MÉMOIRE CONTRE LES MARIAGES CLANDESTINS DES HUGUENOTS
Pièce émanée de l'évêché de Rienx, et fort i)robableraent de Jean-Marie de Catellan, évêque de ce diocèse, de 1747 à 1771. L'auteur met à jour les manœuvres dont usaient les nouveaux réunis qui, après avoir évité de se marier en leur paroisse, devant leur propre curé, prétendaient obliger les recteurs à déclarer officiellement la non clandestinité et la légitimité de leur mariage. — Licidents amenés de la sorte, notamment afî'aire fâcheuse suscitée, de ce chef, à M. Surville, archiprêtre du Caria.
Afémoire contre les mariages célébrés en -présence des prêtres autres que le curé de lune des parties^ au mépris des logs de V Église et de f Estât.
Les protestants, qu'on appellera, si l'on veut, avec le conseil du clergé, les mauvais catholiques, attachés secrètement à la religion prétendue réfformée, veulent-ils se marier ? La plus part passent un contract public, font publier les bans dans leurs assemblées et font bénir ensuite leurs mariages par ce qu'ils appellent « leur ministre ». Quelques autres, moins hardis parce qu'ils sont plus riches, cherchent à donner à leurs prétendeus mariages l'apparence des formalités requises par les loyx du royaume, et i)our y parvenir ils vont chercher, dans quelque diocèze étranger, un de ces prêtres prévaricateurs qui, les cognoissant pour ce qu'ils sont, bénissent leurs mariages, sans conversion, sans instruction, sans publication des bans, sans exiger qu'ils habitent dans leurs paroisses le temps prescrit pour y acquérir leur domicilie, ou mesme quelque foix, et suivant les circonstances, leur donnent un
prétendeu Extrait d'un acte de célébration qui ne feut jamais couché sur leurs registres.
Ces mauvais catholiques, mariés dans cette forme, se retirent dans leur domicilie ordinaire et font porter à l'église les enfants nés de leurs prétendeus mariages pour y estre baptisés. Leurs curés, qui ignorent cette manœuvre, ne marquent point dans leurs verbaux des baptêmes que les pères et mères de ces enfants sont mariés; les pères et les mères le sçavent et ne s'en plaignent point jusqu'à ce qu'ils apprennent que le prêtre qui a béni leurs prétendeus mariages est décédé. C'est allors seulement qu'ils exhibent aux curés de leurs paroisses les actes de célébration et les requièrent de corriger sur leurs registres les verbaux de baptême de leurs enfants et d'y insérer que tel et telle sont mariés. Dans ces circonstances, que fera le curé des parties?... Touchera-t-il à ses registres? Il n'aura garde; les registres sont un dépôt sacré auquel il est deffendeu de toucher sans y estre auctorisé par le juge royal. Reflfusera-t-il la correction requise ? On l'assignera au sénéchal, et quoyque le curé, qui sçait qu'il n'est point partie capable pour attaquer ce mariage, offre de s'en rapporter à ce que la cour ordonnera par sa sagesse, on ordonnera la correction et on compensera les dépens. Ainsi un curé qui aura agi sans humeur et sans caprice sera exposé à des fraix de procès qui, quelques fois, prendront sur son nécessaire sans qu'il luy soit possible de l'éviter.
Et qu'on ne pense pas que ce soit icy une espèce faitte d'imagination. Le cas est arrivé au s'' Surville, archiprêtre du Caria. Le s'' Lourde Martignac, lors son paroissien, se maria en cette forme, en 1749, avec d"*^ Duret, d'une paroisse de Bordeaux. Le s"" Babie, curé de Collonges, au diocèse d'Agen, bénit leur mariage sans publication des bans, eu présence de deux témoins seulement, encore l'un de ces deux témoins ne sçavoit-il point signer. L'acte de célébration est du 10 février 1750.
De retour au Caria, véritable et seul domicile dud. s^ Lourde, il eut de son prétendeu mariage plusieurs enfants qu'il fit porter à l'église du Caria pour y estre baptisés, sans faire cognoistre son prétendeu mariage avec la d"^ Duret. Le s' archiprêtre coucha sur ses registres les verbaux de baptême desd. enfants, sans y faire mention de ce prétendeu mariage. Il estoit persuadé que lesd.
Lourde et Duret s'estoient assemblés sur la seule foy du contract, comme avoient fait et comme faisoient encore, tous les jours, tous les protestants, ou, si l'on veut, tous les mauvais catholiques de la jmroisse. Huit ans après, led. s'' Lourde somma par acte led. s^ archiprêtre de corriger ses registres par le jour'^, et l'assigna le lendemain. Sur cette assignation le s'" archiprêtre consulta. Son conseil feut d'advis que l'archiprêtre n'estoit point compétant pour attaquer le mariage, qu'il devoit communiquer aux gens du Roy, pour exciter leur zelle, plusieurs pièces qui estoient en son pouvoir et qui prouvoient invinciblement que ce mariage avoit esté fait en fraude et contre la disposition des loyx, s'en remettre ensuite à ce que la cour en ordonneroit par sa sagesse et demander les dépents.
