‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 126 sur 154 · h'nince. prolestitnle, l VIII, p. iJ · texte numérisé non relu

h'nince. prolestitnle, l VIII, p. iJ

aimeni les confidences d'une âme chrétienne avide de science, mais plus avide encore de piété.

En décembre 1C00, Casaubon écrit: «J'ai passé ce jour à la maison et dans mon cabinet, mais sans satisfaction, relisant par nécessité des travaux antérieurement achevés et essayant de les polir. Mais, ô vanité de l'élude, lorsque nous avons abandonné la méditation de ta Parole, ô Éternel Dieu! »

A la date du 10 des kalendes de mai IGOl (Casaubon, écrivant en latin et en grec, prenait plaisir à suivre le calendrier des Romains), nous lisons : « De retour d'Ablon, j'écris ces lignes afin de te rendre grâces, ô Père, de ce que tu m'as donné à moi et à ma femme de participer à la sainte cène instituée par ton fils Jésus-Christ. Nous avons ressenti, elle et moi, une joie incroyable de ce bienfait... Affermis-nous, moi et les miens, dans la vraie foi. Donnenous la constance et l'énergie nécessaires pour tenir bon dans toutes les épreuves. Fais que nous tii'ions profit des tristes exemples que nous voyons chaque jour... Que dire de mon vieil ami, de Philippe du Fresne Canaie? Lui qui vient de renoncer à la vérité qu'il a connue et professée pendant tant d'années, pour... Tu sais, ô Dieu, toi qui sondes les cœurs, combien cet événement m'a affligé, et parce qu'à mes yeux cet homme a outragé ta majesté, et parce que notre amitié bien connue a fait croire à bien des gens que je ne manquerais pas de suivre bientôt l'exemple de sa perfidie envers toi. Mais la terre se sera ouverte béante pour m'engloutir, avant que j'abandonne un iota de la vérité telle que je la connais. »

Six mois plus tard, le 4desnones de novembre 1601, Casaubon proteste de nouveau de sa fidélité à sa foi pour laquelle il se montre prêt à tout souffrir, sans murmurer : « La matinée a été consacrée à de pieuses occupations.

ClIAP. II. — DÉTAILS. 281

Nous avons assisté- au prêche qui se fait dans le palais du roi... Entre autres mac/ii)iatio)ts satmiicjucs à l'aide desquelles on cherche à ébranler la foi de Madame, la sœur de notre grand roi, on lui avait affirmé que j'étais sur le point de renoncer à la vraie religion. J'ai donc cru de mon devoir (alors surtout cpie le ministre de cette princesse, digne et savant homme, le jugeait nécessaire) de lui déclarer la vérité. J'ai donc été la voir, et, sans fard et sans déguisements, je lui ai fait connaître très-explicitement mes convictions sur la vraie religion et sur le dissentiment qui existe entre nous et les prélats de l'Église romaine. J'ai confondu par l'exposé des faits ceux qui ont l'imprudence de prétendre que j'éprouve des doutes sur la véritahle foi et que ma croyance est chancelante. 0 Dieu, toi qui connais les cœurs, tu sais qu'il n'en a rien été jusqu'à ce jour, grâce à ta bénédiction. Fais donc que je persévère, que je vive et meure pour toi ; fais-moi cette grâce, à moi et aux miens, je le demande de toutes les forces de mon àme, je t'en supplie, je t'en conjure avec larmes...»

Dans le dernier extrait que nous allons communiquer, la piété de Casaubon, éprouvée par l'affliction, s'élève au ton de la plus touchante soumission à la volonté divine. Casaubon venait de perdre son neveu Pierre Chabanay, qui s'était rendu avec lui en bateau, par un froid extrême, à Ablon pour y assister au culte, A partir de ce jour, Pierre dut garder le lit. On n'omit rien de ce qui pouvait procurer sa guérison. «Mais, continue le naïf narrateur, tu en avais décidé autrement, ô Dieu, et, voulant appeler cet excellent et pieux jeune homme dans une vie meilleure, tu lui as commandé de renoncer à celle-ci. A toi, ô Dieu, soient honneur et gloire aux siècles des siècles ! Nous avons, nous qui restons, la consolation de penser que ce bon jeune homme a, durant toute sa vie, et particulièrement pendant le temps

de sa maladie, donné des preuves d'une remarquable piété . . . Il a montré d'une manière frappante et qui ne sortira pas de ma mémoire, ce qu'est une âme pieuse; c'est pourquoi je te rends grâces, ô Dieu, Père des miséricordes. Cette constance d'une âme animée de l'esprit de Dieu ne s'est pas démentie jusqu'au dernier souffle que, moi priant Dieu et ma femme étant présente, il a rendu avec tant de calme que je ne puis douter de son bonheur actuel. 0 Dieu, daigne étendre ta protection sur ce qui reste de notre maison et nous conserver avec ta bonté accoutumée. Console ma mère, cette seconde mère du défunt, à qui cette mort va causer une si grande douleur. Tu connais, ô Dieu clément, toutes les afflictions qui ont déjà éprouvé cette femme si excellente. Aie pitié d'elle, toi qui seul peux la consoler... Apporte aussi tes consolations à ma femme... Elle et moi, ô Dieu, nous avons bien des causes de sollicitude. Le soin de notre famille porté à l'excès, et l'amour de nos enfants, nous tourmentent: nous les remettons pourtant, nous les confions volontiers à ta garde, et nousmêmes avec eux, ô Père miséricordieux ' ! »

Le Diaire de Casaubon contient, si nous ne nous trompons, maint enseignement. Il fait connaître la vie intime d'un sage érudit. Il nous initie, de plus, aux mille difficultés de la vie religieuse des fidèles de l'église de Paris, condamnés, après 1600, «au pèlerinage d'Abloui). Il leur fallait vraiment une foi robuste, une volonté prête à accepter toutes les tribulations, pour se rendre au temple au risque d'être assommés, à leur retour, par une populace furieuse, excitée par des placards tels que le suivant, conservé par Lestoile (1605): «On fait savoir à tous écoliers, grammai-

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