‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 144 sur 154 · Mémoires, etc., collection l'oujoulat, t. 1, p · texte numérisé non relu

Mémoires, etc., collection l'oujoulat, t. 1, p

niAP. II, — DÉTAILS. 313

Retournons à la question spéciale qui nous occupe.

Quand l'amiral se rendit à Paris pour les noces du roi de Navarre, une paysanne de Clintillon se jeta à ses pieds, lui embrassant les g-enoux «par grande aflection r>. «Ah! Monsieur! Monsieur! notre bon maître, où vous allez-vous perdre? disait-elle en pleurant et criant; je ne vous verrai jamais, si vous allez une fois à Paris, car vous y mourrez, vous et tous ceux qui iront avec vous. Au moins (ce lui disait cette bonne femme), si vous n'avez pilir de vous. Monsieur, ayez-le de Madame, de vos enfants el de tant de gens de bien qui y périront à voire occasion. » Et comme l'amiral la rebutait, lui disant qu'elle s'en alK-lt et qu'elle n'était pas bien sage, cette pauvre femme alla se jeter aux genoux de M"® l'amirale, pour la prier d'empêcher le départ de son mari. Entendu (ajoute \o chroniqueur) de la bouche d'un qui l'a vu et ouï\

Lestoile a recueilli une foule de récits merveilleux.

Il raconte qu'au mois de novembre 1572 une nouvelle étoile se voyait à Paris et partout «avec grande admiration de tout le monde. Bèze et autres poètes liuguenots comparaient cette étoile à celle qui apparut aux mages, et le roi Charles à Hérode*».

La veille de la bataille de Dreux, le prince de Condé dit à Bèze qui avait fait la prière dans sa chambre : « 11 faut que je vous dise ce que j'ai songé la nuit passée, encore que je sache qu'il ne se faut point arrêlei' aux songes : il me semble que j'avais donné trois batailles l'une après l'autre que j'avais gagnées ; et y avais vu nos trois ennemis morts, mais que j'y avais aussi été blessé à mort; tellement toutefois que les ayant tous trois fait mettre morts les uns

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SOUS les autres, on m'y avait mis aussi par dessus, et que de cette façon j'avais rendu mon esprit à Dieu...» Laquelle vision (ajoute l'historien) il semble que l'effet a vérifiée; car ses trois ennemis furent entassés l'un sur l'autre, et lui sur eux, à la journée de BassacV

Ailleurs, Lestoile revient sur la mort du cardinal de Lorraine, mais pour faire connaître l'opinion de Catherine de Médicis sur le défunt. La reine-mère, se mettant à table, dit ces mots : «Nous aurons à cette heure la paix, puisque M. le cardinal de Lorraine est mort, qui était celui (ce dit-on) qui l'empêchait. Ge que je ne puis croire; car c'était un grand et sage prélat et homme de bien, et auquel la France et nous tous perdons beaucoup. » — Mais écoutez la suite: «Et en derrière disait que ce jour-là était mort le plus méchant des hommes. Puis, s'étant mise à dîner, ayant demandé à boire, comme on lui eut baillé son verre, elle commença tellement à trembler qu'il lui cuida tomber des mains, et s'écria: Jésus! Voilà M. le cardinal que je vois! Enfin, s'étant un peu rassise et rassurée, elle dit tout haut : C'est grand cas de l'appréhension ! je suis bien trompée, si je n'ai vu ce bon homme passer devant moi pour s'en aller en paradis, et me semblait que je l'y voyais monter. Les nuits aussi elle en avait des appréhensions, au dire de ses femmes de chambre, et se plaignait de ce qu'elle le voyait souvent, et ne le pouvait ôter et chasser de sa fantaisie, encore que dès qu'il fut mort, on ne parla non plus du cardinal de Lorraine que s'il n'eût jamais été ; et en fit-on moins de bruit à la cour (ce qui est digne de remarque) qu'on eût fait d'un simple protonotaire ou curé de village^...» Voilà bien, en quelques

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