Le s' archiprêtre suivit en tout point l'advis de son conseil, il ne pouvoit point j^rendre un parti plus régulier ny plus modéré tout ensemble, et néanmoins, conformément aux conclusions de M*' l'advocat du Roy, dont le fils ])laida la cause du s'' Lourde, le sénéchal, par son jugement du 27 novembre 1758, ordonna la correction des registres, dépents compensés. C'est ainsi que ce prétendu mariage, fait au mépris des loyx les plus respectables, et qui, selon l'expression de Louis le Grand, dans le dispositif de l'Ordonnance de 1697, estoit le malheureux fruit d'un intérest sordide, une honteuse prostitution du s' ministère et une horrible prophanation des choses les plus saintes, feust néanmoins auctorisé par le sénéchal de Pamiers à la face du ciel et de la terre.
Il y a d'autres mauvais catholiques qui ne suivent point jusqu'au bout la route qii'a tenue led. s'" Lourde, Après s'estre mariés dans la mesme forme que luy et avoir fait porter, comme luy, leurs enfants à l'église pour y estre baptisés aussy, lorsqu'ils sont instruits de la mort du prêtre qui a béni leurs prétendeus mariages, ils se pourvoient par simple requeste au sénéchal qui ordonne que le curé corrigera sur ses registres les verbaux de baptême desd. enfants. Ils font signifier ensuite l'ordonnance à leur curé qui, n'estant point partie capable pour attaquer ces sortes de mariages, est forcé d'en recognoistre la validité contre les lumières de sa
' C'est-à-dire immédiatement, le jour mième.
conscieDce. Les religionuaires en triomphent et en prennent occasion de calomnier l'Eglise dans laquelle, disent-ils, on obtient tont pour de l'argent. Les bons pasteurs en gémissent et les iîdelles eu sont horriblement scandalisés.
C'est ainsi qu'ont procédé au Caria le s'" Brun, bourgeois, le s*" Dutilh, chirurgien, le s"" Lourde de Laplace, marchand, et autres, et à Campagne le s'' Belesta.
Quelques autres n'ayaut point la patience d'attendre que le prêtre qui a béni leur prétendeu mariage soit dértédé, communiquent dez le commencement à leurs curez les actes de célébration, sans vouloir les leur confier pour un temps, ny leur en donner un collationné en forme ; et si les curés dénoncent les prévaricateurs à leurs évéques, ils ont l'impudence de soutenir qu'on les calomnie et de demander qu'on leur fasse cognoistre les dénonciateurs pour les faire punir. C'est ce qui arriva, il y a deux ans, au Mas d'Azil, diocèse de Rieux. Le s' Damboix avoit fait bénir son mariage par le curé de Blézignac, diocèze de Bordeaux. Quelque temps après il présenta à son curé le verbal de célébration, et demanda en conséquence que son mariage feut énoncé dans les verbaux de baptême de ses enfants. Le s'^' curé du Mas d'Azil en escrivit à M'"^ les grands vicaires de Bordeaux. Le s'' curé de Blézignac, mandé à l'archevêché, prétendit qu'on le calomnioit et demanda à cognoistre le calomniateur. M''- les grands vicaires demandèrent au s*" curé du Mas d'Azil un collationné, en forme, de Vacte de célébration. Le s^" Damboix refusa constamment de le donner estant persuadé, disoit-il, qu'on vouloit en faire uzage contre le curé de Blézignac : ainsi la prévarication a-t-elle demeurée impunie.
Le s'' Lourde Bigorre, habitant du Caria, extorqua, il y a environ deux ans, de je ne sçay quel méchant prestre, la bénédiction nuptiale et se jacte publiquement que les prêtres de l'Église romaine font toutes choses pour de l'argent. Sa femme est actuellement enceinte et on ignore comme il se conduira. Il est à craindre, qu'à l'exemple du s^ Lourde Martignac, son parent, il fasse quelque jour, au s'' archiprêtre du Caria, un procès pour le forcer de recognoistre la validité de son mariage qui a été certainement béni par un prêtre autre que l'un des curés des parties.
Tel est le fruit de l'impunité et de la tollérauce, et certes les religionnaires s'en rendent tous les jours plus indignes par la hardiesse avec laquelle ils se donnent tous les jours des libertés qu'ils n'auroient osé se donner avant la révocation de l'édit.
