, l'oreille collée à la ser-

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rure, épiait les progrès des assaillants, on dirait qu'ils enlèvent les meubles jetés en travers de l'escalier. Plus de doute, ils montent, ils viennent...

— A ton poste, mon neveu, reprit M. du Jon ; réunissez-vous tous au fond de la chambre, tandis que je me présenterai à eux, l'ordonnance royale et l'épée à la main...

— Mon père, mon oncle, soyez prudents, interrompirent les jeunes filles...

— Aujourd'hui, la meilleure prudence est la hardiesse, rapportez-vous-en à moi et faites bonne contenance. »

Bientôt des pas pressés retentirent dans le corridor, la porte trembla sous des coups redoublés, et de sauvages vociférations ébranlèrent les poutres.

« Une dernière fois, Messieurs, leur cria Denis du Jon, barrant le passage de sa taille colossale, pensez à ce que vous faites. Au mépris de cette ordonnance royale, approuvée par les grands du royaume, vous envahissez une maison, pour attenter à la vie des citoyens. Songez-y, ambassadeur de Sa Majesté, je représente le roi Charles IX, malheur à qui portera la main sur moi et sur les miens. »

Mais sa voix resta impuissante contre le tapage infernal et les hurlements de la foule ; à toute mi-

nute la faible cloison, qui contenait encore le torrent, volait en éclats sous la hache. Tout espoir était perdu.

« Bonté divine, s'écria tout à coup Louise penchée à la fenêtre, une troupe de cavaliers débouche à toute bride dans la rue... Ce sont les gens d'armes du Roi, commandés en personne par M. de Sarzay.

— Enfin, soupira M. de Lavarennes... pourvu qu'il soit temps encore.

— Tenons ferme, répéta M. du Jon, aidez-moi à jeter ce bahut par terre en guise de barricade. »

En ce moment, la porte percée à jour s'abattit avec fracas, démasquant le visage hideux de frère Toussaint, suivi de ses limiers.

« Feu ! » s'écria le misérable d'une voix diabolique...

Une arquebusade partit, dont les effets terribles purent bientôt être constatés, quand la fumée se fut dissipée. Sur le carreau gisait le cadavre gigantesque de l'intrépide du Jon ; vers le fond de la salle, la malheureuse Ursule, frappée d'une balle se tordait dans les angoisses de la mort.

Sans être désarmé par cette lamentable scène, le soudard se lança comme un tigre sur le corps inerte de son ennemi, le frappa de sa botte au visage, et, le traînant à grand'peine jusqu'à la fenê-

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U'e,le jeta tout sanglant à la foule qui, pareille à une meute furibonde, le déchira à belles dents, le dépeça dans le ruisseau , jusqu'à ce qu'il ne resta plus forme humaine du vaillant gentilhomme l.

Quand, du haut du balcon, il eut assouvi sa vengeance par le spectacle de cette abominable curée, le capitaine se rejeta dans la chambre en disant d'un air satisfait:

« Voilà un bon commencement ; aux autres maintenant, ne faisons pas attendre plus longtemps la potence et le bourreau. »

Mais sa joie et ses bonnes dispositions se glacèrent tout à coup, quand en se retournant il se trouva face à face avec M. de Barbançois qui, à la tête de ses soldats, venait de culbuter cette bande de meurtriers, et criait avec un accent formidable :

« Soyez tranquilles, mécréants, l'exécuteur et le gibet ne chômeront pas longtemps, avant peu vous pourrez vous en convaincre. Par le ciel, vous avez fait de belle besogne, en assassinant une jeune fille et un embassadeur. Vous aurez avant peu des nouvelles de Sa Majesté. Provisoirement, qu'on

1 . Pour rétablir la vérité des faits, je dois faire observer que l'assassinat de du Jon et les circonstances qui l'entourèrent n'eurent lieu que six ans plus tard, c'est-à-dire en 1068 ; mais j'ai cru pouvoir me permettre cet anachronisme^ dans l'intérêt et pour l'unité de ma narration .

saisisse cet infernal coquin et qu'on balaye cette canaille, car nous avons ici bien des malheurs à réparer. . .

— Vous arrivez trop tard, Monsieur, fit Claude de Lavarennes montrant sa fille sanglante d'un geste désespéré.

— Silence, interrompit Julien, elle ouvre les yeux ; elle veut parler. Mon Dieu , mon Dieu, votre colère est-elle épuisée et voudrez-vous cesser de frapper?...

— Il n'y faut pas compter, murmuraUrsule d'une voix éteinte ; le ciel réclame encore une victime. Puisse-t-elle être la dernière. Approchez tous pour recevoir mes adieux, car le moment est venu. »

La famille désolée entoura le fauteuil où gisait l'infortunée, et, pliant le genou, attendit avec recueillement.

« Mes amis, reprit la moribonde, cessez de pleurer sur moi, car c'était dans les décrets de la Providence. Depuis longtemps je n'étais plus de ce monde. Consolez-vous donc, vous d'abord , mon père, qui avez si durement expié nos erreurs communes ; reportez votre tendresse sur vos enfants d'adoption... Voici votre autre fille ; et toi, pauvre sœur, qu'un même crime rend orpheline, voici ton second père, prends ma place près de lui... Tu le sais, nous suivions ence monde la même espérance

et pourtant une seule devait l'atteindre... Le sort a prononcé selon la justice, selon mes vœux... A moi le sacrifice... à toi l'avenir, le bonheur... -Ta main, Louise, la tienne, Julien, mon frère chéri... Au nom du Seigneur devant qui je comparais, au nom de la piété qui doit régner sur la terre, devenez les gages vivants de la réconciliation. Que votre union éteigne dans la famille ces haines insensées, dont je suis la victime. Assez de sang, assez de discordes. Faites-moi cette promesse et je m'en irai joyeuse.»

