CHAP. III. — CONCLUSION
Ils ne sont plus, mais leur souvenir ne s'éteindra point. Ils ne sont plus; mais l'histoire impartiale, toutes les fois qu'elle retracera, soit les épouvantables calamités qui désolèrent la France il y a trois siècles, soit les admirables vertus de nos ancêtres, tirera de ce double récit un grand enseignement que l'on ne saurait trop rappeler aux générations futures.
Lequel?
Ils écrivirent, avec leur sang, les idées que Castellion, Luther, saint Bernard, déposèrent dans leurs livres, en conformité avec la doctrine de saint Paul , de Jésus-Christ lui-même.
Que dit Castellion dans son Trailé des hérétiques? Que dit son traducteur?
«La foi et religion , sur toute chose, doit être libre; car elle gît, non au corps, mais bien au cœur, auquel ne peut atteindre le glaive des rois et des princes....»
Et Luther?
« Pour ce qui est de l'âme. Dieu veut qu'elle ne soit gouvernée que par elle-même; il ne peut- vouloir autre chose.»
Et saint Bernard ?
« C'est par la persuasion qu'il faut amener les hommes à la foi, non par la violence'. »
Saint Paul n'a pas enseigné autre chose :
« Les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas charnelles. ...»
Jésus-Christ lui-même s'est réservé de séparer l'ivraie du bon grain. Il veut qu'on les laisse croître ensemble jusqu'à la moisson.
Que tous les hommes intelligents se souviennent de ces
1. Voir notre Essai sur l'avenir de ta tolérance, p. 130, 156, 112.
conseils, et la hideuse intolérance essayera en vain d'ajouter de nouvelles hécatombes aux trop nombreuses victimes du fanatisme; la vérité fera son chemin toute seule : farà da se.
En rehgion, non moins qu'en pohtique, il n'y a qu'à laisser faire la liberté.
Seule elle est capable d'assurer le triomphe de la vérité.
K[JV.