Entre tous les abus qui depuis quelque temps se sont glissés dans le ministère ecclésiastique, il n'en est point de plus déplorable que celuy dont on vient de parler. 11 n'est rien moins qu'une honteuse prévarication et une sacrilège prophanation du sacrement de mariage, en sorte que l'on ne craint point d'advancer qu'entre tous les abus qui affligent l'Eglise et qui occui)ent actuellement Nos Seigneurs les évêques, il n'en est guère qui mérite plus que celu}'-cy de fixer leur attention, ny qui soit plus capable d'enflammer leur zèle. Au reste ce n'est point ycy la cause de quelques pasteurs du second ordre, mais bien celle de tous les pasteurs de l'Eglise, ou plus tost celle de l'Esglise elle-même dont on méprise ouvertement les loyx, et de la religion dont on prophane les mystères ; l'une et l'autre ont un intérêt essentiel à ce que les prétendeus mariages desd. s""^ Lourde Martignac; Lebrun, bourgeois; Dutilh, chirurgien; Lourde de Laplace, marchand; Damboix le fils et Bélesta, soient déclarés abusifs, et d'avoir, pour y parvenir, un ordre de Sa Majesté ou de ses ministres, adressé à M"" le procureur général du parlement de Toulouse, d'attaquer lesd. mariages et de mander au s'' arcliiprêtre du Caria, au s"" curé du Mas d'Azil et au s'' curé de Campagne qu'ils ayent à remettre à M"" le procureur général toutes les pièces qui peuvent estre en leur pouvoir.
Et pour faire cesser un abus aussi déplorable, après y avoir mûrement réfléchi, on croit qu'il seroit expédient d'obtenir de Sa Majesté une ordonnance qui portât : « Que ceux de ses sujets dont c( les mariages auront été bénits ailleurs que dans la paroisse de « l'une des parties, seront tenus, lorsqu'ils feront présenter leurs « enfants à l'église pour y estre baptisés, de délivrer au curé de la « paroisse un collationné, en forme, de Vade de célébration de leurs « mariages, et, en deffaut, les déclarer irrecevables à s'en ayder « dans la suitte pour faire ordonner la correction des verbaux de <L baptême de leurs enfants. i> Les mauvais prêtres, instruits par cette ordonnance que leur turpitude ne pourroit estre longtemps
cachée, ny, par conséquent, demeurer impunie, seroient plus circonspects à l'advenir, la prophauation cesserait et les curés ne se verroient plus exposés, comme ils Font été jusqu'à présent, à des procès injustes \
(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)
DÉLIBÉRATION DES CATHOLIQUES ET DES PROTESTANTS DE SaVERDUN EN FAVEUR DU R. P. CaDIS, RELIGIEUX CORDELIER.
Y L'an 1760 et le septième jour du mois d'avril, dans la ville de Saverdun, le conseil politique assemblé, convoqué en la manière ordinaire du mandement de M*^ Jean-Raymond Lafont, premier consul, par devant Jean- Jacques-Nicolas Fauré, advocat en Parlement, juge de la présente ville, et composé de M""* les consuls, syndic et conseillers politiques soussignés et du s'' Paul Gallau, procureur juridictionnel.
Le conseil et principaux habitants, tant catholiques que protestants, sont très flattés d'avoir vu remplir avec tant de zèle cette station de carême par le révérend père Cadis, cordelier, doué des plus hauts talents, qu'il convient de supplier Monseigneur l'évêque de Rieux de vouloir nous le procurer pour prédicateur aussy souvent qu'il sera possible, d'autant plus que le conseil est pénétré que les prédications de ce R. P. pourront opérer la conversion de nombre de protestants qui ont été empressés de l'écouter. Et comme l'honoraire consiste en très peu de chose et que les denrées sont à un haut prix, le conseil ne peut se refuser à donner avec
' Des incidents semblables à cenx que raconte ce Mémoire ont donné lieu, au xviii" siècle, à des consultations et à des projets destinés à amener la cessation d'un pareil état de choses. Voyez, notamment, le Mémoire théologique et politique au sujet des mariages clandestins des protestants de France, où Von fait voir qu'il est de Vintérèt de V Église et de VÉtat de faire cesser ces sortes de mariages, en établissant, pour les protestants, une nouvelle forme de se marier qui ne blesse point leur conscience et qui n'intéresse j^oint celle des évéques et curés {1755, in-S"). — La partie politique de ce Mémoire est de Kipert de Monclar, et la partie théologique, de l'abbé Quesnel, précepteur du duc de Penthièvre.
joye des marques de son attachement si méritées, audit R. P. Cadis, en suppliant M^'' l'Intendant de vouloir authoriser la communauté à luy passer à titre de gratification la somme de 40 liv. qu'elle luy accorde unanimement, sous le bon plaisir de M^"^ l'Intendant, et ont signé : Faure, ;?/^e; Lafont, premier consul; Endrieu, consul; d'Ortel, Bely, Seré, Sarrut, Farbos, Abadie, Laroche, syndic; Gallau, procureur juridictionnel, signés au registre duquel le présent a été tiré par nous, secrétaire, soussigné : Pédemun. (Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)