‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 147 sur 154 · Histoire universelle , édition citée, t- I, P · texte numérisé non relu

Histoire universelle , édition citée, t- I, P

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et notamment au logis où il mourut, quelque diose de plus violent que le vent arracha et emporta en l'air les grilles et les fenêtres'...» C'est lui (jui a transmis à la postérité le miracle de l'aubépine qui, après la Saint-Rarthéleniy, fleurit au cimetière Saint-Innocent: «les confréries y allaient le tambour battant, criant que ce jour-là l'Hlglise refleurissait par la mort de tant d'hérétiques; les autres disaient que cette Heur avait paru dans le champ des innocents meuilris et non pas des meurtriers, signe que l'Église ipu' ('lait affligée, revivrait.»

Il enregistre l'histoire d'un comte qui, ayant juré qu'au point du jour il marcherait dans le sang des réformés jusqu'aux éperons, étouffa la nuit en son sang. Il rapporte que d'autres, ardents à faire brûler, brûlèrent d'un feu visible s'épandant par leur chair. Bien plus : l'évêqueCaslellan qui, d'une grande froideur, envoyait au feu, mourut demi-glacé, demi-brûlé. C'est là , dit-il, l'une des «choses merveilleuses qui apparurent en ce temps-là en faveur des réformés».

A côté de ces miracles effrayants^ il en fait connaître d'un genre tout opposé. Après le Dieu' qui châtie ses ennemis, le Dieu qui soutient ses défenseurs. Ainsi, lors de la Saint-Llarlhélemy, Merlin, ministre de l'amiral, étant sur les maisons avec Téligny et ne pouvant le suivre à cause de sa faiblesse et mauvaise vue, s'étanl laissé choir dans un grenier à foin, entre le tas et la muraille, y demeura pendant ({uelques jours et fût mort de faim, «sans une poule qui en ce temps lui vint pondre trois œufs en la main*».

Voilà bien des récits où il semble difficile de démêler le vrai d'avec le faux. Nous laisserons chacun libre d'en penser ce qui lui plaît. Mais il nous sera permis d'en tirer tout au

I. Uistoire unioerselle , (.'diliuii cilùe, t. I, p. 7I«. 1. Ibid., t. I, p. 112, 052.

moins cette conclusion-ci : savoir que si les Français du seizième siècle furent enclins à la superstition, les huguenots en particulier ne surent pas non plus se défendre entièrement du penchant à voir, dans les phénomènes les plus ordinaires, l'intervention directe de la Divinité.

Encore moins songeons-nous à soutenir que tous les huguenots furent des saints.

Dans les deux camps qui, malheureusement, se trouvèrent en présence au seizième siècle, il y eut des hommes prompts â des mouvements généreux, des guerriers rompus au métier des armes, inaccessibles à tout sentiment de crainte; des deux côtés aussi, la cruauté, l'ambition, la haine, la dépravation, la lâcheté comptèrent de nombreux sectateurs. On aurait tort vraiment de ne voir dans les huguenots que des modèles de toutes les vertus, dans les catholiques que la personnification de tous les vices.

Nous ferons cependant une réserve.

Comment oublier que les huguenots, avant de courir la chance des batailles, se laissèrent martyriser pendant de longues années? Après les massacres de Cabrières et de Mérindol, de Sens, de Vassy, d'Orange, comment s'étonner qu'une ardente soif de vengeance leur ait fait commettre, à eux aussi, des actes d'une cruauté inouïe? MM. Haag en ont fait quelque part la juste remarque : quand nos ennemis sont teints du sang de nos frères, quand ils se sont souillés de tous les crimes sur nos femmes et nos enfanls, quand ils ont encore le couteau levé et la menace à la bouche, ne faudrait-il pas une vertu plus qu'humaine pour comprimer dans notre cœur les terribles bouillonnements de la vengeance? Des Adrets lui-même écrit, le 15 novembre 15G2, au duc de Nemours qu'ayant entendu raconter «l'horrible et lamentable tragédie» du sac d'Orange, ses entrailles furent tellement émues, qu'il rassembla à la hâte trois ou

quatre mille hommes pour venger tant de .sanj^ iiiiiiiiement répandu. cQu'on comj)aie, disent encore MM. ila;ig, des Adrets à Montluc, cet liumine de saiiy (|ui ne mareljjiil qu'accompagné de deux bourreaux, et il sortira trioinpliiml de cette épreuve.... Montluc se glorifie de sa férocité; il a l'orgueil du crime. Des Adrets, au contraire, cherche à se justifier ; il se sent mal à l'aise avec sa conscience ; il redoute l'animadversion publique. Des Adrets est cruel par principe; Montluc l'est plutôt pai" nature et par fanatisme : il y a du boucher dans cet hoiiinie-là. Des Adrels, à noti'e connaissance, ne faussa jamais sa parole; Montluc pensait, avec l'Eglise, que l'on n'est pas tenu de garder la foi jurée à un hérétique. »

En comparant ainsi les principaux chefs des armées catholiques avec les grands capitaines huguenots, on arriverait, croyons-nous, à s'assurer non pas que ces derniers ne commirent point d'atrocités, mais qu'ils furent, à tout peser, moins féroces que leurs adversaires, et, surtout, qu'ils eurent pour eux le droit des représailles.