Dominé par la solennité de la scène et le cri de la conscience, chacun s'empressa de prêter au milieu de sanglots le serment demandé. Gaspard lui-même, l'inflexible Gaspard, implora son pardon en essuyant une larme.

« Merci, merci, soupira la mourante levant son regard vers le ciel... Bénie sois-tu, mort que je redoutais, pour leur avoir inspiré cette sainte résolution... Adieu encore une fois, mes amis, mon oncle, mon père ; adieu, Louise ; adieu, Julien, soyez heureux ; mais, dût-il l'attrister, que mon souvenir vienne parfois traverser votre bonheur... Je mets dans ce vœu suprême ma vie et mon âme. »

Ce furent les dernières paroles qu'elle prononça. Son œil intelligent et radieux resta bien encore quelques instants fixé avec amour sur les êtres chéris qui l'entouraient ; mais peu à peu, un léger

voile en ternit le cristal, sa paupière s'alourdit comme pour le sommeil, et bientôt le corps inanimé resta seul, sans que l'on eût pu saisir l'instant où l'âme avait quitté sa demeure terrestre. »

Peu de mots suffiront pour compléter ce récit.

En ce qui concerne les faits sérieux et généraux, l'histoire nous apprend la redoutable colère de la Cour à la nouvelle de cette rébellion et du meurtre de Denis du Jon. Sous le coup d'une première indignation, on résolut d'en tirer une réparation terrible, le conseil royal ordonna que les murs de la ville seraient rasés, les monuments détruits, et Issoudun converti en village.

Heureusement, ce grand orage se calma devant les conseils de M. de Cipierre, gouverneur de Charles IX, devant l'humilité des notables et les prières de la famille des victimes.

Ces instances et la réflexion amenèrent une distribution plus équitable delà justice. On commença par faire un vigoureux exemple sur la personne des principaux coupables, et l'on se contenta d'atteindre dans ses plus chères affections, dans sa bourse, cette imprudente bourgeoisie qui n'avait pas su prévenir ou réprimer des excès infamants pour sa cité.

Pourtant, malgré l'horreur qu'elle doit inspirer, l'historien, qui plane sur les événements, serait

presque tenté de voir dans cette catastrophe unesalutaire leçon de la providence ; car, soit véritable retour, repentir sincère de son crime, soit crainte du châtiment, à partir de cette époque, Issoudun renonça à ses divisions intérieures, et dix ans plus tard la Saint-Barthélémy, qui passa comme un nuage de sang sur la France et s'abattit sur la ville de Bourges, ne trouva aucun écho dans nos contrées.

Bien plus, lorsque par la suite les querelles politiques succédèrent aux querelles religieuses, on vit catholiques et huguenots, déposant leurs anciennes haines, oubliant toute velléité de réforme ou d'opposition, se réunir dans une même pensée de fidélité inaltérable au trône et lutter passionnément contre les entreprises de la Ligue, de la Fronde et de l'étranger ; ce qui, sous les règnes successifs de Henri III, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, valut à Issoudun les regards tout particuliers de la Cour et le titre de seconde ville royale du Berri '; jusqu'au jour où, suivant le cours des choses, l'ère

1. En 1651, après l'effroyable incendie qui détruisit une partie de la ville, Louis XIV, alors âgé de treize ans, vint consoler en personne ses fidèles sujets d'Issoudun et leur accorda, comme à ceux de Bourges, le droit d'élire annuellement un maire, qui obtiendrait pour lui et sa postérité des lettres de noblesse et le titre d'écuyer. Mais la joie causée par un semblable honneur ne fut

de la décadence commença pour elle à son tour, au profit de Châteauroux et de la maison de Condé, dont elle avait si longtemps combattu l'influence.

Quant aux épisodes particuliers de notre drame, où la fantaisie a parfois commandé, le lecteur en a déjà pressenti le dénouement. Il comprendra sans peine qu'il importe, en le terminant, d'éclaircir quelque peu un tableau déjà trop sombre.

Fuyant une ville qui devait réveiller de si cruels souvenirs, la famille Jugand s'éloigna d'Issoudun. Fidèle à sa foi et à ses antécédents, mais lié par sa promesse, Gaspard quitta la France et rejoignit Calvin à Genève. M. de Lavarennes et Julien vinrent à Bourges pour mêler leur douleur à celle de madame du Jon et de ses neuf enfants.

Enfin, un an plus tard, selon le vœu d'Ursule, Julien et Louise s'unissaient en habit de deuil, ne voulant pas séparer de leur bonheur cette idée de mort, qui l'avait enfanté, et l'image d'une sœur chérie qui devait toujours habiter parmi eux.

pas de longue durée ; car, dès la seconde élection, la jalousie suscita un tel conîiit d'ambitions que les Issoldunois eux-mêmes renoncèrent à ce privilège a aimant mieux, dit la Thaumassière, que leur patrie » perdît un si illustre avantage, que de voir monter au mairat avant » eux ceux qu'ils estimoient leurs inférieurs en qualité et mérite. » (La Thaumassière, Hist. de Berry, page 35fi.)

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