‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 120 sur 154 · I. RuUetin, t. I , p 100 cl sniv · texte numérisé non relu

I. RuUetin, t. I , p 100 cl sniv

A Sancerre, i573.

Prière du matin au corps de garde.

«Notre aide soit au nom de Dieu qui a fait le ciel el lo terre. Ainsi soit-il.

«Notre Père et Sauveur, puisqu'il t'a plu nous faire la grâce d'avoir passé la nuit, pour venir jusques au jour présent: veuille nous aussi maintenant faire ce bien que nous l'employions tout à ton service. Tellement que nous ne pensions, ne disions et fassions rien, sinon pour te complaire et obéir à ta bonne volonté. Afin que par ce moyen toutes nos œuvres soient à la gloire de ton saint nom et à l'édification de nos prochains. Et comme il te plaît de faire luire ton soleil sur la terre pour nous éclairer corporellement, veuille aussi par la clarté de ton Saint-Esprit illuminer nos entendements et nos cœurs, pour nous adresser en la droite voie de ta justice, nous prenant en ta sainte protection pour tout le temps de notre vie, et nous pardonnant nos fautes passées, par ta miséricorde infinie pour l'amour de ton Fils bien-aimé notre Seigneur Jésus-Christ, comme tu as promis à tous ceux qui t'en requerront de bon cœur. Et d'autant, ô Père céleste, que les habitants et habitués de cette ville, après toi, se reposent sur la fidélité et prévoyance de nous qui sommes de la garde, fais-nous la grâce que nous puissions tellement exécuter le devoir de notre charge, qu'il n'advienne ici aucun inconvénient par notre lâcheté ou négligence. Et qu'en bref il te plaise, ô grand Dieu des armées, tellement changer ce temps misérable et calamiteux en un temps heureux auquel toute piété et justice règne, que nous ne soyons plus en cette peine de nous garder. Finalement nous te supplions, ô Dieu tout miséricordieux, donner ton Saint-Esprit et ta connaissance à tous hommes: instituant et entretenant toujours en ton Église de bons et fidèles pas-

leurs, afin que toutes brebis égarées soient recueillies en la bergerie de ton Fils, et que par ce moyen (on saint nom soit de plus en plus glorifié p;ir tout le monde. Toutes lesquelles choses, ô bon Dieu et Père, nous te demandons au nom et en la faveur de notre Seigneur Jésus-Christ.» Cela n'est-il pas admirable?

Dans cette atmosphère de piété, qui se respirait jusque dans les camps huguenots, la foi ne demeura pas sans fruits". On sait quel ronfrasle remarquable présentaient les deux camps des catholiques et des protestants. D'un côté — nous disent les historiens les mieux informés — les jeux , les spectacles, la licence; de l'autre, la règle sévère, à la fois

militaire et religieuse On peut jugei' de l'armée de la

cour par la cour elle-même. Quant aux réformés, il faut lire l'admirable constitution démocratique et fédérativc qu'ils avaient adoptée après la Saint-Barthélémy, «selon les ordonnances du Dieu vivant», et qui portait (art. 21) que la discipline ecclésiastique ordonnée par les synodes, «frein tant saint et nécessaiie », serait observée «depuis le chef général jusques aux moindres chefs et membres». Il faut lire les instructions données à ces «soldats chrétiens, au général, son conseil et autres capitaines, et tant qu'il y aura de gens de bien dans l'armée» (art. 22 et 26, etc.), pour «aviser à la sûreté des pauvres églises, qu'elles ne soient jamais plus à la merci des loups et tigres' », pour s'assurer de toute la beauté de l'idéal que les calvinistes s'étaient fait d'une armée chrétienne. Le levain de la piété évangéliquc avait pénétré toute la masse des soldats. Les paroles sérieuses venaient naturellement à la bouche de tous ces guerriers, découlant des pensées graves qui agitaient leurs esprits.

I. Bulletin, t. I, p. 100 et suis. France pruleslaule , l'iètcs justilicatives, p. lOi.

Il <(}uandla peste ravagea la France, en 1562, Amhroise Paré ne se contente pas de donner les conseils de la chirurgie: il prêche; on dirait le sermon d'un éloquent prédicant. iif,«Goncluons donc que la peste et autres maladies dangereuses sont témoignage de la fureur divine sur les péchés, idolâtries et superstitions qui régnent en la terre.... Que seria-ce donc de nous, pauvres humains, qui nous écoulons CQRïnlela neige? Gomment pourrons-nous subsister devant leifèu d^ Ifire de Dieu , vu que nous sommes foin et paille, et que nOs jours s'évanouissent comme vapeur de fumée? Apprenons de nous convertir de nos voies mauvaises à la pureté du service de Dieu, et ne suivons pas l'exemple des fous malades qui se plaignent de la chaleur et altération de la fièvre, et cependant rejettent la médecine qui leur est représentée pour les guérir de la cause de la maladie'....» ilci^ comme toujours et partout, la réalité resta au-dessous de l'idéal. Les réformés perdirent peu à peu la simplicité des soldats de 1562 ^ Mais leurs guerriers ne cessèrent pas de l'emporter, en moralité, sur les soldats catholiques.

La Noue, qui commandait sous le prince de Condé, fit observer dans ses troupes une sévère discipline. 11 défendit le pillage et toutes espèces d'excès. Vieillards, femmes, enfants n'avaient rien à craindre sur son passage. Il payait tout ce qu'il lui fallait pour l'entretien de l'armée, et quand les habitations étaient désertes, il faisait mettre l'argent à la place des denrées qu'il était obligé de prendre : il eût voulu ôter à la guerre civile ce qu'elle avait de plus terrible\

C'est à lui-même que nous demanderons de confirmer

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