Nous en dirons autant des simples soldats. En ces temps terribles encore tout imprégnés des mœurs de la barbarie, les plus coupables ne furent pas ceux qui furent attaqués les premiers.

Nous ne ferons ensuite nulle difficulté d'avouer que, dans les deux partis religieux, il y eut des ambitieux. En Henri IV, tout le premier, nous ne voyons qu'un homme habile pour qui la religion ne fut qu'un moyen de parvenir au trône. De Thou, que l'on envoya, en 1581, à Bordeaux pour remplacer momentanément la chambre mi-partie, y rencontra le fameux auteur des Essais, alors maire de cette ville. Il raconte que, selon Montaigne qui avait autrefois servi de médiateur entre le roi de Navarre et le duc de Guise, l'inimitié de ces deux princes fut l'une des causes principales

de la guerre civile. Suivant ce grand écrivain, le duc ne se croyait pas en sûreté, tant que le roi de Navarre vivrait; le roi de Navarre pensait qu'il ne pourrait faire valoir ses droits à la couronne pendant la vie du duc. «Pour la religion, dit-il, dont tous les deux font parade, c'est un beau prétexte pour se faire suivre par ceux de leur parti; mais la religion ne les touche ni l'un ni l'autre' »

Sans aller jusque-là, nous avouerons volontiers qu'à notre avis le prince Louis de Condé et surtout Henri de Navarre furent bien plus des guerriers avides de gloire que des chrétiens désireux de hâter l'avancement du règne de Dieu. Nous disons : surtout Henri de Navarre; car, à la différence du premier des Condé dont la foi s'épura au creuset de l'adversité, Henri IV devint moins religieux à mesure qu'il avançait en âge.

On est par trop indulgent pour Henri IV.

Il serait aisé, je crois, d'établir, par mainte preuve, que le fils de Jeanne d'Albret eut le cœur moins généreux qu'on ne le pense généralement. Nous ne nierons pas ses brillantes qualités : son rare bon sens , son intelligence prompte et déliée, sa verve toute gasconne , sa bonhomie plus calculée que réelle, son étonnante activité, son audacieuse bravoure, qui est-ce qui songe à les contester? Mais la galanterie eut sur son âme un empire effréné. Jamais il ne se fit scrupule de trahir ceux qui l'avaient le mieux servi. On ne saurait juger avec trop de sévérité la légèreté de son caractère, son ingratitude, son amour-propre, son égoïsme, son scepticisme railleur. En lui, le sentiment religieux ne se réveillait qu'à l'heure du danger. «Il savait, lit-on dans Benoît, plusieurs passages des Psaumes et des autres livres de l'Eeri-

I, Mémoires de J. Aug. de l'Iioti , collection Poujoulat, t. XI, [>. 267.

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ture, qu'il appliquait assez bien, principalement (juand il s'agissaitde se consoler après quelques revers ou de recourir à Dieu dans les incertitudes de l'avenir, et il s'acquittait assez bien de ses dévotions ordinaires et des prières avant le combat ou des actions de grâces après la victoire » ; mais, dans les circonstances ordinaires de la vie, il se montrait d'une indifférence extrême. 11 avait, connue le lui écrivit d'Amours, phis de science que de conscience^

Il publia l'édit de Nantes; pouvait-il faire moins? En le publiant, il obéit moins à une généreuse inspiration (ju'il ne fit de nécessité vertu.

Il abjura. Ce n'est point de cela que nous le blâmerions, si nous pouvions arriver à la conviction qu'en abjurant il fut sincère. La sincérité est la première des vertus. Dans quelque sens qu'un homme abjure, pourvu qu'il abjure pour obéir non pas à l'intérêt, mais à sa conscience, il n'aura point démérité, pour cela, aux yeux des honnêtes gens. Mais que l'on fasse litière de ses convictions pour conquérir un trône, c'est ce qui nous semble honteux; nous ne saurions admettre que la politique primé la conscience.

Moins sévère pour Louis de Bourbon, nous ne dissimulerons pas néanmoins que, dans son caractère, des vices regrettables ternirent l'éclat des plus rares qualités.

Que l'on admire, tant que l'on voudra, sa valeur impétueuse. Que l'on vante ses beaux moments, moments nonseulement de courage héroujue, mais encore de ferveur religieuse, d'attachement sincère à la cause évangélique, sa noble contenance à Dreux, à Saint-Denis, à Jarnac, sa fière attitude vis-à-vis du duc de Guise, sa mâle assurance au milieu des débats les plus orageux, sa hardiesse élon-

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