VIII INTRODUCTION
de Jeanne de Navarre. A la tête de l'armée dite a des vicomtes ^ », le célèbre cajDitaine se dirigea vers Castres ; de cette ville, il aboutit à Mazères-en-Foix par le Lauragais, traversa le diocèse de Rieux, gagna le Néboiizan où il spolia la collégiale de Saint-Gaudens '\ puis la Bigorre et le Béarn. Ce fut un remarquable enchaînement d'opérations stratégiques, un itinéraire merveilleux de prestesse et d'habileté en un pays que surveillaient cependant, sur divers points, les troupes de Bellegarde, sénéchal de Toulouse, et celles de Damville et de Monluc.
L'armée des vicomtes se livra, dans sa course rapide, aux pires excès et ne laissa après elle que des ruines. Ses exploits à partir du moment où elle atteignit Saint-Gaudens sont bien connus ^ ; mais le caractère de cette chevauchée en Lauragais n'est pas encore sorti de l'obscurité des archives. En attendant qu'on nous donne sur ce fait des notions fort souhaitables, nous voici à même de nous édifier aujourd'hui sur la conduite de Mongonmér}^ et de ses partisans dans le diocèse de Rieux : s'ils passèrent promptement sur cet infortuné territoire, ils n'y perdirent pas le temps.
Le 30 juillet 1569, à la tête d'une armée de six à sept mille hommes, Mongonméry franchit l'Ariège à gué entre Sainte-Gabelle et Saverdun sans oser,
' Il s'agit de l'armée que conduisaient les capitaines huguenots Bernard- Roger de Comminges, vicomte de Bruniquel; Bertrand de Rabastens, vicomte de Paulin; Antoine de Rabastens, vicomte de Montclar; le vicomte de Montaign; le vicomte de Caumont; le vicomte de Rapin; Géraud de Loraagne, vicomte de Sérignac.
^ Voy. : Les Huguenots en Comminges, pp. 341 et suiv.
^ Cf. : Enquête sur les ravages faits par les huguenots dans le comté de Bigorre, dans Les Huguenots en Bigorre, pp. 160 et suiv. — Itinéraire de Mongonméry, dans Les Huguenots en Béarn, p. 175.
INTRODUCTION. ix
malgré son envie, attaquer cette seconde place que le capitaine La Roge, sa compagnie et les habitants gardaient jour et nuit. Éparse sur la rive gauche du fleuve, cette troupe considérable se distribua, sans doute, en plusieurs corps afin de se faciliter la besogne et d'accélérer ses mouvements. Le village de Mauressac fut le premier investi, puis, gagnant de proche en proche, les huguenots surprirent : La Grâce-Dieu, Magrein, Grasac, Caujac, Esperce, Gaillac, Castagnac, Canens, Batz, La Tour... Arrivés près des murailles de Montesquieu-Volvestre, les religionnaires tirèrent contre cette ville c( de grandz c( coupz d'arquebuzades ». Ils criaient aux catholiques : Sortez, j9«paz^a? .' Mais force leur fut de se rabattre ailleurs : La Fitère, Sainte-Croix, Montberault, Montbrun ', Camarade, Mérigon payèrent cette déconvenue. Ils avaient enfin gagné la ligne où le diocèse de Rieux confine avec celui de Couserans et avoisine le Comminges. On était au 1" août; la journée s'acheva par le pillage de Montardit, que les huguenots abandonnèrent sans retard puisque le lendemain, entre deux et trois heures de l'après-midi, ils entraient à Saint-Gaudens. Le territoire parcouru, Mongonméry et ses partisans le laissaient absolument dévasté : moissons et métairies incendiées, femmes et filles violées, ecclésiastiques et laïques tués « par glaive » ou pendus et étranglés, femmes, enfants même « meur- « dris )) sans avoir égard à l'âge; de tous côtés, « des (( pouvres gens esgarés » et sans asile; en plusieurs
' Voyez à ce sujet la requête des habitants de Montbrun, dans Les Huguenots en Comminges^ pp. 51 et suiv.