Autre déposition relative au temple
ET AU SEIGNEUR DE SaVERDUN.
7 L'an 1765 et le IQ"" jour du mois de novembre, à 8 heures du matin, se sont présentés à nous d'Augery, subdélégué de M. l'Intendant pour la basse comté du païs de Foix, commissaire nommé pour vérifier un bâtiment nouvellement construit par les protestans au château, ville haute de la présente ville de Saverdun, et dans le logis de la croix blanche, où nous avons établi notre logement, les sieurs Jean Saint-Sevé, curé de la ville, vicaire général forain du diocèse de Rieux, Etienne Gallau, curé de Sainte-Colombe de lad. ville, Jean-Baptiste Demis et Bernard Lafont, vicaires dudit Saverdun, nous ont dit à nous commissaire et requis de vouloir faire coucher dans notre verbal leurs déclarations et leurs dépositions sur la commission dont s'agit.
Ils ont dit que pour la décliarge de leur conscience devant Dieu et pour que la vérité ne demeure pas enchaînée par tant de stratagèmes qui se sont pratiqués et qui se pratiquent, et que la vérité pénètre, jusqu'aux pieds du trône, au Roy, à sou conseil et à ses ministres, et qu'il faut plus tôt obéir à Dieu qu'aux hommes, pour sa gloire et celle de sa religion, et pour le bien du service de Sa Majesté, déclarent :
Qu'il a été bâti et construit un bâtiment au château, ville haute dudit Saverdun, assez grand et spatieux, et assez près de quelques mauvaises maisons qu'on avoit agencées en abattant et démolissant les cloisons, où les protestans tiennent leurs assemblées et où ils étoient trop étroitement et mal à leur aise, et qu'ils vouloient quitter pour se changer au nouveau bâtiment construit en forme de temple; lorsque le 27 août dernier M' le marquis de Gudanne vint vérifier ce bâtiment. Il le trouva rempli de paille, foin, chaume et autres choses et quelque bétail, à quoy on avait tra-
vaille dans la nuit avant l'arrivée de M"" de Gudane pour le foire passer pour une grange et qu'on vuida ensuite. M' Daugery y a trouvé des cloisons et corondats et dont les torchis sont encore frais.
Led. l)âtiment est en quatre murailles, du fondement jusqu'au toit, en forme d'un carré long, et dont le plafond qui porte le toit est travaillé ainsi qu'on le fait dans les églises qui ne sont pas voûtées. Et led. plafond est tout supporté par un gros étançon au bout duquel il y a plusieurs jambes de force pour soutenir led. plafond et le toit y adjacent.
Ils déclarent et certifient de plus que, depuis quatre ans et plus, les protestans font librement et avec la même liberté que les catlioliques, dans la ville de Saverdun, et ainsi qu'ils le faisoient avant la révocation de l'édit de Nantes, l'exercice de leur religion, soit pour le^ prêche de leurs ministres, pour la cène, pour les baptêmes, mariages, sépultures, lectures et prières, et tout ce qui se pratique dans cette religion.
De plus, dit le s"" curé de Saverdun en son particulier, que hier dix-huit du courant, vers une heure après midy, ayant esté rendre sa visite à M*" Daugery, commissaire, qui à dix heures du matin étoit venu chez le s'' curé avec M'' Palmade, son secrétaire dans la commission, pour conférer sur icelle. M"" de Paulhiac, nouveau seigneur de cette ville depuis environ deux ans, arriva bientôt après et se mit en grandes saillies avec les termes les plus forts et les plus exécrables, se servant toujours du mot cVeiifer le plus j^rofond,, des plus profonds abhnes de la terre et beaucoup d'autres mots équivalens, contre ceux qui avoient écrit, et dévoient être punis, comme délateurs et dénonciateurs, des plus cruels supplices de Venfer; qu'il riy avoit que les gens en place qui pouvaient l'avoir fait. S'adressant au s'' de Maysonnade, maire : Ce n'' est pas certainement vous, Mo)isieur... — J^on asseurement, répondit le maire. J'' étais à Toulouse quand cette construction a été faite et je ne tay sçu qu après mon retour.
M'' de Paulhiac continua encore les mêmes termes d'exécration et dit qu'il avait écrit au ministre : 31^ Daugery, dit-il, vous avez vu la lettre. Si je suis coupable, je veux être puni. Que les délateurs le soient et confondus dans les abîmes de l'enfer. Le s'' curé lui dit
seulement ces mots : M' envisagês-vous, AP, en cella, ou parlés-vous en général? Parée que s'il en était ainsi je vous répondrai. Il ajoute : Je parle en général. J'ai vu, dit-il, des lettres diaboliques, J'en trouve partout. Le s'" curé proteste qu'il n'en a écrit qu'à M'' de Gudanne, commandant pour le Roy, comme devant être informé des désordres qui se ])asseiit dans les villes et lieux de son commandement. M"" Daugery prit la parole et parla des assemblées qui se font (et assés longtemps) contre l'intention et les ordres du Roy, et qu'on devoit être soumis et obéissant aux souverains, et bien d'autres relatives à la transgression et à l'abus qu'on eu fait. M. de Paulhiac se tût, alors qu'on en avoit fait ici comme l'on en faisoit par tout le royaume. M. Daugery dit ensuite qu'il alloit travailler. Le s'' curé se retira seul et tous ceux qui étoient présens et témoins à cette époque {sic) si déplacée étoient M*" Daugery, M'' Palmade, secrétaire. M"" de Madron de Saint-Paul, M'" Laporte fils, M^- Bernard Sol, M"- Sarrut-Marlhiac et M"- Sarrut La Peire.
