VI INTRODUCTION
détails peu connus ou ignorés des mouvements des religion naires en cette contrée.
Le pays fuxéen fut de bonne heure endoctriné par les ministres de la prétendue réforme, que la suzeraine de céans, Jeanne d'Albret, reine de Navarre et comtesse de Foix, couvrait de sa protection. Elle transforma ce comté, comme le Béarn, en un fief des huguenots. Les propagateurs de la religion nouvelle purent ainsi envahir, sans difficulté et souvent, l'entier diocèse de Rieux. Ils s'établirent définitivement en quelques-unes de ses paroisses, au Mas-d'Azil et au Caria, par exemple, et cela dès le commencement des ti-oubles, et ne cessèrent de tenter ensuite des incursions à main armée sur les territoires environnants. Les documents qu'on va lire apportent des précisions sur certaines de leurs campagnes effectuées en août 1568, en avril-juillet 1569 et encore au mois d'août de cette même année.
A la première de ces dates, les religionnaires dévastèrent Gabre, Monesple, Castera, Sabarat, Les . Bordes, Lanoux, Clermont, Le Fossat, Artigat, Saint- Martin-d'Oydes, Saint-Félix-des-Salenques, Campagne, Camarade, Montfa, Loubault, Méras, La Tour, La Peyrère, Castets, Cieuras, Canens, Sainte- Suzanne, Marliac, Massabrac, Saint-Ybars, Durfort, La Caugne, Esperce, Brie, Magrein, Saint-Quirc, Lissac, Canté, Gualhiaguet... Les abbayes de Lézat, de Combelongue, du Mas-d'Azil, de Calers, des Salenques reçurent aussi, en ce moment, des atteintes désastreuses.
L'année suivante (avril-juillet 1569) eurent lieu
INTEODUCTION. vu
d'autres incursions. Les bonnes villes du diocèse, Daumazan, Montesquieu-de-Volvestre, Rieux la cité épiscopale, devinrent, mais inutilement, le principal objectif des entreprises huguenotes. Ces centres heureusement étaient gardés; l'ennemi, dépité, se contenta de recueillir aux environs un butin plus modeste. Celui qui mena l'expédition contre Rieux, c( pour tenir bon contre le Roy )^, se nommait Yindrac, c'était un moine apostat de l'abbaye de Lézat ^ et un zélé prédicateur de la religion nouvelle dans la vallée de l'Arize. Avec sa troupe, il s'empara, au mois de juin, de Loubault, Méras, La Tour. A Loubault, un certain Bernard Darbayssa c( fust prins et blessé ». M. de Mottes, détenu prisonnier en ce lieu, obtint sa liberté moyennant 80 livres de rançon. Le capitaine Vindrac, maitre de Loubault, y fit « tuer partie de ceulx qu'i[l] auroict a treuvé[s] et tenus les aultres prisonniers ».
Mais les soulèvements des mois d'avril-juillet 1569 présageaient au malheureux évêché de Rieux de nouveaux fléaux, préludes de ceux qui allaient sitôt après anéantir tant de communautés florissantes en Bigorre et en Béarn. Et ici l'histoire de notre diocèse se soude pendant trois jours à celle de la fameuse expédition de Mongonméry en nos provinces méridionales. On sait que lors de la détresse de Navarreins, qu'assiégeaient Terride et les cathotiques, Mongonméry venu en Languedoc y rallia des partisans afin de dégager cette place, selon les ordres
' Un document du dix-septièiue siècle appelle ce religieux Mindrac et le rattache à l'abbaye du Mas-d'Azil ; nous acceptons de préférence l'affirmation des contemporains du fait. — Voj\ : Abbaye du Mas-ci Azil^ par M. l'abbé Cau-Durban, p. 32.