Nous, susd. curés et vicaires soussignés, déclarons et certifions avoir été, ce matin, à buit beures, cbez M"" Daugery, pour le prier et conjurer de faire coucber et cbarger son verbal de notre présente déclaration et attestation dont nous luy avons fait la lecture. Il nous a répondu que sa commission ne s'étendoit pas jusques-là, que ses ordres étoient seulement de prendre des informations verbales; mais que nous n'avions qu'à la luy laisser, qu'il lajoindroit à son verbal. Sur quoy nous luy avons dit que nous voulions en garder un original devers nous pour y avoir recours en cas de besoin, ce que nous avons fait et nous sommes signés :
Saint-Sevé, curé, v. g. f. — Gallau, curé de Sainte- Colombe de Saverdun. — Dernis, vicaire. — Lafont, vicaire.
(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)
1769. — 31 Janvier.
Lettre du curé de Saverdun a l'évêque de Rieux.
M, de Saint-Sevé donne à l'évèque de Eieux, Jean-Marie de Catellan, d'intéressants détails sur la situation des catholiques et des protestants à Saverdun.
Monsieur. — J'apris hier au soir que l'exprez n'étoit pas parti pour Rieux à cause du mauvais teins et qu'il ne partira que demain matin. Je* proîitoi de la soirée pour faire les deux copies que vous trouverez cy jointes de notre déclaration lors de la décente de M"" Daug-ery pour la vérification du temple, après la mauvaise besogne de M'' de Gudaues, pièce que vous envoyâtes à M"" le comte de Saint-Florentin, et une pareille jointe au verbal de M"" d'Augery, ce qui a occasionné sa révocation du commandement. La seconde est ma réponse au bas d'un acte de sommation de la part de la communauté, faite dans la vérité et d'aprez l'Évangile. Voilà tout mon crime, et toujours disposé à en faire de pareils, jusqu'au martyre.
Je crois, Monseigneur, qu'il convient pour le bien de la religion, qui est en grande décadence à Saverdun, et pour moi même, de me justifier. Mon plan seroit de dresser un placet, d'y joindre les deux pièces et de les envoyer au ministre, et encore mieux si vous voulez avoir la bonté de les addresser à un des seigneurs archevêques de Rheims, de Narbonne ou de Toulouse, ou du moins à messieurs les agens généraux. Je vous supplie. Monseigneur, de vouloir examiner le tout avec la considération la plus réfléchie et de me faire part de vos lumières.
Je ne crois pas. Monseigneur, vous avoir appris que tous les habitans de Saverdun sont dans la disgrâce du Roi. Bientôt après la décente de M. Daugery, M. de Saint-Florentin écrivit à M'^ l'intendant de faire savoir aux habitans de Saverdun qu'ils avoient encouru la disgrâce du Roy par leur rébellion et leur révolte, qu'ils n'obtieudroient aucune grâce du Roi et que Sa Majesté les regarderoit comme, des rebelles jusqu'à ce qu'ils auroient fait leur soumission et obtenu le pardon de leur révolte.
M' l'intendant envoya la lettre du ministre, avec une des siennes, à M^ d'Augery. Celui-ci appella le maire et consuls. Ils déclarèrent simplement que les catholiques u'étoieut pas les coupables; mais que c'étoient les protestaus. Cela se passa dans le secret et y a toujours resté. M"" d'Augery leur dit de m'en parler à moi seul et d'agir de concert avec moi. Je voulois qu'on présentât un placet pour la justification des catholiques. M^" La Bouisse, maire, s'y opposa disant que sa belle sœur de Rochefort étoit protestante, messieurs de Martin, Mayserac, Rivais et autres jirotestaus, tous ses prez parens en deviendroient la victime...
Les choses en demeurèrent là, dont rien n'a^ transpiré dans le public. Ça été un malheur que cet homme ait été maire : il n'est catholique qu'au dehors, tout comme son frère M. de Rochefort, marié avec la plus obstinée protestante. Elle vouloit donner cent pistoles à sa nièce, fille de son frère M'" de Madron, pour qu'elle se fit protestante. J'avais toujours dirigé et instruit cette fille. Elle me fit confidence [de] ce qu'on l'avoit entraînée au temple quatre dimanches, comme par force; qu'elle étoit persécutée par sa tante jusqu'à l'assurer qu'outre les cent pistoles, [elle] la feroit son héritière ; mais que toutes ses promesses ne la tentoient point et qu'elle vouloit être catholique. Je lui offris sur le chauip de lui payer la pension au couvent d'Auterive. Elle me répondit qu'elle partiroit le lendemain dans la nuit, ce qu'elle fit en eflet, où elle est depuis la semaine dernière, bien contente. Je veux tâcher de l'y tenir deux ans, si je puis. La pension est un peu forte, de soixante écus par an. Cette affaire fit bien du train dans son tems. M. de Rochefort et son épouse m'en ont voulu un mal infini et n'en sont pas encore revenus.
J'aurois désiré de donner une mission avant de mourir : je ne vois guère que les capucins propres à cela. Sans la multitude d'affaires qui se sont succédé, je voullois aller passer quinze jours chez eux à Toulouse, je connois le gardien qui est habille et bon missionnaire, et de là vous aller demander votre approbation et consentement. Je ne l'ai pas peu encore.
Je finis brusquement, Monseigneur, le temps me manque. L'homme qui va à Rieux et doit partir demain est à une demi lieue de la ville, sur la route de Rieux.
J'ai riionnciir d'être avec le plus ])rofond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Saint-Sevé, curé.
Ce 31 janvier 1769.
(Arcli. de la Haute-Garonne : Evèché de Rieux.)
Note complémentaire sur Orssas.
Au seizième siècle les habitants d'Orssas, s'adressant au chapitre de Rieux, décimateur en cette paroisse, réclament : « ung « homme d'esglise pour les administrer ». Il était, eu ce moment, impossil)le aux habitants d"Orssas « de treuver ung- homme c( d'esglise en mil escutz, estant la guerre ouverte et estant le c< lieu d'Orssas au milhieu des ennemys ». — Orssas ne s'est pas relevé du désastre que lui ont causé les religionnaires. Par ordonnance de l'évêque de Mieux, donnée en 1637, mais exécutée seulement en 1685, cette paroisse fut unie à celle de Marliac. L'église était dédiée à iSaint-Martin, il n'en reste rien aujourd'hui. Déjà, eu 1685, les habitants déclaraient : « que ledit lieu est de petite « contenance, composé seulement de quinze ou seize métairies « esparses, et d'une quarantaine de commuuians. »
(Arch. de la Haute-Garoinie : Evèché de Rieux.)
Note complémentaire sur Artigat.
On a lu, sous le n" xv du présent travail, les plaintes que proférait le recteur d' Artigat contre certains huguenots qui voulaient entraîner dans l'hérésie une de ses paroissiennes. — Voici la réponse que lui adressait, sur ce point, M. Mulatier, vicaire général de l'évêque de Rieux.
Ecrire au sieur recteur d 'Artigat qu'il voie et éclaircisse si, au cas nous fairions remettre cette filhe entre les mains de ses parents catholiques, elle déclarera qu'elle a esté séduite ou forcée
d'aller au prêche, affiu que nous ne commencions pas nne procédure pour en avoir la honte; et si tant est que le curé espère que la fillie agira bien, il faut donner ordre à Guiraud de poursuivre un arrest qui ordonne que cette lîlhe sera remise es mains de ses parents catholiques. — Il faudra poursuivre cet arrest sonbs le nom du procureur général, ou autrement, suivant l'advis de M'^' Laurent. Je fairay les fraix de tout et Guiraud en faira l'advance; ou au nom du recteur, et je pairay les fraix; ou du sindic catholique d'Artigat.
(Arch. de la Haute-Garonne : Évêché de Rieux.)
Le parlement de Toulouse et le diocèse de Rieux.
Sous ce titre se trouvent groupés les ])rincipaux arrêts ])rononcés par le parlement de Toulouse au sujet des désordres qui ont troublé le diocèse de Rieux. Les sentences de la suprême cour de justice visent l'entretien des compagnies pour la conservation des villes, la levée des fruits décimaux, la restitution des églises, chapelles, cimetières, dîmes, usurpés ])ar les religionnaires, le relèvement de l'abbaye du Masd'Azil, etc. Inutile de faire observer que dans les centres où l'élément huguenot dominait, les ordonnances du Parlement, même conçues sous une forme très comminatoire, restèrent longtemps lettre morte. De nouvelles plaintes provoquaient de nouveaux arrêts, sans que la multiplicité des sentences fût capable d'améliorer, en diverses communautés du diocèse de Rieux, des situations fort pénibles et, ne l'oublions pas, absolument injustes.
1. — Contribution du diocèse de Rieux a l'entretien des troupes.
Le mardi 8 mars 1569, en la grand' chambre, furent au conseil MM. Dafiâs, de Paulo, de Vabras, présidents ; Benoist, Roguier, de Molinier, d'Alzou, Forez, Fabri, Doujat, de Bouald, Sabathier, Gargas, Guillemette, Ouvrier.
Veue la requeste présentée par le syndic de Rieux.
La court ayant, quant à ce, égard à lad, requeste, pour les causes et considérations résultaus d'icelle et autres à ce inouvaus, a ordonné et ordonne que ce que reste à lever de la somme qui a esté mise et imposée par emprunt, par mandement et commission du seigneur de Joyeuse, gouverneur et lieutenant pour le Roy en Languedoc, sur les habitans dudit diocèse estans de la qualité